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des douleurs et de la consolation tout ensemble, meurtrier de celui que je reconnois pour mon pour arriver enfin à ne plus sentir que vos con- Dieu et mon père, qui s'est livré pour mon solations sans aucune douleur. Car, Seigneur, propre salut, et qui a porté en sa personne la vous avez laissé languir le monde dans les souf- peine de mes iniquités? Il est juste, Seigneur, frances naturelles sans consolation, avant la ve- que vous ayez interrompu une joie aussi criminue de votre Fils unique : vous consolez main- nelle que celle dans laquelle je me reposois à tenant, et vous adoucissez les souffrances de l'ombre de la mort. vos fidèles par la grace de votre Fils unique : et vous comblez d'une beatitude toute pure vos

XII. saints dans la gloire de votre Fils unique. Ce

Olez donc de moi, Seigneur, la tristesse que sont les admirables degrés par lesquels vous l'amour de moi-même pourroit me donner de conduisez vos ouvrages. Vous m'ave tiré du mes propres souffrances, et des choses du premier : faites-moi passer par le second pour monde qui ne réussissent pas au gré des inarriver au troisième. Seigneur, c'est la grace que clinations de mon coeur, et qui ne regardent je vous demande.

pas votre gloire; mais mettez en moi une tris

tesse conforme à la vôtre. Que mes souffrances XII.

servent à apaiser votre colère. Faites-en une Ne permettez pas que je sois dans un tel éloi- occasion de mon salut et de ma conversion. gnement de vous, que je puisse considérer votre Que je ne souhaite désormais de santé et de ame triste jusques à la mort, et votre corps vie qu’afin de l'employer et de la finir pour abaltu par la mort pour mes propres péchés, vous, avec vous, et en vous. Je ne vous desans me réjouir de souffrir, et dans mon corps, mande ni santé, ni maladie, ni vie, ni mort ; et dans mon ame. Carqu'y a-t-il de plus honteux, mais que vous disposiez de ma santé et de ma et néanmoins de plus ordinaire dans les Chré- maladie, de ma vie et de ma mort pour votre tiens et dans moi-même, que, tandis que vous gloire, pour mon salut et pour l'utilité de l'Église suez le sang pour l'expiation de nos offenses, et de vos saints , dont j'espère, par votre grace, nous vivions dans les délices; et que des Chré-faire une portion. Vous seul savez ce qui m'est tiens qui font profession d'être à vous; que ceux expédient : vous êtes le souverain maître, faites qui, par le baptême, ont renoncé au monde ce que vous voudrez. Donnez-moi , ôtez-moi; pour vous suivre; que ceux qui ont juré solen- mais conformez ma volonté à la vôtre; et que, nellement à la face de l'Église de vivre et de dans une soumission humble et parfaite, et dans mourir avec vous; que ceux qui font profession une sainte confiance, je me dispose à recevoir de croire que le monde vous a persécuté et cru- les ordres de votre providence éternelle, et cifie; que ceux qui croient que vous vous êtes que j'adore également tout ce qui me vient de exposé à la colère de Dieu et à la cruauté des vous. hommes pour les racheter de leurs crimes; que

XIV. ceux, dis-je, qui croient toutes ces vérités, qui Faites, mon Dieu, que dans une uniformité considèrent votre corps comme l'hostie qui s'est d'esprit toujours égale, je reçoive toutes sortes livrée pour leur salut , qui considèrent les plai- d'évènements, puisque nous ne savons ce que sirs et les péchés du monde comme l'unique nous devons demander, et que je ne puis en sousujet de vos souffrances, et le monde même haiter l'un plutôt que l'autre, sans présomption, comme votre propre bourreau, recherchent à et sans merendre juge et responsable des suites flalter leurs corps par ces mêmes plaisirs, parmi que votre sagesse a voulu justement me cacher. ce même monde; et que ceux qui ne pourroient, Seigneur, je sais que je ne sais qu'une chose, sans frémir d'horreur, voir un homme caresser c'est qu'il est bon de vous suivre, et qu'il est et chérir le meurtrier de son père qui se seroit mauvais de vous offenser. Après cela, je ne livré pour lui donner la vie, puissent vivre, sais quel est le meilleur ou le pire en toutes comme j'ai fait, avec une pleine joie parmi le choses; je ne sais lequel m'est profitable, ou de monde, que je sais avoir été véritablement le la santé, ou de la maladie, des biens ou de la pauvreté, ni de toutes les choses du monde. aujourd'hui une ignorance si grossière, qu'elle C'est un discernement qui passe la force des fait gémir tous ceux qui ont des sentiments de hommes et des anges, et qui est caché dans les tendresse pour l'Église. On n'entroit alors dans secrets de votre providence que j'adore, et que l'Église qu'après de grands travaux et de longs je ne veux pas approfondir.

desirs : on s'y trouve maintenant sans aucune

peine, sans soin, et sans travail. On n'y étoit XV.

admis qu'après un examen très exact; on y est Faites donc, Seigneur, que, tel que je sois, je reçu maintenant avant qu'on soit en état d'être me conforme à votre volonté; et qu'étant malade examiné. On n'y étoit reçu alors qu'après avoir comme je suis, je vous glorifie dans mes souf- abjuré sa vie passée, qu'après avoir renoncé au frances. Sans elles, je ne puis arriver à la gloire; monde, et à la chair, et au diable : on y entre et vous-même, mon Sauveur, n'avez voulu y maintenant avant qu'on soit en état de faire auparvenir que par elles. C'est par les marques de cune de ces choses. Enfin il falloit autrefois sorvos souffrances que vous avez été reconnu de tir du monde pour être reçu dans l'Église : au vos disciples; et c'est par les souffrances que lieu qu'on entre aujourd'hui dans l'Église au vous reconnoissez aussi ceux qui sont vos disci- même temps que dans le monde. On connoissoit ples. Reconnoissez-moi donc pour votre disciple alors, par ce procédé, une distinction essendans les maux que j'endure, et dans mon corps, tielle du monde avec l'Église; on les considéroit et dans mon esprit, pour les offenses que j'ai comme deux contraires, comme deux ennemis commises; et parce que rien n'est agréable à irréconciliables, dont l'un persécute l'autre sans Dieu, s'il ne lui est offert par vous, unissez ma discontinuation, et dont le plus foible, en apvolonté à la vôtre, et mes douleurs à celles que parence, doit un jour triompher du plus fort; vous avez souffertes. Faites que les miennes de entre ces deux partis contraires, on quittoit viennent les vôtres : unissez-moi à vous, rem- l'un pour entrer dans l'autre; on abandonnoit plissez-moi de vous et de votre Esprit-Saint. les maximes de l'un pour suivre celles de l'autre; Entrez dans mon coeur et dans mon ame pour on se dévêtoit des sentiments de l'un pour se rey porter mes souffrances, et pour continuer vêtir des sentiments de l'autre : enfin on quitd'endurer en moi ce qui vous reste à souffrir de toit, on renonçoit, on abjuroit le monde où l'on votre passion , que vous achevez dans vos mem- avoit reçu sa première naissance, pour se vouer bres jusqu'à la consommation parfaite de votre totalement à l'Église, où l'on prenoit comme sa corps ; afin qu'étant plein de vous, ce ne soit seconde naissance; et ainsi on concevoit une plus moi qui vive et qui souffre, mais que ce très grande différence entre l’an et l'autre : ausoit vous qui viviez et qui souffriez en moi, o jourd'hui on se trouve presque en même temps mon Sauveur! et qu'ainsi ayant quelque petite dans l'un comme dans l'autre; et le même mopart à vos souffrances, vous me remplissiez en- ment qui nous fait naître au monde nous fait tièrement de la gloire qu'elles vous ont acquise, renaitre dans l'Église; de sorte que la raison dans laquelle vous vivez avec le Père et le Saint- survenant ne fait plus de distinction de ces deux Esprit , dans tous les siècles des siècles. Ainsi mondes si contraires; elle s'élève et se forme soit-il.

dans l'un et dans l'autre tout ensemble; on fré

quente les sacrements, et on jouit des plaisirs COMPARAISON

de ce monde; et ainsi, au lieu qu'autrefois on

voyoit une distinction essentielle entre l'un et DES ANCIENS CHRÉTIENS l'autre, on les voit maintenant confondus et mê

lés, en sorte qu'on ne les discerne quasi plus. AVEC CEUX D'AUJOURD'HUI.

De là vient qu'on ne voyoit autrefois entre les

Chrétiens que des personnes très instruites; au On ne voyoit, à la naissance de l'Église , que lieu qu'elles sont maintenant dans une ignorance des Chrétiens parfaitement instruits dans tous les qui fait horreur; de là vient qu'autrefois ceux points nécessaires au salut : au lieu que l'on voit qui avoient été rendus Chrétiens par le baptême, et qui avoient quitté les vices du monde pour fois au nombre des siens; elle ne desire pas une entrer dans la piété de l'Église, retomboient si moindre perfection dans ceux qu'elle nourrit rarement de l'Église dans le monde; au lieu que dans ceux qu'elle reçoit. qu'on ne voit maintenant rien de plus ordinaire Cependant on en use d'une façon si contraire que les vices du monde dans le coeur des Chré- à l'intention de l'Église, qu'on ne peut y penser tiens. L'Église des saints se trouve toute souil- sans horreur. On ne fait quasi plus de réflexion lée par le mélange des méchants; et ses enfants, sur un aussi grand bienfait, parcequ'on ne l'a qu'elle a conçus et portes dès l'enfance dans ses jamais demandé, parcequ'on ne se souvient pas flancs, sont ceux-là mêmes qui portent dans son même de l'avoir reçu. Mais comme il est évident coeur, c'est-à-dire jusqu'à la participation de ses que l'Église ne demande pas moins de zèle dans plus augustes mystères, le plus grand de ses ceux qui ont été élevés esclaves de la foi, que dans ennemis, l'esprit du monde, l'esprit d'ambition, ceux qui aspirent à le devenir, il faut se mettre l'esprit de vengeance, l'esprit d'impureté, l'es- devant les yeux l'exemple des catéchumènes, conprit de concupiscence : et l'amour qu'elle a pour sidérer leur ardeur, leur dévotion, leur horreur ses enfants l'oblige d'admettre jusque dans ses pour le monde, leur renoncement au monde; et entrailles le plus cruel de ses persécuteurs. Mais si on ne les jugeoit pas dignes de recevoir le bapce n'est pas à l'Église que l'on doit imputer les tême sans ces dispositions, ceux qui ne les troumalheurs qui ont suivi un changement si funeste; vent pas en eux doivent donc se soumettre à car comme elle a vu que le délai du baptême recevoir l'instruction qu'ils auroient eue, s'ils laissoit un grand nombre d'enfants dans la ma- commençoient à entrer dans la communion de lédiction d’Adam, elle a voulu les délivrer de l'Église : il faut de plus qu'ils se soumettent à cette masse de perdition en précipitant le se- une pénitence telle, qu'ils n'aient plus envie de cours qu'elle leur donne; et cette bonne mère la rejeter , et qu'ils aient moins d'aversion pour ne voit qu'avec un regret extrême que ce qu'elle l'austérité de la mortification des sens qu'ils ne a procuré pour le salut de ses enfants devienne trouvent de charmes dans l'usage des délices vil'occasion de la perte des adultes.

cieuses du péché. Son veritable esprit est que ceux qu'elle re- Pour les disposer à s'instruire, il faut leur tire dans un age si tendre de la contagion du faire entendre la différence des coutumes qui mende, s'écartent bien loin des sentiments du ont été pratiquées dans l'Église suivant la divermonde. Elle prévient l'usage de la raison ponr sité des temps. Dans l'Église naissante on enprévenir les vices où la raison corrompue les seignoit les catéchumènes, c'est-à-dire ceux qui entraîneroit ; et avant que leur esprit puisse prétendoient au baptême, avant que de le leur agir, elle les remplit de son esprit, afin qu'ils conférer ; et on ne les y admettoit qu'après une vivent dans l'ignorance du monde, et dans un pleine instruction des mystères de la religion, état d'autant plus éloigné du vice, qu'ils ne l'au- qu'après une pénitence de leur vie passée, qu'aront jamais connu. Cela paroît par les cérémo- près une grande connoissance de la grandeur nies du baptème; car elle n'accorde le baptême et de l'excellence de la profession de la foi et aux enfants qu'après qu'ils ont déclaré, par la des maximes chrétiennes où ils desiroient entrer bouche des parrains, qu'ils le desirent, qu'ils pour jamais, qu'après des marques éminentes croient, qu'ils renoncent au monde et à Salan: d'une conversion véritable du coeur, et qu'après et comme elle veut qu'ils conservent ces dispo- un extrême desir du baptême. Ces choses étant sitions dans toute la suite de leur vie, elle leur connues de toute l'Église, on leur conféroit le commande expressément de les garder inviola- sacrement d'incorporation, par lequel ils deveblement; et elle enjoint, par un commandement noient membres de l'Église. Aujourd'hui le bapindispensable, aux parrains d'instruire les en- tême ayant été accordé aux enfants avant l'usage fants de toutes ces choses; car elle ne souhaite de la raison, par des considérations très imporpas que ceux qu'elle a nourris dans son sein de lantes, il arrive que la négligence des parents puis l'enfance soient aujourd'hui moins instruits laisse vieillir les Chrétiens sans aucune connoisi'l moins zelés que ceux qu'elle admettoit autre- sance de notre religion.

Quand l'instruction précédoit le baptême, res, les Chrétiens d'aujourd'hui ne témoignent tous étoient instruits; mais maintenant que le que de l'ingratitude pour cette même grace baptême précède l'instruction, l'enseignement qu'elle leur accorde avant même qu'ils aient été qui étoit nécessaire pour le sacrement est de- en état de la demander. Si elle détestoit si fort venu volontaire, et ensuite négligé, et enfin les chutes des premiers Chrétiens, quoique si presque aboli. La raison persuadoit de la néces- rares, combien doit-elle avoir en abominasité de l'instruction; de sorte que, quand l'in- tion les chutes et les rechutes continuelles des struction précédoit le baptême, la nécessité de derniers, quoiqu'ils lui soient beaucoup plus l'un faisoit que l'on avoit recours à l'autre né- redevables, puisqu'elle les a tirés bien plus tôt cessairement : au lieu que le baptême précédant et bien plus libéralement de la damnation où ils aujourd'hui l'instruction, comme on a été fait étoient engagés par leur première naissance ! Chrétien sans avoir été instruit, on croit pou- Elle ne peut voir , sans gémir, abuser de la plus voir demeurer Chrétien sans se faire instruire; grande de ses graces, et que ce qu'elle a fait et au lieu que les premiers Chrétiens témoi- pour assurer leur salut devienne l'occasion presgnoient tant de reconnoissance pour une grace que assurée de leur perte; car elle n'a pas changé que l'Église n'accordoit qu'à leurs longues priè- d'esprit, quoiqu'elle ait change de coutume.

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RÉFLEXIONS

OU

SENTENCES ET MAXIMES

MORALES

DE LA ROCHEFOUCAULD;

AVEC UN EXAMEN CRITIQUE

PAR L. AIMÉ-MARTIN.

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