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avoient déja commencé à s'altérer et à se confondre; mais, « leur conduite. J'espère, etc. ) Après avoir composé malgré ces moyens de défendre en quelque sorte cette beaucoup d'ouvrages de morale qui traitoient sur-tout des phrase, on ne peut pas se dissimuler qu'elle est d'une vertus, notre philosophe veut aussi traiter des vices. Du grande inexactitude. Il y avoit toujours une différence très reste , la tournure particulière de cette phrase semble marquée entre l'éducation et les mæurs d'Athènes et celles avoir pour objet de distinguer ces tableaux des satires perde Sparte; et, quant au climat de la Grèce, ce passage se sonnelles. trouve en contradiction avec les témoignages les plus positifs de l'antiquité. D'ailleurs on parle ici des différences (5) Plus littéralement : « J'espère, mon cher Polyclès ; dans les mœurs de ville à ville et de pays à pays, tandis « que nos enfants en deviendront meilleurs, si je leur que dans l'ouvrage il n'est question que de caractères in- « laisse de pareils écrits qui puissent leur servir d'exemple dividuels dont tous les traits sont pris dans les mours « et de guide pour choisir le commerce et la société des d'Athènes. On peut d'autant moins supposer que Théo- « hommes les plus parfaits, afin de ne point leur rester phraste ait mis cette double inexactitude dans les faits et a inférieurs. » C'est ainsi que Dion Chrysostome dit dans dans leur application, et qu'avec cela il se soit borné à ce le discours qui ne contient que les trois caractères vicieux sujet à un stérile étonnement, qu'Hippocrate, qui a écrit que j'ai joints à la fin de ce volume : « J'ai voulu fournir long-temps avant lui, étendoit l'influence du climat sur « des images et des exemples pour détourner du vice, de les caractères aux positions particulières des villes et des a la séduction et des mauvais desirs, et pour inspirer aux maisons relativement au soleil, ainsi qu'aux saisons dans « hommes l'amour de la vertu et le goût d'une meilleure lesquelles naissent les enfants, et que notre philosophe « vie. ) lui-même, cherchant ailleurs à expliquer la différence des caractères, entre dans des détails intéressants sur la différence primitive de l'organisation, et sur celle qu'y apportent la nourriture et la manière de vivre. (Voyez Porphy

LES CARACTÈRES rius, De Abst., lib. III, $ 25. Toutes ces raisons font présumer que cette phrase a été tronquée et altérée par DE THÉOPHRASTE. l'abréviateur ou par les copistes. (Voy. chap. xvi, note 1.) Il se peut qu'elle ait parlé de l'altération des mœurs d'Athènes au siècle de Théophraste, tandis que le climat et l'éducation de la Grèce n'avoient point changé.

CHAPITRE PREMIER. (2) M. Coray remarque que Diodore de Sicile parle, å la cent quatorzième olympiade, d'un Polyclès , général

De la dissimulation. d’Antipater ; et l'on sait que Théophraste fut fort lié avec le fils de ce dernier.

La dissimulation (1) n'est pas aisée à bien dé

finir : si l'on se contente d'en faire une simple (3) Voyez sur l'âge de Théophraste la note 2 du Dis

description , l'on cours sur ce pbilosophe; c'est encore un passage où cet

dire

peut que c'est un certain avant-propos paroit avoir été altéré.

art de composer ses paroles et ses actions pour

une mauvaise fin. Un homme dissimulé se com(6) Théophraste avoit dessein de traiter de toutes les

porte

de cette manière : il aborde ses ennemis, vertus et de tous les vices. (La Bruyère.) Cette opinion leur parle , et leur fait croire par cette démarn'est fondée que sur une interprétation peu exacte de la phrase suivante de cette Préface, dans laquelle on n'a che qu'il ne les hait point : il loue ouvertement pas fait attention que le pronom défini ne peut se rappor- et en leur présence ceux à qui il dresse de seter qu'aux méchants ; cette opinion est d'ailleurs combat- crètes embûches; et il s’afflige avec eux s'il leur tue par la fin de ce même Avant-propos, où l'on n'annonce

est arrivé quelque disgrace : il semble pardonque des caractères vicieux; et il n'est pas à croire que, s'il

ner les discours offensants que l'on lui tient; il en avoit existé de vertueus, ceux qui nous ont transmis cet ouvrage en auroient fait le triage pour les omettre. récite froidement les plus horribles choses

que Nous voyons aussi , par un passage d'Hermogène, de l'on aura dites contre sa réputation, et il emploie Formis orationis (lib. II, cap. 1), que l'épithète nouzoi, les paroles les plus flatteuses pour adoucir ceux que Diogène Laērce et Suidas donnent aux Caractères de Theophraste, s'applique spécialement aux caracteres vi qui se plaignent de lui, et qui sont aigris par les cieux ; car cet auteur dit qu'on appelle particulièrement de injures qu'ils en ont reçues. S'il arrive que quelce nom les gourmands , les peureux, les avares, et des qu’un l'aborde avec empressement, il feint des caractères semblables.

affaires, et lui dit de revenir une autre fois : il Au lieu de « Il semble, etc., » il faut traduire, « J'ai cache soigneusement tout ce qu'il fait ; et,

à ( cru devoir écrire sur les meurs des uns et des autres,

je vais te présenter une suite des différents caractères l'entendre parler, on croiroit toujours qu'il dé« que portent les derniers, et l'exposer les principes de libère (2); il ne parle point indifféremment; il

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a ses raisons pour dire tantôt qu'il ne fait que huit et vingt-trois. Au reste , la première phrase de ce revenir de la campagne, tantôt qu'il est arrivé chapitre seroit mieux rendue par la version suivante :

« La dissimulation, à l'exprimer par son caractère propre, à la ville fort tard, et quelquefois qu'il est lan

« est un certain art, etc., ainsi que l'a déja observé M. Beguissant, ou qu'il a une mauvaise santé. Il dit lin de Ballu. à celui qui lui emprunte de l'argent à intérêt, ou qui le prie de contribuer de sa part à une (2) Il y a ici dans le texte une transposition et des altesomme que ses amis consentent de lui préter (5), rations observées par plusieurs critiques ; il faut traduire :

« Il fait dire à ceux qui viennent le trouver pour affaires qu'il ne vend rien, qu'il ne s'est jamais vu si dé

« de revenir une autre fois, en feignant d'être rentré à nué d'argent ; pendant qu'il dit aux autres que « l'instant, ou bien en disant qu'il est tard, et que sa sante le commerce va le mieux du monde, quoique « ne lui permet pas de les recevoir. Il ne convient jamais en effet il ne vende rien. Souvent, après avoir « de ce qu'il va faire, et ne cesse d'assurer qu'il est encore

« indécis. Il dit à celui , etc. » écouté ce qu'on lui a dit , il veut faire croire qu'il n'y a pas eu la moindre attention : il feint

(5) Cette sorte de contribution étoit fréquente à Athènes, de n'avoir pas aperçu les choses où il vient de et autorisée par les lois. (La Bruyère.) Elle avoit pour jeter les yeux, ou, s'il est convenu d'un fait, objet de rétablir les affaires de ceux que des malbeurs

avoient ruinés ou endettés, en leur faisant des avances de ne s'en plus souvenir. Il n'a pour ceux qui lui parlent d'affaires que cette seule réponse : et les notes de M. Coray, nécessaires à tous ceux qui vou

qu'ils devoient rendre par la suite. Voyez le chapitre II, J'y penserai. Il sait de certaines choses , il en dront approfondir cet ouvrage sous le double rapport de ignore d'autres; il est saisi d'admiration ; d'au- la langue et des mæurs anciennes. tres fois il aura pensé comme vous sur cet évè

Les notes de Duport, que les derniers éditeurs ont trop nement, et cela selon ses différents intérêts. Son négligées , éclaircissent aussi beaucoup cette interessante

matière. langage le plus ordinaire est celui-ci : « Je n'en « crois rien, je ne comprends pas que cela puisse

CHAPITRE II. « être, je ne sais où j'en suis ; » ou bien : « Il

De la flatterie. « me semble que je ne suis

pas moi-même; » et ensuite : « Ce n'est pas ainsi qu'il me l'a fait La flatterie est un commerce honteux qui < entendre; voilà une chose merveilleuse, et qui n'est utile qu'au flatteur. Si un flatteur se pro

passe toute créance; contez cela à d'autres, mène avec quelqu'un dans la place : Remar« dois-je vous croire, ou me persuaderai-je qu'il quez-vous, lui dit-il, comme tout le monde a « me dit la vérité ? » paroles doubles et artifi

les yeux sur vous? cela n'arrive qu'à vous seul. cieuses, dont il faut se défier comme de ce qu'il Hier il fut bien parlé de vous , et l'on ne tarisy a au monde de plus pernicieux. Ces manières soit point sur vos louanges. Nous nous trouvâd'agir ne partent point d'une ame simple et

mes plus de trente personnes dans un endroit droite, mais d'une mauvaise volonté, ou d'un du Portique (1); et comme par la suite du dishomme qui veut nuire : le venin des aspics est cours l'on vint à tomber sur celui que l'on demoins à craindre.

voit estimer le plus homme de bien de la ville,

tous d'une commune voix vous nommèrent, et NOTES.

il n'y en eut pas un seul qui vous refusåt ses (1) L'auteur parle de celle qui ne vient pas de la pru- suffrages. Il lui dit mille choses de cette nature. dence, et que les Grecs appeloient ironie. (La Bruyere.) Il affecte d'apercevoir le moindre duvet qui se Aristote désigne par ce mot cette dissimulation, à-la-fois sera attaché à votre habit, de le prendre, et modeste et adroite, des avantages qu'on a sur les autres, de le souffler à terre : si par hasard le vent a dont Socrate a fait un usage si heureux. (Voyez Moral. ad Nicom., IV, 7.) Mais le maitre de Théophraste dit, en fait voler quelques petites pailles sur votre barbe faisant l'énumération des vices opposés à la véracité, qu'on ou sur vos cheveux, il prend soin de vous les s'écarte de cette vertu, soit pour le seul plaisir de mentir, ôter ; et vous souriant : Il est merveilleux, ditsoit par jactance, soit par intérêt. C'est sur-tout cette der- il, combien vous êtes blanchi (2) depuis deux nière modification de la dissimulation qu'il me semble que jours que je ne vous ai pas vu. Eu il ajoute : Théophraste a voulu caractériser ici; et ce ne peut être que faute d'un terme plus propre qu'il l'a appelée ironie. Voilà encore, pour un homme de votre âge, Les deux autres espèces sont peintes dans les Caractères assez de cheveux noirs. Si celui qu'il veut flat

et les porte

ter prend la parole, il impose silence à tous aperçoit quelque part le portrait du maître, où ceux qui se trouvent présents, et il les force d'ap- il soit extrêmement flatté, il est touché de voir prouver aveuglément tout ce qu'il avance (3); combien il lui ressemble, et il l'admire comme et, dès qu'il a cessé de parler, il se récrie : Cela un chef-d'auvre. En un mot, le flatteur ne dit est dit le mieux du monde, rien n'est plus heu- rien et ne fait rien au hasard ; mais il rapporte reusement rencontré. D'autres fois, s'il lui ar- toutes ses paroles et toutes ses actions au desrive de faire à quelqu'un une raillerie froide, sein qu'il a de plaire à quelqu'un , et d'acquérir il ne manque pas de lui applaudir, d'entrer ses bonnes graces. dans cette mauvaise plaisanterie; et quoiqu'il n'ait nulle envie de rire, il porte à sa bouche

NOTES. l'un des bouts de son manteau, comme s'il ne

(1) Édifice public qui servit depuis à Zénon et à ses pouvoit se contenir et qu'il voulût s'empêcher

disciples de rendez-vous pour leurs disputes : ils en furent d'éclater ; et, s'il l'accompagne lorsqu'il marche appelés stoiciens; car stoa , mot grec, signifie portique. par la ville, il dit à ceux qu'il rencontre dans (La Bruyère.) Zénon est mort au plus tard au commenson chemin de s'arrêter jusqu'à ce qu'il soit

cement de la cent trentième olympiade, après avoir enpassé (4). Il achète des fruits,

seigné pendant cinquante-huit ans. Theophraste, qui a chez

vécu jusqu'à l'an 1 de la cent vingt-troisième olympiade, ce citoyen ; il les donne à ses enfants en sa pré- a donc vu naitre l'école du Portique trente ans avant sa sence, il les baise, il les caresse : Voilà, dit-il, mort, et c'est vraisemblablement à dessein qu'il a place ici de jolis enfants, et dignes d'un tel père. S'il le nom de cet édifice. On sait que Zénon a dit, au sujet sort de sa maison, il le suit; s'il entre dans une

des deux mille disciples de Théophraste, que le chœur de

ce philosophe étoit composé d'un plus grand nombre de boutique pour essayer des souliers, il lui dit :

musiciens, mais qu'il y avoit plus d'accord et d'harmonie Votre pied est mieux fait que cela (5). Il l'ac- dans le sien : comparaison qui marque la rivalité de ces compagne ensuite chez ses amis, ou plutôt il deux écoles. entre le premier dans leur maison, et leur dit :

(2) « Allusion à la nuance que de petites pailles font Un tel me suit, et vient vous rendre visite; et

« dans les cheveux. » Et un peu plus bas, « Il parle à un retournant sur ses pas : « Je vous ai annoncé, « jeune homme. » (La Bruyère.) Je croirois plutôt que le < dit-il, et l'on se fait un grand honneur de

flatteur est censé s'adresser à un vieillard, et que la petite ( vous recevoir. » Le flatteur se met à tout paille ne lui sert que d'occasion pour débiter un compli

ment outré, en faisant semblant de s'apercevoir pour la sans hésiter, se mèle des choses les plus viles,

première fois des cheveux blancs de cet homme qui en a et qui ne conviennent qu'à des femmes (6). S'il la tête couverte. est invité à souper, il est le premier des conviés à louer le vin; assis à table le plus proche de saubon. D'après ce grand critique, au lieu de , « il les

(3) La Bruyère s'écarte ici de l'interprétation de Cacelui qui fait le repas, il lui répète souvent : En force, etc., » il faut traduire, « il le loue en face. » Cette vérité, vous faites une chère délicate (7); et version, et notamment la correction de Sylburgius , est montrant aux autres l'un des mets qu'il soulève confirmée par les manuscrits 1983, 2977 et 1916 de la Bidu plat : Cela s'appelle , dit-il, un morceau

bliothèque du Roi. friand. Il a soin de lui demander s'il a froid,

(4) «Jusqu'à ce que Monsieur soit passé. » ( Traduction s'il ne voudroit point une autre rohe, et il s'em- de M. Coray.) presse de le mieux couvrir : il lui parle sans

(5) Le grec dit plus clairement, « Votre pied est mieux cesse à l'oreille; et , si quelqu'un de la compa

« fait que la chaussure. D gnie l'interroge, il lui répond négligemment et sans le regarder, n'ayant des yeux que pour un

(6) Il y a dans le grec, a Certes, il est même capable seul. Il ne faut pas croire qu'au théâtre il oublie

« de vous présenter, sans prendre haleine, ce qu'on vend

« au marché des femmes. » Selon Menandre, cité par d'arracher des carreaux des mains du valet qui Pollux (liv. X, segm. 18), ce qu'on appeloit le marché les distribue, pour les porter à sa place et l'y des femmes étoit l'endroit où l'on vendoit la poterie : et faire asseoir plus mollement (8). J'ai dû dire comme ce trait est distingué de tous les autres par la aussi qu'avant qu'il sorte de sa maison il en

phrase, « Certes, il est même capable , » il me paroit que loue l'architecture, se récrie sur toutes choses, qu'Épictète a dit plus clairement ( Arrien , liv. Ier, chap. II,

Théophraste reproche au flatteur, en termes couverts, ce dit que les jardins sont bien plantés; et, s'il tome ser, page 13 de l'édition de mon père), Matulam præbet. Le verbe de la phrase grecque n'admet pas d'au- , fète des Mystères (4): il lui demande combien tre signification que celle de servir, présenter ; l'adverbe de colonnes soutiennent le théâtre de la musique j'ai rendu littéralement, sans prendre haleine . désigne ou la hâte avec laquelle il rend ce service, ou l'effet que (5), quel est le quantième du mois : il lui d'une répugnance naturelle en pareil cas.

dit qu'il a eu la veille une indigestion; et,

si cet

homme à qui il parle a la patience de l'écouter, (7) D'après M. Coray, il faut traduire : « Il vous dit, il ne partira pas d'auprès de lui, il lui annoncera « En vérité, vous mangez sans appétit ; et il vous sert « ensuite un morceau choisi, en disant, Cela rous fera comme une chose nouvelle que les Mystères (6) « du bien : » ce qui rappelle ces vers de Boileau dans la se célèbrent dans le mois d'août, les Apaiusalire du repas : « Qu'avez-vous donc, que vous ne man- ries (7) au mois d'octobre; et à la campagne, « gez point? » et « mangez sur ma parole. »

dans le mois de décembre, les Bacchanales (8). (8) Ce n'étoit pas , comme La Bruyère paroit l'avoir Il n'y a, avec de si grands causeurs, qu’un parti cru, un valet attaché au théâtre qui distribuoit des cous- à prendre, qui est de fuir (9), si l'on veut du sins ; mais les riches les y faisoient porter par leurs escla moins éviter la fièvre; car quel moyen de pouves. Ovide conseille aux amants la complaisance que Théo voir tenir contre des gens qui ne savent pas phraste semble reprocher aux flatteurs ; il dit dans son discerner ni volre loisir, ni le temps de vos afArt d'aimer : Fuit utile multis Pulvinum facili compo

faires ? suisse manu , etc.

NOTES. Le savant auteur du Voyage du jeune Anacharsis, qui nous a rendus, pour ainsi dire, concitoyens de Théophraste, a emprunté, dans son chap. XXVIII, plusieurs des termes abstraits. On auroit pu intituler ce chapitre

(1) Dans le grec, les noms des Caractères sont toujours traits de ce caractère pour faire le portrait du parasite de

du Babil, et traduire la définition plus littéralement : Philandre.

« Le babil est une profusion de discours longs et irré

« fléchis. ) CHAPITRE III.

M. Barthélemy a inséré ce Caractère presque en entier

dans le vingt-huitième chapitre de son Voyage du jeune De l'impertinent, ou du diseur de riens. Anacharsis. La sotte envie de discourir vient d'une habi- cette denrée étoit tarće, et il y avoit des inspecteurs par

(2) Le grec dit : « Sur le bas prix du blé. » A Athènes, lude qu'on a contractée de parler beaucoup et ticuliers pour en surveiller la vente. On peut voir à ce sujet sans réflexion (1). Un homme qui veut parler, le chap. xil du Voyage du jeune Anacharsis , auquel je se trouvant assis proche d'une personne qu'il renverrai souvent le lecteur, parceque cet intéressant oun'a jamais vue et qu'il ne connoit point, entre monde, et fournit aux savants des citations pour des re

vrage donne des éclaircissements suffisants aux gens du d'abord en matière , l'entretient de sa femme, cherches ultérieures. et lui fait son éloge, lui conte son songe, lui fait un long détail d'un repas où il s'est trouvé, (3) Premières Bacchanales, qui se célébroient dans la sans oublier le moindre mets ni un seul service ; ville. (La Bruyère.) La Bruyère appelle cette fète de Bac

chus la première, pour la distinguer de celle de la campail s'échauffe ensuite dans la conversation, dé

gne, dont il sera question plus bas. Elle étoit appelée orclame contre le temps présent , et soutient que dinairement les grandes Dionysiaques , ou bien les Barles hommes qui vivent présentement ne valent chanales par excellence ; car elle étoit beaucoup plus point leurs pères : de là il se jette sur ce qui se

brillante que celle de la campagne, où il n'y avoit point debite au marché, sur la cherlé du blé (2), sur

d'étrangers, parcequ'elle étoit célébrée en hiver. (Voyez

le scoliaste d’Aristophane ad Acharn., v. 201 et 503 , et le le grand nombre d'étrangers qui sont dans la chap. XXIV du Voyage du jeune Anacharsis.) ville : il dit qu'au printemps, où commencent Pendant l'biver, les vaisseaux des anciens étoient tirés à les Bacchanales (3), la mer devient navigable; terre et placés sous des hangars; on les lançoit de nouqu’un peu de pluie seroit utile aux biens de la reau à la mer, au printemps : Trahuntque siccas ma

chince carinas, dit Horace en faisant le tableau de cette terre, et feroit espérer une bonne récolte ; qu'il saison , liv. I. ode iv. cultivera son champ l'année prochaine, et qu'il le mettra en valeur; que le siècle est dur, et (4) Les mystères de Cérès se célébroient la nuit, et il y qu'on a bien de la peine à vivre. Il apprend à avoit une émulation entre les Athéniens à qui apporteroit cet inconnu que c'est Damippe qui a fait brûler allumées en mémoire de celles dont Cérès éclaira sa course

une plus grande torche. (La Bruyère.) Ces torches étoient la plus belle torche devant l'autel de Cérès à la nocturne en cherchant Proserpine ravie par Pluton. Pausanias nous apprend, liv. I, chap. 11, que dans le temple se réduire à un ton de voix modéré; ne se pas de Cérés à Athènes il y avoit une statue de Bacchus por- fier à leurs amis sur les moindres affaires, pentaut ure torche ; et l'on voit souvent des torches reprédant qu'ils s'en entretiennent avec leurs domessentées dans les bas-reliefs ou autres monuments anciens qui retracent des cérémonies religieuses. (Voyez le Musée tiques, jusqu'à rendre comple à leurs moindres du Capitole, tome IV, planc. 57, et le Musée Pio Clem., valets (2) de ce qui aura été dit dans une aslome V, planche 80.) Dans les grandes Dionysiaques d'A- semblée publique. On les voit assis, leur robe thènes, on en plaçoit sur les toits; et, dans les Saturnales de Rome, on en érigeoit devant les maisons : il en étoit relevée jusqu'aux genoux et d'une manière inpeut-être de même dans les mystères de Cérès; car les décente. Il ne leur arrive pas en toute leur vie mots devant l'autel ne sont point dans le texte.

de rien admirer, ni de paroitre surpris des

choses les plus extraordinaires que l'on rencon(5) L'Odéon. I avoit été bâti par Péricles, sur le modèle de la tente de Xerxés : son comble, terminé en pointe,

tre sur les chemins (3); mais si c'est un bæuf, étoit fait des antennes et des måts enlevés aux vaisseaux

un âne ou un vieux bouc, alors ils s'arrètent des Perses : il fut brûlé au siège d'Athènes par Sylla. et ne se lassent point de les contempler. Si quel

quefois ils entrent dans leur cuisine, ils man(6) Fête de Cérés. Voyez ci-dessus. (La Bruyère.)

gent avidement tout ce qu'ils y trouvent, boivent (7) En françois, la fête des Tromperies : son origine tout d'une haleine une grande tasse de vin pur ; ne fait rien aux mæurs de ce chapitre. (La Bruyere.) Elle ils se cachent pour cela de leurs servantes, avec fut instituée et prit le nom que La Bruyère vient d'expli- qui d'ailleurs ils vont au moulin, et entrent dans quer, parceque, dans le combat singulier que Mélanthus les plus petits détails du domestique (4). Ils livra , au nom des Athéniens, à Xanthus, chef des Béotiens, Bacchus vint au secours du premier en trompant

interrompent leur souper, et se lèvent pour Xanthus. On trouvera quelques détails sur les usages de donner une poignée d'herbes aux bêtes de charcette fête dans le chap. xxvi d'Anacharsis.

rue (5) qu'ils ont dans leurs étables. Heurie

t-on à leur porte pendant qu'ils dînent, ils sont (8) Il auroit mieux valu traduire, « Et les Bacchanales attentifs et curieux. Vous remarquez toujours « de la campagne dans le mois de décembre. » (Voyez ci-dessus, note 3.) Elles se célébroient près d'un temple proche de leur table un gros chien de cour appelé Lenæum , ou le temple du pressoir.

qu'ils appellent à eux, qu'ils empoignent par la On peut consulter, sur les fêtes d'Athènes en général, gueule, en disant (6): Voilà celui qui garde la et sur les mois dans lesquels elles étoient célébrées, la place , qui prend soin de la maison et de ceux deuxième table ajoutée à l'ouvrage de l'abbé Barthélemy qui sont dedans. Ces gens, épineux dans les par son savant et modeste ami M. de Sainte-Croix, qui a éclairci l'histoire et les usages de la Grèce par tant de re- paiements qu'on leur fait, rebutent un grand cherches profondes et utiles.

nombre de pièces qu'ils croient légères, ou qui

ne brillent pas assez à leurs yeux, et qu'on est (9) Littéralement : « Il faut se débarrasser de telles gens, obligé de leur changer. Ils sont occupés pendant « et les fuir à toutes jambes. » Aristote dit un jour à un tel causeur : « Ce qui m'étonne, c'est qu'on ait des oreilles la nuit d'une charrue, d'un sac, d'une faux, a pour t'entendre, quand on a des jambes pour t'é- d'une corbeille, et ils rêvent à qui ils ont prêté « chapper. »

ces ustensiles. Et lorsqu'ils marchent par la

ville : Combien vaut , demandent-ils aux preCHAPITRE IV.

miers qu'ils rencontrent, le poisson sale? Les De la rusticité.

fourrures se vendent-elles bien (7)? N'est-ce

pas aujourd'hui que les jeux nous ramènent une Il semble que la rusticité n'est autre chose nouvelle lune (8)? D'autres fois, ne sachant qu’une ignorance grossière des bienséances. que dire, ils vous apprennent qu'ils vont se L'on voit en effet des gens rustiques et sans faire raser, et qu'ils ne sortent que pour cela (9). réflexion sortir un jour de médecine (1), el se Ce sont ces mêmes personnes que l'on entend trouver en cet état dans un lieu public parmi le chanter dans le bain , qui mettent des clous à monde; ne pas faire la différence de l'odeur leurs souliers, et qui, se trouvant tout portés forte du thym ou de la marjolaine d'avec les devant la boutique d'Archias (10), achètent parfums les plus délicieux ; élre chaussés large cux-mêmes des viandes salées et les rapportent et grossièrement; parler haut, et ne pouvoir à la main en pleine ruc,

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