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compris le sens, et qu'ils altèrent encore par | fondit tout entier au milieu de la critique, si son tout ce qu'ils y mettent du leur; et ces traits auteur vouloit en croire tous les censeurs, qui ainsi corrompus et défigurés, qui ne sont au- ötent chacun l'endroit qui leur plaît le moins. tre chose que leurs propres pensées et leurs C'est une expérience faite, que, s'il se trouve expressions, ils les exposent à la censure, sou- dix personnes qui effacent d'un livre une exprestiennent qu'ils sont mauvais, et tout le monde sion ou un sentiment, l'on en fournit aisément convient qu'ils sont mauvais; mais l'endroit de un pareil nombre qui les réclame; ceux-ci s'él'ouvrage que ces critiques croient citer, et crient : Pourquoi supprimer cette pensée? elle qu'en effet ils ne citent point, n'en est pas pire. est neuve, elle est belle, et le tour en est ad

Que dites-vous du livre d'Hermodore? Qu'il mirable; et ceux-là affirment, au contraire, est mauvais, répond Anthime; qu'il est mau- ou qu'ils auroient négligé cette pensée, ou qu'ils vais; qu'il est tel, continue-t-il, que ce n'est lui auroient donné un autre tour. Il y a un pas un livre, ou qui mérite du moins que le terme , disent les uns, dans votre ouvrage, qui monde en parle. Mais l'avez-vous lu? Non, dit est rencontré, et qui peint la chose au naturel; Anthime. Que n'ajoute-t-il que Fulvie et Mélanie il y a un mot, disent les autres, qui est hal'ont condamné sans l'avoir lu, et qu'il est ami sardé, et qui d'ailleurs ne signifie pas assez ce de Fulvie et de Mélanie?

que vous voulez peut-être faire entendre : et c'est Arsène, du plus haut de son esprit, contem- du même trait et du même mot que tous ces ple les hommes ; et, dans l’éloignement d'où il gens s'expliquent ainsi; et tous sont connoisles voit, il est comme effrayé de leur petitesse. seurs et passent pour tels. Quel autre parti pour Loué, exalté, et porté jusqu'aux cieux par de un auteur, que d'oser pour lors être de l'avis certaines gens qui se sont promis de s'admirer de ceux qui l'approuvent ? réciproquement, il croit, avec quelque mérite Un auteur sérieux n'est pas obligé de remqu'il a , posséder tout celui qu'on peut avoir, plir son esprit de toutes les extravagances , de et qu'il n'aura jamais : occupé et rempli de ses toutes les saletés, de tous les mauvais mots que sublimes idées, il se donne à peine le loisir de l'on peut dire, et de toutes les ineptes applicaprononcer quelques oracles : élevé par son ca- tions que l'on peut faire au sujet de quelques ractère au-dessus des jugements humains, il endroits de son ouvrage, et encore moins de les abandonne aux ames communes le mérite d'une supprimer. Il est convaincu que, quelque scruvie suivie et uniforme; et il n'est responsable puleuse exactitude que l'on ait dans sa manière de ses inconstances qu'à ce cercle d'amis qui les d'écrire, la raillerie froide des mauvais plaiidolâtrent. Eux seuls savent juger, savent pen- sants est un mal inevitable, et que les meilleuser, savent écrire, doivent écrire. Il n'y a point res choses ne leur servent souvent qu'à leur faire d'autre ouvrage d'esprit si bien reçu dans le rencontrer une sottise. monde, et si universellement goûté des hon- Si certains esprits vifs et décisifs étoient crus, nêtes gens, je ne dis pas qu'il veuille approu- ce seroit encore trop que les termes pour exver, mais qu'il daigne lire, incapable d'être cor- primer les sentiments; il faudroit leur parler par rigé par cette peinture, qu'il ne lira point. signes, ou sans parler se faire entendre. Quel

Théocrine sait des choses assez inutiles; il a que soin qu'on apporte à être serré et concis, et des sentiments toujours singuliers, il est moins quelque réputation qu'on ait d'être tel, ils vous profond que méthodique, il n'exerce que sa trouvent diffus. Il faut leur laisser tout à supmémoire; il est abstrait, dédaigneux, et il pléer, et n'écrire que pour eux seuls; ils consemble toujours rire en lui-même de ceux qu'il çoivent une période par le mot qui la commence, croit ne le valoir pas. Le hasard fait que je lui et par une période tout un chapitre : leur avezlis mon ouvrage, il l'écoute. Est-il lu, il me vous lu un seul endroit de l'ouvrage, c'est asparle du sien. Et du vôtre, me direz-vous, sez; ils sont dans le fait et entendent l'ouvrage. qu'en pense-t-il? Je vous l'ai déja dit, il me Un tissu d'énigmes leur seroit une lecture diparle du sien.

vertissante; et c'est une perte pour eux que ce Il n'y a point d'ouvrage si accompli qui ne style estropié qui les enlève soit rare, et que peu d'écrivains s'en accommodent. Les com- Le philosophe consume sa vie à observer les paraisons tirées d'un fleuve dont le cours , quoi- hommes, et il use ses esprits à en démêler les que rapide, est égal et uniforme, ou d'un em- vices et le ridicule : s'il donne quelque tour brasement qui, poussé par les vents, s'épand à ses pensées, c'est moins par une vanité d'auau loin dans une forêt où il consume les chènes teur, que pour mettre une vérité qu'il a trouet les pins, ne leur fournissent aucune idée de vée dans tout le jour nécessaire pour faire l'iml'éloquence. Montrez-leur un feu grégeois qui pression qui doit servir à son dessein. Quelques les surprenne, ou un éclair qui les éblouisse, lecteurs croient néanmoins le payer avec usure, ils vous quittent du bon et du beau.

s'ils disent magistralement qu'ils ont lu son liQuelle prodigieuse distance entre un bel ou- vre, et qu'il y a de l'esprit; mais il leur renvoie vrage et un ouvrage parfait ou régulier ! Je ne tous leurs éloges qu'il n'a pas cherchés par sais s'il s'en est encore trouvé de ce dernier son travail et par ses veilles. Il porte plus haut genre. Il est peut-être moins difficile aux rares ses projets , et agit pour une fin plus relevée: génies de rencontrer le grand et le sublime, il demande des hommes un plus grand et un que d'éviter toutes sortes de fautes. Le Cid n'a plus rare succès que les louanges, et même eu qu'une voix pour lui à sa naissance, qui a que les récompenses, qui est de les rendre été celle de l'admiration : il s'est vu plus fort meilleurs. que l'autorité et la politique, qui ont tenté vai- Les sots lisent un livre, et ne l'entendent nement de le détruire; il a réuni en sa faveur point; les esprits médiocres croient l'entendre des esprits toujours partagés d'opinions et de parfaitement; les grands esprits ne l'entendent sentiments, les grands et le peuple : ils s'accor- quelquefois pas tout entier; ils trouvent obscur dent tous à le savoir de mémoire, et à préve- ce qui est obscur, comme ils trouvent clair ce nir au théâtre les acteurs qui le récitent. Le Cid qui est clair. Les beaux esprits veulent trouenfin est l'un des plus beaux poëmes que l'on ver obscur ce qui ne l'est point, et ne pas enpuisse faire; et l'une des meilleures critiques qui tendre ce qui est fort intelligible. aient été faites sur aucun sujet , est celle du Cid. Un auteur cherche vainement à se faire ad

Quand une lecture vous élève l'esprit, et mirer par son ouvrage. Les sots admirent quelqu'elle vous inspire des sentiments nobles et quefois, mais ce sont des sots. Les personnes courageux, ne cherchez pas une autre règle d'esprit ont en eux les semences de toutes les pour juger de l'ouvrage; il est bon, et fait de vérités et de tous les sentiments; rien ne leur main d'ouvrier.

est nouveau; ils admirent peu, ils approuvent.

et qui croit écrire comme Bouhours et RABUTIN, des lettres plus d'esprit, plus de tour, plus résiste à la voix du peuple, et dit tout seul d'agrément, et plus de style, que l'on en voit que Damis n'est pas un bon auteur. Damis dans celles de Balzac et de Voiture. Elles cède à la multitude, et dit ingénument, avec

sont vides de sentiments qui n'ont régné que le public, que Capys est un froid écrivain. depuis leur temps, et qui doivent aux fem

Le devoir du nouvelliste est de dire : Il y a mes leur' naissance. Ce sexe va plus loin que un tel livre qui court, et qui est imprimé chez le nôtre dans ce genre d'écrire. Elles trouCramoisy, en tel caractère; il est bien relié, et vent sous leur plume des tours et des expresen beau papier; il se vend tant. Il doit savoir sions qui souvent en nous ne sont l'effet que jusqu'à l'enseigne du libraire qui le débite : d'un long travail et d'une pénible recherche : sa folie est d'en vouloir faire la critique. elles sont heureuses dans le choix des termes ,

Le sublime du nouvelliste est le raisonne qu'elles placent si juste, que, tout connus qu'ils ment creux sur la politique.

sont, ils ont le charme de la nouveauté, et Le nouvelliste se couche le soir tranquille- semblent être faits seulement pour l'usage où ment sur une nouvelle qui se corrompt la nuit, elles les mettent. Il n'appartient qu'à elles de et qu'il est obligé d'abandonner le matin à son faire lire dans un seul mot tout un sentiment, réveil.

et de rendre délicatement une pensée qui est délicate. Elles ont un enchaînement de discours n'aient su faire de Ronsard, d'ailleurs plein de inimitable qui se suit naturellement, et qui n'est verve et d'enthousiasme, un plus grand poëte lié que par le sens. Si les femmes étoient tou- que Ronsard et que Marot, et, au contraire, jours correctes, j'oserois dire que les lettres que Belleau, Jodelle et Saint-Gelais , aient été de quelques unes d'entre elles seroient peut- si tôt suivis d'un Racan et d'un MALHERBE; être ce que nous avons dans notre langue de et que notre langue, à peine corrompue, se mieux écrit :

soit vue reparée. Il n'a manqué à TÉRENCE que d'être moins Maror et RABELAIS sont inexcusables d'avoir froid : quelle pureté, quelle exactitude, quelle semé l'ordure dans leurs écrits : tous deux politesse , quelle élégance, quels caractères ! Il avoient assez de génie et de naturel pour poun'a manqué à MOLIÈRE que d'éviter le jargon voir s'en passer, même à l'égard de ceux qui et le barbarisme, et d'écrire purement : quel cherchent moins à admirer qu'à rire dans un feu , quelle naïveté, quelle source de la bonne auteur. Rabelais surtout est incompréhensible. plaisanterie, quelle imitation des meurs, quel- Son livre est une énigme, quoi qu'on veuille les images, et quel fléau du ridicule! Mais dire, inexplicable; c'est une chimère, c'est le quel homme on auroit pu faire de ces deux visage d'une belle femme avec des pieds et une comiques !

queue de serpent, ou de quelque autre bele J'ai lu MALHERBE et THEOPHILE. Ils ont tous plus difforme : c'est un monstrueux assemblage deux connu la nature, avec cette différence, d'une morale fine et ingénieuse et d'une sale que le premier, d'un style plein et uniforme, corruption. Où il est mauvais, il passe bien montre tout à-la-fois ce qu'elle a de plus beau loin au-delà du pire, c'est le charme de la caet de plus noble, de plus naif et de plus sim- naille ; où il est bon, il va jusqu'à l'exquis et à ple ; il en fait la peinture ou l'histoire. L'autre, l'excellent, il peut être le mets des plus désans choix, sans exactitude, d'une plume li- licats. bre et inégale, tantôt charge ses descriptions, Deux écrivains : dans leurs ouvrages ont s'appesantit sur les détails; il fait une anato- blâme Montaigne, que je ne crois pas, aussi mie : tantôt il feint, il exagère, il passe le vrai bien qu'eux, exempt de toute sorte de blâme : dans la nature, il fait le roman.

il paroît que tous deux ne l'ont estimé en nulle " RONSARD et Balzac ont eu, chacun dans leur manière. L'un ne pensoit pas assez pour goûgenre, assez de bon et de mauvais pour for- ter un auteur qui pense beaucoup; l'autre pense mer après eux de très grands hommes en vers trop subtilement pour s'accommoder de pen- . et en prose.

sées qui sont naturelles. Marot, par son tour et par son style, sem- Un style grave, sérieux, scrupuleux, va fort ble avoir écrit depuis Ronsard : il n'y a guère loin : on lit Amyot et CoEFFETEAU : lequel lit-on entre ce premier et nous que la différence de de leurs contemporains? Balzac, pour les terquelques mots.

mes et pour l'expression, est moins vieux que Ronsard et les auteurs ses contemporains Voiture : mais si ce dernier , pour le tour, pour ont plus nui au style qu'ils ne lui ont servi. Ils l'esprit et pour le naturel, n'est pas moderne, l'ont retardé dans le chemin de la perfection ; et ne ressemble en rien à nos écrivains, c'est ils l'ont exposé à la manquer pour toujours, qu'il leur a été plus facile de le négliger que et à n'y plus revenir. Il est étonnant que les de l'imiter; et que le petit nombre de ceux qui ouvrages de Marot, si naturels et si faciles, courent après lui ne peut l'atteindre.

Le H. G. est immédiatement au-dessous · Tout ce passage sembleroit avoir été inspiré par la lecture des Lettres de madame de Sévigné; et il en seroit le plus bel · Nicole et le P. Malebranche. Le premier est celui qui ne éloge. Le recueil n'en fut cependant publié que long-temps aprės pense pas assez, et le second celui qui pense trop subtilement. la mort de La Bruyère; mais peut-être en avoit-il eu connoissance · LE MERCURE GALANT, par de Visé. C'est par ces initiales H. pendant qu'elles circuloient manuscrites. Au reste, madame de G., dont la première est fausse, qu'il est désigné dans toutes lei Sévigné n'étoit pas la seule femme de cette ue qui écrivit | éditions des CARACTÈRES, faites du vivant de La Bruyère. Il dit des lettres avec un abandon plein de grâce et une piquante lui-même, dans la préface de son discours de réception à l'Acaoriginalité de style.

démie Françoise, qu'il a poussé le soin d'éviter les applications

en

dlu rien : il y a bien d'autres ouvrages qui lui J'en juge par le mouvement qu'ils se donnent , l'essemblent. Il y a autant d'invention à s'enri- et par l'air content dont ils s'applaudissent sur chir par un sot livre, qu'il y a de sottise à tout le succès. Si je me trompe, et qu'ils n'aient l'acheter : c'est ignorer le goût du peuple que contribué en rien à cette fète si superbe, si gade ne pas hasarder quelquefois de grandes lante, si lony - temps soutenue, et où un seul a fadaises.

suffi pour le projet et pour la dépense , j'admire L'on voit bien que l'opéra est l'ébauche d'un deux choses , la tranquillité et le flegme de celui grand spectacle : il en donne l'idée.

qui a tout remué, comme l'embarras et l'action Je ne sais pas comment l'opéra , avec une de ceux qui n'ont rien fait. musique si parfaite et une dépense toute royale, Les connoisseurs, ou ceux qui se croient tels, a pu réussir à m'ennuyer.

se donnent voix délibérative et décisive sur les Il y a des endroits dans l'opéra qui laissent spectacles, se cantonnent aussi , et se divisent en desirer d'autres. Il échappe quelquefois de en des partis contraires, dont chacun, poussé souhaiter la fin de tout le spectacle, c'est faute par un tout autre intérêt que par celui du pude théâtre, d'action, et de choses qui inté- blic ou de l'équité, admire un certain poëme l'essent.

ou une certaine musique, et siffle toute autre. L'opéra jusqu'à ce jour n'est pas un poëme, ils nuisent également, par cette chaleur à déce sont des vers; ni un spectacle, depuis que fendre leurs préventions, et à la faction oppoles machines ont disparu par le bon ménage see, et à leur propre cabale : ils découragent d'Amphion et de sa race? : c'est un concert, par mille contradictions les poëtes et les muou ce sont des voix soutenues par des instru- siciens, retardent le progrès des sciences et ments. C'est prendre le change, et cultiver un des arts, en leur ôtant le fruit qu'ils pourmauvais goût, que de dire, comme l'on fait, roient tirer de l'émulation et de la liberté qu'auque la machine n'est qu'un amusement d'en-roient plusieurs excellents maîtres de faire chafants, et qui ne convient qu'aux marionnettes : cun dans leur genre, et selon leur génie, de elle augmente et embellit la fiction, soutient très beaux ouvrages. dans les spectateurs cette douce illusion qui D'où vient que l'on rit si librement au théâest tout le plaisir du théâtre, où elle jette en- tre, et que l'on a honte d'y pleurer ? Est-il core le merveilleux. Il ne faut point de vols, moins dans la nature de s'attendrir sur le pini de chars, ni de changements, aux Bérénices? | toyable que d'éclater sur le ridicule? Est-ce et à Pénélope 3; il en faut aux opéras : et le l'altération des traits qui nous retient ? Elle est propre de ce spectacle est de tenir les esprits, plus grande dans un ris immodéré que dans la les yeux et les oreilles, dans un égal enchan- plus amère douleur; et l'on détourne son visage tement.

pour rire comme pour pleurer en la présence Ils ont fait le théâtre ces empressés, les ma- des grands et de tous ceux que l'on respecte. chines, les ballets , les vers , la musique, tout le Est-ce une peine que l'on sent à laisser voir que spectacle; jusqu'à la salle où s'est donné lespecta- l'on est tendre, et à marquer quelque foiblesse, cle, j'entends le toit et les quatre murs dès leurs sur-tout en un sujet faux, et dont il semble que fondements : qui doute que la chasse sur l'eau, l'on soit la dupe? Mais, sans citer les personnes l'enchantement de la table 4, la merveille 5 du graves ou les esprits forts qui trouvent du foilabyrinthe, ne soient encore de leur invention ? ble dans un ris excessif comme dans les pleurs....

et qui se les défendent également, qu'attend-on directes jusqu'à employer quelquefois des lettres initiales qui d'une scène tragique ? qu'elle fasse rire? Et n'ont qu'une signification vaine et incertaine ; c'en est ici un exemple.

d'ailleurs la vérité n'y règne-t-elle pas aussi · Lulli, et son école, sa famille.

vivement par ses images que dans le comique ? · La BÉRENICE de Corneille et celle de Racine, 3 La PÉNÉLOPE de l'abbé Genest, représentée en 1684.

l'ame ne va-t-elle pas jusqu'au vrai dans l'un et 4 Rendez-vous de chasse dans la forêt de Chantilly. Note de l'autre genre

de s'émouvoir ? est-elle La Bruyère.

5 Collation très ingénieuse donnée dans le labyrinthede Chan. même si aisée à contenter? nc lui faut-il pas entilly. Note de La Bruyère.

core le vraisemblable ? Comme donc ce n'est

avant que

point une chose bizarre d'entendre s'élever de quais qui siffle, d'un malade dans sa garde-robe, tout un amphithéâtre un ris universel sur quel d'un homme ivre qui dort ou qui vomit : y que endroit d'une comédie, et que cela suppose a-t-il rien de plus naturel ? C'est le propre d'un au contraire qu'il est plaisant et très naïvement efféminé de se lever tard, de passer une partie exécuté ; aussi l'extrême violence que chacun se du jour à sa toilette, de se voir au miroir, de fait à contraindre ses larmes, et le mauvais ris se parfumer, de se mettre des mouches, de dont on veut les couvrir, prouvent clairement recevoir des billets et d'y faire réponse : mettez que l'effet naturel du grand tragique seroit de ce rôle sur la scène, plus long-temps vous le pleurer tous franchement et de concert à la vue ferez durer, un acte, deux actes, plus il sera l'un de l'autre, et sans autre embarras que d'es- naturel et conforme à son original; mais plus suyer ses larmes, outre qu'après être convenu aussi il sera froid et insipide'. de s'y abandonner, on éprouveroit encore qu'il

Il semble que le roman et la comédie poury a souvent moins lieu de craindre de pleurer roient être aussi utiles qu'ils sont nuisibles : au théâtre que de s'y morfondre.

l'on y voit de si grands exemples de constance, Le poëme tragique vous serre le coeur des de vertu, de tendresse et de désintéressement, son commencement, vous laisse à peine dans de si beaux et de si parfaits caractères, que tout son progrès la liberté de respirer et le quand une jeune personne jette de là sa vue temps de vous remettre; ou, s'il vous donne sur tout ce qui l'entoure, ne trouvant que des quelque relâche, c'est pour vous replonger dans sujets indignes et fort an-dessous de ce qu'elle de nouveaux abymes et dans de nouvelles vient d'admirer, je m'étonne qu'elle soit capaalarmes. Il vous conduit à la terreur par la ble pour eux de la moindre foiblesse. pitié, ou réciproquement à la pitié par le ter- CORNEILLE ne peut être égalé dans les enrible; vous mène par les larmes, par les san- droits où il excelle: il a pour lors un caractère glots, par l'incertitude, par l'espérance , par la original et inimitable; mais il est inégal. Ses precrainte, par les surprises, et par l'horreur, mières comédies sont sèches, languissantes, et ne jusqu'à la catastrophe. Ce n'est donc pas un laissoient pas espérer qu'il dût ensuite aller si tissu de jolis sentiments, de déclarations ten- loin, comme ses dernières font qu'on s'étonne dres, d'entretiens galants, de portraits agréa- qu'il ait pu tomber de si haut. Dans quelquesbies , de mots doucereux, ou quelquefois assez unes de ses meilleures pièces il y a des fautes plaisants pour faire rire, suivi à la vérité d'une inexcusables contre les moeurs; un style de dédernière scène où les mutins n'entendent au- clamateur qui arrête l'action et la fait languir; cune raison, et où pour la bienséance il y a des négligences dans les vers et dans l'expresenfin du sang répandu, et quelque malheureux sion, qu'on ne peut comprendre en un si grand à qui il en coûte la vie.

homme. Ce qu'il y a eu en lui de plus éminent, Ce n'est point assez que les meurs du théâ- c'est l'esprit, qu'il avoit sublime, auquel il a été tre ne soient point mauvaises, il faut encore redevable de certains vers, les plus heureux qu'elles soient décentes et instructives. Il peut qu'on ait jamais lus ailleurs, de la conduite de y avoir un ridicule si bas, si grossier, ou même son théâtre qu'il a quelquefois hasardée contre les si fade et si indifférent, qu'il n'est ni permis règles des anciens, et enfin de ses dénouements: au poëte d'y faire attention, ni possible aux car il ne s'est pas toujours assujetti au goût des spectateurs de s'en divertir. Le paysan ou l'i- Grecs et à leur grande simplicité ; il a aimé, au vrogne fournit quelques scènes à un farceur; contraire, à charger la scène d'évènements dont il n'entre qu'à peine dans le vrai comique : il est presque toujours sorti avec succès : admicomment pourroit-il faire le fond ou l'action rable sur-tout par l'extrême variété et le peu de principale de la comédie? Ces caractères, dit- rapport qui se trouve pour le dessein entre un si on, sont naturels : ainsi par cette règle on oc- grand nombre de poëmes qu'il a composés. Il cupera bientôt tout l'amphithéâtre, d'un la- semble qu'il y ait plus de ressemblance dans ceux

· Sédition, dénouement vulgaire des tragédies. Note de La Bruyère.

On ne peut douter que La Bruyère n'ait eu en vue ici l'Homme à bonnes fortunes, comédie de Baron.

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