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applaudir, s'ils veulent du moins ne passer que le grec. Quelle vision, quel délire au grand , au pour doctes.

sage, au judicieux ANTONIN, de dire qu'alors Il y a une sorte de hardiesse à soutenir de les peuples seroient heureux, si l'empereur philovant certains esprits la honte de l'érudition : sophoit , ou si le philosophe, ou le grimaud, vel'on trouve chez eux une prévention tout éta- noit à l'empire! blie contre les savants, à qui ils ôtent les ma- Les langues sont la clef ou l'entrée des sciennières du monde, le savoir-vivre, l'esprit de ces, et rien davantage : le mépris des unes tombe société, et qu'ils renvoient ainsi dépouillés à sur les autres. Il ne s'agit point si les langues leur cabinet et à leurs livres. Comme l'igno- sont anciennes ou nouvelles, mortes ou vivantes; rance est un état paisible, et qui ne coûte au- mais si elles sont grossières ou polies, si les cune peine, l'on s'y range en foule, et elle livres qu'elles ont formés sont d'un bon ou d'un forme à la cour et à la ville un nombreux parti mauvais goût. Supposons que notre langue pût qui l'emporte sur celui des savants. S'ils allè- un jour avoir le sort de la grecque et de la laguent en leur faveur les noms d'EsTRÉES, de tine; seroit-on pédant, quelques siècles après HARLAY, Bossuet, SÉGUIER, MONTAUSIER, VAR- qu'on ne la parleroit plus, pour lire MOLIÈRE DES, CHEVREUSE, Novion, LAMOIGNON, Scu- ou LA FONTAINE ? DÉRY”, PELLISSON, et de tant d'autres person- Je nomme Euripile, et vous dites : C'est un nages également doctes et polis; s'ils osent bel esprit ; vous dites aussi de celui qui travaille même citer les grands noms de CHARTRES, DE une poutre : Il est charpentier; et de celui qui CONDÉ, DE CONTI, DE BOURBON, DU MAINE, DE refait un mur : Il est maçon. Je vous demande VENDÔME, comme de princes qui ont su joindre quel est l'atelier où travaille cet homme de méaux plus belles et aux plus bautes connoissances tier, ce bel esprit? quelle est son enseigne? à et l'atticisme des Grecs et l'urbanité des Ro- quel habit le reconnoit-on ? quels sont ses outils? mains, l'on ne feint point de leur dire que ce est-ce le coin? sont-ce le marteau ou l'enclume? sont des exemples singuliers; et, s'ils ont re- où fend-il, où cogne-t-il son ouvrage? où l'excours à de solides raisons, elles sont foibles pose-t-il en vente? un ouvrier se pique d'être contre la voix de la multitude. Il semble néan- ouvrier; Euripile se pique-t-il d'être bel esprit? moins que l'on devroit décider sur cela avec plus s'il est tel, vous me peignez un fat qui met l’esde précaution, et se donner seulement la peine prit en roture, une ame vile et mécanique à qui de douter si ce même esprit qui fait faire de si ni ce qui est beau ni ce qui est esprit ne saugrands progrès dans les sciences, qui fait bien roient s'appliquer sérieusement; et s'il est vrai penser, bien juger, bien parler, et bien écrire, qu'il ne se pique de rien , je vous entends, c'est ne pourroit point encore servir à être poli. un homme sage et qui a de l'esprit. Ne dites

Il faut très peu de fonds pour la politesse vous pas encore du savantasse: Il est bel esprit, dans les manières : il en faut beaucoup pour et ainsi du mauvais poële? Mais vous-même vous celle de l'esprit.

croyez-vous sans aucun esprit? et, si vous en Il est savant , dit un politique, il est donc in- avez, c'est sans doute de celui qui est beau et capable d'affaires, je ne lui confierois pas l'état convenable; vous voilà donc un bel esprit : ou de ma garde-robe ; et il a raison. Ossat, XIME- s'il s'en faut peu que vous ne preniez ce nom NÈS, RICHELIEU, étoient savants : étoient-ils pour une injure, continuez, j'y consens,

de le habiles? ont-ils passé pour de bons ministres? donner à Euripile, et d'employer cette ironie, Il sait le grec, continue l'homme d'état , c'est comme les sots, sans le moindre discernement un grimaud, c'est un philosophe. Et en effet, ou comme les ignorants qu'elle console d'une une fruitière à Athènes, selon les apparences, certaine culture qui leur manque, et qu'ils ne parloit grec, et par celte raison étoit philoso- voient que dans les autres. phe. Les BIGNON, les LAMOIGNON, étoient de Qu'on ne me parle jamais d'encre, de papier, purs grimauds; qui en peut douter? ils savoient de plume, de style, d'imprimeur, d'imprimerie;

qu'on ne se hasarde plus de me dire : Vous · Mademoiselle Scudéry. ( La Bruyère.)

écrivez si bien , Antisthène ! continuez d'écrire,

ne verrons-nous point de vous un in-folio? trai- | vent rendre : écrire alors par jeu , par oisiveté, tez de toutes les vertus et de tous les vices dans et comme Tityre siffle ou joue de la flûte; cela, un ouvrage suivi, méthodique, qui n'ait point ou rien : j'écris à ces conditions, et je cède ainsi de fin ; ils devroient ajouter : Et nul cours

. Je à la violence de ceux qui me prennent à la gorrenonce à tout ce qui a été, qui est, et qui sera ge, et me disent : Vous écrirez. Ils liront pour livre. Bérille tombe en syncope à la vue d'un titre de mon nouveau livre : DU BEAU, DU BON, chat, et moi à la vue d'un livre. Suis-je mieux DU VRAI, DES IDÉES, DU PREMIER PRINCIPE ; par nourri et plus lourdement vêtu, suis-je dans ma Antisthène, vendeur de marée. chambre à l'abri du nord, ai-je un lit de plume,

Si les ambassadeurs' des princes étrangers après vingt ans entiers qu'on me debite dans la étoient des singes instruils à marcher sur leurs place ? J'ai un grand nom, dites-vous, et beau-pieds de derrière, et à se faire entendre par coup de gloire; dites que j'ai beaucoup de vent interprèle, nous ne pourrions pas marquer un qui ne sert à rien : ai-je un grain de ce métal plus grand étonnement que celui que nous donqui procure toutes choses ? Le vil praticien gros- nent la justesse de leurs réponses, et le bon sens sit son mémoire, se fait rembourser de frais qui paroît quelquefois dans leurs discours. La qu'il n'avance pas, et il a pour gendre un comte prévention du pays, jointe à l'orgueil de la ou un magistrat. Un homme rouge ou feuille- nation, nous fait oublier que la raison est de morte" devient commis, et bientôt plus riche tous les climats , et que l'on pense juste parque son maître; il le laisse dans la roture, et tout où il y a des hommes. Nous n'aimerions avec de l'argent il devient noble. B**» s'enrichit pas à être traités ainsi de ceux que nous appeà montrer dans un cercle des marionnettes; lons barbares; et, s'il y a en nous quelque barBB**?, à vendre en bouteilles l'eau de la rivière. barie, elle consiste à être épouvantes de voir Un autre charlatan 4 arrive ici de delà les monts d'autres peuples raisonner comme nous. avec une malle; il n'est pas déchargé que les Tous les étrangers ne sont pas barbares, et pensions courent; et il est prêt de retourner tous nos compatriotes ne sont pas civilisés : de d'où il arrive, avec des mulets et des fourgons. même, toute campagne n'est pas agreste ”, et Mercure est Mercure, et rien davantage, et l'or toute ville n'est pas polie. Il y a dans l'Europe un ne peut payer ses médiations et ses intrigues : endroit d'une province maritime d'un grand on y ajoute la faveur et les distinctions. Et, sans royaume, où le villageois est doux et insinuant, parler que des gains licites, on paie au tuilier sa le bourgeois au contraire et le magistrat grostuile, et à l'ouvrier son temps et son ouvrage : siers, et dont la rusticité est héréditaire. paie-t-on à un auteur ce qu'il pense et ce qu'il

Avec un langage si pur, une si grande reécrit? et , s'il pense très bien, le paie-t-on très cherche dans nos habits, des moeurs si cultivées, largement ? se meuble-t-il, s'anoblit-il à force de si belles lois et un visage blanc, nous somde penser et d'écrire juste ? Il faut que les hommes barbares pour quelques peuples. mes soient habillés, qu'ils soient rasés ; il faut

Si nous entendions dire des Orientaux qu'ils que, retirés dans leurs maisons, ils aient une boivent ordinairement d'une liqueur qui leur porte qui ferme bien : est-il nécessaire qu'ils | monte à la tête, leur fait perdre la raison et soient instruits ? Folie, simplicité, imbecillité, les fait vomir, nous dirions : Cela est bien barcontinue Antisthène , de mettre l'enseigne d'au- bare. teur ou de philosopbe! avoir, s'il se peut, un

Ce prélat se montre peu à la cour, il n'est de office lucratif, qui rende la vie aimable, qui fasse nul commerce, on ne le voit point avec des prêter à ses amis, et donner à ceux qui ne peu- femmes, il ne joue ni à grande ni à petite prime,

il n'assiste ni aux fêtes ni aux spectacles, il · Un laquais, à cause des habits de livrée qui étoient souvent n'est point homme de cabale, et il n'a point l'esde couleur rouge ou feuille-morte. • Benoit, qui a amassé du bien en montrant des figures de cire. prit d'intrigue ; toujours dans son évêché, où il

Barbereau, qui a fait fortune en vendant de l'eau de la ri- fait une résidence continuelle, il ne songe qu'à vicre de Seine pour des eaux minérales.

• Caretti , qui s'est enrichi par quelques secrets qu'il vendoit Ceux de Siam, qui vinrent à Paris dans ce temps-là. fort cher.

» Ce terme s'entend ici métaplioriquement. (La Bruyère.)

instruire son peuple par la parole, et à l'édifier « ment qui occupe les yeux et le cour de ceux par son exemple; il consume son bien en des « qui lui parlent; on ne sait si on l'aime ou si aumônes, et son corps par la pénitence; il n'a ron l'admire: il y a en elle de quoi faire une que l'esprit de régularité, et il est imitateur du « parfaite amie, il y a aussi de quoi vous mener zèle et de la piété des apôtres. Les temps sont « plus loin que l'amitié : trop jeune et trop fleuchangés, et il est menacé sous ce règne d'un « rie pour ne pas plaire, mais trop modeste titre plus éminent.

« pour songer à plaire, elle ne tient compte aux Ne pourroit-on point faire comprendre aux « hommes que de leur mérite, et ne croit avoir personnes d'un certain caractère et d'une pro- « que des amis. Pleine de vivacité et capable fession sérieuse, pour ne rien dire de plus, « de sentiments, elle surprend et elle intéresse; qu'ils ne sont point obligés à faire dire d'eux « et, sans rien ignorer de ce qui peut entrer qu'ils jouent, qu'ils chantent, et qu'ils badinent « de plus délicat et de plus fin dans les convercomme les autres hommes; el qu'à les voir si « sations, elle a encore ces saillies heureuses qui, plaisants et si agréables, on ne croiroit point « entre autres plaisirs qu'elles font, dispensent qu'ils fussent d'ailleurs si réguliers et si sévères? « toujours de la réplique: elle vous parle comme Oseroit-on même leur insinuer qu'ils s'éloignent « celle qui n'est pas savante, qui doute et qui par de telles manières de la politesse dont ils « cherche à s'éclaircir; et elle vous écoute comme se piquent, qu'elle assortit au contraire et con- « celle qui sait beaucoup, qui connoît le prix forme les dehors aux conditions, qu'elle évite « de ce que vous lui dites, et auprès de qui le contraste, et de montrer le même homme « vous ne perdez rien de ce qui vous échappe. sous des figures différentes, et qui font de lui « Loin de s'appliquer à vous contredire avec un composé bizarre, ou un grotesque? « esprit, et d'imiter Elvire, qui aime mieux pas

Il ne faut pas juger des hommes comme d'un « ser pour une femme vive que marquer du bon tableau ou d'une figure, sur une seule et pre- ( sens et de la justesse, elle s'approprie vos mière vue : il y a un intérieur et un cour qu'il sentinients, elle les croit siens, elle les étend, faut approfondir : le voile de la modestie couvre « elle les embellit; vous êtes content de vous le mérite, et le masque de l'hypocrisie cache la • d'avoir pensé si bien, et d'avoir mieux dit malignité. Il n'y a qu'un très petit nombre de

« encore que vous n'aviez cru. Elle est toujours connoisseurs qui discerne, et qui soit en droit « au-dessus de la vanité, soit qu'elle parle, soit de prononcer. Ce n'est que peu à peu, et forcés

« qu'elle écrive; elle oublie les traits où il faut même par le temps et les occasions, que la vertu « des raisons; elle a déja compris que la simpliparfaite et le vice consommé viennent enfin à « cité est éloquente. S'il s'agit de servir quelse déclarer.

« qu’un et de vous jeter dans les mêmes intérêts, FRAGMENT.

laissant à Elvire les jolis discours et les belles

« lettres qu'elle met à tous usages, Artenice Il disoit' que l'esprit dans cette belle

n'emploie auprès de vous que la sincérité, o personne étoit un diamant bien mis en quvre.

« l'ardeur, l'empressement et la persuasion. « Et, continuant de parler d'elle:C'est, ajoutoit

« Ce qui domine en elle, c'est le plaisir de la il, comme une nuance de raison et d'agré

« lecture, avec le goût des personnes de nom

( el de réputation, moins pour en élre connue Ce portrait est celui de Catherine Turgot, femme de Gilles « que pour les connoître. On peut la louer d'ad'Aligre, seigneur de Boislandrie, conseiller au parlement, etc. (vance de toute la sagesse qu'elle aura un jour, Catherine Turgot épousa en secondes noces Battede Chevilly, ca

a et de tout le mérite qu'elle se prépare par les pitaine au régiment des Gardes-Francoises, el fut aimée de Chaulieu qui lui a adressé plusieurs pièces de vcrs sous le nom d'Iris, années, puisqu'avec une bonne conduite, elle le Cathin, etc. C'est Chaulieu lui-mème qui nous apprend que « a de meilleures intentions, des principes sùrs, La Bruyère fit son portrait sous le nom d'Artenice : « C'étoit, « dit-il, la plus jolie femme que j'aie connue, qui joignoit à une

< utiles à celles qui sont comme elle exposées figure tris ainable la douceur de l'humeur, et tout le brillant « aux soins et à la flatterie; et qu'étant assez « de l'esprit; personne n'a jamais micu crit qu'elle, et peu « aussi bien. » ( Voyez l'édition de Chaulieu. La llaye, 1774,

particulière, sans pourtant ètre farouche, * tome 1, page 34.) (Noic communiquée par M. Aime-Marlin.) « ayant mème un peu de penchant pour la le

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tus. )

traite, il ne lui sauroit peut-être manquer Combien d'art pour rentrer dans la nature ! que les occasions, ou ce qu'on appelle un grand combien de temps, de règles, d'attention et de « théâtre, pour y faire briller toutes ses ver- travail pour danser avec la même liberté et la

même grace que l'on sait marcher; pour chan

ter comme on parle; parler et s'exprimer comme Une belle femme est aimable dans son naturel; l'on pense; jeter autant de force, de vivacité, elle ne perd rien à être négligée, et sans autre de passion et de persuasion dans un discours parure que celle qu'elle tire de sa beauté et de étudié et que l'on prononce dans le public, qu'on sa jeunesse : une grace naïve éclate sur son vi- en a quelquefois naturellement et sans prépasage, anime ses moindres actions; il y auroit ration dans les entretiens les plus familiers! moins de péril à la voir avec tout l'attirail de Ceux qui, sans nous connoître assez, pensent l'ajustement et de la mode. De même un homme mal de nous, ne nous font pas de tort : ce n'est de bien est respectable par lui-même, et indé- pas nous qu'ils attaquent, c'est le fantôme de pendamment de tous les dehors dont il voudroit leur imagination. s'aider pour rendre sa personne plus grave et Il y a de petites règles, des devoirs, des biensa vertu plus spécieuse. Un air réformé, une séances, allachés aux lieux, aux temps, aux modestie outrée, la singularité de l'habit, une personnes, qui ne se devinent point à force ample calotte, n'ajoutent rien à la probité, ne d'esprit, et que l'usage apprend sans nulle relèvent pas le mérite; ils le fardent et font peut- peine : juger des hommes par les fautes qui leur être qu'il est moins pur et moins ingénu, échappent en ce genre, avant qu'ils soient assez

Une gravité trop étudiée devient comique; instruits, c'est en juger par leurs ongles ou par ce sont comme des extrémités qui se touchent, la pointe de leurs cheveux; c'est vouloir un jour et dont le milieu est dignité : cela ne s'appelle être détrompé. pas être grave, mais en jouer le personnage : Je ne sais s'il est permis de juger des homcelui qui songe à le devenir ne le sera jamais. mes par une faute qui est unique; et si un beOu la gravité n'est point, ou elle est naturelle; soin extrême, ou une violente passion, ou un et il est moins difficile d'en descendre que d'y premier mouvement, tirent à conséquence. monter.

Le contraire des bruits qui courent des afUn homme de talent et de réputation, s'il faires ou des personnes est souvent la vérité. est chagrin et austère, il effarouche les jeunes Sans une grande roideur et une continuelle gens, les fait penser mal de la vertu, et la leur attention à toutes ses paroles, on est exposé à rend suspecte d'une trop grande réforme et dire en moins d'une heure le oui ou le non sur d'une pratique trop ennuyeuse : s'il est au con- une même chose ou sur une même personne, Iraire d'un bon commerce, il leur est une leçon déterminé seulement par un esprit de société utile, il leur apprend qu'on peut vivre gaiement et de commerce, qui entraîne naturellement à et laborieusement, avoir des vues sérieuses sans ne pas contredire celui-ci et celui-là, qui en renoncer aux plaisirs honnêtes; il leur devient parlent différemment. un exemple qu'on peut suivre.

Un homme partial est exposé à de petites La physionomie n'est pas une règle qui nous mortifications ; car, comme il est également imsoit donnée pour juger des hommes : elle nous possible que ceux qu'il favorise soient toujours peut servir de conjecture.

heureux ou sages, et que ceux contre qui il se L'air spirituel est dans les hommes ce que la déclare soient toujours en faute ou malheureux, régularité des traits est dans les femmes : c'est il nait de là qu'il lui arrive souvent de perdre le genre de beauté où les plus vains puissent contenance dans le public, ou par le mauvais aspirer.

succès de ses amis, ou par une nouvelle gloire Un homme qui a beaucoup de mérite et d'es- qu'acquièrent ceux qu'il n'aime point. prit, et qui est connu pour tel, n'est pas laid , Un homme sujet à se laisser prévenir, s'il ose mème avec des traits qui sont difformes; ou, s'il remplir une dignité ou séculière ou ecclésiasa de la laideur, elle ne fait pas son impression.tique, est un aveugle qui veut peindre, un muet qui s'est chargé d'une harangue, un sourd qui fat, et l'impertinence dans l'impertinent : il juge d'une symphonie : foibles images, et qui semble que le ridicule réside tantôt dans celui n'expriment qu'imparfaitement la misère de la qui en effet est ridicule, et tantôt dans l'imagiprévention! Il faut ajouter qu'elle est un mal nation de ceux qui croient voir le ridicule où il désespéré, incurable , qui infecte tous ceux n'est point et ne peut être. qui s'approchent du malade, qui fait déserter La grossièreté, la rusticité, la brutalité, peules égaux, les inférieurs, les parents, les amis, vent être les vices d'un homme d'esprit. jusqu'aux médecins : ils sont bien éloignés de le Le stupide est un sot qui ne parle point, en guérir, s'ils ne peuvent le faire convenir de sa cela plus supportable que le sot qui parle. maladie, ni des remèdes, qui seroient d'écou- La même chose souvent est, dans la bouche ter, de douter, de s'informer et de s'éclaircir. d'un homme d'esprit, une naïveté ou un bon Les flatteurs, les fourbes, les calomniateurs, mot; et dans celle du sot, une sottise. ceux qui ne délient leur langue que pour le men- Si le fat pouvoit craindre de mal parler, il songe et l'intérêt, sont les charlatans en qui il sortiroit de son caractère. se confie, et qui lui font avaler tout ce qui leur L'une des marques de la médiocrité de l'esplaît : ce sont eux aussi qui l'empoisonnent et prit est de toujours conter. qui le tuent.

Le sot est embarrassé de sa personne; le fat La règle de DESCARTES, qui ne veut pas qu'on a l'air libre et assuré; l'impertinent passe à l'efdécide sur les moindres vérités avant qu'elles fronterie; le mérite a de la pudeur. soient connues clairement et distinctement, est le suffisant est celui en qui la pratique de assez belle et assez juste pour devoir s'étendre certains détails, que l'on honore du nom d'afau jugement que l'on fait des personnes. faires, se trouve jointe à une très grande medio

Rien ne nous venge mieux des mauvais juge crité d'esprit. ments que les hommes font de notre esprit, Un grain d'esprit et une once d'affaires plus de nos mours et de nos manières, que l'indi- qu'il n'en entre dans la composition du suffignité et le mauvais caractère de ceux qu'ils ap- sant, font l'important. prouvent.

Pendant qu'on ne fait que rire de l'important, Du même fonds dont on néglige un homme il n'a pas un autre nom : dès qu'on s'en plaint, de mérite l'on sait encore admirer un sot. c'est l'arrogant.

Un sot est celui qui n'a pas même ce qu'il faut L'honnête homme tient le milieu entre l'had'esprit pour être fat.

bile et l'homme de bien, quoique dans une disUn fat est celui que les sots croient un homme tance inégale de ces deux extrêmes. de mérite.

La distance qu'il y a de l'honnête homme à L'impertinent est un fat outré. Le fat lasse, en- l'habile homme s'affoiblit de jour à autre, et est nuie, dégoûte, rebute; l'impertinent rebute, ai- sur le point de disparoître. grit, irrite, offense; il commence où l'autre finit. L'habile homme est celui qui cache ses pas

Le fat est entre l'impertinent et le sot : il est sions, qui entend ses intérêts , qui y sacrifie composé de l'un et de l'autre.

beaucoup de choses, qui a su acquérir du bien Les vices partent d'une dépravation du cour; ou en conserver. les défauts, d'un vice de tempérament; le ridi- L'honnête homme est celui qui ne vole pas cule, d'un défaut d'esprit.

sur les grands chemins, et qui ne tue personne, L'homme ridicule est celui qui, tant qu'il dont les vices enfin ne sont pas scandaleux. demeure tel, a les apparences du sot.

On connoit assez qu'un homme de bien est honLe sot ne se tire jamais du ridicule, c'est son nête homme, mais il est plaisant d'imaginer que caractère : l'on y entre quelquefois avec de l'es- tout honnête homme n'est pas homme de bien. prit, mais l'on en sort.

L'homme de bien est celui qui n'est ni un Une erreur de fait jette un homme sage dans saint, ni un dévot", et qui s'est borné à n'avoir le ridicule.

que de la vertu. La sottise est dans le sot, la fatuité dans le 1 Faux dévot. (La Bruyère.)

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