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civile , qui en est une suite, étant un des plus , l'objet de l'Écriture sainte; mais elle en est grands maux qu'on puisse commettre contre la aussi la porte. charité du prochain, on ne peut assez exagérer

CVII. la grandeur de cette faute. Les premiers Chrétiens ne nous ont pas appris la révolte , mais la S'il ne falloit rien faire que pour le certain, patience, quand les princes ne s'acquittent pas on ne devroit rien faire pour la religion ; car elle bien de leur devoir.

n'est pas certaine. Mais combien de choses faitM. Pascal ajoutoit : J'ai un aussi grand éloi- on pour l'in certain, les voyages sur mer , les gnement de ce péché que pour assassiner le batailles ! Je dis donc qu'il ne faudroit rien faire monde et voler sur les grands chemins : il n'y a du tout, car rien n'est certain ; et il y a plus de rien qui soit plus contraire à mon naturel, et certitude à la religion qu'à l'espérance que nous sur quoi je sois moins tenté.

voyions le jour dedemain: car il n'est pas certain

que nous voyions demain ; mais il est certaineCV.

ment possible que nous ne le voyions pas. On L'éloquence est un art de dire les choses de n'en peut pas dire autant de la religion. Il n'est telle façon : 1° que ceux à qui l'on parle puissent pas certain qu'elle soit ; mais qui osera dire les entendre sans peine et avec plaisir; 2° qu'ils qu'il est certainement possible qu'elle ne soit s'y sentent intéressés, en sorte que l'amour-pas ? Or, quand on travaille pour demain et propre les porte plus volontiers à y faire ré- pour l'incertain , on agit avec raison. flexion. Elle consiste donc dans une correspon

CVIII. dance qu'on tâche d'établir entre l'esprit et le ceur de ceux à qui l'on parle, d'un côté, et, de

Les inventions des hommes vont en avançant l'autre, les pensées et les expressions dont on se de siècle en siècle. La bonté et la malice du sert; ce qui suppose qu'on aura bien étudié le monde en général reste la même. coeur de l'homme pour en savoir tous les ressorts,

CIX. et pour trouver ensuite les justes proportions du discours qu'on veut y assortir. Il faut se mettre Il faut avoir une pensée de derrière, et juger à la place de ceux qui doivent nous entendre, du tout par-là : en parlant cependant comme le et faire essai sur son propre cæur du tour qu'on peuple. donne à son discours, pour voir si l'un est fait

CX. par l'autre, et si l'on peut s'assurer que l'au

La force est la reine du monde, et non pas diteur sera comme forcé de se rendre. Il faut se renfermer le plus qu'il est possible dans le l'opinion; mais l'opinion est celle qui use de la

force. simple naturel; ne pas faire grand ce qui est

CXI. petit, ni petit ce qui est grand. Ce n'est pas assez qu'une chose soit belle, il faut qu'elle soit Le hasard donne les pensées ; le hasard propre au sujet , qu'il n'y ait rien de trop, ni les ôte; point d'art pour conserver ni pour ac

quérir. L'éloquence est une peinture de la pensée; et

CXU. ainsi ceux qui, après avoir peint, ajoutent encore, font un tableau au lieu d'un portrait.

Vous voulez que l'Église ne juge ni de l'inté

rieur, parceque cela n'appartient qu'à Dieu, ni СУІ.

de l'extérieur, parceque Dieu ne s'arrête qu'à

l'intérieur ; et ainsi, lui ôtant tout choix des L'Écriture sainte n'est pas une science de l’es- hommes, vous retenez dans l'Église les plus prit, mais du coeur. Elle n'est intelligible que débordés, et ceux qui la déshonorent si fort, pour ceux qui ont le cæur droit. Le voile qui que les synagogues des Juifs et les sectes des est sur l'Écriture pour les Juifs y est aussi pour philosophes les auroient exilés comme indignes, les Chrétiens. La charité est non seulement et les auroient abhorrés.

rien de manque.

CXIII.

machine, cela est ridicule ; car cela est inutile,

et incertain et pénible. Et quand cela seroit vrai, Est fait prêtre maintenant qui veut l'être , nous n'estimons pas que toute la philosophie comme dans Jeroboam.

vaille une heure de peine. CXIV.

ARTICLE XVIII. La multitude qui ne se réduit pas à l'unité est confusion ; l'unité qui ne dépend pas de la multitude est tyrannie.

Pensées sur la mort , qui ont été extraites d'une

lettre écrite par Pascal, au sujet de la mort de CXV.

son père.

1. On ne consulte que l'oreille , parcequ'on manque de cour.

Quand nous sommes dans l'affliction à cause

de la mort de quelque personne pour qui nous CXVI.

avons de l'affection, ou pour quelque autre malIl faut, en tout dialogue et discours, qu'on cher de la consolation dans nous-mêmes, ni

heur qui nous arrive, nous ne devons pas cherpuisse dire à ceux qui s'en offensent : De quoi dans les hommes, ni dans tout ce qui est crée; vous plaignez-vous ?

mais nous devons la chercher en Dieu seul. Et CXVII.

la raison en est, que toutes les créatures ne sont

pas la première cause des accidents que nous Les enfants qui s'effraient du visage qu'ils ont appelons maux ; mais que la providence de barbouillé sont des enfants; mais le moyen que Dieu en élant l'unique et véritable cause , ce qui est si foible, étant enfant , soit bien fort l'arbitre et la souveraine, il est indubitable étant plus âgé ? on ne fait que changer de foi- qu'il faut recourir directement à la source, et blesse.

remonter jusques à l'origine pour trouver un CXVIII.

solide allégement. Que si nous suivons ce préIncompréhensible que Dieu soit , et incom- ceple , et que nous considérions cette mort qui préhensible qu'il ne soit pas; que l'ame soit nous afflige, non pas comme un effet du hasard,

ni comme une nécessité fatale de la nature, ni avec le corps, que nous n'ayons pas

d'ame; quele monde soit créé, qu'il ne le soit pas, etc.;

comme le jouet des éléments et des parties qui que le péché originel soit, ou qu'il ne soit composent l'homme ( car Dieu n'a pas aban

donné ses élus au caprice du hasard ), mais CXIX.

comme une suite indispensable, inevitable,

juste, et sainte, d'un arrêt de la providence de Les athées doivent dire des choses parfai- Dieu , pour être exécuté dans la plénitude de tement claires; or, il n'est point parfaitement son temps ; et enfin que tout ce qui est arrivé a clair que l'ame soit matérielle.

été de tout temps présent et préordonné en Dieu :

si, dis-je, par un transport de grace, nous reCXX.

gardons cet accident, non dans lui-même, et Incrédules, les plus crédules. Ils croient les hors de Dieu , mais hors de lui-même, et dans

la volonté mème de Dieu ; dans la justice de son miracles de Vespasien pour ne pas croire ceux de Moïse.

arrêt, dans l'ordre de sa providence, qui en

est la véritable cause, sans qui il ne fût pas arSur la philosophie de Descartes.

rivé, par qui seul il est arrivé, et de la manière

dont il est arrivé; nous adorerons dans un humIl faut dire en gros : Cela se fait par figure ble silence la hauteur impénétrable de ses et mouvement, car cela est vrai. Mais de dire secrets; nous vénérerons la sainteté de ses quelle figure et mouvement, et composer la arrêts , nous bénirons la conduite de sa provi

pas.

dence; et, unissant notre volonté à celle de Dieu victime de Dieu victime du diable; mais appemême, nous voudrons avec lui, en lui, et pour lons bien ce qui rend la victime du diable en lui, la chose qu'il a voulue en nous et pour nous Adam victime de Dieu; et, sur cette règle, exade toute éternité.

minons la nature de la mort.

Pour cela il faut recourir à la personne de II.

Jésus-Christ; car, comme Dieu ne considère les Il n'y a de consolation qu'en la vérité seule. hommes que par le médiateur Jésus-Christ, les Il est sans doute que Socrale et Sénèque n'ont hommes aussi ne devroient regarder ni les aurien qui puisse nous persuader et consoler dans tres, ni eux - mêmes, que médiatement par ces occasions. Ils ont été sous l'erreur qui a Jésus-Christ. aveuglé tous les hommes dans le premier : ils Si nous ne passons par ce milieu, nous ne ont tous pris la mort comme naturelle à l'hom- trouverons en nous que de véritables malheurs, me; el tous les discours qu'ils ont fondés sur ou des plaisirs abominables : mais si nous conce faux principe sont si vains et si peu solides, sidérons toutes ces choses en Jésus-Christ , nous qu'ils ne servent qu'à montrer par leur inutilité trouverons toute consolation, toute satisfaction, combien l'homme en général est foible, puisque toute édification. les plus hautes productions des plus grands Considérons donc la mort en Jésus-Christ , et d'entre les hommes sont si basses et si pué- non pas sans Jésus-Christ. Sans Jésus-Christ elle riles.

est horrible, elle est détestable , et l'horreur Il n'en est pas de même de Jésus-Christ , il de la nature. En Jésus-Christ , elle est tout aun'en est pas ainsi des livres canoniques : la vé- tre, elle est aimable , sainte , et la joie du fidèlc. rité y est découverte; et la consolation y est Tout est doux en Jésus-Christ jusqu'à la mort; jointe aussi infailliblement qu'elle est infaillible- et c'est pourquoi il a souffert et est mort pour ment séparée de l'erreur. Considérons donc la sanctifier la mort et les souffrances : et comme mort dans la vérité que le Saint-Esprit nous a Dieu et comme homme, il a été tout ce qu'il apprise. Nous avons cet admirable avantage de y a de grand et tout ce qu'il y a d'abject , afin connoitre que véritablement et effectivement la de sanctifier en soi toutes choses, excepté le mort est une peine du péché, imposée à l'homme péché, et pour être le modèle de toutes les pour expier son crime, nécessaire à l'homme conditions. pour le purger du péché ; que c'est la seule qui Pour considérer ce que c'est que la mort, peut délivrer l'ame de la concupiscence des et la mort en Jésus-Christ, il faut voir quel membres, sans laquelle les saints ne vivent rang elle tient dans son sacrifice continuel et sans point en ce monde. Nous savons que la vie, et interruption, et pour cela remarquer que, la vie des Chrétiens, est un sacrifice continuel dans les sacrifices, la principale partie est la qui ne peut être achevé que par la mort : nous mort del'hostie. L'oblation et la sanctification qui savons que Jésus-Christ, entrant au monde, précèdent sont des dispositions; mais l'accoms'est considéré et s'est offert à Dieu comme un plissement est la mort, dans laquelle, par l'abolocauste et une véritable victime; que sa nais- néantissement de la vie, la créature rend à Dieu sance, sa vie, sa mort, sa résurrection, son tout l'hommage dont elle est capable, en s'aascension , sa séance éternelle à la droite de son néantissant devant les yeux de sa majesté, et père, et sa présence dans l'Eucharistie, ne en adorant sa souveraine existence, qui existe sont qu'un seul et unique sacrifice : nous savons seule essentiellement. Il est vrai qu'il y a encore que ce qui est arrivé en Jésus-Christ doit arri- une autre partic après la mort de l'hostie, sans ver en tous ses membres.

laquelle sa mort est inutile; c'est l'acceptation Considérons donc la vie comme un sacrifice; que Dieu fait du sacrifice. C'est ce qui est dit et que les accidents de la vie ne fassent d'impres dans l'Ecriture : Et ctoralus est Dominus odosion dans l'esprit des Chrétiens qu'à proportion rem suavitatis (Genes., 8, 21): Et Dicu a reçu qu'ils interrompent ou qu'ils accomplissent ce l'odeur du sacrifice. C'est véritablement celle-là sacrifice. N'appelons mal que ce qui rend la qui couronne l'oblation; mais elle est plutôt une action de Dieu vers la créature, que de la créa- monté, et par sa propre force, et par la force ture vers Dieu; et elle n'empêche pas que la de son Saint-Esprit, qui l'environnoit de toutes dernière action de la créature ne soit la parts. Il a été enlevé comme la fumée des victimort.

mes, qui est la figure de Jésus-Christ, étoit porToutes ces choses ont été accomplies en Jésus- tée en haut par l'air qui la soutenoit, qui est la Christ. En entrant au monde, il s'est offert : figure du Saint-Esprit: et les Actes des apôtres Obtulit semetipsum per Spiritum sanctum. (Hebr., nous marquent expressément qu'il fut reçu au 9, 14. ) Ingrediens mundum dixit : Hostiam et ciel, pour nous assurer que ce saint sacrifice oblationem noluisti : corpus autem aptasti mihi. accompli en terre a été accepté et reçu dans le (Hebr., 10, 5, 7.) Tunc dixi : Ecce venio. In sein de Dieu. capite Libri scriptum est de me, ut facerem vo- Voilà l'état des choses en notre souverain Seiluntatem tuam : Deus meus, volui, et legem gneur. Considérons-les en nous maintenant. tuam in medio cordis mei (Psalm., 39) : Il s'est Lorsque nous entrons dans l'Église, qui est le offert lui-même par le Saint-Esprit. Entrant monde des fidèles, et particulièrement des élus, dans le monde, il a dit : Seigneur, les sacrifices où Jésus-Christ entra dans le moment de son ne vous sont point agréables; mais vous m'avez incarnation, par un privilege particulier au Fils formé un corps. Alors j'ai dit : Me voici, je viens unique de Dieu, nous sommes offerts et sanctiselon qu'il est écrit de moi dans le Livre, pour fiés. Ce sacrifice se continue par la vie, et s'acfaire, mon Dieu , votre volonté : c'est aussi, mon complit à la mort, dans laquelle l'ame, quittant Dieu, ce que j'ai voulu , et votre loi est dans le véritablement tous les vices et l'amour de la milieu de mon coeur. Voilà son oblation. Sa terre, dont la contagion l'infecte toujours dusanctification a suivi immédiatement son obla- rant cette vie, elle achève son immolation, et est tion. Ce sacrifice a duré toute sa vie, et a été ac- reçue dans le sein de Dieu. compli par sa mort. Il a fallu qu'il ait passé par Ne nous affligeons donc pas de la mort des les souffrances pour entrer en sa gloire. (Luc, 24, fidèles, comme les païens qui n'ont point d'es26.) Aux jours de sa chair, ayant offert avec un pérance. Nous ne les avons pas perdus au mogrand cri et avec larmes ses prières et ses suppli- ment de leur mort. Nous les avions perdus, cations à celui qui pouvoit le lirer de la mort, il pour ainsi dire, dès qu'ils étoient entrés dans a été exaucé selon son humble respect par son l'Église par le baptême. Dès lors ils étoient à Pere; et quoiqu'il fût le Fils de Dieu, il a appris Dieu. Leur vie étoit vouée à Dieu ; leurs actions l'obéissance par tout ce qu'il a souffert. (Hebr., ne regardoient le monde que pour Dieu. Dans 3, 7, 8.) Et Dieu l'a ressuscité, et lui a envoyé leur mort, ils se sont entièrement détachés des sa gloire, figurée autrefois par le feu du ciel péchés; et c'est en ce moment qu'ils ont été qui tomboit sur les victimes, pour brûler et reçus de Dieu , et que leur sacrifice a reçu son consumer son corps, et le faire vivre de la vie accomplissement et son couronnement. de la gloire. C'est ce que Jésus-Christ a Ils ont fait ce qu'ils avoient voué : ils ont obtenu, et qui a été accompli par sa résurrec- achevé l'ouvre que Dieu leur avoit donné à faire: tion.

ils ont accompli la seule chose pour laquelle ils Ainsi ce sacrifice étant parfait par la mort de avoient été créés. La volonté de Dieu s'est acJésus-Christ, et consommé même en son corps complie en eux , et leur volonté est absorbée en par sa résurrection, où l'image de la chair du Dieu. Que notre volonté ne sépare donc pas ce péché a été absorbée par la gloire, Jésus-Christ que Dieu a uni; et étouffons ou modérons par avoit tout achevé de sa part ; et il ne restoit plus l'intelligence de la vérité les sentiments de la nasinon que le sacrifice fût accepté de Dieu, et ture corrompue et déçue, qui n'a que de fausses que, comme la fumée s'élevoit, et porteit l'o- images, et qui trouble, par ses illusions, la deur au trône de Dieu, aussi Jésus-Christ füt, sainteté des sentiments que la vérité de l'Évanen cet état d'immolation parfaite, offert, porté, gile doit nous donner. et reçu au trône de Dieu même : et c'est ce qui Ne considérons donc plus la mort comme des a été accompli en l'Ascension, en laquelle il est païens, mais comme des Chrétiens, c'est-à-dire avec l'espérance, comme saint Paul l'ordonne, pre s'est étendu et débordé dans le vide que puisque c'est le privilege spécial des Chrétiens. l'amour de Dieu a laissé ; et ainsi il s'est aimé Ne considérons plus un corps comme une cha- seul, et toutes choses pour soi, c'est-à-dire rogne infecte, car la nature trompeuse nous le infiniment. représente de la sorte, mais comme le temple Voilà l'origine de l'amour-propre. Il étoit nainviolable et éternel du Saint-Esprit, comme la turel à Adam, et juste en son innocence; mais foi l'apprend.

il est devenu et criminel et immodéré, ensuite Car nous savons que les corps des saints sont de son péché. Voilà la source de cet amour, et habités par le Saint-Esprit jusques à la résur la cause de sa défectuosité et de son excès. rection, qui se fera par la vertu de cet Esprit Il en est de même du desir de dominer, de qui réside en eux pour cet effet. C'est le senti- la paresse, et des autres vices. L'application en ment des Pères. C'est pour cette raison

que nous

est aisée à faire au sujet de l'horreur que nous honorons les reliques des morts, et c'est sur ce avons de la mort. Cette horreur étoit naturelle vrai principe que l'on donnoit autrefois l’Eucha- et juste dans Adam innocent, parceque sa vie ristie dans la bouche des morts ; parceque, étant très agréable à Dieu, elle devoit être comme on savoit qu'ils étoient le temple du agréable à l'homme : et la mort eût été horriSaint-Esprit, on croyoit qu'ils méritoient d'être ble, parcequ'elle eût fini une vie conforme à la aussi unis à ce saint sacrement. Mais l'Église a volonté de Dieu. Depuis, l'homme ayant péchangé cette coutume; non pas qu'elle croie ché, sa vie est devenue corrompue, son corps que ces corps ne soient pas saints, mais par cette et son ame ennemis l'un de l'autre, et tous deux raison, que l'Eucharistie étant le pain de vie et de Dieu. des vivants, il ne doit pas être donné aux morts. Ce changement ayant infecté une si sainte

Ne considérons plus les fidèles qui sont morts vie, l'amour de la vie est néanmoins demeuré; en la grace de Dieu comme ayant cessé de vivre, et l'horreur de la mort étant restée la même, quoique la nature le suggère ; mais comme com- ce qui étoit juste en Adam est injuste en nous. mençant à vivre, comme la vérité l'assure. Ne Voilà l'origine de l'horreur de la mort, et la considérons plus leurs ames comme péries et cause de sa défectuosité. Éclairons donc l'erreur réduites au néant; mais comme vivifiées et unies de la nature par la lumière de la foi. au souverain vivant : et corrigeons ainsi, par L'horreur de la mort est naturelle ; mais c'est l'attention à ces vérités, les sentiments d'erreur dans l'état d'innocence , parcequ'elle n'eût pu qui sont si empreints en nous-mêmes, et ces entrer dans le paradis qu'en finissant une vie mouvements d'horreur qui sont si naturels à toute pure. Il étoit juste de la haïr, quand elle l'homme.

n'eût pu arriver qu'en séparant une ame sainte III.

d'un corps saint : mais il est juste de l'aimer,

quand elle sépare une ame sainte d'un corps imDieu a créé l'homme avec deux amours, l'un pur. Il étoit juste de la fuir, quand elle eût rompu pour Dieu , l'autre pour soi-même; mais avec la paix entre l'ame et le corps; mais non pas cette loi, que l'amour pour Dieu seroit infini, quand elle en calme la dissension irréconciliable. c'est-à-dire sans aucune autre fin que Dieu Enfin, quand elle eût affligé un corps innocent, même, et que l'amour pour soi-même seroit quand elle eût ôté au corps la liberté d'honorer fini et' rapportant à Dieu.

Dieu , quand elle eût séparé de l'ame un corps L'homme en cet état, non seulement s'aimoit soumis et coopérateur à ses volontés, quand sans péché, mais il ne pouvoit pas ne point s'ai- elle eût fini tous les biens dont l'homme est camer sans péché.

pable, il étoit juste de l'abhorrer : mais quand Depuis, le péché étant arrivé, l'homme a elle finit une vie impure, quand elle ôte au corps perdu le premier de ces amours; et l'amour la liberté de pécher, quand elle délivre l'ame pour soi-même étant resté seul dans cette grande d'un rebelle très puissant, et contredisant tous ame capable d'un amour infini, cet amour-pro- les motifs de son salut, il est très injuste d'en in faut sous-entendre se. (Note de l'édit. de 1822.)

conserver les mêmes sentiments.

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