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et en sépare le crime pour s'en charger lui

XXVII. même. XVIII.

La louange qu'on nous donne sert au moins

à nous fixer dans la pratique des vertus. (1665 Il n'y en a point qui pressent tant les autres -no 155. ) que les paresseux lorsqu'ils ont satisfait à leur

XXVIII. paresse, afin de paroitre diligents. (1666 —

L'amour-propre empêche bien que celui qui no 91.)

nous flatte ne soit jamais celui qui nous flatte XIX.

le plus. (1665 - no 157.) L'aveuglement des hommes est le plus dan

XXIX. gereux effet de leur orgueil : il sert à le nourrir et à l'augmenter, et nous ôte la connois- On ne blâme le vice, et on ne loue la vertu sance des remèdes qui pourroient soulager nos que par intérêt. (1665 — no 151.) misères et nous guérir de nos défauts. (1665— n° 102.)

XXX.
XX.

On ne fait point de distinction dans les espèces On n'a plus de raison, quand on n'espère plus de colère, bien qu'il y en ait une légère et quasi d'en trouver aux autres. (1665 — no 103.) innocente, qui vient de l'ardeur de la com

plexion, et une autre très criminelle, qui est à XXI.

proprement parler la fureur de l'orgueil. (1665 Les philosophes, et Sénèque sur tous, n'ont - no 159.)

XXXI. point ôté les crimes par leurs préceptes : ils n'ont fait que les employer au bâtiment de l'or- Les grandes ames ne sont pas celles qui ont gueil. (1665 - no 105.)

moins de passions, et plus de vertus que les

ames communes, mais celles seulement qui ont XXII.

de plus grands desseins. (1665 - no 161.) C'est une preuve de peu d'amitié de ne s'aper

XXXII. cevoir

pas

du refroidissement de celle de nos amis. (1666 -no 97.)

Les rois font des hommes comme des pièces

de monnoie ; ils les font valoir ce qu'ils veulent, XXIII.

et l'on est forcé de les recevoir selon leur cours, Les plus sages le sont dans les choses indiffé-et non pas selon leur véritable prix. (1665 – rentes, mais ils ne le sont presque jamais dans no 165.)

XXXIII. leurs plus sérieuses affaires. (1665 - no 152.)

La férocité naturelle fait moins de cruels que XXIV.

l'amour-propre. ( 1665 - no 174.) La plus subtile folie se fait de la plus subtile

XXXIV. sagesse. (1665 - n° 134.)

On peut dire de toutes nos vertus ce qu'un XXV.

poète italien a dit de l'honnêteté des femmes, La sobriété est l'amour de la santé, ou paroître honnête. (1665 - no 176.)

que ce n'est souvent autre chose qu’un art de l'impuissance de manger beaucoup. (1665 — no 155.)

XXXV.
XXVI.

Il y a des crimes qui deviennent innocents et On n'oublie jamais mieux les choses, que niême glorieux par leur éclat, leur nombre et quand on s'est lassé d'en parler. (1665-n°144.) | leur excès: de là vient que les voleries publiques

sont des habiletés, et que prendre des provinces

XLIII. injustement s'appelle faire des conquêtes. (1665 -no 12.)

On donne plus souvent des bornes à sa recon

noissance qu'à ses desirs et à ses espérances. XXXVI.

(1665-1° 241.) On ne trouve point dans l'homme le bien ni

XLIV. le mal dans l'excès. (1665 — n° 201.)

L'imitation est toujours malheureuse, et tout XXXVII.

ce qui est contrefait déplait avec les mêmes

choses qui charment lorsqu'elles sont naturelles. Ceux qui sont incapables de commettre de (1665 - n° 245.) grands crimes n'en soupçonnent pas facilement

XLV. les autres. (1665 - no 208.)

Nous ne regrettons pas la perte de nos amis XXXVIII.

selon leur mérite, mais selon nos besoins et se

lon l'opinion que nous croyons leur avoir donLa pompe des enterrements regarde plus la née de ce que nous valons. (1665 — no 248.) vanité des vivants que l'honneur des morts. (1665 — 1° 213.)

XLVI.
XXXIX.

Il est bien malaisé de distinguer la bonté gé

nérale et répandue sur tout le monde, de la Quelque incertitude et quelque variété qui paroisse dans le monde, on y remarque néan grande habileté. (1665 — n° 252.) moins un certain enchaînement secret, et un

XLVII. ordre réglé de tout temps par la Providence, qui fait que chaque chose marche en son rang,

Pour pouvoir être toujours bon, il faut que et suit le cours de sa destinée. (1665—no 225.) les autres croient qu'ils ne peuvent jamais nous

être impunément méchants. ( 1665 - n° 254.) XL.

XLVIII. L'intrépidité doit soutenir le coeur dans les conjurations, au lieu que la seule valeur lui La confiance de plaire est souvent un moyen fournit toute la fermeté qui lui est nécessaire de déplaire infailliblement. (1665 - no 256.) dans les périls de la guerre. (1663 — no 231.)

XLIX.
XLI.

La confiance que l'on a en soi fait naître la Ceux qui voudroient définir la victoire par plus grande partie de celle que l'on a aux autres. sa naissance seroient tentés, comme les poètes, (1665 — no 258.)

L. de l'appeler la fille du ciel, puisqu'on ne trouve point son origine sur la terre. En effet, elle est

y a une révolution générale qui change le reproduite par une infinité d'actions, qui, au goût des esprits, aussi bien que les fortunes du lieu de l'avoir pour but, regardent seulement monde. (1665 - n° 259.) les intérêts particuliers de ceux qui les font; puisque tous ceux qui composent une armée,

LI. allant à leur propre gloire et à leur élévation, procurent un bien si grand et si général. (1665

La vérité est le fondement et la raison de la - n°232.)

perfection et de la beauté; une chose, de quelXLII.

que nature qu'elle soit, ne sauroit être belle et

parfaite, si elle n'est véritablement tout ce On ne peut répondre de son courage, quand qu'elle doit être, et si elle n'a tout ce qu'elle on n'a jamais été dans le péril. (1665—no 236.) | doit avoir. ( 1665 — no 260.)

LI BIS.

ver sa santé par un trop grand régime. (1665

- n° 298.) Il y a de belles choses qui ont plus d'éclat

LVII. quand elles demeurent imparfaites, que quand elles sont trop achevées, (1665 - n° 262.) Il est plus facile de prendre de l'amour quand

on n'en a pas, que de s'en défaire quand on en a. LII.

(1668-no 500.)

LVIII. La magnanimité est un noble effort de l'orgueil par lequel il rend l'homme maître de lui

La plupart des femmes se rendent plutôt par même, pour le rendre maitre de toutes choses. foiblesse que par passion. De là vient que, pour (1665 - n° 271.)

l'ordinaire, les hommes entreprenants réussisLIII.

sent mieux que les autres, quoiqu'ils ne soient

pas plus aimables. (1665 - n° 301.) Le luxe et la trop grande politesse dans les états sont le présage assuré de leur décadence,

LIX. parceque tous les particuliers s'attachant à leurs

N'aimer guère en amour, est un moyen asintérêts propres, ils se détournent du bien pu-suré pour être aimé. (1665 — n° 302.) blic. (1665 — no 282.)

LX.
LIV.

La sincérité que se demandent les amants et De toutes les passions, celle qui est la plus in- les maitresses pour savoir l'un et l'autre quand connue à nous-mêmes, c'est la paresse; elle est ils cesseront de s'aimer, est bien moins pour la plus ardente et la plus maligne de toutes, vouloir être avertis quand on ne les aimera quoique sa violence soit insensible, et que les plus, que pour être mieux assurés qu'on les dommages qu'elle cause soient très cachés : si aime, lorsque l'on ne dit point le contraire. nous considérons attentivement son pouvoir, (1665 - no 303.) nous verrons qu'elle se rend en toutes rencon

LXI. tres maîtresse de nos sentiments, de

nos intérêts et de nos plaisirs : c'est la rémore qui a la La plus juste comparaison qu'on puisse faire force d'arrêter les plus grands vaisseaux, c'est de l'amour, c'est celle de la fièvre; nous n'avons une bonace plus dangereuse aux plus impor- non plus de pouvoir sur l'un que sur l'autre, lantes affaires que les écueils et que les plus soit pour sa violence ou pour sa durée. (1665 grandes tempêtes. Le repos de la paresse est un - n° 305.) charme secret de l'ame qui suspend soudaine

LXII. ment les plus ardentes poursuites et les plus

La plus grande habileté des moins habiles est opiniâtres résolutions. Pour donner enfin la vé- de savoir se soumettre à la bonne conduite d'auritable idée de cette passion, il faut dire que la trui, (1665 - n° 309.) paresse est comme une beatitude de l'ame, qui la console de toutes ses pertes, et qui lui tient

LXIII. lieu de tous les biens. (1665 - no 290.)

On craint toujours de voir ce qu'on aime, LV.

quand on vient de faire des coquetteries ail

leurs. (1675 - n° 372.) On aime bien à deviner les autres, mais l'on

LXIV. n'aime pas à être deviné. (1665 - n° 296.)

On doit se consoler de ses fautes, quand on LVI.

a la force de les avouer. (1675 - no 375.) C'est une ennuyeuse maladie que

de conser

SECOND SUPPLEMENT. est fait, on en est assez content pour ne se

mettre pas d'ordinaire fort en peine du succès

de l'entreprise que l'on veut faire réussir; et il PENSÉES

est certain que ceux qui s'exposent et font au

tant qu'il est nécessaire pour prendre une place TIRÉES DES LETTRES MANUSCRITES que l'on attaque, ou pour conquérir une pro

vince, ont plus de mérite, sont meilleurs offiQUI SE TROUVENT A LA BIBLIOTHÈQUE DU ROI!,

ciers, et ont de plus grandes et plus utiles vues que ceux qui s'exposent seulement pour mettre

leur honneur à couvert; il est fort commun de I.

trouver des gens de la dernière espèce, et fort L'intérêt est l'ame de l'amour-propre : de rare d'en trouver de l'autre. (Maxime 219.) sorte que comme le corps privé de son ame

Lettre à M. Esprit, manusc., folio 173. est sans vue, sans ouïe, sans connoissance, sans

V. sentiment et sans mouvement; de même l'amour-propre séparé, s'il le faut dire ainsi, de Le goût change, mais l'inclination ne change son intérêt, ne voit, n'entend, ne sent et ne point. (MAXIME 252.) se remue plus : de là vient qu'un même homme Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 223. qui court la terre et les mers pour son intérêt devient soudainement paralytique pour l'inté

VI. rêt des autres; de là vient le

budain assoupissement et cette mort que nous causons à tous

Le pouvoir que des personnes que nous ai

mons ont sur nous, est presque toujours plus ceux à qui nous contons nos affaires ; de là vient

celui

que nous avons nous - mêmes. leur prompte résurrection lorsque dans notre

(MAXIME 259.) narration nous y melons quelque chose qui les

Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 211. regarde : de sorte que nous voyons dans nos conversations et dans nos traités, que dans un

VII. mėme moment un homme perd connoissance et revient à soi, selon que son propre intérêt

Ce qui fait croire si facilement que les autres s'approche de lui ou qu'il s'en retire.

ont des défauts, c'est la facilité que l'on a de Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 241. croire ce que l'on souhaite. (Maxime 397.)

Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 223.

grand que

VIII. Ce qui fait tant crier contre les maximes qui découvrent le coeur de l'homme, est que l'on

Je sais bien que le bon sens et le bon esprit craint d'y être découvert. (MAXIME 103.)

ennuient à tous les âges, mais les goûts n'y Manusc., folio 510. mènent pas toujours, et ce qui seroit bien en III.

un temps, ne seroit pas bien en un autre. Ce qui me fait croire que peu

de

gens savent être L'espérance et la crainte sont inséparables. vieux. (MAXIME 423.) (Maxime 168.)

Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 202. Lettre à madame de Sablė, manusc., folio 222.

18.

IV.

Dieu a permis, pour punir l'homme du péIl est assez ordinaire de hasarder sa vie pour ché originel, qu'il se fit un bien de son amourempêcher d'être déshonoré; mais quand cela propre pour en être tourmenté dans toutes les · Nous avons indiqué les numéros des Maximes auxquelles les

actions de sa vie. (MAXIME 494.) Pensées de ce Supplement peuvent servir de variantes.

Manusc., folio 310. mêmes sur ce que nous devons dire et sur ce 1 La Rochefoucauld cite, dans la 504e Maxime, le trait d'un laquais qui dansa sur l'échafaud où il alloit être roué.

X.

Je ne prétends pas détruire, par ce que je

dis, la confiance si nécessaire entre les hommes, Il me semble que voilà jusqu'où la philoso- puisqu'elle est le lien de la société et de l'amitié. phie d'un laquais méritoit d'aller ; je crois que je prétends seulement y mettre des bornes et ioute gaité en cet état-là est bien suspecte': la rendre honnêle et fidèle. Je veux qu'elle soit (MAXIME 504.) Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 161. n'ait ni foiblesse ni intérêt. Je sais bien qu'il

toujours vraie et toujours prudente, et qu'elle est malaisé de donner de justes limites à la

manière de recevoir toute sorte de confiance de RÉFLEXIONS

nos amis, et de leur faire part de la nôtre. DIVERSES

On se confie le plus souvent par vanité, par

envie de parler, par le desir de s'attirer la DU DUC DE LA ROCHEFOUCAULD. confiance des autres, et pour faire un échange

de secrets.

Il y a des personnes qui peuvent avoir raison I.

de se fier en nous, vers qui nous n'aurions pas

raison d'avoir la même conduite; et on s'acDe la Confiance.

quitte avec ceux-ci en leur gardant le secret, et Bien que la sincérité et la confiance aient en les payant de légères confidences. du rapport , elles sont néanmoins différentes Il y en a d'autres dont la fidélité nous est en plusieurs choses.

connue, qui ne ménagent rien avec nous, et à La sincérité est une ouverture de cour qui qui on peut se confier par choix et par estime. nous montre tels que nous sommes; c'est un On doit ne leur rien cacher de ce qui ne reamour de la vérité, une répugnance à se dé- garde que nous; se montrer à eux toujours guiser, un desir de se dédommager de ses dé- vrais dans nos bonnes qualités et dans nos défauts, et de les diminuer même par le mérite fauts même, sans exagérer les unes et sans dide les avouer.

minuer les autres; se faire une loi de ne leur La confiance ne nous laisse pas tant de li- faire jamais des demi-confidences : elles emberté: ses règles sont plus étroites ; elle demande barrassent toujours ceux qui les font, et ne plus de prudence et de retenue, et nous ne contentent jamais ceux qui les reçoivent. On sommes pas toujours libres d'en disposer. Il ne leur donne des lumières confuses de ce qu'on s'agit pas de nous uniquement, et nos intérêts veut cacher; on augmente leur curiosité; on les sont mêlés d'ordinaire avec les intérêts des met en droit de vouloir en savoir davantage, autres : elle a besoin d'une grande justesse pour et ils se croient en liberté de disposer de ce ne pas livrer nos amis en nous livrant nous- qu'ils ont pénétré. Il est plus sûr et plus honmèmes, et pour ne pas faire des présents de nèle de ne leur rien dire, que de se taire quand leur bien , dans la vue d'augmenter le prix de on a commencé à parler. Il y a d'autres règles ce que nous donnons.

à suivre pour les choses qui nous ont été conLa confiance plaît toujours à celui qui la re- fiées; plus elles sont importantes, et plus la çoit : c'est un tribut que nous payons à son prudence et la fidélité y sont nécessaires. mérite; c'est un dépôt que l'on commet à sa Tout le monde convient que le secret doit foi; ce sont des gages qui lui donnent un droit être inviolable; mais on ne convient pas tousur nous, et une sorte de dépendance où nous jours de la nature et de l'importance du secret. nous assujettissons volontairenient.

Nous ne consultons le plus souvent que nous

que nous devons taire. Il y a peu de secrets de · Les Réflexions suivantes sont tirées d'un Recueil de pièces tous les temps, et le scrupule de le révéler ne d'histoire et de lillérature, Paris, 1731, tome fer, page 32. Ga

dure briel Brotier est le premier qui les ait insérées à la suito des

pas toujours. Maximes, dans l'édition qu'il a donnée de cet ouvrage.

On a des liaisons étroites avec des amis dont

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