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NOTES.

(1) Le texte grec nomme une certaine drogue qui rendoit l'haleine fort mauvaise le jour qu'on l'avoit prise. (La Bruyère.) La traduction est plus juste que la note. (Voyez la note de M. Coray sur ce passage.)

(9) Au lieu de, «D'autres fois, etc.,» le texte porte, « Et il dit sur-le-champ qu'il va en ville pour se faire ra« ser. » Il ne fait donc cette toilette que le premier jour de chaque mois, en se rendant au marché. Il y a un trait

(2) Le grec dit : « Aux journaliers qui travaillent dans semblable dans les Acharnéens d'Aristophane, v. 998; et << leur champ. >>

Suidas le cite et l'explique en parlant de la néoménie. Du temps de Théophraste, les Athéniens élégants paroissent avoir porté les cheveux et la barbe d'une longueur moyenne, qui devoit être toujours la même, et on les faisoit par conséquent couper très souvent. (Voyez chap. xxvi, note 6; et le chap. v, ci-après.) C'étoit donc une rusticité de laisser croître les cheveux et la barbe pendant un mois : et cette malpropreté suppose de plus le ridicule, reproché dans le chap. x à l'avare, de se faire raser ensuite jusqu'à la peau, afin que les cheveux ne dépassent pas de sitôt la juste

mesure.

(3) Il paroît qu'il y a ici une transposition dans le grec, et qu'il faut traduire : « Ni de paroître surpris des choses « les plus extraordinaires ; mais s'ils rencontrent dans leur << chemin un bœuf, etc. »

(4) Le grec dit seulement : « A laquelle ils aident à << moudre les provisions pour leurs gens et pour eux-mê«mes. » L'expression de La Bruyère, « Ils vont au mou<< lin, » est un anachronisme. Du temps de Théophraste, on n'avoit pas encore des moulins communs; mais on faisoit broyer ou moudre le blé que l'on consommoit dans chaque maison, par un esclave, au moyen d'un pilon ou d'une espèce de moulin à bras. ( Voyez Pollux, livre I, segm. 78, et liv. VII, segm. 180.) Les moulins à eau n'ont été inventés que du temps d'Auguste, et l'usage du pilon étoit encore assez général du temps de Pline.

chose dont il doit être sûr avant de se mettre en route, et sur-tout dans ce qui suit.

(5) Des bœufs. (La Bruyère.) Le grec dit en général, des bêtes de trait.

CHAPITRE V.

Du complaisant, ou de l'envie de plaire.

Pour faire une définition un peu exacte de cette affectation que quelques uns ont de plaire à tout le monde, il faut dire que c'est une manière de vivre où l'on cherche beaucoup moins ce qui est vertueux et honnête, que ce qui est

(7) Le grec porte : « Lorsqu'il se rend en ville, il de- agréable (1). Celui qui a cette passion, d'aussi

<< mande au premier qu'il rencontre Combien vaut le << poisson salé? et quel est le prix des habits de peaux ? » Ces habits étoient le vétement ordinaire des pâtres, et peut-être des pauvres et des campagnards en général.

(6) Au lieu de, « Heurte-t-on, etc., » le grec dit simple

ment : « Si quelqu'un frappe à sa porte, il répond lui« même, appelle son chien, et lui prend la gueule, en « disant : Voilà, etc. »

(10) Fameux marchand de chairs salées, nourriture ordinaire du peuple. (La Bruyère.) Il falloit dire, de poisson salé.

(8) Cela est dit rustiquement; un autre diroit que la nouvelle lune ramène les jeux ; et d'ailleurs c'est comme si, le jour de Pâques, quelqu'un disoit : N'est-ce pas aujourd'hui Pâques? (La Bruyère.) Quoique la version adoptée par La Bruyère soit celle de Casaubon, j'observerai que le

loin qu'il aperçoit un homme dans la place, le salue, en s'écriant: Voilà ce qu'on appelle un homme de bien; l'aborde, l'admire sur les moindres choses, le retient avec ses deux mains, de peur qu'il ne lui échappe; et après avoir fait quelques pas avec lui, il lui demande avec empressement quel jour on pourra le voir, et enfin ne s'en sépare qu'en lui donnant mille éloges. Si quelqu'un le choisit pour arbitre dans un procès, il ne doit pas attendre de lui qu'il lui soit plus favorable qu'à son adversaire (2): comme il veut plaire à tous deux, il les ménagera également. C'est dans cette vue que, pour se concilier tous les étrangers qui sont dans la ville, il leur dit quelquefois qu'il leur trouve plus de raison et d'équité que dans ses conci

mot la néoménie, que ce savant critique traduit par la nouvelle lune, n'est que le simple nom du premier jour du mois, où il y avoit un grand marché à Athènes, et où l'on payoit les intérêts de l'argent. (Voyez Aristoph., Vesp.. 171, et Schol. et Nub., acte IV, scène ш.) Il ne

s'agit pas non plus de jeux, puisqu'il n'y en avoit pas tous les premiers du mois. Selon plusieurs gloses anciennes rapportées par Henri Estienne, le même mot a aussi toutes les significations du mot latin forum. Cette phrase peut donc être traduite ainsi : « Le forum célèbre-t-il aujour-toyens. S'il est prié d'un repas, il demande en «d'hui la néoménie? » c'est-à-dire : « Est-ce aujourd'hui <<< le premier du mois et le jour du marché? » Le ridicule n'est pas dans l'expression, mais en partie dans ce que le campagnard demande à un homme qu'il rencontre une

entrant à celui qui l'a convié où sont ses enfants; et, dès qu'ils paroissent, il se récrie sur la ressemblance qu'ils ont avec leur père, et que

le simple plaisir de louer, et ne demande que d'être agréable à ceux avec lesquels il vit. Caractère auquel on ne peut faire d'autre reproche que ce que Théophraste a dit quelque part des honneurs et des places, qu'il ne faut point les briguer par un commerce agréable, mais par une conduite vertueuse. Il en est de même de la véritable

amitié.

deux figues ne se ressemblent pas mieux : il les fait approcher de lui, il les baise; et les ayant fait asseoir à ses deux côtés, il badine avec eux : A qui est, dit-il, la petite bouteille? à qui est la jolie cognée (3)? Il les prend ensuite sur lui et les laisse dormir sur son estomac,

quoiqu'il en soit incommodé. Celui enfin qui veut plaire se fait raser souvent, a un fort grand soin de ses dents, change tous les jours d'habits et les quitte presque tout neufs : il ne sort point en public qu'il ne soit parfumé (4). On ne le voit guère dans les salles publiques qu'auprès des comptoirs des banquiers (5); et, dans les écoles, qu'aux endroits seulement où s'exercent les jeunes gens (6); ainsi qu'au théâtre, les jours de spectacle, que dans les meilleures places et tout proche des préteurs (7). Ces gens encore n'achètent jamais rien pour eux; mais ils envoient à Byzance toute sorte de bijoux précieux, des chiens de Sparte à Cyzique (8), et à Rhodes l'excellent miel du mont Hymette; et ils prennent soin que toute la ville soit informée qu'ils font ces emplettes. Leur maison est toujours remplie de mille choses curieuses qui font plaisir à voir, ou que l'on peut donner, comme des singes et des satyres (9) qu'ils savent nourrir, des pigeons de Sicile, des dés qu'ils font semblés dans le septième volume du Trésor de Gronovius.

NOTES.

Quelques critiques ont cru que la seconde moitié de ce

chapitre appartenoit à un autre caractère; mais il ne s'y trouve aucun trait qui ne convienne parfaitement à un homme qui veut plaire à tout le monde, en tout et partout autre définition de l'envie de plaire, selon Aristote.

(1) D'après Aristote, le complaisant se distingue du teur en ce que le premier a un but intéressé, tandis que le second vit entièrement pour les autres, loue tout pour

(2) Chaque partie étoit représentée ou assistée par un

arbitre : ceux-ci s'adjoignoient un arbitre commun : le complaisant, étant au nombre des premiers, se conduit

comme s'il étoit l'arbitre commun. (Voyez Dėm. c. Neær.,

édit. R., tom. II, pag. 1560, et Anach., chap. xvI.)

(4) Le grec porte : « Il s'oint avec des parfums pré«cieux. » Il paroit qu'on ne se servoit ordinairement que

faire d'os de chèvre (10), des fioles pour des parfums (11), des cannes torses que l'on fait à Sparte, et des tapis de Perse à personnages. Ils d'huile pure, ou plus légèrement parfumée que l'espèce ont chez eux jusqu'à un jeu de paume et une arène propre à s'exercer à la lutte (12); et s'ils se promènent par la ville, et qu'ils rencontrent en leur chemin des philosophes, des sophis-servoit, selon l'expression du scoliaste d'Aristophane, ad

dont il est question ici. Cette opération avoit lieu sur-tout au sortir du bain, dont les anciens faisoient, comme on sait, un usage extrêmement fréquent; elle consistoit à se faire frotter tout le corps avec ces matières grasses, et

Plut.. 616, à fermer à l'entrée de l'air les pores ouverts

par la chaleur.

tes (15), des escrimeurs ou des musiciens, ils leur offrent leur maison (14) pour s'y exercer chacun dans son art indifféremment : ils se trouvent présents à ces exercices; et se mêlant avec ceux qui viennent là pour regarder: A qui croyezvous qu'appartiennent une si belle maison et cette arène si commode? Vous voyez, ajoutentils en leur montrant quelque homme puissant de la ville, celui qui en est le maître, et qui en peut disposer (15).

(3) Petits jouets que les Grecs pendoient au cou de leurs enfants. (La Bruyère.) M. Visconti a expliqué, dans le volume III de son Museo Pio Clementino, planche 22, une statue antique d'un petit enfant qui porte une écharpe toute composée de jouets de ce genre, qui paroissent être en partie symboliques. La hache s'y trouve très distinctement, et l'éditeur croit qu'elle est relative au culte des Cabires. Le même savant pense que l'outre dont il est question ici peut être un symbole bachique. Cependant, comme le grec dit seulement, il joue avec eux, en disant

outre, hache, il est possible aussi que ce fussent des mots usités dans quelque jeu, dont cependant je ne trouve aucune trace dans les savants traités sur cette matière ras

(5) C'étoit l'endroit où s'assembloient les plus honnêtes gens de la ville. (La Bruyère. ) Le grec porte : « Dans la

<<

place publique, etc. » Les Atheniens faisoient faire presque toutes leurs affaires par leurs banquiers. (Voyez Saumaise, de Usuris, et Boettiger, dans le Mercure allemand du mois de janvier 1802. )

(6) Pour être connu d'eux et en être regardé, ainsi que de tous ceux qui s'y trouvoient. (La Bruyère.) Théophraste parle des gymnases, qui étoient de vastes édifices entourés de jardins et de bois sacrés, et dont la première cour étoit entourée de portiques et de salles garnies de siéges où les flat-philosophes, les rhéteurs et les sophistes rassembloient leurs disciples. paroît que tous les gens bien élevés ne cessoient de fréquenter ces établissements, dont les plus

importants étoient l'Académie, le Lycée et le Cynosarge. (Voyez chap. vin du Voyage du jeune Anacharsis.)

CHAPITRE VI.

De l'image d'un coquin (1).

honteuses ne coûtent rien à dire ou à faire, qui Un coquin est celui à qui les choses les plus jure volontiers et fait des serments en justice autant qu'on lui en demande : qui est perdu de réputation ; que l'on outrage impunément, qui est un chicaneur (2) de profession, un effronté, et qui se mêle de toutes sortes d'affaires. Un homme de ce caractère entre sans masque dans une danse comique (5), et même sans être ivre; mais de sang-froid il se distingue dans la danse

(9) Une espèce de singes. (La Bruyère.) Des singes à la plus obscène (4) par les postures les plus in

courte queue, disent les scoliastes de ce passage.

décentes c'est lui qui, dans ces lieux où l'on voit des prestiges (5), s'ingère de recueillir l'argent de chacun des spectateurs, et qui fait querelle à ceux qui, étant entrés par billets, croient ne devoir rien payer (6). Il est d'ailleurs de tous métiers; tantôt il tient une taverne, tantôt il est suppôt de quelque lieu infame, une autre fois partisan (7): il n'y a point de si sale commerce où il ne soit capable d'entrer. Vous le verrez aujourd'hui crieur public, demain cuisinier ou brelandier (8) : tout lui est propre. S'il a une mère, il la laisse mourir de faim (9) : il est sujet au larcin, et à se voir traîner par la ville dans une prison, sa demeure ordinaire, et où il passe une partie de sa vie. Ce sont ces sortes de gens que l'on voit se faire entourer du peuple, appeler ceux qui passent, et se plaindre à eux avec une voix forte et enrouée, insulter ceux qui les contredisent. Les uns fendent la presse pour les voir, pendant que les autres, contents de les avoir vus, se dégagent et poursuivent leur chemin sans vouloir les écouter; mais ces effrontés continuent de parler : ils disent à celuici le commencement d'un fait, quelque mot à cet autre ; à peine peut-on tirer d'eux la moindre partie de ce dont il s'agit (10); et vous remarquerez qu'ils choisissent pour cela des jours

(14) Leur palestre.

(15) Chaque interprète a sa conjecture particulière sur

ce passage altéré ou elliptique. Je propose de mettre sim- d'assemblée publique, où il y a un grand con

plement le dernier pronom au pluriel, et de traduire, au lieu de « ils se trouvent présents, etc.,» « ensuite dans les « représentations ils disent à leur voisin, en parlant des « spectateurs, la palestre est à eux. » De cette manière, ce trait rentre entièrement dans le caractère du complai

cours de monde, qui se trouve le témoin de leur insolence. Toujours accablés de procès que l'on intente contre eux, ou qu'ils ont intentés à d'autres, de ceux dont ils se délivrent par de faux serments, comme de ceux qui les obligent de comparoître, ils n'oublient jamais de porter

sant, tel qu'il est défini par Aristote.

(7) Le texte grec dit : « Des stratéges, » ou généraux. C'étoient dix magistrats, dont l'un devoit commander les armées en temps de guerre ; mais il paroît que déja, du temps de Démosthène, ils n'avoient presque plus d'autres fonctions que de représenter dans les cérémonies publiques. (Voyez l'ouvrage que je viens de citer, chap. x.)

(8) D'après Aristote, cette race des meilleurs chiens de chasse de la Grèce provenoit de l'accouplement de cet animal et du renard. Byzance, devenue depuis Constantinople, étoit déja une ville importante du temps de Théophraste. Cyzique étoit un port de la Mysie, sur la Pro

pontide.

(10) Vraisemblablement d'os de gazelles de Libye, comme ceux dont parle Lucien. ( In amorib., lib. I.) Des dés d'os de chèvre ne vaudroient pas la peine d'être cités.

(11) Littéralement : « Des flacons bombés de Thurium,» ou d'après une autre leçon, « de Tyr, » ou plutôt « de « sable tyrien, » c'est-à-dire de verre, pour la fabrication duquel on se servoit alors de ce sable exclusivement, ce qui donnoit une très grande valeur à cette matière. On ne connoît aucune fabrique célèbre de vases dans les différentes villes qui portèrent le nom de Thurium. Ce ne fut que du temps des Romains que les ustensiles de verre cessèrent d'être chers, et qu'on put les avoir à un prix très bas. (Voyez Strab., liv. XVI, suivant la correction certaine de Casaubon. Cette note m'a été communiquée par M. Visconti.)

(12) Le grec dit : « Ils ont chez eux une petite cour en « forme de palestre, renfermant une arène et un jeu de « paume. » Les palestres étoient en petit ce que les gymnases étoient en grand.

(13) Une sorte de philosophes vains et intéressés. (La Bruyère.) A la fois philosophes et rhéteurs, ils instruisoient les jeunes gens par leurs leçons chèrement payées, et amusoient le public par des déclamations et des dissertations

solennelles.

leur boîte (11) dans leur sein, et une liasse de papiers entre leurs mains ; vous les dovoyez miner parmi les vils praticiens (12), à qui ils prêtent à usure, retirant chaque jour une obole et demie de chaque drachme (13); ensuite fréquenter les tavernes, parcourir les lieux où l'on débite le poisson frais ou salé, et consumer ainsi en bonne chère tout le profit qu'ils tirent de cette espèce de trafic. En un mot, ils sont querelleurs et difficiles, ont sans cesse la bouche ouverte à la calomnie, ont une voix étourdissante, et qu'ils font retentir dans les marchés et dans les boutiques.

NOTES.

(1) De l'Effronterie.

(2) Le mot grec employé ici, et qui se retrouve encore à la fin du chapitre, signifie un homme qui se tient toujours sur le marché, et qui cherche à gagner de l'argent, soit par des dénonciations ou de faux témoignages dans des tribunaux, soit en achetant des denrées pour les revendre; métier odieux chez les anciens. (Voyez les notes de Duport sur ce passage.)

(3) Sur le theâtre avec des farceurs. (La Bruyère.)

(4) Cette danse, la plus déréglée de toutes, s'appeloit en grec cordax, parceque l'on s'y servoit d'une corde pour faire des postures. (La Bruyère.) Cette étymologie est inadmissible, car le terme grec d'où nous vient le mot de corde commence par une autre lettre que le mot cordax, et ne s'emploie que pour des cordes de boyau, telles que celles de la lyre et de l'arc. Casaubon n'a cru que le cordar se dansoit avec une corde, que parceque Aristophane dit quelque part cordacem trahere, et peut-être parcequ'il se rappeloit que, dans les Adelphes de Térence, acte IV, scène VII, Demea demande : Tu inter eas restim ductans saltabis? Mais, quoique dans cette phrase la corde soit expressément nommée, Donatus pense qu'il n'y est question que de se donner la main; et c'est aussi tout ce qu'on peat conclure de l'expression d'Aristophane au sujet du cordax. M. Visconti, auquel je dois cette observation, s'en sert dans un Mémoire inédit sur le bas-relief des danseuses de la villa Borghèse pour éclaircir le passage célèbre de Tite-Live, liv. XVII, chap. xxxvII, où, en parlant d'une danse sacrée, cet auteur se sert de l'expression restim dare.

(5) Choses fort extraordinaires, telles qu'on en voit dans nos foires. (La Bruyère.)

et dont, par conséquent, sans la précaution de distribuer des billets à ceux qui ont payé, et d'employer quelqu'un à quereller ceux qui n'en ont pas, tout le monde peut jouir. Cette observation, qui n'avoit pas encore été faite, contredit l'induction que le savant auteur du Voyage du jeune Anacharsis a tirée de ce passage dans le chapitre LXX de cet ouvrage.

(6) Le savant Coray a observé avec raison qu'il faut ajouter une négation à cette phrase. Je traduis : « A ceux « qui n'ont point de billet, et veulent jouir du spectacle ⚫ gratis. » Il est question ici de farces jouées en pleine ruc,

(7) La Bruyère désigne ordinairement par ce mot les riches financiers; ici il n'est question que d'un simple commis au port, ou de quelque autre employé subalterne de la ferme d'Athènes.

(8) Joueur de dés. Aristote donne une raison assez délicate du mal qu'il trouve dans un jeu intéressé : « On y << gagne, dit-il, l'argent de ses amis, envers lesquels on < doit au contraire se conduire avec générosité. »

(9) La loi de Solon, qui n'étoit en cela que la sanction de la loi de la nature et du serment, ordonnoit de nourrir ses parents, sous peine d'infamie.

(10) Cette circonstance est ajoutée par La Bruyère ; Théophraste ne parle que de l'impudence qu'il y a à continuer une harangue dans les rues, quoique personne n'y fasse attention, et que chaque phrase s'adresse à un public différent.

(11) Une petite boîte de cuivre fort légère, où les plaideurs mettoient leurs titres et les pièces de leurs procès. (La Bruyère.) C'étoit au contraire un grand vase de cuivre ou de terre cuite, placé sur la table des juges pour y déposer les pièces qu'on leur soumettoit; et Theophraste ne se sert ici de ce terme que pour plaisanter sur l'énorme quantité de papiers dont se chargent ces chicaneurs. (Voyez le scol. d'Aristophane, Vesp., 1427, et la scolie sur ce passage de Théophraste donnée par Fischer.)

(12) Ici le mot grec dont j'ai parlé dans la note 2 ne peut avoir d'autre signification que celle des petits marchands de comestibles auxquels l'effronté prête de l'argent, et chez lesquels il va ensuite en retirer les intérêts, en mettant cet argent dans la bouche, comme c'étoit l'usage parmi le bas peuple d'Athènes. Casaubon avoit fait sur ce dernier point une note aussi juste qu'érudite, et La Bruyère n'auroit pas dû s'écarter de l'explication de ce

savant.

(13) Une obole étoit la sixième partie d'une drachme. (La Bruyère.) L'effronté prend donc un quart du capital par jour. (Voyez sur l'usure d'Athènes le Voyage du jeune Anacharsis, chap. LV.)

CHAPITRE VII.

Du grand parleur (1).

Ce que quelques uns appellent babil est proprement une intempérance de langue qui ne

permet pas à un homme de se taire (2). Vous ne | gue se remue dans son palais comme le poisson dans l'eau ; et que, quand on l'accuseroit d'être plus babillard qu'une hirondelle, il faut qu'il parle aussi écoute-t-il froidement toutes les railleries que l'on fait de lui sur ce sujet; et jusqu'à ses propres enfants, s'ils commencent à s'abandonner au sommeil : Faites-nous, lui disent-ils, un conte qui achève de nous endormir (9).

contez pas la chose comme elle est, dira quelqu'un de ces grands parleurs à quiconque veut l'entretenir de quelque affaire que ce soit : j'ai tout su; et, si vous vous donnez la patience de m'écouter, je vous apprendrai tout. Et si cet autre continue de parler: Vous avez déja dit cela (3); songez, poursuit-il, à ne rien oublier. Fort bien; cela est ainsi, car vous m'avez heureusement remis dans le fait; voyez ce que c'est que de s'entendre les uns les autres. Et ensuite: Mais que veux-je dire? Ah! j'oubliois une chose: oui, c'est cela même, et je voulois voir si vous tomberiez juste dans tout ce que j'en ai appris. C'est par de telles ou semblables interruptions qu'il ne donne pas le loisir à celui qui lui parle de respirer; et, lorsqu'il a comme assassiné de son babil chacun de ceux qui ont voulu lier avec lui quelque entretien, il va se jeter dans un cercle de personnes graves qui traitent ensemble de choses sérieuses, et les met en fuite. De là il entre dans les écoles publiques et dans les lieux des exercices (4), où il amuse les maîtres par de vains discours, et empêche la jeunesse de profiter de leurs leçons. S'il échappe à quelqu'un de dire: Je m'en vais, celui-ci se met à le suivre, et il ne l'abandonne point qu'il ne l'ait remis jusque dans sa maison (5). Si par hasard il a appris ce qui aura été dit dans une assemblée de ville, il court dans le même temps le divulguer. Il s'étend merveilleusement sur la fameuse bataille qui s'est donnée sous le gouvernement de l'orateur Aristophon (6), comme sur le combat célèbre que ceux de Lacédémone ont livré aux Athéniens sous la conduite de Lysandre (7). Il raconte une autre fois quels applaudissements a eus un discours qu'il a fait dans le public, en répète une grande partie, mêle dans ce récit ennuyeux des invectives contre le peuple; pendant que de ceux qui l'écoutent, les uns s'endorment, les autres le quittent, et que nul ne se ressouvient d'un seul mot qu'il aura dit. Un grand causeur, en un mot, s'il est sur les tribunaux, ne laisse pas la liberté de juger; il ne permet pas que l'on mange à table; et, s'il se trouve au théatre, il empèche non seulement d'entendre, mais même de voir les acteurs (8). On lui fait avouer ingénument qu'il ne lui est pas possible de se taire, qu'il faut que sa lan

NOTES.

(1) Ou du Babil. (La Bruyère.) On pourroit intituler ce Caractère, de la Loquacité. Il se distingue du Caractère III par un babil moins insignifiant, mais plus importun. M. Barthélemy a inséré ce Caractère à la suite de

l'autre dans son chap. xxviii du Voyage d'Anacharsis.

(2) Littéralement, « La loquacité, si l'on vouloit la << définir, pourroit être appelée une intempérance de < paroles. >>

(5) Je crois qu'il faut traduire, « Avez-vous fini? n'ou<bliez pas votre propos, etc. » M. Barthélemy rend ainsi ce passage: « Oui, je sais de quoi il s'agit; je pourrois << vous le raconter au long. Continuez, n'omettez aucune circonstance. Fort bien, vous y êtes; c'est cela même. « Voyez combien il étoit nécessaire d'en conférer en<< semble. »

(4) C'étoit un crime puni de mort à Athènes par une loi de Solon, à laquelle on avoit un peu dérogé du temps de Théophraste. (La Bruyère.) Il paroit que cette loi

aquelle la jeunesse

n'étoit relative qu'au temps où l'on célébroit dans ces gym-
nases une fête à Mercure, pendant
étoit moins surveillée qu'à l'ordinaire. (Voyez le Voyage
du jeune Anacharsis, chap. vii, et le chap. v de ces Ca-
ractères, note 6.)

(5)

.... Misere cupis, inquit, abire, Jamdudum video: sed nil agis; usque tenebo, Persequar...

Nil habeo quod agam, et non sum piger; usque sequar te,

dit l'Importun d'Horace dans la neuvième satire du premier livre, qui mérite d'être comparée avec ce Caractère.

(6) C'est-à-dire sur la bataille d'Arbelles et la victoire d'Alexandre, suivies de la mort de Darius, dont les nouvelles vinrent à Athènes lorsque Aristophon, célèbre ora

teur, étoit premier magistrat. (La Bruyère. ) Ce n'étoit pas une raison suffisante pour dire que cette bataille avoit été livrée sous l'archontat d'Aristophon. Paulmier de Grentemesnil a cru qu'il étoit question de la bataille des Lace

démoniens, sous Agis, contre les Macédoniens commandés par Antipater; mais il n'a pas fait attention que dans ce cas Théophraste n'auroit pas ajouté les mots de ceux de

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