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horizontal, sans y arriver jamais. D'où l'on voit naire, quoique contre la nature, est celle de la la conséquence nécessaire qui se tire de l'infi- volonté; car tout ce qu'il y a d'hommes sont nité de l'étendue du cours du vaisseau à la di- presque toujours emportés à croire, non pas par vision infinie et infiniment petite de ce petit es- la preuve, mais par l'agrément. Cette voie est pace restant au-dessous de ce point horizontal. basse, indigne et étrangère: aussi tout le monde

Ceux qui ne seront pas satisfaits de ces rai- la désavoue. Chacun fait profession de ne croire, sons, et qui demeureront dans la croyance que et même de n'aimer que ce qu'il sait le mériter. l'espace n'est pas divisible à l'infini, ne peuvent Je ne parle pas ici des vérités divines, que je rien prétendre aux démonstrations géométri- n'aurois garde de faire tomber sous l'art de ques; et quoiqu'ils puissent être éclairés en d'au- persuader; car elles sont infiniment au-dessus tres choses, ils le seront fort peu en celles-ci; de la nature; Dieu seul peut les mettre dans car on peut aisément être très habile homme et l'ame, et par la manière qu'il lui plait. Je sais mauvais géomètre.

qu'il a voulu qu'elles entrent du caur dans l'esMais ceux qui verront clairement ces vérités prit, et non pas de l'esprit dans le cour, pour pourront admirer la grandeur et la puissance de humilier cette superbe puissance du raisonnela nature dans cette double infinité qui nous en- ment, qui prétend devoir être juge des choses vironne de toutes parts , et apprendre, par que la volonté choisil, et pour guérir cette vocette considération merveilleuse, à se connoître lonté infirme qui s'est toute corrompue par ses eux-mêmes, en se regardant placés entre une indignes attachements. Et de là vient qu'au lieu infinité et un néant d'étendue, entre une infinité qu'en parlant des choses humaines, on dit qu'il et un néant de nombre, entre une infinité et un faut les connoître avant que de les aimer, ce qui néant de mouvement, entre une infinité et un a passé en proverbe; les saints, au contraire, néant de temps. Sur quoi on peut apprendre à disent, en parlant des choses divines , qu'il faut s'estimer son juste prix, et former des réflexions les aimer pour les connoître, et qu'on n'entre très importantes qui valent mieux que tout le dans la vérité que par la charité, dont ils ont reste de la géométrie même.

fait une de leurs plus utiles sentences. J'ai cru être obligé de faire cette longue con- En quoi il paroît que Dieu a établi cet ordre sidération en faveur de ceux qui, ne comprenant surnaturel, et tout contraire à l'ordre qui devoit pas d'abord cette double infinité, sont capables être naturel aux hommes dans les choses natud'en être persuadés; et, quoiqu'il y en ait plu- relles. Ils ont néanmoins corrompu cet ordre, sieurs qui aient assez de lumière pour s'en pas- en faisant des choses profanes ce qu'ils devoient ser, il peut néanmoins arriver que ce discours, faire des choses saintes, parcequ'en effet nous qui sera nécessaire aux uns, ne sera pas en- ne croyons presque que ce qui nous plaît. Et de lièrement inutile aux autres.

là vient l'éloignement où nous sommes de con

sentir aux vérités de la religion chrétienne, ARTICLE III.

tout opposée à nos plaisirs. Dites-nous des

choses agréables, et nous vous écouterons, diDe l'art de persuader.

soient les Juifs à Moïse; comme si l'agrément

devoit régler la croyance! Et c'est pour punir ce L'art de persuader a un rapport nécessaire désordre par un ordre qui lui est conforme, que à la manière dont les hommes consentent à ce Dieu ne verse ses lumières dans les esprits qu'aqu'on leur propose, et aux conditions des choses près avoir dompté la rebellion de la volonté par qu'on veut faire croire.

une douceur toute céleste, qui la charme et qui Personne n'ignore qu'il y a deux entrées par l'entraîne. où les opinions s'insinuent dans l'ame, qui sont Je ne parle donc que des vérités de notre ces deux principales puissances : l'entendement portée; et c'est d'elles que je dis que l'esprit et et la volonté. La plus naturelle est celle de l'en- le cæur sont comme les portes par où elles sont tendement; car on ne devroit jamais consentir reçues dans l'ame; mais que bien peu entrent qu'aux vérités démontrées : mais la plus ordi- par l'esprit, au lieu qu'elles y sont introduites

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en foule par les caprices téméraires de la vo- | mais qui sont en même temps contraires anix lonté, sans le conseil du raisonnement ! plaisirs qui nous touchent le plus. Et celles-là

Ces puissances ont chacune leurs principes sont en grand péril de faire voir, par une expéet les premiers moteurs de leurs actions. rience qui n'est que trop ordinaire, ce que je

Ceux de l'esprit sont des vérités naturelles et disois au commencement, que cette ame impéconnues à tout le monde, comme que le tout est rieuse, qui se vantoit de n'agir que par raiplus grand que sa partie, outre plusieurs axiomes son, suit, par un choix honteux et téméraire, particuliers, que les uns reçoivent, et non pas ce qu'une volonté corrompue desire, quelque d'autres; mais qui, dès qu'ils sont admis, sont résistance que l'esprit trop éclairé puisse y opaussi puissants, quoique faux , pour emporter poser. la croyance, que les plus véritables.

C'est alors qu'il se fait un balancement douCeux de la volonté sont de certains desirs teux entre la vérité et la volupté , et que la connaturels et communs à tous les hommes, noissance de l'un et le sentiment de l'autre font comme le desir d'être heureux, que personne un combat dont le succès est bien incertain, ne peut ne pas avoir, outre plusieurs objets puisqu'il faudroit, pour en juger, connoître particuliers que chacun suit pour y arriver, et tout ce qui se passe dans le plus intérieur de qui, ayant la force de nous plaire, sont aussi l'homme, que l'homme même ne connoit presforts, quoique pernicieux en effet , pour faire que jamais. agir la volonté, que s'ils faisoient son véritable Il paroît de là que, quoi que ce soit qu'on bonheur.

veuille persuader, il faut avoir égard à la perVoilà pour ce qui regarde les puissances qui sonne à qui on en veut, dont il faut connoitre nous portent à consentir.

l'esprit et le cæur, quels principes il accorde, Mais pour les qualités des choses que nous quelles choses il aime; et ensuite remarquer dans devons persuader, elles sont bien diverses. la chose dont il s'agit quel rapport elle a avec les

Les unes se tirent , par une conséquence né- principes avoués ou avec les objets censés délicessaire , des principes communs et des vérités cieux, par les charmes qu'on leur attribue. De avouées. Celles-là peuvent être infailliblement sorte que l'art de persuader consiste autant en persuadées; car, en montrant le rapport qu'elles celui d'agréer qu'en celui de convaincre, tant les ont avec les principes accordés, il y a une né- hommes se gouvernent plus par caprices que cessité inevitable de convaincre; et il est impos- par raison ! sible qu'elles ne soient pas reçues dans l'ame Or, de ces deux méthodes, l'une de convaindès qu'on a pu les enrôler à ces vérités déja ad-cre, l'autre d'agréer, je ne donnerai ici les règles mises.

que de la première; et encore au cas qu'on ait Il y en a qui ont une liaison étroite avec les accordé les principes , et qu'on demeure ferme objets de notre satisfaction; et celles-là sont à les avouer : autrement je ne sais s'il y auroit encore reçues avec certitude. Car aussitôt un art pour accommoder les preuves à l'inconqu'on fait apercevoir à l'ame qu'une chose peut stance de nos caprices. La manière d'agréer est la conduire à ce qu'elle aime souverainement, bien, sans comparaison, plus difficile , plus subil est inévitable qu'elle ne s'y porte avec joie. tile, plus utile et plus admirable; aussi si je n'en

Mais celles qui ont cette liaison tout ensemble, traite pas, c'est parcequeje n'en suis pas capable; et avec les vérités avouées, et avec les desirs du et je m'y sens tellement disproportionné, que je ceur, sont si sûres de leur effet, qu'il n'y a crois pour moi la chose absolument impossible. rien qui le soit davantage dans la nature, Ce n'est pas que je croie qu'il n'y ait des règles comme, au contraire, ce qui n'a de rapport ni aussi sûres pour plaire que pour démontrer ; et à nos croyances , ni à nos plaisirs, nous est que celui qui les sauroit parfaitement connoître importun, faux et absolument étranger. et pratiquer, ne réussît aussi sûrement à se faire

En toutes ces rencontres il n'y a poini à dou- aimer des rois et de toutes sortes de personnes, ter. Mais il y en a où les choses qu'on veut faire qu'à démontrer les éléments de la géométrie à croire sont bien établies sur des vérités connues, ceux qui ont assez d'imagination pour en com

prendre les hypothèses. Mais j'estime, et c'est nécessaires; car, si l'on n'assure le fondement, peut-être ma foiblesse qui me le fait croire, on ne peut assurer l'édifice; et qu'il faut enfin, qu'il est impossible d'y arriver. Au moins je sais en démontrant, substituer mentalement les déque, si quelqu'un en est capable, ce sont des finitions à la place des définis, puisque autrepersonnes que je connois, et qu'aucun autre ment on pourroit abuser des divers sens qui se n'a sur cela de si claires et de si abondantes lu- rencontrent dans les termes. Il est facile de voir mières.

qu'en observant cette méthode, on est sûr de La raison de cette extrême difficulté vient de convaincre, puisque les termes étant tous ence que les principes du plaisir ne sont pas fermes tendus et parfaitement exempts d'équivoques et stables. Ils sont divers en tous les hommes, par les définitions, et les principes étant accoret variables dans chaque particulier, avec une dés, si, dans la démonstration, on substitue toutelle diversité, qu'il n'y a point d'homme plus jours mentalement les définitions à la place des différent d'un autre que de soi-même, dans les définis, la force invincible des conséquences ne

a peut qu'une femme; un riche et un pauvre en ont de Aussi jamais une démonstration dans laquelle différents; un prince, un homme de guerre, un

ces circonstances sont gardées n'a pu recevoir le marchand, un bourgeois, un paysan, les vieux, moindre doute; et jamais celles où elles manles jeunes, les sains, les malades, tous varient ; quent ne peuvent avoir de force. les moindres accidents les changent.

Il importe donc bien de les comprendre et de Or, il y a un art, et c'est celui que je donne, les posséder; et c'est pourquoi, pour rendre la pour faire voir la liaison des vérités avec leurs chose plus facile et plus présente, je les donnerai principes, soit de vrai, soit de plaisir, pourvu toutes en peu de règles, qui enferment tout ce que les principes qu’on a une fois avoués de qui est nécessaire pour la perfection des définimeurent fermes et sans être jamais démentis. tions, des axiomes et des démonstrations, et par

Mais comme il y a peu de principes de cette conséquent de la méthode entière des preuves sorte , et que, hors de la géométrie, qui ne con- géométriques de l'art de persuader. sidère que des figures très-simples, il n'y a presque point de vérités dont nous demeurions tou

Règles pour les définitions. jours d'accord, et encore moins d'objets de plaisirs dont nous ne changions à toute heure, je ne

I. N'entreprendre de définir aucune des chosais s'il y a moyen de donner des règles fermes

ses tellement connues d'elles-mêmes, qu'on n'ait pour accorder les discours à l'inconstance de point de termes plus clairs pour les expliquer. nos caprices.

II. N'omettre aucun des termes un peu obsCet art, que j'appellel'art de persuader, et qui curs ou équivoques sans définition. n'est proprement que la conduite des preuves

III. N'employer dans la définition des termes méthodiques et parfaites, consiste en trois par- que des mots parfaitement connus, ou deja exties essentielles : à expliquer les termes dont on pliqués. doit se servir par des définitions claires; à pro

Règles pour les axiomes. poser des principes ou axiomes evidents, pour prouver les choses dont il s'agit; et à substituer

I. Nomettre aucun des principes nécessaires toujours mentalement dans la démonstration les sans avoir demandé si on l'accorde, quelque definitions à la place des définis.

clair et évident qu'il puisse être. La raison de cette méthode est évidente, puis- II. Ne demander, en axiomes, que des choses qu'il seroit inutile de proposer ce qu'on veut parfaitement évidentes d'elles-mêmes. prouver, et d'en entreprendre la démonstration, si on n'avoit auparavant défini clairement tous

· Règles pour les démonstrations. les termes qui ne sont pas intelligibles; qu'il faut de même que la démonstration soit précédée de I. N'entreprendre de démontrer aucune des la demande des principes évidents qui y sont choses qui sont tellement évidentes d'ellesmêmes, qu'on n'ait rien de plus clair pour les Règles nécessaires pour les démonstrations, prouver. II. Prouver toutes les propositions un peu

I. Prouver toutes les propositions, en n'emobscures, et n’employer à leur preuve que des ployant à leur preuve que des axiomes très éviaxiomes très évidents, ou des propositions deja dents d'eux-mêmes

, ou des propositions déja accordées ou démontrées.

démontrées ou accordées. III. Substituer toujours mentalement les dé

II. N'abuser jamais de l'équivoque des terfinitions à la place des définis, pour ne pas se

mes, en manquant de substituer mentalement tromper par l'équivoque des termes que les dé- les définitions qui les restreignent et les explifinitions ont restreints.

quent. Voilà les huit règles qui contiennent tous les préceptes des preuves solides et immuables,

Telles sont les cinq règles qui forment tout ce desquelles il y en a trois qui ne sont pas abso- qu'il y a de nécessaire pour rendre les preuves lument nécessaires, et qu'on peut négliger san

convaincantes , immuables, et, pour tout dire, erreur, qu'il est même difficile et comme im- Géométriques ; et les huit règles ensemble les possible d'observer toujours exactement, quoi

rendent encore plus parfaites. qu'il soit plus parfait de le faire autant qu'on

Voilà en quoi consiste cet art de persuader, peut : ce sont les trois premières de chacune qui se renferme dans ces deux principes : défides parties.

nir tous les noms qu'on impose; prouver tout, Pour les définitions. Ne définir aucun des ter

en substituant mentalement les définitions à la mes qui sont parfaitement connus.

place des définis. Sur quoi il me semble à proPour les axiomes. Nomettre à demander au- pos de prévenir trois objections principales cun des axiomes parfaitement évidents et sim

qu'on pourra faire. ples.

L'une, que cette méthode n'a rien de nouPour les démonstrations. Ne démontrer au-dre, sans qu'il soit nécessaire, pour cela , d'é

veau ; l'autre, qu'elle est bien facile à apprencune des choses très connues d'elles-mêmes. Car il est sans doute que ce n'est pas une

tudier les éléments de géométrie, puisqu'elle grande faute de définir et d'expliquer bien clai- consiste en ces deux mots, qu'on sait à la prerement des choses , quoique très claires d'el-mière lecture; et enfin qu'elle est assez inutile, les-mêmes; ni d'omettre à demander par avance puisque son usage est presque renfermé dans des axiomes qui ne peuvent être refusés au lieu les seules matières géométriques. où ils sont nécessaires; ni enfin de prouver des

Il faut donc faire voir qu'il n'y a rien de si inpropositions qu'on accorderoit sans preuve.

connu, rien de plus difficile à pratiquer, et rien Mais les cinq autres règles sont d'une néces de plus utile et de plus universel. sité absolue; et on ne peut s'en dispenser sans

Pour la première objection, qui est que ces un défaut essentiel, et souvent sans erreur : règles sont connues dans le monde , qu'il faut c'est pourquoi je les reprendrai ici en particu- memes les ont mises entre les préceptes de leur

tout définir et tout prouver, et que les logiciens lier.

art", je voudrois que la chose fût véritable , et Règles nécessaires pour les définitions. qu'elle fût si connue, que je n'eusse pas eu la

peine de rechercher avec tant de soin la source N'omettre aucun des termes un peu obscurs de tous les défauts des raisonnements qui sont ou équivoques sans définition.

véritablement communs. Mais cela l'est si peu, N'employer dans les définitions que des ter- que, si l'on en excepte les seuls géomètres, en si mes parfaitement connus ou déja expliqués. petit nombre chez tous les peuples et dans tous

les temps, on ne voit personne qui le sache en Règle nécessaire pour les axiomes. effet. Il sera aisé de le faire entendre à ceux qui Ne demander, en axiomes, que des choses auront parfaitement compris le peu que j'en ai parfaitement évidentes.

Voyez la LOGIQUE DE PORT-ROYAL, part. 4, c. 3.

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dit; s'ils ne l'ont pas conçu parfaitement, j'avoue son auteur ; comment, par où , jusqu'où , il la qu'ils n'auront rien à y apprendre.

possède : autrement le jugement sera préciMais s'ils sont entrés dans l'esprit de ces rè- pité. gles, et qu'elles aient assez fait d'impression

Je voudrois demander à des personnes équipour s'y enraciner et s'y affermir, ils sentiront tables, si ce principe, la matière est dans une combien il y a de différence entre ce qui est dit incapacité naturelle invincible de penser; et celuiici et ce que quelques logiciens en ont peut-être ci, je pense, donc je suis, sont en effet les mêmes écrit d'approchant au hasard, en quelques lieux dans l'esprit de Descartes et dans l'esprit de saint de leurs ouvrages.

Augustin, qui a dit la même chose douze cents Ceux qui ont l'esprit de discernement savent ans auparavant. combien il y a de différence entre deux mots En vérité, je suis bien éloigné de dire que Dessemblables, selon les lieux et les circonstances cartes n'en soit pas le véritable auteur , quand il qui les accompagnent. Croira-t-on, en vérité, ne l'auroit appris que dans la lecture de ce grand que deux personnes qui ont lu et appris par saint : car je sais combien il y a de différence ceur le même livre le sachent également? si entre écrire un mot à l'aventure, sans y faire l'un le comprend en sorte qu'il en sache tous une réflexion plus longue et plus étendue, et les principes, la force des conséquences, les apercevoir dans ce mot une suite admirable de réponses aux objections qu'on peut y faire, et conséquences, qui prouvent la distinction des toute l'économie de l'ouvrage; au lieu qu'en natures matérielle et spirituelle , pour en faire l'autre ce soient des paroles mortes et des se- un principe ferme et soutenu d'une métaphymences qui, quoique pareilles à celles qui ont sique entière, comme Descartes a prétendu produit des arbres si fertiles, sont demeurées faire. Car, sans examiner s'il a réussi efficacesèches et infructueuses dans l'esprit stérile qui ment dans sa prétention, je suppose qu'il l'ait les a reçues en vain.

fait, et c'est dans cette supposition que je dis Tous ceux qui disent les mêmes choses ne les que ce mot est aussi different dans ses écrits, possèdent pas de la même sorte; et c'est pourquoi d'avec le même mot dans les autres qui l'ont l'incomparable auteur de l’Art DE CONFÉRER ' dit en passant, qu’un homme plein de vie et de s'arrête avec tant de soin à faire entendre qu'il force d'avec un homme mort. ne faut pas juger de la capacité d'un homme Tel dira une chose de soi-même, sans en compar l'excellence d'un bon mot qu'on lui entend prendre l'excellence, où un autre comprendra dire : mais au lieu d'étendre l'admiration d'un une suite merveilleuse de conséquences qui nous bon discours à la personne, qu'on pénètre, dit- font dire hardiment que ce n'est plus le même il, l'esprit d'où il sort; qu’on tente s'il le tient mot, et qu'il ne le doit non plus à celui d'où il la de sa mémoire ou d'un heureux hasard ; qu'on appris, qu’un arbre admirable n'appartiendra le reçoive avec froideur et avec mépris , afin de pas à celui qui en auroit jeté la semence, voir s'il ressentira qu'on ne donne pas à ce qu'il y penser et sans la connoître, dans une terre dit l'estime que son prix mérite ; on verra le abondante qui en auroit profité de la sorte par plus souvent qu'on le lui fera désavouer sur

sa propre fertilité. l'heure, et qu'on le tirera bien loin de cette Les mêmes pensées poussent quelquefois tout pensée meilleure qu'il ne croyoit, pour le jeter autrement dans un autre que dans leur auteur: dans une autre toute basse et ridicule. Il faut infertiles dans leur champ naturel, abondantes donc sonder comme cette pensée est logée en étant transplantées. Mais il arrive bien plus sou

vent qu'un bon esprit fait produire lui-même à · Montaigne. Voyez ses Essais, Liv. III, ch. 8, qui a pour ses propres pensées tout le fruit dont elles sont titre : DE L'ART DE CONFÉRER. On pourroit être étonné que Pascal donne ici l'épithète d'incomparable à ce philosophe, en voyant capables, et qu'ensuite quelques autres, les ailleurs qu'il Ini reconnoit de grands défauts ; mais dans ses ré- ayant ouïestimer, les empruntent et s'en parent, flexions sur Épictète et Montaigne, où il montre les défants de mais sans en connoître l'excellence; et c'est ce dernier, il lui donne encore la même épithète, et fait voir dans quel sens il l'entend. Voyez ci-après, part. 1, art. x1, $ 5. alors que la différence d'un même mot, en di

(Note de l'édit. de 1787.) verses bouches, paroît le plus.

sans

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