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et en sépare le crime pour s'en charger luimême.

XVIII.

Il n'y en a point qui pressent tant les autres que les paresseux lorsqu'ils ont satisfait à leur paresse, afin de paroître diligents. (1666– n° 91.) XIX.

L'aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil : il sert à le nourrir et à l'augmenter, et nous ôte la connoissance des remèdes qui pourroient soulager nos misères et nous guérir de nos défauts. (1665— n° 102.)

XX.

On n'a plus de raison, quand on n'espère plus d'en trouver aux autres. (1665 — no 103.)

XXII.

C'est une preuve de peu d'amitié de ne s'apercevoir pas du refroidissement de celle de nos amis. (1666 — no 97.)

XXI.

Les philosophes, et Sénèque sur tous, n'ont n° 159.) point ôté les crimes par leurs préceptes : ils n'ont fait que les employer au bâtiment de l'orgueil. (1665 — no 105.)

XXIII.

Les plus sages le sont dans les choses indifférentes, mais ils ne le sont presque jamais dans leurs plus sérieuses affaires. (1665-no 152.)

XXIV.

La plus subtile folie se fait de la plus subtile sagesse. (1665-no 154.)

XXV.

La sobriété est l'amour de la santé, ou l'impuissance de manger beaucoup. (1663– n° 155.)

XXVI.

XXVII.

La louange qu'on nous donne sert au moins à nous fixer dans la pratique des vertus. (1665 n° 155.)

On n'oublie jamais mieux les choses, que quand on s'est lassé d'en parler. (1665-n° 144.)

XXVIII.

L'amour-propre empêche bien que celui qui nous flatte ne soit jamais celui qui nous flatte le plus. (1665- n° 157.)

XXIX.

On ne blâme le vice, et on ne loue la vertu que par intérêt. (1665- no 151.)

XXX.

On ne fait point de distinction dans les espèces de colère, bien qu'il y en ait une légère et quasi innocente, qui vient de l'ardeur de la complexion, et une autre très criminelle, qui est à proprement parler la fureur de l'orgueil. (1665

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XXXI.

Les grandes ames ne sont pas celles qui ont moins de passions, et plus de vertus que les ames communes, mais celles seulement qui ont de plus grands desseins. (1665 — no 461.)

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Ceux qui voudroient définir la victoire par sa naissance seroient tentés, comme les poètes, de l'appeler la fille du ciel, puisqu'on ne trouve point son origine sur la terre. En effet, elle est reproduite par une infinité d'actions, qui, au lieu de l'avoir pour but, regardent seulement les intérêts particuliers de ceux qui les font; puisque tous ceux qui composent une armée, allant à leur propre gloire et à leur élévation, procurent un bien si grand et si général. (1665) − n 252.)

XLIII.

On donne plus souvent des bornes à sa reconnoissance qu'à ses desirs et à ses espérances. (1665-n° 241.)

XLIV.

L'imitation est toujours malheureuse, et tout ce qui est contrefait déplaît avec les mêmes choses qui charment lorsqu'elles sont naturelles. (1665-no 245.)

XLV.

Nous ne regrettons pas la perte de nos amis selon leur mérite, mais selon nos besoins et selon l'opinion que nous croyons leur avoir donnée de ce que nous valons. (1665-no 248.)

XLVI.

Il est bien malaisé de distinguer la bonté générale et répandue sur tout le monde, de la grande habileté. (1665 — no 232.)

XLVII.

Pour pouvoir être toujours bon, il faut que les autres croient qu'ils ne peuvent jamais nous être impunément méchants. (1665 — no 254. ) XLVIII.

La confiance de plaire est souvent un moyen de déplaire infailliblement. (1665- no 256.)

XLIX.

La confiance que l'on a en soi fait naître la plus grande partie de celle que l'on a aux autres. (1665-no 258.)

L.

Il y a une révolution générale qui change le goût des esprits, aussi-bien que les fortunes du monde. (1665 — no 259.)

LI.

La vérité est le fondement et la raison de la perfection et de la beauté; une chose, de quelque nature qu'elle soit, ne sauroit être belle et parfaite, si elle n'est véritablement tout ce qu'elle doit être, et si elle n'a tout ce qu'elle

XLII.

On ne peut répondre de son courage, quand on n'a jamais été dans le péril. ( 1665—no 256.) | doit avoir. (1665— no 260.)

LI BIS.

Il y a de belles choses qui ont plus d'éclat quand elles demeurent imparfaites, que quand elles sont trop achevées. (1665-no 262.)

LII.

La magnanimité est un noble effort de l'orgueil par lequel il rend l'homme maître de luimême, pour le rendre maître de toutes choses. (1665 – n° 271.)

LIII.

Le luxe et la trop grande politesse dans les états sont le présage assuré de leur décadence, parceque tous les particuliers s'attachant à leurs intérêts propres, ils se détournent du bien public. (1665 n° 282.)

LIV.

De toutes les passions, celle qui est la plus inconnue à nous-mêmes, c'est la paresse; elle est la plus ardente et la plus maligne de toutes, quoique sa violence soit insensible, et que les dommages qu'elle cause soient très cachés: si nous considérons attentivement son pouvoir, nous verrons qu'elle se rend en toutes rencontres maîtresse de nos sentiments, de nos intérêts et de nos plaisirs : c'est la rémore qui a la force d'arrêter les plus grands vaisseaux, c'est une bonace plus dangereuse aux plus importantes affaires que les écueils et que les plus grandes tempêtes. Le repos de la paresse est un charme secret de l'ame qui suspend soudainement les plus ardentes poursuites et les plus opiniâtres résolutions. Pour donner enfin la véritable idée de cette passion, il faut dire que la paresse est comme une béatitude de l'ame, qui la console de toutes ses pertes, et qui lui tient lieu de tous les biens. (1665 n° 290.)

LV.

On aime bien à deviner les autres, mais l'on n'aime pas à être deviné. (1665— no 296.)

LVI.

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ver sa santé par un trop grand régime. (1665 - n° 298.)

LVII.

Il est plus facile de prendre de l'amour quand on n'en a pas, que de s'en défaire quand on en a. (1665- n° 500.)

LVIII.

La plupart des femmes se rendent plutôt par foiblesse que par passion. De là vient que, pour l'ordinaire, les hommes entreprenants réussissent mieux que les autres, quoiqu'ils ne soient pas plus aimables. (1665 — no 301.)

LIX.

N'aimer guère en amour, est un moyen assuré pour être aimé. (1665 — no 302. )

LX.

La sincérité que se demandent les amants et les maitresses pour savoir l'un et l'autre quand ils cesseront de s'aimer, est bien moins pour vouloir être avertis quand on ne les aimera plus, que pour être mieux assurés qu'on les aime, lorsque l'on ne dit point le contraire. (1665 — no 303.)

LXI.

La plus juste comparaison qu'on puisse faire de l'amour, c'est celle de la fièvre; nous n'avons non plus de pouvoir sur l'un que sur l'autre, soit pour sa violence ou pour sa durée. (1665 - n° 50%.)

LXII.

La plus grande habileté des moins habiles est de savoir se soumettre à la bonne conduite d'autrui, (1665 — no 309.)

LXIII.

On craint toujours de voir ce qu'on aime, quand on vient de faire des coquetteries ailleurs. (1675- n° 372.)

LXIV.

On doit se consoler de ses fautes, quand on a la force de les avouer. (1675- n° 375.)

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SECOND SUPPLEMENT.

PENSÉES

TIRÉES DES LETTRES MANUSCRITES
QUI SE TROUVENT A LA BIBLIothèque du rOI'.

I.

L'intérêt est l'ame de l'amour-propre : de sorte que comme le corps privé de son ame est sans vue, sans ouïe, sans connoissance, sans sentiment et sans mouvement; de même l'amour-propre séparé, s'il le faut dire ainsi, de son intérêt, ne voit, n'entend, ne sent et ne se remue plus : de là vient qu'un même homme qui court la terre et les mers pour son intérêt devient soudainement paralytique pour l'intérêt des autres; de là vient le soudain assoupissement et cette mort que nous causons à tous ceux à qui nous contons nos affaires; de là vient leur prompte résurrection lorsque dans notre narration nous y mêlons quelque chose qui les regarde de sorte que nous voyons dans nos conversations et dans nos traités, que dans un même moment un homme perd connoissance et revient à soi, selon que son propre intérêt s'approche de lui ou qu'il s'en retire.

Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 241.

II.

Ce qui fait tant crier contre les maximes qui découvrent le cœur de l'homme, est que l'on craint d'y être découvert. (MAXIME 103.) Manusc., folio 510.

est fait, on en est assez content pour ne se mettre pas d'ordinaire fort en peine du succès de l'entreprise que l'on veut faire réussir ; et il est certain que ceux qui s'exposent et font autant qu'il est nécessaire pour prendre une place que l'on attaque, ou pour conquérir une province, ont plus de mérite, sont meilleurs officiers, et ont de plus grandes et plus utiles vues que ceux qui s'exposent seulement pour mettre leur honneur à couvert; il est fort commun de trouver des gens de la dernière espèce, et fort rare d'en trouver de l'autre. (MAXIME 219.)

Lettre à M. Esprit, manusc., folio 173.

ར.

Le goût change, mais l'inclination ne change point. (MAXIME 252.)

Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 223.
VI.

IV.

Il est assez ordinaire de hasarder sa vie pour empêcher d'être déshonoré; mais quand cela

Nous avons indiqué les numéros des Maximes auxquelles les Pensées de ce supplément peuvent servir de variantes.

Le pouvoir que des personnes que nous aimons ont sur nous, est presque toujours plus grand que celui que nous avons nous-mêmes. (MAXIME 259.)

Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 241.

VII.

Ce qui fait croire si facilement que les autres ont des défauts, c'est la facilité que l'on a de croire ce que l'on souhaite. (MAXIME 397.)

Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 223.

III.

L'espérance et la crainte sont inséparables. vieux. (MAXIME 423.) (MAXIME 168. )

Lettre à madame de Sable,

Lettre à madame de Sable, manusc., folio 222.

IX.

Dieu a permis, pour punir l'homme du péché originel, qu'il se fît un bien de son amourpropre pour en être tourmenté dans toutes les actions de sa vie. (MAXIME 494.)

Manusc., folio 310.

VIII.

Je sais bien que le bon sens et le bon esprit ennuient à tous les âges, mais les goûts n'y mènent pas toujours, et ce qui seroit bien en un temps, ne seroit pas bien en un autre. Ce qui me fait croire que peu de gens savent être

folio 202.

manusc.,

Je ne prétends pas détruire, par ce que je dis, la confiance si nécessaire entre les hommes, puisqu'elle est le lien de la société et de l'amitié. Je prétends seulement y mettre des bornes et la rendre honnête et fidèle. Je veux qu'elle soit n'ait ni foiblesse ni intérêt. Je sais bien qu'il toujours vraie et toujours prudente, et qu'elle

est malaisé de donner de justes limites à la manière de recevoir toute sorte de confiance de nos amis, et de leur faire part de la nôtre.

On se confie le plus souvent par vanité, par envie de parler, par le desir de s'attirer la

DU DUC DE LA ROCHEFOUCAULD. confiance des autres, et pour faire un échange

X.

Il me semble que voilà jusqu'où la philosophie d'un laquais méritoit d'aller ; je crois que toute gaîté en cet état-là est bien suspecte1. (MAXIME 504.)

Lettre à madame de Sablė, manusc., folio 161.

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RÉFLEXIONS

DIVERSES

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de secrets.

Il y a des personnes qui peuvent avoir raison de se fier en nous, vers qui nous n'aurions pas raison d'avoir la même conduite; et on s'acquitte avec ceux-ci en leur gardant le secret, et en les payant de légères confidences.

Il y en a d'autres dont la fidélité nous est connue, qui ne ménagent rien avec nous, et à qui on peut se confier par choix et par estime. On doit ne leur rien cacher de ce qui ne regarde que nous; se montrer à eux toujours vrais dans nos bonnes qualités et dans nos défauts même, sans exagérer les unes et sans diminuer les autres; se faire une loi de ne leur faire jamais des demi-confidences: elles embarrassent toujours ceux qui les font, et ne contentent jamais ceux qui les reçoivent. On leur donne des lumières confuses de ce qu'on veut cacher; on augmente leur curiosité; on les met en droit de vouloir en savoir davantage, et ils se croient en liberté de disposer de ce qu'ils ont pénétré. Il est plus sûr et plus honnête de ne leur rien dire, que de se taire quand on a commencé à parler. Il y a d'autres règles à suivre pour les choses qui nous ont été confiées; plus elles sont importantes, et plus la prudence et la fidélité y sont nécessaires.

Tout le monde convient que le secret doit être inviolable; mais on ne convient pas toujours de la nature et de l'importance du secret. Nous ne consultons le plus souvent que nousmêmes sur ce que nous devons dire et sur ce que nous devons taire. Il y a peu de secrets de tous les temps, et le scrupule de le révéler ne dure

pas toujours.

On a des liaisons étroites avec des amis dont

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