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coucher. Vous le voyez planté, et qui a pris ra- | moins que jamais : pensez-vous qu'il cherche à cine au milieu de ses tulipes et devant la soli- s'instruire par les médailles, et qu'il les regarde taire : il ouvre de grands yeux , il frotte ses comme des preuves parlantes de certains faits, mains, il se baisse , il la voit de plus près, il ne et des monuments fixes et indubitables de l'anl'a jamais vue si belle, il a le coeur épanoui de cienne histoire? rien moins : vous croyez peutjoie : il la quitte pour l'orientale; de là il va à la être que toute la peine qu'il se donne pour reveuve ; il passe au drap-d'or, de celle-ci à l'agate; couvrer une tête vient du plaisir qu'il se fait de d'où il revient enfin à la solitaire, où il se fixe, ne voir pas une suite d'empereurs interrompue? où il se lasse, où il s'assied, où il oublie de di- c'est encore moins : Diognète sait d'une méner: aussi est-elle nuancée, bordée, huilée, à daille le fruste , le flou", et la fleur de coin; il a pièces emportées; elle a un beau vase ou un une tablette dont toutes les places sont garnies, beau calice : il la contemple, il l'admire. Dieu à l'exception d'une seule : ce vide lui blesse la et la nature sont en tout cela ce qu'il n'admire vue, et c'est précisément, et à la lettre, pour point; il ne va pas plus loin que l'ognon de sa le remplir, qu'il emploie son bien et sa vie. tulipe, qu'il ne livreroit pas pour mille écus, et Vous voulez, ajoute Démocède, voir mes esqu'il donnera pour rien quand les tulipes seront tampes ? et bientôt il les étale et vous les montre. négligées, et que les aillets auront prévalu. Cet Vous en rencontrez une qui n'est ni noire , homme raisonnable, qui a une ame, qui a un nette , ni dessinée, et d'ailleurs moins propre culte et une religion, revient chez soi, fatigué, à être gardée dans un cabinet qu'à tapisser, un affamé, mais fort content de sa journée : il a vu jour de fète, le Petit-Pont ou la rue Neuve : il des tulipes.

convient qu'elle est mal gravée, plus mal dessiParlez à cet autre de la richesse des mois- née; mais il assure qu'elle est d'un Italien qui a sons, d'une ample récolte, d'une bonne ven- travaillé peu, qu'elle n'a presque pas été tirée, dange; il est curieux de fruits, vous n'articulez que c'est la seule qui soit en France de ce dessin, pas, vous ne vous faites pas entendre : parlez- qu'il l'a achetée très cher, et qu'il ne la chanlui de figues et de melons, dites que les poiriers geroit pas pour ce qu'il a de meilleur. J'ai , conrompent de fruit cette année, que les pêchers tinue-t-il, une sensible affliction, et qui m'obliont donné avec abondance; c'est pour lui un gera à renoncer aux estampes pour le reste de idiome inconnu, il s'attache aux seuls pruniers, mes jours : j'ai tout Calot, hormis une seule qui il ne vous répond pas. Ne l'entretenez pas même n'est pas, à la vérité, de ses bons ouvrages , au de vos pruniers, il n'a de l'amour que pour une contraire c'est un des moindres, mais qui m'acertaine espèce; toute autre que vous lui nom- chèveroit Calot; je travaille depuis vingt ans à mez le fait sourire et se moquer. Il vous mène recouvrer cette estampe, et je désespère enfin à l'arbre, cueille artistement cette prune ex- d'y réussir : cela est bien rude! quise , il l'ouvre, vous en donne une moitié, et Tel autre fait la satire de ces gens qui s'engaprend l'autre : quelle chair! dit-il; goûtez-vous gent par inquiétude ou par curiosité dans de cela? cela est-il divin? voilà ce que vous ne trou- longs voyages; qui ne font ni mémoires , ni reverez pas ailleurs ; et là-dessus ses narines s'en- lations ; qui ne portent point de tablettes ; qui flent, il cache avec peine sa joie et sa vanité vont pour voir, et qui ne voient pas, ou qui oupar quelques dehors de modestie. O l'homme blient ce qu'ils ont vu; qui desirent seulement divin en effet ! homme qu'on ne peut jamais as- de connoitre de nouvelles tours ou de nouveaux sez louer et admirer ! homme dont il sera parlé elochers, et de passer des rivières qu'on n'apdans plusieurs siècles! que je voie sa taille et pelle ni la Seine, ni la Loire; qui sortent de leur son visage pendant qu'il vit; que j'observe les patrie pour y retourner, qui aiment à être abtraits et la contenance d'un homme qui seul sents, qui veulent un jour être revenus de loin : entre les mortels possède une telle prune! et ce satirique parle juste, et se fait écouter. Un troisième que vous allez voir vous parle

Mais quand il ajoute que les livres en apprendes curieux ses confrères, et sur-tout de Dio

On lit, dans les éditions publiées du vivant de La Bruyère, gnèle. Je l'admire, dit-il, et je le comprends le frust, le felous.

nent plus que les voyages, et qu'il m'a fait com- Un bourgeois aime les bâtiments ; il se fait prendre par ses discours qu'il a une bibliothè- bâtir un hôtel si beau , si riche, et si orné, qu'il que, je souhaite de la voir ; je vais trouver cet est inhabitable : le maître, honteux de s'y loger, homme, qui me reçoit dans une maison où dès ne pouvant peut-être se résoudre à le louer à l'escalier je tombe en foiblesse d'une odeur de un prince ou à un homme d'affaires, se retire maroquin noir dont ses livres sont tout couverts. au galetas, où il achève sa vie, pendant que Il a beau me crier aux oreilles , pour me rani- l'enfilade et les planchers de rapport sont en mer, qu'ils sont dorés sur tranche, ornés de fi- proie aux Anglois et aux Allemands qui voyalets d'or, et de la bonne édition, me nommer gent, et qui viennent là du Palais-Royal, du pales meilleurs l'un après l'autre, dire que sa ga- lais L... G...', et du Luxembourg. On heurte lerie est remplie , à quelques endroits près qui sans fin à cette belle porte : tous demandent à sont peints de manière qu'on les prend pour de voir la maison , et personne à voir monsieur. vrais livres arrangés sur des tablettes, et que On en sait d'autres qui ont des filles devant l'ail s'y trompe; ajouter qu'il ne lit jamais, leurs yeux, à qui ils ne peuvent pas donner une qu'il ne met pas le pied dans cette galerie, qu'il dot; que dis-je ? elles ne sont pas vêtues, à peine y viendra pour me faire plaisir; je le rerner- nourries ; qui se refusent un tour de lit et du cie de sa complaisance, et ne veux non plus linge blanc, qui sont pauvres : et la source de que lui visiter sa tannerie, qu'il appelle biblio- leur misère n'est pas fort loin, c'est un gardethèque.

meuble chargé et embarrassé de bustes rares, Quelques uns , par une intempérance de sa- déja poudreux et couverts d'ordures, dont la voir, et par ne pouvoir se résoudre à renoncer vente les mettroit au large, mais qu'ils ne peuà aucune sorte de connoissance, les embrassent vent se résoudre à mettre en vente. toutes et n'en possèdent aucune. Ils aiment Diphile commence par un oiseau et finit par mieux savoir beaucoup qué de savoir bien, et mille : sa maison n'est pas égayée, mais empesêtre foibles et superficiels dans diverses sciences tée : la cour, la salle, l'escalier, le vestibule, que d'être sûrs et profonds dans une seule : ils les chambres, le cabinet, tout est volière : ce trouvent en toutes rencontres celui qui est leur n'est plus un ramage, c'est un vacarme; les maitre et qui les redresse ; ils sont les dupes de vents d'automne et les eaux dans leurs plus granleur vaine curiosité , et ne peuvent au plus, par des crues ne font pas un bruit si perçant et de longs et pénibles efforts , que se tirer d'une aigu; on ne s'entend non plus parler les uns les ignorance crasse.

autres que dans ces chambres où il faut attenD'autres ont la clef des sciences, où ils n'en-dre, pour faire le compliment d'entrée, que les trent jamais ; ils passent leur vie à déchiffrer les petits chiens aient aboyé. Ce n'est plus pour langues orientales et les langues du Nord, celles Diphile un agréable amusement; c'est une afdes deux pôles , et celle qui se parle dans la lune. faire laborieuse et à laquelle à peine il peut sufLes idiomes les plus inutiles avec les caractères fire. Il passe les jours, ces jours qui échappent les plus bizarres et les plus magiques sont pré- et qui ne reviennent plus, à verser du grain et cisément ce qui réveille leur passion et qui excite à nettoyer des ordures; il donne pension à un leur travail. Ils plaignent ceux qui se bornent homme qui n'a point d'autre ministère que de ingénument à savoir leur langue, ou tout au siffler des serins au flageolet, et de faire couver plus la grecque et la latine. Ces gens lisent tou- des canaries. Il est vrai que ce qu'il dépense tes les histoires, et ignorent l'histoire; ils par- d'un côté, il l'épargne de l'autre, car ses encourent tous les livres, et ne profitent d'aucun : fants sont sans maîtres et sans éducation. Il se c'est en eux une stérilité de faits et de principes renferme le soir, fatigué de son propre plaisir, qui ne peut être plus grande, mais à la vérité sans pouvoir jouir du moindre repos que ses oila meilleure récolie et la richesse la plus abon- seaux ne reposent, et que ce petit peuple, qu'il dante de mots et de paroles qui puisse s'imagi- n'aime que parcequ'il chante , ne cesse de channer; ils plient sous le faix; leur mémoire en est accablée, pendant que leur esprit demeure vide. • Lesdiguières.

couve.

ier. Il retrouve ses oiseaux dans son sommeil ; 1 passent : s'il est par hasard homme de mérite, lui-même il est oiseau, il est huppé, il gazouille, il n'est pas anéanti, et il subsiste encore par il perche, il rêve la nuit qu'il mue ou qu'il quelque endroit; également estimable, il est

seulement moins estimé. Qui pourroit épuiser tous les différents gen- La vertu a cela d'heureux qu'elle se suffit à res de curieux ? Devineriez-vous à entendre par- elle-même, et qu'elle sait se passer d'admiraler celui-ci de son léopard , de sa plume, de sa teurs, de partisans et de protecteurs : le manmusique ', les vanter comme ce qu'il y a sur la que d'appui et d'approbation non seulement ne terre de plus singulier et de plus merveilleux, lui nuit pas, mais il la conserve, l'épure, et la qu'il veut vendre ses coquilles ? Pourquoi non, rend parfaite : qu'elle soit à la mode, qu'elle s'il les achète au poids de l'or?

n'y soit plus, elle demeure vertu. Cet autre aime les insectes; il en fait tous les Si vous dites aux hommes, et sur-tout aux jours de nouvelles emplettes : c'est sur-tout le grands, qu'un tel a de la vertu, ils vous disent : premier homme de l'Europe pour les papillons; Qu'il la garde ; qu'il a bien de l'esprit, de celui il en a de toutes les tailles et de toutes les cou- sur-tout qui plaît et qui amuse, ils vous réponleurs. Quel temps prenez-vous pour lui rendre dent : Tant mieux pour lui; qu'il a l'esprit fort visite? il est plongé dans une amère douleur; il cultivé, qu'il sait beaucoup, ils vous demandent a l'humeur noire, chagrine, et dont toute sa quelle heure il est, ou quel temps il fait : mais famille souffre, aussi a-t-il fait une perte irré- si vous leur apprenez qu'il y a un Tigillin qui parable : approchez, regardez ce qu'il vous souffle ou qui jette en sable un verre d'eau-demontre sur son doigt, qui n'a plus de vie, et vie', et, chose merveilleuse! qui y revient à qui vient d'expirer; c'est une chenille, et quelle plusieurs fois en un repas, alors ils disent : Où chenille!

est-il ? amenez-le-moi demain, ce soir; me l'aLe duel est le triomphe de la mode, et l'en- mènerez-vous ? On le leur amène; et cet homme droit où elle a exercé sa tyrannie avec plus d'é- propre à parer les avenues d'une foire, et à être clat. Cet usage n'a pas laissé au poltron la liberté montré en chambre pour de l'argent, ils l'adde vivre ; il l'a mené se faire tuer par un plus mettent dans leur familiarité. brave que soi, et l'a confondu avec un homme

ne Il n'y a rien qui mette plus subitement un de coeur; il a attaché de l'honneur et de la gloire homme à la mode, et qui le soulève davantage, à une action folle et extravagante ; il a été ap- que le grand jeu : cela va de pair avec la craprouvé par la présence des rois; il y a eu quel- pule. Je voudrois bien voir un homme poli, quefois une espèce de religion à le pratiquer : enjoué, spirituel, fût-il un Catulle ou son il a décidé de l'innocence des hommes, des ac- disciple, faire quelque comparaison avec celui cusations fausses ou véritables sur des crimes qui vient de perdre huit cents pistoles en une capitaux; il s'étoit enfin si profondément enra- séance. ciné dans l'opinion des peuples, et s'étoit si fort Une personne à la mode ressemble à une fleur saisi de leur coeur et de leur esprit, qu'un des bleue qui croît de soi-même dans les sillons , plus beaux endroits de la vie d'un très grand où elle étouffe les épis, diminue la moisson, et roi a été de les guérir de cette folie.

tient la place de quelque chose de meilleur; Tel a été à la mode, ou pour le commande- qui n'a de prix et de beauté que ce qu'elle emment des armées et la négociation, ou pour prunte d'un caprice léger qui naît et qui tombe l'éloquence de la chaire, ou pour les vers, qui presque dans le même instant : aujourd'hui elle n'y est plus. Y a-t-il des hommes qui dégénè- est courue, les femmes s'en parent; demain rent de ce qu'ils furent autrefois? Est-ce leur elle est négligée, et rendue au peuple. mérite qui est usé, ou le goût que l'on avoit

Une personne de mérite, au contraire, est pour eux ?

· Souffler ou jeter en sable un verre de vin, d'eau-de-vie, Un homme à la mode dure peu, car les modes anciennes expressions proverbiales qui signifioient l'avaler d'un

Ces barbeaux qui croissent parmi les seigles furent, un été, · Norns de coquillages. (La Bruyère.)

à la mode dans Paris. Les dames en meltoient pour bouquet.

trait.

une fleur qu'on ne désigne pas par sa couleur, L'on blâme une mode qui, divisant la taille mais que l'on nomme par son nom, que l'on des hommes en deux parties égales, en prend cultive par sa beauté ou par son odeur; l'une une tout entière pour le buste, et laisse l'autre des graces de la nature, l'une de ces choses pour le reste du corps : l'on condamne celle qui qui embellissent le monde, qui est de tous les fait de la tête des femmes la base d'un édifice temps, et d'une vogue ancienne et populaire; à plusieurs étages, dont l'ordre et la structure que nos pères ont estimée, et que nous esti- changent selon leurs caprices; qui éloigne les mons après nos pères ; à qui le dégoût ou l'an- cheveux du visage, bien qu'ils ne croissent que tipathie de quelques uns ne sauroit nuire : un pour l'accompagner; qui les relève et les hélis, une rose.

risse à la manière des Bacchantes, et semble L'on voit Eustrate assis dans sa nacelle, où il avoir pourvu à ce que les femmes changent leur jouit d'un air pur et d'un ciel serein : il avance physionomie douce et modeste en une autre d'un bon vent et qui a toutes les apparences de qui soit fière et audacieuse. On se récrie enfin devoir durer; mais il tombe tout d'un coup, le contre une telle ou une telle mode, qui cepenciel se couvre , l'orage se déclare, un tourbillon dant, toute bizarre qu'elle est, pare et embellit enveloppe la nacelle, elle est submergée : on pendant qu'elle dure, et dont l'on tire tout voit Eustrate revenir sur l'eau et faire quelques l'avantage qu'on en peut espérer, qui est de efforts, on espère qu'il pourra du moins se sau- plaire. Il me paroit qu'on devroit seulement ver et venir à bord ; mais une vague l'enfonce, admirer l'inconstance et la légèreté des homon le tient perdu : il paroît une seconde fois, et mes, qui attachent successivement les agréles espérances se réveillent, lorsqu’un flot sur-ments et la bienséance à des choses tout oppovient et l'abyme, on ne le revoit plus, il est sees, qui emploient pour le comique et pour la noyé.

mascarade ce qui leur a servi de parure grave VOITURE et SARRAZIN étoient nés pour leur et d'ornements les plus sérieux, et que si peu siècle, et ils ont paru dans un temps où il sem- de temps en fasse la différence. ble qu'ils étoient attendus. S'ils s'étoient moins N... est riche; elle mange bien , elle dort pressés de venir, ils arrivoient trop tard; et bien : mais les coiffures changent; et lorsqu'elle j'ose douter qu'ils fussent tels aujourd'hui qu'ils y pense le moins, et qu'elle se croit heureuse, ont été alors : les conversations légères , les la sienne est hors de mode. cercles, la fine plaisanterie, les lettres enjouées Iphis voit à l'église un soulier d'une nouvelle et familières, les petites parties où l'on étoit mode; il regarde le sien, et en rougit; il ne se admis seulement avec de l'esprit, tout dis- croit plus habillé : il étoit venu à la messe pour paru. Et qu'on ne dise point qu'ils les feroient s'y montrer, et il se cache : le voilà retenu par revivre : ce que je puis faire en faveur de leur le pied dans sa chambre tout le reste du jour. Il esprit est de convenir que peut-être ils excelle- a la main douce, et il l'entretient avec une pâte roient dans un autre genre; mais les femmes de senteur. Il a soin de rire pour montrer ses sont, de nos jours, ou dévoles, ou coquetles, dents : il fait la petite bouche, et il n'y a guère ou joueuses, ou ambitieuses, quelques unes de moments où il ne veuille sourire : il regarde même tout cela à-la-fois ; le goût de la faveur, ses jambes, il se voit au miroir ; l'on ne peut le jeu, les galants, les directeurs, ont pris la ètre plus content de personne qu'il l'est de luiplace, et la défendent contre les gens d'es- même : il s'est acquis une voix claire et délicate, prit.

et heureusement il parle gras : il a un mouveUn homme fat et ridicule porte un long cha- ment de tète et je ne sais quel adoucissement peau, un pourpoint à ailerons, des chausses à dans les yeux, dont il n'oublie pas de s'embelaiguillettes et des bottines : il rêve la veille par lir : il a une démarche molle et le plus joli où et comment il pourra se faire remarquer le maintien qu'il est capable de se procurer : il met jour qui suit. Un philosophe se laisse habiller du rouge, mais rarement; il n'en fait pas habi

var son tailleur. Il y a autant de foiblesse à fuir lude : il est vrai aussi qu'il porte des chausses la mode qu'à l'affecter.

et un chapeau, et qu'il n'a ni boucles d'oreilles, ni collier de perles : aussi ne l'ai-je pas mis dans Celui qui depuis quelque temps à la cour étoit le chapitre des femmes.

dévot, et par-là, contre toute raison, peu éloiCes mêmes modes que les hommes suivent gné du ridicule , pouvoit-il espérer de devenir à si volontiers pour leurs personnes, ils affectent la mode? de les négliger dans leurs portraits, comme s'ils De quoi n'est point capable un courtisan dans sentoient ou qu'ils prévissent l'indécence et le la vue de sa fortune, si , pour ne la pas manridicule où elles peuvent tomber dès qu'elles quer, il devient dévot! auront perdu ce qu'on appelle la fleur ou l'a- Les couleurs sont préparées, et la loile est grément de la nouveauté : ils leur préfèrent une toute prête : mais comment le fixer, cet homme parure arbitraire, une draperie indifferente, inquiet, léger, inconstant, qui change de mille fantaisies du peintre qui ne sont prises ni sur et mille figures ? Je le peins dévot, et je crois l'air, ni sur le visage, qui ne rappellent ni les l'avoir attrapé; mais il ni échappe, et déja il est mæurs, ni la personne : ils aiment des attitudes libertin. Qu'il demeure du moins dans cette forcées ou immodestes, une manière dure, sau- mauvaise situation, et je saurai le prendre dans vage, étrangère, qui font un capitan d'un jeune un point de déréglement de coeur et d'esprit où abbé, et un matamore, d'un homme de robe; il sera reconnoissable; mais la mode presse, il une Diane, d'une femme de ville, comme d'une est dévot. femme simple et timide, une Amazone ou une Celui qui a pénétré la cour connoît ce que Pallas; une Laïs, d'une honnête fille ; un Scy- c'est que vertu, et ce que c'est que dévotion"; the, un Attila , d'un prince qui est bon et ma- il ne peut plus s'y tromper. gnanime.

Négliger vepres comme une chose antique et Une mode a à peine détruit une autre mode, hors de mode, garder sa place soi-même pour qu'elle est abolie par une plus nouvelle, qui le salut , savoir les ètres de la chapelle, connoîcède elle-même à celle qui la suit, et qui ne sera tre le flanc, savoir où l'on est vu et où l'on n'est pas la dernière : telle est notre légèreté ; pen- pas vu; rêver dans l'église à Dieu et à ses affaidant ces révolutions, un siècle s'est écoulé qui a res, y recevoir des visites, y donner des ordres et mis toutes ces parures au rang des choses pas- des commissions, y attendre les réponses ; avoir sées et qui ne sont plus. La mode alors la plus un directeur mieux écouté que l'Évangile ; tirer curieuse et qui fait plus de plaisir à voir, c'est toute sa sainteté et tout son relief de la réputala plus ancienne : aidée du temps et des an- tion de son directeur; dédaigner ceux dont le nées, elle a le même agrément dans les por- directeur a moins de vogue, et convenir à peine traits qu'a la saye ou l'habit romain sur les de leur salut; n'aimer de la parole de Dieu que théâtres , qu'ont la mante, le voile et la tiare ce qui s'en prêche chez soi ou par son directeur, dans nos tapisseries et dans nos peintures. préférer sa messe aux autres messes , et les sa

Nos pères nous ont transmis avec la connois- crements donnés de sa main à ceux qui ont moins sance de leurs personnes celle de leurs habits, de cette circonstance; ne se repaitre que de de leurs coiffures, de leurs armes , et des au- livres de spiritualité, comme s'il n'y avoit ni tres ornements qu'ils ont aimés pendant leur évangiles, ni épîtres des apôtres, ni morale des vie : nous ne saurions bien reconnoître cette Pères ; lire où parler un jargon inconnu aux sorte de bienfait qu'en traitant de même nos premiers siècles ; circonstancier à confesse les descendants.

défauts d'autrui , y pallier les siens, s'accuser Le courtisan autrefois avoit ses cheveux, de ses souffrances, de sa patience, dire comme étoit en chausses et en pourpoint, portoit de un péché son peu de progrès dans l'héroïsme; larges canons, et il étoit libertin : cela ne sied être en liaison secrète avec de certaines gens plus; il porte une perruque, l'habit serré, le contre certains autres ; n'estimer que soi et sa bas uni, et il est dévoi : tout se règle par la cabale , avoir pour suspecte la vertu même; goûmode.

ter, savourer la prospérité et la faveur, n'en

Jabits des Orientaux. (La Brnyére.' * Offensives et défensives. (La Bruyère.)

· Fausse dévotion. (La Bruyère.)

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