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hension. Les médecins mêmes en furent si surpris, devroit toujours être, dans la souffrance des maux, qu'ils ne purent s'empêcher de le témoigner, disant dans la privation de tous les biens et de tous les plaique c'étoit une marque d'appréhension à quoi ils ne sirs des sens, exempt de toutes les passions qui tras'attendoient pas de sa part. Mon frère voyant l’émo- vaillent pendant tout le cours de la vie, sans ambition, tion que cela avoit causé, en fut fâché et me dit : sans avarice, dans l'attente continuelle de la mort. J'eusse voulu communier; mais puisque je vois qu’on N'est-ce pas ainsi que les chrétiens devroient passer est surpris de ma confession, j'aurois peur qu'on ne la vie ? Et n'est-ce pas un grand bonheur quand on le fût davantage; c'est pourquoi il vaut mieux diffé- se trouve par nécessité dans l'état où l'on est obligé rer. M. le curé ayant été de cet avis, il ne communia d’être, et qu'on n'a autre chose à faire qu'à se soupas. Cependant son mal continuoit, et comme M. le mettre humblement et paisiblement ? C'est pourquoi curé le venoit voir de temps en temps par visite, il je ne demande autre chose que de prier Dieu qu'il ne perdoit pas une de ces occasions pour se confes- me fasse cette grace. Voilà dans quel esprit il enduser, et n'en disoit rien, de peur d'effrayer le monde, roit tous ses maux. parce que les médecins assuroient toujours qu'il n'y Il souhaitoit beaucoup de communier ; mais les avoit nul danger à sa maladie; et en effet il y eut médecins s'y opposoient, disant qu'il ne le pouvoit quelque diminution en ses douleurs, ensorte qu'il se faire à jeun, à moins que ce ne fût la nuit: ce qu'il levoit quelquefois dans sa chambre. Elles ne le quit- ne trouvoit pas à propos de faire sans nécessité, et tèrent jamais néanmoins tout-à-fait, et même elles que pour communier en viatique il falloit être en revenoient quelquefois, et il maigrissoit aussi beau- danger de mort; ce qui ne se trouvant pas en lui, ils coup, ce qui n'effrayoit pas beaucoup les médecins : ne pouvoient pas lui donner ce conseil. Cette résismais, quoi qu'ils pussent dire, il dit toujours qu'il tance le fâchoit; mais il étoit contraint d'y céder. étoit en danger, et ne manqua pas de se confesser Cependant sa colique continuant toujours, on lui ortoutes les fois que M. le curé le venoit voir. Il fit donna de boire des eaux, qui en effet le soulagèrent même son testament durant ce temps-là, où les beaucoup : mais au sixième d'août il sentit un grand pauvres ne furent pas oubliés, et il se fit violence étourdissement avec une grande douleur de tête; et pour ne leur pas donner davantage, car il me dit quoique les médecins ne s'étonnassent pas de cela, et que si M. Périer eût été à Paris, et qu'il y eût con- qu'ils l'assurassent que ce n'étoit que la vapeur des senti, il auroit disposé de tout son bien en faveur des eaux, il ne laissa pas de se confesser, et il demanda pauvres; et enfin il n'avoit rien dans l'esprit et dans avecdes instances incroyables qu'on le fit communier, le cæar que les pauvres, et il me disoit quelquefois : et qu'au nom de Dieu on trouvât moyen de remédier D'où vient que je n'ai jamais rien fait pour les pau- à tous les inconvénients qu'on lui avoit allégués jusvres, quoique j'aie toujours eu un si grand amour qu'alors; et il pressa tant pour cela, qu'une personne pour eux ? Je lui dis : C'est que vous n'avez jamais qui se trouva présente lui reprocha qu'il avoit de l'ineu assez de bien pour leur donner de grandes assis- quiétude, et qu'il devoit se rendre au sentiment de ses tances. Et il me répondit : Puisque je n'avois pas de amis; qu'il se portoit mieux, et qu'il n'avoit presque plus bien pour leur en donner, je devois leur avoir donné de colique ; et que ne lui restant plus qu'une vapeur mon temps et ma peine; c'est à quoi j'ai failli ; et si d'eau, il n'étoit pas juste qu'il se fit porter le saintles médecins disent vrai , et si Dieu permet que je me sacrement; qu'il valoit mieux différer, pour faire cette relève de cette maladie, je suis résolu de n'avoir action à l'église. Il répondit à cela : On ne sent pas point d'autre emploi ni point d'autre occupation mon mal, et on y sera trompé; ma douleur de tête a tout le reste de ma vie que le service des pauvres. Ce quelque chose de fort extraordinaire. Néanmoins sont les sentiments dans lesquels Dieu l'a pris. voyant unesigrande opposition à son desir, il n'osa plus

Il joignoit à cette ardente charité pendant sa ma- en parler ; mais il dit : Puisqu'on ne me veut pas acladie une patience si admirable, qu'il édifioit et sur- corder cette grâce, j'y voudrois bien suppléer parquelprenoit toutes les personnes qui étoient autour de que bonne æuvre, et ne pouvant pas communier dans lai, et il disoit à ceux qui lui témoignoient avoir de la lechef, je voudrois bien communier dans les membres, peine de voir l'état où il étoit , que, pour lui, il n'en et pour cela j'ai pensé d'avoir céans un pauvre malade avoit pas, et qu'il appréhendoit même de guérir; et à qui on rende les mêmes services comme à moi, quand on lui en demandoit la raison, il disoit : C'est qu'on prenne une garde exprès, et enfin qu'il n'y que je connois les dangers de la santé et les avantages ait aucune différence de lui à moi, afin que j'aie de la maladie. Il disoit encore au plus fort de ses

cette consolation de savoir qu'il y a un pauvre aussi douleurs, quand on s'affligeoit de les lui voir souf- bien traité que moi, dans la confusion que je souffre frir : Ne me plaignez point, la maladie est l'état na- de me voir dans la grande abondance de toutes choses turel des chrétiens, parcequ'on est par là, comme on où je me vois. Car quand je pense qu'au même temps

que j'ai.

M

PRÉFACE,

que je suis si bien, il y a une infinité de pauvres qui lui donner la communion, il fit un effort, et il se sont plus malades que moi, et qui manquent des leva seul à moitié, pour le recevoir avec plus de reschoses les plus nécessaires, cela me fait une peine pect; et monsieur le curé l'ayant interrogé, suivant que je ne puis supporter, et ainsi je vous prie de de la coutume, sur les principaux mystères de la foi, il mander un malade à monsieur le cure pour le dessein répondit distinctement : Oui, monsieur, je crois tout

cela de tout mon coeur. Ensuite il reçut le saint J'envoyai à monsieur le curé à l'heure même, viatique et l'extrême-onction avec des sentiments qui manda qu'il n'y en avoit point qui fût en état si tendres, qu'il en versoit des larmes. Il répondit à d'être transporté; mais qu'il lui donneroit, aussitôt tout, remercia monsieur le curé; et lorsqu'il le bénit qu'il seroit guéri, un moyen d'exercer sa charité, avec le saint ciboire, il dit : Que Dieu ne m'abanen se chargeant d'un vieux homme dont il prendroit donne jamais. Ce qui fut comme ses dernières parosoin le reste de sa vie : car monsieur le cure ne dou- les; car après avoir fait son action de graces, un toit pas alors qu'il ne dût guérir.

moment après ses convulsions le reprirent, qui ne le Comme il vit qu'il ne pouvoit pas avoir un pauvre quittèrent plus, et qui ne lui laissèrent pas un instant en sa maison avec lui, il me pria donc de lui faire de liberté d'esprit : elles durèrent jusqu'à sa mort, cette grace de le faire porter aux Incurables, parce qui fut vingt-quatre heures après, le dix-neuvième qu'il avoit grand desir de mourir en la compagnie d'août mil six cent soixante-deux, à une heure du des pauvres. Je lui dis que les médecins ne trou- matin, âgé de trente-neuf ans deux mois. voient pas à propos de le transporter en l'état où il étoit : ce qui le fâcha beaucoup; il me fit promettre que s'il avoit un peu de relâche, je lui donnerois cette satisfaction.

Cependant cette douleur de tête augmentant, il la souffroit toujours comme tous les autres maux , Où l'on fait voir de quelle manière ces Pensées ont été écrites et c'est-à-dire sans se plaindre; et une fois, dans le recueillies; ce qui en a fait retarder l'impression ; quel étoit plus fort de sa douleur, le dix-septième d'août, il me

le dessein de l'auteur dans cet ouvrage, et comment il a passé

les dernières années de sa vie. pria de faire une consultation ; mais il entra en même temps en scrupule, et me dit : Je crains qu'il n'y ait trop de recherche dans cette demande. Je ne laissai pourtant pas de la faire; et les médecins lui Pascal, ayant quitté fort jeune l'étude des maordonnèrent de boire du petit-lait, lui assurant tour thématiques, de la physique et des autres sciences jours qu'il n'y avoit nul danger, et que ce n'étoit profanes, dans lesquelles il avoit fait un si grand proque la migraine mêlée avec la vapeur des eaux. grès, commença, vers la trentième année de son Néanmoins , quoi qu'ils pussent dire, il ne les crut âge, à s'appliquer à des choses plus sérieuses et plus jamais, et me pria d'avoir un ecclésiastique pour relevées , et à s'adonner uniquement, autant que sa passer la nuit auprès de lui , et moi-même je le santé le put permettre , à l'étude de l'Ecriture, des trouvai si mal, que je donnai ordre, sans en rien Pères, et de la morale chrétienne. dire, d'apporter des cierges et tout ce qu'il falloit Mais quoiqu'il n'ait pas moins excellé dans ces pour le faire communier le lendemain matin. sortes de sciences, comme il l'a bien fait paroître par

Ces apprêts ne furent pas inutiles ; mais ils servi- des ouvrages qui passent pour assez achevés en leur rent plus tôt que nous n'avions pensé : car environ genre, on peut dire néanmoins que, si Dieu eût minuit, il lui prit une convulsion si violente, que, permis qu'il eût travaillé quelque temps à celui qu'il quand elle fut passée, nous crûmes qu'il étoit mort, avoit dessein de faire sur la religion, et auquel il et nous avions cet extrême déplaisir avec tous les vouloit employer tout le reste de sa vie, cet ouvrage autres, de le voir mourir sans le saint-sacrement, eût beaucoup surpassé tous les autres qu’on a vus après l'avoir demandé si souvent avec tant d'ins- de lui; parcequ'en effet les vues qu'il avoit sur ce tance. Mais Dieu, qui vouloit récompenser un desir sujet étoient infiniment au-dessus de celles qu'il si fervent et si juste, suspendit comme par un mira- avoit sur toutes les autres choses. cle cette convulsion , et lui rendit son jugement en- Je crois qu'il n'y aura personne qui n'en soit fatier , comme dans sa parfaite santé; en sorte que cilement persuadé en voyant seulement le peu que monsieur le curé entrant dans sa chambre avec le l'on en donne à présent, quelque imparfait qu'il saint-sacrement, lui cria : Voici celui que vous paroisse , et principalement sachant la manière dont avez tant desiré. Ces paroles achevèrent de le ré il y a travaillé, et toute l'histoire du recueil qu'on en veiller; et comme monsieur le curé approcha pour a fait. Voici comment tout cela s'est passé.

Pascal conçut le dessein de cet ouvrage plusieurs force et la capacité; qui avoit accoutumé de travailler années avant sa mort; mais il ne faut pas néanmoins tellement tous ses ouvrages, qu'il ne se contentoit s'étonner s'il fut si long-temps sans en rien mettre presque jamais de ses premières pensées, quelque par écrit : car il avoit toujours accoutumé de songer bonnes qu'elles parussent aux autres , et qui a refait beaucoup aux choses, et de les disposer dans son souvent, jusqu'à huit ou dix fois, des pièces que esprit avant que de les produire au dehors, pour tout autre que lui trouvoit admirables dès la prebien considérer et examiner avec soin celles qu'il mière. falloit mettre les premières ou les dernières, et l'ordre Après qu'il leur eut fait voir quelles sont les preuves qu'il leur devoit donner à toutes , afin qu'elles pus- qui font le plus d'impression sur l'esprit des hommes, sent faire l'effet qu'il desiroit. Et comme il avoit une et qui sont les plus propres à les persuader , il entremémoire excellente, et qu'on peut dire même pro- prit de montrer que la religion chrétienne avoit audigieuse, en sorte qu'il a souvent assuré qu'il n'avoit tant de marques de certitude et d'évidence que les jamais rien oublié de ce qu'il avoit une fois bien choses qui sont reçues dans le monde pour les plus imprimé dans son esprit ; lorsqu'il s'étoit ainsi quel- indubitables. que temps appliqué à un sujet, il ne craignoit pas Il commença d'abord par une peinture de l'homme, que les pensées qui lui étoient venues lui pussent où il n'oublia rien de tout ce qui le pouvoit faire jamais échapper; et c'est pourquoi il différoit assez connoitre et au dedans et au dehors de lui-même, et souvent de les écrire, soit qu'il n'en eût pas le loisir, jusqu'aux plus secrets mouvements de son cæur. Il soit que sa santé, qui a presque toujours été languis- supposa ensuite un homme qui, ayant toujours vécu sante, ne fût pas assez forte pour lui permettre de dans une ignorance générale, et dans l'indifférence travailler avec application.

à l'égard de toutes choses , et sur-tout à l'égard de C'est ce qui a été cause que l'on a perdu à sa soi-même, vient enfin à se considérer dans ce tableau, mort la plus grande partie de ce qu'il avoit déja conçu et à examiner ce qu'il est. Il est surpris d'y découvrir touchant son dessein ; car il n'a presque rien écrit une infinité de choses auxquelles il n'a jamais pensé; des principales raisons dont il vouloit se servir, des et il ne sauroit remarquer , sans étonnement et sans fondements sur lesquels il prétendoit appuyer son admiration, tout ce que Pascal lui fait sentir de sa ouvrage, et de l'ordre qu'il vouloit y garder : ce qui grandeur et de sa bassesse , de ses avantages et de étoit assurément très considérable. Tout cela étoit ses foiblesses, du peu de lumières qui lui reste, et parfaitement bien gravé dans son esprit et dans sa des ténèbres qui l'environnent presque de toutes mémoire ; mais, ayant négligé de l'écrire lorsqu'il parts , et enfin de toutes les contrariétés étonnantes l'auroit peut-être pu faire, il se trouva, lorsqu'il qui se trouvent dans sa nature. Il ne peut plus après l'auroit bien voulu, hors d'état d'y pouvoir du tout cela demeurer dans l'indifférence, s'il a tant soit peu travailler.

de raison; et quelque insensible qu'il ait été jusques Il se rencontra néanmoins une occasion , il y a alors, il doit souhaiter, après avoir ainsi connu ce environ dix ou douze ans, en laquelle on l'obligea , qu'il est, de connoître aussi d'où il vient et ce qu'il non pas d'écrire ce qu'il avoit dans l'esprit sur ce doit devenir. sujet-là, mais d'en dire quelque chose de vive voix. Pascal , l'ayant mis dans cette disposition de cherI le fit donc en présence et à la prière de plusieurs cher à s'instruire sur un doute si important, l'adresse personnes très considérables de ses amis. Il leur dé- premièrement aux philosophes; et c'est là qu'après veloppa en peu de mots le plan de tout son ouvrage : lui avoir développé tout ce que les plus grands phiil leur représenta ce qui en devoit faire le sujet et la losophes de toutes les sectes ont dit sur le sujet de matière : il leur en rapporta en abrégé les raisons l'homme, il lui fait observer tant de défauts, tant et les principes, et il leur expliqua l'ordre et la suite de foiblesses , tant de contradictions, et tant de fausdes choses qu'il y vouloit traiter. Et ces personnes, setés dans tout ce qu'ils ont avancé, qu'il n'est pas qui sont aussi capables qu'on le puisse être de juger difficile à cet homme de juger que ce n'est pas là où deces sortes de choses , avouent qu'elles n'ont jamais il doit s'en tenir. rien entendu de plus beau, de plus fort, de plus Il lui fait ensuite parcourir tout l'univers et tous touchant, ni de plus convaincant; qu'elles en furent les âges, pour lui faire remarquer une infinité de charmées ; et que ce qu'elles virent de ce projet et religions qui s'y rencontrent; mais il lui fait voir de ce dessein dans un discours de deux ou trois heures en même temps, par des raisons si fortes et si confait ainsi sur-le-champ, et sans avoir été prémédité vaincantes, que toutes ces religions ne sont remplies ni travaillé, leur fit juger ce que ce pourroit être un que de vanité, de folies , d'erreurs, d'égarements et jour, s'il étoit jamais exécuté et conduit à sa per- d’extravagances, qu'il n'y trouve rien encore qui section par une personne dont elles connoissoient la le puisse satisfaire.

Enfin il lui fait jeter les yeux sur le peuple juif, encore qu'il trouvera dans ce même livre de quoi se et il lui en fait observer des circonstances si extraor- consoler. Et en effet, il lui fait remarquer qu'il y est dinaires, qu'il attire facilement son attention. Après dit que le remède est entre les mains de Dieu; que lui avoir représenté tout ce que ce peuple a de sin- c'est à lui que nous devons recourir pour avoir les gulier, il s'arrête particulièrement à lui faire remar- forces qui nous manquent; qu'il se laissera fléchir, quer un livre unique par lequel il se gouverne, et et qu'il enverra même aux hommes un libérateur, qui comprend tout ensemble son histoire, sa loi et qui satisfera pour eux, et qui suppléera à leur imsa religion. A peine a-t-il ouvert ce livre, qu'il lui puissance. apprend que le monde est l'ouvrage d'un Dieu, et Après qu'il lui a expliqué un grand nombre de reque c'est ce même Dieu qui a créé l'homme à son marques très particulières sur le livre de ce peuple, image, et qui l'a doué de tous les avantages du corps il lui fait encore considérer que c'est le seul qui ait et de l'esprit qui convenoient à cet état. Quoiqu'il parlé dignement de l'Etre souverain , et qui ait donné n'ait rien encore qui le convainque de cette vérité, l'idée d'une véritable religion. Il lui en fait concevoir elle ne laisse pas de lui plaire; et la raison seule suffit les marques les plus sensibles qu'il applique à celles pour lui faire trouver plus de vraisemblance dans cette que ce livre a enseignées ; et il lui fait faire une attensupposition, qu’un Dieu est l'auteur des hommes et tion particulière sur ce qu'elle fait consister l'essence de tout ce qu'il y a dans l'univers, que dans tout ce de son culte dans l'amour du Dieu qu'elle adore : ce que ces mêmes hommes se sont imaginé par leurs qui est un caractère tout singulier, et qui la distingue propres lumières. Ce qui l'arrête en cet endroit, est visiblement de toutes les autres religions, dont la de voir, par la peinture qu'on lui a faite de l'homme, fausseté paroit par le défaut de cette marque si essenqu'il est bien éloigné de posséder tous ces avantages tielle. qu'il a dû avoir lorsqu'il est sorti des mains de son Quoique Pascal, après avoir conduit si avant cet auteur; mais il ne demeure pas long-temps dans ce | homme qu'il s'étoit proposé de persuader insensibledoute:

: car, dès qu'il poursuit la lecture de ce même ment, ne lui ait encore rien dit qui le puisse convainlivre, il y trouve qu'après que l'homme eut été créé cre des vérités qu'il lui a fait découvrir, il l'a mis de Dieu dans l’état d'innocence, et avec toute sorte néanmoins dans la disposition de les recevoir avec de perfections, sa première action fut de se révolter plaisir, pourvu qu'on puisse lui faire voir qu'il doit contre son créateur, et d’employer à l'offenser tous s'y rendre, et de souhaiter même de tout son cæur les avantages qu'il en avoit reçus.

qu'elles soient solides et bien fondées, puisqu'il y Pascal lui fait alors comprendre que ce crime ayant trouve de si grands avantages pour son repos et pour été le plus grand de tous les crimes en toutes ses cir- l'éclaircissement de ses doutes. C'est aussi l'état où constances, il avoit été puni non seulement dans ce devroit être tout homme raisonnable, s'il étoit une premier homme, qui, étant déchu par-là de son fois bien entré dans la suite de toutes les choses que état , tomba tout d'un coup dans la misère, dans la Pascal vient de représenter : il y a sujet de croire foiblesse , dans l'erreur et dans l'aveuglement, mais

qu'après cela il se rendroit facilement à toutes les encore dans tous ses descendants, à qui ce même preuves que l'auteur apportera ensuite pour confirhomme a communiqué et communiquera encore sa mer la certitude et l'évidence de toutes ces vérités corruption dans toute la suite des temps.

importantes dont il avoit parlé, et qui font le fondeH lui montre ensuite divers endroits de ce livre où ment de la religion chrétienne, qu'il avoit dessein il a découvert cette vérité. Il lui fait prendre garde de persuader. qu'il n'y est plus parlé de l'homme que par rapport Pour dire en peu de mots quelque chose de ces à cet état de foiblesse et de désordre; qu'il y est dit preuves, après qu'il eut montré en général que les souvent que toute chair est corrompue , que les hom- vérités dont il s'agissoit étoient contenues dans un mes sont abandonnés à leurs sens, et qu'ils ont une livre de la certitude duquel tout homme de bon sens pente au mal dès leur naissance. Il lui fait voir encore ne pouvoit douter, il s'arrêta principalement au livre que cette première chute est la source, non seule- de Moise, où ces vérités sont particulièrement rément de tout ce qu'il y a de plus incompréhensible pandues , et il fit voir, par un très grand nombre de dans la nature de l'homme, mais aussi d'une infinité circonstances indubitables, qu'il étoit également imd'effets qui sont hors de lui, et dont la cause lui est possible que Moise eût laissé par écrit des choses inconnue. Enfin il lui représente l'homme si bien fausses, ou que le peuple à qui il les avoit laissées dépeint dans tout ce livre, qu'il ne lui paroit plus dif- s'y fût laissé tromper, quand même Moise auroit été férent de la première image qu'il lui en a tracée. capable d'être fourbe.

Ce n'est pas assez d'avoir fait connoître à cet Il parla aussi des grands miracles qui sont rapporhomme son état plein de misère; Pascal lui apprend / tés dans ce livre; et comme ils sont d'une grande conséquence pour la religion qui y est enseignée, il | tant d'effets différents, qui concourent lous égaleprouva qu'il n'étoit pas possible qu'ils ne fussent ment à prouver d'une manière invincible la religion vrais, non seulement par l'autorité du livre où ils qu'il est venu lui-même établir parmi les hommes. sont contenus, mais encore par toutes les circonstan- Voilà en substance les principales choses dont il ces qui les accompagnent et qui les rendent indubi- entreprit de parler dans tout ce discours, qu'il ne tables.

proposa à ceux qui l'entendirent que comme l’abrégé Il fit voir encore de quelle manière toute la loi de du grand ouvrage qu'il méditoit; et c'est par le Moise étoit figurative; que tout ce qui étoit arrivé aux moyen d'un de ceux qui y furent présents qu'on a su Juifs n'avoit été que la figure des vérités accomplies depuis le peu que je viens d'en rapporter. à la venue du Messie, et que, le voile qui couvroit Parmi les fragments que l'on donne au public, on ces figures ayant été levé, il étoit aisé d'en voir l'ac- verra quelque chose de ce grand dessein : mais on y complissement et la consommation parfaite en faveur en verra bien pen; et les choses mêmes que l'on y de ceux qui ont reçu Jésus-Christ.

trouvera sont si imparfaites, si peu étendues, et si Il entreprit ensuite de prouver la vérité de la reli- peu digérées, qu'elles ne peuvent donner qu'une idée gion par les prophéties; et ce fut sur ce sujet qu'il très grossière de la manière dont il se proposoit de les

que les . traiter.

atoit beaucoup travaillé Id-dessus , et qu'il y avoit des "Au reste , il ne faut pas s'étonner si , dans le peu

vues qui lui étoient toutes particulières, il les expli- qu'on en donne, on n'a pas gardé son ordre et sa qua d'une manière fort intelligible : il en fit voir le suite pour la distribution des matières. Coinme on sens et la suite avec une facilité merveilleuse, et il les n'avoit presque rien qui se suivit, il eût été inutile de mit dans tout leur jour et dans toute leur force. s'attacher à cet ordre; et l'on s'est contenté de les

Enfin, après avoir parcouru les livres de l'ancien disposer à-peu-près en la manière qu'on a jugé être Testament, et fait encore plusieurs observations con- plus propre et plus convenable à ce que l'on en avoit. vaincantes pour servir de fondements et de preuves On espère même qu'il y aura peu de personnes qui, à la vérité de la religion, il entreprit encore de parler après avoir bien conçu une fois le dessein de l'auteur, du nouveau Testament, et de tirer ses preuves de la ne suppléent d'eux-mêmes au défaut de cet ordre, et vérité mème de l'Evangile.

qui, en considérant avec attention les diverses maIl commença par Jésus-Christ; et quoiqu'il l'eût tières répandues dans ces fragments , ne jugent facideja prouvé invinciblement par les prophéties et par lement où elles doivent être rapportées suivant l'idée toutes les figures de la loi , dont on voyoit en lui l'ac- de celui qui les avoit écrites. complissement parfait, il apporta encore beaucoup Si l'on avoit seulement ce discours-là par écrit tout de preuves tirées de sa personne même, de ses mira- au long et en la manière qu'il fut prononcé, l'on aucles, de sa doctrine et des circonstances de sa vie. roit quelque sujet de se consoler de la perte de cet

Il s'arrèta ensuite sur les apôtres; et pour faire ouvrage, et l'on pourroit dire qu'on en auroit au voir la vérité de la foi qu'ils ont publiée hautement moins un petit échantillon , quoique fort imparfait. par-tout, après avoir établi qu'on ne pouvoit les accu- Mais Dieu n'a pas permis qu'il nous ait laissé ni l'un ser de fausseté, qu'en supposant, ou qu'ils avoient ni l'autre; car peu de temps après il tomba malade été des fourbes , ou qu'ils avoient été trompes eux- d'une maladie de langueur et de foiblesse qui dura memes , il fit voir clairement que l'une et l'autre de les quatre dernières années de sa vie, et qui, quoices suppositions étoit également impossible. qu'elle parût fort peu au dehors, et qu'elle ne l'obli

Enfin il n'oublia rien de tout ce qui pouvoit servir geåt pas de garder le lit ni la chambre , ne laissoit pas à la vérité de l'histoire évangélique, faisant de très de l'incommoder beaucoup, et de le rendre presque belles remarques sur l'Evangile même, sur le style incapable de s'appliquer à quoi que ce fût : de sorte des évangélistes, et sur leurs personnes; sur les apô- que le plus grand soin et la principale occupation de tres en particulier, et sur leurs écrits ; sur le nom- ceux qui étoient auprès de lui étoient de le détourner bre prodigieux de miracles; sur les martyrs; sur les d’écrire, et même de parler de tout ce qui demandoit saints; en un mot, sur toutes les voies par lesquelles quelque contention d'esprit, et de ne l'entretenir que la religion chrétienne s'est entièrement élablie. Et de choses indifférentes et incapables de le fatiguer. quoiqu'il n'eut pas le loisir, dans un simple discours, C'est néanmoins pendant ces quatre dernières ande traiter au long une si vaste matière, comme il nées de langueur et de maladie qu'il a fait et écrit avoit dessein de faire dans son ouvrage, il en dit tout ce que l'on a de lui de cet ouvrage qu'il méditoit, néanmoins assez pour convaincre que tout cela ne et tout ce que l'on en donne au public. Car, quoiqu'il pouvoit être l'ouvrage des hommes, et qu'il n'y avoit attendit que sa santé fût entièrement rétablie pour y que Dieu seul qui eût pu conduire l'évènement de travailler tout de bon , et pour écrire les choses qu'il

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