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On ne peut être dupe de la veriu.

rarement tombe-t-on à de certaines petitesses: | sur la foi de ces grands témoignages, et ne les grandes occupations élèvent et soutiennent nous laissons pas abattre au sentiment de nos l'ame; ce n'est donc pas merveille qu'on y fasse foiblesses, jusqu'à perdre le soin irréprochable bien. Au contraire, un particulier qui a l'esprit de la gloire et l'ardeur de la vertu. naturellement grand, se trouve resserré et à l'étroit dans une fortune privée; et comme il n'y est pas à sa place, tout le blesse et lui fait violence. Parcequ'il n'est pas né pour les petites choses, il les traite moins bien qu'un autre, ou elles le fatiguent davantage, et il ne lui est Que ceux qui sont nés pour l'oisiveté et la pas possible, dit Montaigne, de ne leur donner mollesse y meurent et s'y ensevelissent; je ne que l'attention qu'elles méritent, ou de s'en re- prétends pas les troubler, mais je parle au reste tirer à sa volonté ; s'il fait tant que de s'y livrer, des hommes, et je dis : On ne peut être dupe elles l'occupent tout entier et l'engagent à des de la vraie vertu ; ceux qui l'aiment sincèrepetitesses dont il est lui-même surpris. Tellement y goûtent un secret plaisir, et souffrent à est la foiblesse de l'esprit humain, qui se ma- s'en détourner : quoi qu'on fasse aussi pour la nifeste encore par mille autres endroits, et qui gloire, jamais ce travail n'est perdu, s'il tend à fait dire à Pascal': L'esprit du plus grand homme nous en rendre dignes. C'est une chose étrange du monde n'est pas si indépendant, qu'il ne soit que tant d'hommes se défient de la vertu et de sujet à être troublé par le moindre tintamarre la gloire, comme d'une route hasardeuse, et qui se fait autour de lui. Il ne faut pas le bruit qu'ils regardent l'oisiveté comme un parti sûr d'un canon pour empêcher ses pensées: il ne faut et solide. Quand même le travail et le mérite que le bruit d'une girouette ou d'une poulie. Ne pourroient nuire à notre fortune, il y auroit vous étonnez pas, continue-t-il, s'il ne raisonne toujours à gagner à les embrasser. Que sera-ce pas bien à présent; une mouche bourdonne à ses s'ils y concourent? Si tout finissoit par la mort, oreilles : c'en est assez pour le rendre incapable ce seroit une extravagance de ne pas donner de bon conseil. Si vous voulez qu'il trouve la vé- toute notre application à bien disposer notre rité, chassez cet animal qui tient sa raison en vie, puisque nous n'aurions que le présent; échec, et trouble cette puissante intelligence qui mais nous croyons un avenir, et l'abandonnons gouverne les villes et les royaumes. Rien n'est au hasard : cela est bien plus inconcevable. Je plus vrai, sans doute, que cette pensée; mais laisse tout devoir à part, la morale et la reliil est vrai aussi, de l'aveu de Pascal, que cette gion, et je demande : L'ignorance vaut-elle mieux même intelligence, qui est si foible, gouverne que la science, la paresse que l'activité, l'incales villes et les royaumes: aussi le même auteur pacité que les talents? Pour peu que l'on ait de remarque que plus on approfondit l'homme, raison, on ne met point ces choses en paralplus on y démêle de foiblesse et de grandeur; lèle '. Quelle honte donc de choisir ce qu'il y et c'est lui qui dit encore dans un autre en- a de l'extravagance à égaler1? S'il faut des droit, après Montaigne Cette duplicité de exemples pour nous décider, d'un côté Coligny, l'homme est si visible, qu'il y en a qui ont cru Turenne, Bossuet, Richelieu, Fénelon, etc.; que nous avions deux ames3: un sujet simple de l'autre, les gens à la mode, les gens du paroissant incapable de telles et si soudaines va- bel air, ceux qui passent toute leur vie dans riétés, d'une présomption démesurée à un hor- la dissipation et les plaisirs. Comparons ces rible abattement de cœur. Rassurons-nous donc deux genres d'hommes, et voyons ensuite auquel d'eux 3 nous aimerions mieux ressembler.

• Pensées de Pascal, Ire partie, art. VI, pensée XII. B. 2 Pensées de Pascal, Ile partie, art. V, pensée V. B.

3 C'est Platon, qui admettoit deux ames, l'une non engendrée par Dieu, qui n'est qu'une faculté imaginative, privée d'ordre et de raison; l'autre engendrée et disposée par Dieu, qui l'a établie maîtresse et ordonnatrice du monde qu'il a formé. Voyez Plutarque, De la Création de l'Ame. F.

XVI.

1

Lorsque Vauvenargues écrivoit, J.-J. Rousseau n'avoit point encore soutenu ses brillants paradoxes. F.

» Pour égaliser, estimer égales. S.

3 Il faut, auquel d'entre eux. S.

XVII.

Sur la familiarité.

Il n'est point de meilleure école ni plus nécessaire que la familiarité. Un homme qui s'est retranché toute sa vie dans un caractère réservé, fait les fautes les plus grossières lorsque les occasions l'obligent d'en sortir et que les affaires l'engagent. Ce n'est que par la familiarité que l'on quérit de la présomption, de la timidité, de la sotte hauteur; ce n'est que dans un commerce libre et ingénu qu'on peut bien connoître les hommes; qu'on se tâte, qu'on se démèle, et qu'on se mesure avec eux : là on voit l'humanité nue avec toutes ses foiblesses et toutes ses forces; là se découvrent les artifices dont on s'enveloppe pour imposer en public; là paroît la stérilité de notre esprit, la violence et la petitesse de notre amour-propre, l'imposture de nos vertus.

Ceux qui n'ont pas le courage de chercher la vérité dans ces rudes épreuves, sont profondément au-dessous de tout ce qu'il y a de grand; surtout c'est une chose basse que de craindre la raillerie1, qui nous aide à fouler aux pieds notre amour-propre, et qui émousse, par l'habitude de souffrir, ses honteuses délicatesses.

XVIII.

Nécessité de faire des fautes.

Il ne faut pas être timide de peur de faire des fautes; la plus grande faute de toutes est de se priver de l'expérience. Soyons très persuadés qu'il n'y a que les gens foibles qui aient cette crainte excessive de tomber et de laisser voir leurs défauts; ils évitent les occasions où ils pourroient broncher et être humiliés ; ils rasent timidement la terre, n'osent rien donner au hasard, et meurent avec toutes leurs foiblesses qu'ils n'ont pu cacher. Qui voudra se former au grand, doit risquer de faire des fautes, et ne pas s'y laisser abattre, ni craindre

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de se découvrir; ceux qui pénétreront ses foibles tâcheront de s'en prévaloir, mais ils le pourront rarement. Le cardinal de Retz disoit à ses principaux domestiques: « Vous êtes deux «ou trois à qui je n'ai pu me dérober; mais

«

j'ai si bien établi ma réputation, et par vous« mèmes, qu'il vous seroit impossible de me << nuire quand vous le voudriez 2. » Il ne mentoit pas son historien rapporte qu'il s'étoit battu avec un de ses écuyers, qui l'avoit accablé de coups, sans qu'une aventure si humiliante pour un homme de ce caractère et de ce rang ait pu lui abattre le cœur ou faire aucun tort à sa gloire; mais cela n'est pas surprenant : combien d'hommes déshonorés soutiennent par leur seule audace la conviction publique de leur infamie, et font face à toute la terre? Si l'effronterie peut autant, que ne fera pas la constance? Le courage surmonte tout.

XIX.

Sur la libéralité.

Un homme très jeune peut se reprocher comme une vanité onéreuse et inutile la secrète complaisance qu'il a à donner. J'ai eu cette crainte moi-même avant de connoître le monde ; quand j'ai vu l'étroite indigence où vivent la plupart des hommes, et l'énorme pouvoir de l'intérêt sur tous les cœurs, j'ai changé d'avis, et j'ai dit Voulez-vous que tout ce qui vous environne vous montre un visage content, vos enfants, vos domestiques, votre femme, vos amis et vos ennemis, soyez libéral; voulez-vous conserver impunément beaucoup de vices 3, avez-vous besoin qu'on vous pardonne des moeurs singulières ou des ridicules; voulez-vous

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rendre vos plaisirs faciles, et faire que les hommes vous abandonnent leur conscience, leur honneur, leurs préjugés, ceux même dont ils font plus de bruit? tout cela dépendra de vous; quelque affaire que vous ayez, et quels que puissent être les hommes avec qui vous voulez traiter, vous ne trouverez rien de difficile si vous savez donner à propos. L'économe qui a des vues courtes n'est pas seulement en garde contre ceux qui peuvent le tromper, il appréhende aussi d'ètre dupe de lui-même : s'il achète quelque plaisir qu'il lui eût été impossible de se procurer autrement, il s'en accuse aussitôt comme d'une foiblesse ; lorsqu'il voit un homme qui se plait à faire louer sa générosité et à surpayer les services, il le plaint de cette illusion: Croyez-vous de bonne foi, lui dit-il, qu'on vous en ait plus d'obligation? Un misérable se présente à lui, qu'il pourroit soulager et combler de joie à peu de frais; il en a d'abord compas- Le peuple et les habiles composent, pour l'orsion, et puis il se reprend et pense: C'est un dinaire, le train du monde; les autres le méprihomme que je ne verrai plus. Un autre malheu-sent, et en sont méprisés 1 : maxime admirable reux s'offre encore à lui, et il fait le même raisonnement. Ainsi toute sa vie se passe sans qu'il trouve l'occasion d'obliger personne, de se faire aimer, d'acquérir une considération utile et lé-lesse, etc., condamneroit toute la vie de Pascal

Maxime de Pascal, expliquée.

I

de Pascal, mais qu'il faut bien entendre. Qui croiroit que Pascal a voulu dire que les habiles doivent vivre dans l'inapplication et la mol

gitime : il est défiant et inquiet, sévère à luimême et aux siens, père et maître dur et fàcheux; les détails frivoles de son domestique le brouillent comme les affaires les plus importantes, parcequ'il les traite avec la même exactitude il ne pense pas que ses soins puissent être mieux employés, incapable de concevoir le prix du temps, la réalité du mérite et l'utilité des plaisirs.

Il faut avouer ce qui est vrai : il est difficile, surtout aux ambitieux, de conduire une fortune médiocre avec sagesse, et de satisfaire en même temps des inclinations libérales, des besoins présents, etc.; mais ceux qui ont l'esprit véritablement élevé se déterminent selon l'occurrence, par des sentiments où la prudence ordinaire ne sauroit atteindre: je vais m'expliquer. Un homme né vain et paresseux, qui vit sans dessein et sans principes, cède indifféremment à toutes ses fantaisies, achète un cheval trois cents pistoles, qu'il laisse pour cinquante quel

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ques mois après; donne dix louis à un joueur de gobelets qui lui a montré quelques tours, et se fait appeler en justice par un domestique qu'il a renvoyé injustement, et auquel il refuse de payer des avances faites à son service.

Quiconque a naturellement beaucoup de fantaisies a peu de jugement, et l'ame probablement foible. Je méprise autant que personne des hommes de ce caractère; mais je dis hardiment aux autres: Apprenons à subordonner les petits intérêts aux grands, même éloignés, et faisons généreusement et sans compter tout le bien qui tente nos cœurs: on ne peut être dupe d'aucune vertu.

par sa propre maxime; car personne n'a moins vécu comme le peuple que Pascal à ces égards: donc le vrai sens de Pascal, c'est que tout homme qui cherche à se distinguer par des apparences singulières, qui ne rejette pas les maximes vulgaires parcequ'elles sont mauvaises, mais parcequ'elles sont vulgaires ; qui s'attache à des sciences stériles, purement curieuses et de nul usage dans le monde ; qui est pourtant gonflé de cette fausse science, et ne peut arriver à la véritable; un tel homme, comme il dit plus haut, trouble le monde, et juge plus mal que les autres. En deux mots, voici sa pensée, expliquée d'une autre manière : Ceux qui n'ont qu'un esprit médiocre ne pénètrent pas jusqu'au bien ou jusqu'à la nécessité qui autorise certains usages, et s'érigent mal à propos en réformateurs de leur siècle : les habiles mettent à profit la coutume borne ou mauvaise, abandonnent leur extérieur aux légèretés de la mode, et savent se proportionner au besoin de tous les esprits.

* Pensées de Pascal, Ire partie, art. VI, pensée XXV. B.

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XXI.

L'esprit naturel et le simple.

L'esprit naturel et le simple peuvent en mille manières se confondre, et ne sont pas néanmoins toujours semblables. On appelle esprit naturel un instinct qui prévient la réflexion, et se caractérise par la promptitude et par la vérité du sentiment. Cette aimable disposition prouve moins ordinairement une grande sagacité qu'une ame naturellement vive et sincère, qui ne peut retenir ni farder sa pensée, et la produit toujours avec la grace d'un secret échappé à la franchise. La simplicité est aussi un don de l'ame, qu'on reçoit immédiatement de la nature et qui en porte le caractère : elle ne suppose pas nécessairement l'esprit supérieur, mais il est ordinaire qu'elle l'accompagne; elle exclut toute sorte de vanités et d'affectations, témoigne un esprit juste, un cœur noble, un sens droit, un naturel riche et modeste, qui peut tout puiser dans son fonds et ne veut se parer de rien. Ces deux caractères comparés ensemble, je crois sentir que la simplicité est la perfection de l'esprit naturel; et je ne suis plus étonné de la rencontrer si souvent dans les grands hommes : les autres ont trop peu de fonds et trop de vanité pour s'arrêter dans leur propre sphère, qu'ils sentent si petite et si bornée.

XXII.

Du bonheur.

Quand on pense que le bonheur dépend beaucoup du caractère, on a raison; si on ajoute que la fortune y est indifférente, c'est aller trop loin: il est faux encore que la raison n'y puisse rien, ou qu'elle y puisse tout.

On sait que le bonheur dépend aussi des rapports de notre condition avec nos passions: on n'est pas nécessairement heureux par l'accord de ces deux parties; mais on est toujours malheureux par leur opposition et par leur contraste de même la prospérité ne nous satisfait pas infailliblement; mais l'adversité nous apporte un mécontentement inévitable.

Parceque notre condition naturelle est misérable, il ne s'ensuit pas qu'elle le soit également

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Sur les conséquences de la conduite.

adoptez des maximes qui puissent vous nuire ! Que je serai fâché, mon cher ami, si vous Je vois avec regret que vous abandonnez par complaisance tout ce que la nature a mis en vroit faire honte à ceux qui en manquent. Vous vous. Vous avez honte de votre raison, qui devous défiez de la force et de la hauteur de votre ame, et vous ne vous défiez pas des mauvais exemples. Vous êtes-vous donc persuadé qu'avec un esprit très ardent et un caractère élevé, vous puissiez vivre honteusement dans la mollesse comme un homme fou et frivole? Et qui vous assure que vous ne serez pas même méprisé dans cette carrière, étant né pour une autre? Vous vous inquiétez trop des injustices que l'on peut vous faire, et de ce qu'on pense de vous. Qui auroit cultivé la vertu, qui auroit tenté ou sa réputation 1 ou sa fortune par des voies hardies, s'il avoit attendu que les louanges l'y encourageassent? Les hommes ne se rendent d'ordinaire sur le mérite d'autrui qu'à la dernière extrémité. Ceux que nous croyons nos amis sont assez souvent les derniers à nous accorder leur aveu. On a toujours dit que personne n'a créance parmi les siens; pourquoi? parceque les plus grands hommes ont eu leurs progrès comme nous. Ceux qui les ont connus dans les imperfections de leurs commencements, se les

On ne diroit pas tenter sa répulation, pour tenter de se faire une réputation; mais l'accouplement de deux choses excuse

cette tournure. Sa n'est pas bon; il faut la. M.

représentent toujours dans cette première foi- | ne pense; ils auront les emplois, vous aurez les

blesse, et ne peuvent souffrir qu'ils sortent de l'égalité imaginaire où ils se croyoient avec eux: mais les étrangers sont plus justes, et enfin le mérite et le courage triomphent de tout.

talents; ils auront les honneurs, vous la vertu. Voudriez-vous obtenir leurs places au prix de leurs déréglements, et par leurs frivoles intrigues? Vous le tenteriez en vain : il est aussi difficile de contrefaire la fatuité que la véritable

vertu.

JII.

Ne pas se laisser décourager par le sentiment de ses foiblesses.

II.

Sur ce que les femmes appellent un homme aimable.

Êtes-vous bien aise de savoir, mon cher ami, ce que bien des femmes appellent quelquefois un homme aimable? C'est un homme que personne n'aime, qui lui-même n'aime soi et que son plaisir, et en fait profession avec impudence; un homme par conséquent inutile aux autres hommes, qui pèse à la petite société qu'il tyrannise, qui est vain, avantageux, méchant même par principe; un esprit léger et frivole, qui n'a point de goût décidé ; qui n'estime les choses et ne les recherche jamais pour elles-mêmes, mais uniquement selon la considération qu'il y croit attachée, et fait tout par ostentation; un homme souverainement confiant et dédaigneux, qui méprise les affaires et ceux qui les traitent, le gouvernement et les ministres, les ouvrages et les auteurs; qui se persuade que toutes ces choses ne méritent pas qu'il s'y applique, et n'estime rien de solide que d'avoir des bonnes fortunes, ou le don de dire des riens; qui prétend néanmoins à tout, et parle de tout sans pudeur; en un mot un fat sans vertus, sans talents, sans

goût de la gloire, qui ne prend jamais dans les choses que ce qu'elles ont de plaisant, et met son principal mérite à tourner continuellement en ridicule tout ce qu'il connoît sur la terre de sérieux et de respectable.

Gardez-vous donc bien de prendre pour le monde ce petit cercle de gens insolents, qui ne comptent eux-mêmes pour rien le reste des hommes et n'en sont pas moins méprisés. Des hommes si présomptueux passeront aussi vite que leurs modes, et n'ont pas plus de part au gouvernement du monde que les comédiens et les danseurs de corde si le hasard leur donne sur quelque théâtre du crédit, c'est la honte de cette nation et la marque de la décadence des esprits. Il faut renoncer à la faveur lorsqu'elle sera leur partage: vous y perdrez moins qu'on

Que le sentiment de vos foiblesses, mon aimable ami, ne vous tienne pas abattu. Lisez ce qui nous reste des plus grands hommes : les erreurs de leur premier âge, effacées par la gloire de leur nom, n'ont pas toujours été jusqu'à leurs historiens; mais eux-mêmes les ont avouées en quelque sorte. Ce sont eux qui nous ont appris que tout est vanité sous le soleil ; ils avoient donc éprouvé, comme tous les autres, de s'enorgueillir, de s'abattre, de se préoccuper de petites choses. Ils s'étoient trompés mille fois dans leurs raisonnements et leurs conjectures; ils avoient eu la profonde humiliation d'avoir tort avec leurs inférieurs. Les défauts qu'ils cachoient avec le plus de soin leur étoient souvent échappés ; ainsi ils avoient été accablés en même temps par leur conscience et par la conviction publique; en un mot, c'étoient de grands hommes, mais c'étoient des hommes, et ils supportoient leurs défauts. On peut se consoler d'éprouver leurs foiblesses, lorsque l'on se sent le courage de cultiver leurs vertus.

IV.

Sur le bien de la familiarité.

Aimez la familiarité, mon cher ami; elle rend l'esprit souple, délié, modeste, maniable, déconcerte la vanité, et donne, sous un air de liberté et de franchise, une prudence qui n'est pas fondée sur les illusions de l'esprit, mais sur les principes indubitables de l'expérience. Ceux qui ne sortent pas d'eux-mêmes sont tout d'une pièce; ils craignent les hommes qu'ils ne connoissent pas, ils les évitent, ils se cachent au monde et à eux-mêmes, et leur cœur est toujours serré. Donnez plus d'essor à votre ame,

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