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toutes ses connoissances , il ne s'avisa pas seulement | arrivoit que quelqu'un admiroit la bonté de quelque
de les écrire; néanmoins en ayant parlé par occasion viande en sa présence, il ne le pouvoit souffrir; il
à une personne à qui il devoit toute sorte de défé- appeloit cela être sensuel, encore même que ce ne
rence, et par respect et par reconnoissance de l'af- fût que des choses communes; parcequ'il disoit que
fection dont il l'honoroit, cette personne, qui est aussi c'étoit une marque qu'on mangeoit pour contenter
considérable par sa piété que par les éminentes qua- le goût, ce qui étoit toujours mal.
lités de son esprit et par la grandeur de sa naissance, Pour éviter d'y tomber, il n'a jamais voulu per-
ayant formé sur cela un dessein qui ne regardoit que mettre qu'on lui fit aucune sauce ni ragoût, non pas
la gloire de Dieu, trouva à propos qu'il en usåt même de l'orange et du verjus ni rien de tout ce qui
comme il fit, et qu'ensuite il le fit imprimer. excite l'appétit , quoiqu'il aimât naturellement toutes

Ce fut seulement alors qu'il l'écrivit, mais avec ces choses. Et pour se tenir dans des bornes réglées, une précipitation extrême, en huit jours; car c'étoit il avoit pris garde, dès le commencement de sa reen même temps que les imprimeurs travailloient, traite , à ce qu'il falloit pour son estomac; et depuis fournissant à deux en même temps sur deux diffé- cela il avoit réglé tout ce qu'il devoit manger; en rents traités, sans que jamais il en eût d'autre copie sorte que quelque appétit qu'il eût, il ne passoit jaque celle qui fut faite pour l'impression; ce qu'on mais cela ; et quelque dégoût qu'il eût, il falloit qu'il ne sut que six mois après que la chose fut trouvée. le mangeât; et lorsqu'on lui demandoit la raison

Cependant ses infirmités continuant toujours sans pourquoi il se contraignoit ainsi, il répondoit que lui donner un seul moment de relâche, le réduisi- c'étoit le besoin de l'estomac qu'il falloit satisfaire, et rent , comme j'ai dit, à ne pouvoir plus travailler et non pas l'appétit. à ne voir quasi personne. Mais si elles l'empêchèrent La mortification de ses sens n'alloit pas seulement de servir le public et les particuliers, elles ne furent à se retrancher tout ce qui pouvoit leur être agréapoint inutiles pour lui-même, et il les a souffertes ble, mais encore à ne leur rien refuser, par cette avec tant de paix et tant de patience, qu'il y a sujet raison qu'il pourroit leur déplaire, soit par sa nourde croire que Dieu a voulu achever par là de le ren- riture, soit par ses remèdes. Il a pris quatre ans dudre tel qu'il le vouloit pour paroître devant lui : car rant des consommés sans en témoigner le moindre durant cette longue maladie il ne s'est jamais dé- dégoût ; il prenoit toutes les choses qu'on lui ordonlourné de ces vues , ayant toujours dans l'esprit ces noit pour sa santé, sans aucune peine, quelque diffideux grandes maximes, de renoncer à tout plaisir et ciles qu'elles fussent : et lorsque je m'étonnois de ce à toute superfluilé. Il les pratiquoit dans le plus fort qu'il ne témoignoit pas la moindre répugnance en de son mal avec une vigilance continuelle sur ses les prenant, il se moquoit de moi, et me disoit qu'il sens, leur refusant absolument tout ce qui leur étoit ne pouvoit pas comprendre lui-même comment on agréable : et quand la nécessité le contraignoit à faire pouvoit témoigner de la répugnance quand on prequelque chose qui pouvoit lui donner quelque satis- noit une médecine volontairement, après qu'on avoit faction, il avoit une adresse merveilleuse pour en été averti qu'elle étoit mauvaise , et qu'il n'y avoit détourner son esprit, afin qu'il n'y prit point de que la violence ou la surprise qui dussent produire part : par exemple, se continuelles maladies l'obli- cet effet. C'est en cette manière qu'il travailloit sans geant de se nourrir delicatement, il avoit un soin cesse à la mortification. très grand de ne point goûter ce qu'il mangeoit, et Il avoit un amour si grand pour la pauvreté, nous avons pris garde que, quelque peine qu'on prît qu'elle lui étoit toujours présente; de sorte que dès à lui chercher quelque viande agréable , à cause des qu'il vouloit entreprendre quelque chose, ou que dégoûts à quoi il étoit sujet , jamais il n'a dit : Voilà quelqu'un lui demandoit conseil, la première penqui est bon; et encore lorsqu'on lui servoit quelque sée qui lui venoit en l'esprit, c'étoit de voir si la pauchose de nouveau selon les saisons, si l'on lui de- vreté pouvoit être pratiquée. Une des choses sur lesmandoit après le repas s'il l'avoit trouvé bon, il di- quelles il s'examinoit le plus, c'étoit cette fantaisie soit simplement : Il falloit m'en avertir devant, et je de vouloir exceller en tout, comme de se servir en vous avoue que je n'y ai point pris garde; et lorsqu'il toutes choses des meilleurs ouvriers, et autres choses

semblables. Il ne pouvoit encore souffrir qu'on cherPascal destinoit son ouvrage; il vouloit leur prouver par la solution d'un problème vainement cherché jusqu'à lui, que le

chât avec soin toutes ses commodités, comme d'amême écrivain qui avoit entrepris de les éclairer sur la foi que voir toutes choses près de soi; et mille autres choses roit pu les instruire même dans les sciences abstraites, objet de qu'on fait sans scrupule, parcequ'on ne croit pas leurs plus profondes méditations. (Voyez le récit de l'examen et

In jugement des écrits envoyés pour les prix attachés à la solu- qu'il y ait du mal. Mais il n'en jugeoit pas de même, tion des problèmes concernant la cycloide, tome v des OEuvres

et nous disoit qu'il n'y avoit rien de si capable d'éde Pascal.) (4. M.)

teindre l'esprit de pauvreté, comme cette recherche

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eurieuse de ses commodités, de cette bienséance qui quer en sorte que cela ne nuise point aux affaires porte à vouloir toujours avoir du meilleur et du domestiques. Il disoit que c'étoit la vocation générale mieux fait ; et il nous disoit que pour les ouvriers, il des chrétiens, et qu'il ne falloit point de marque falloit toujours choisir les plus pauvres et les plus particulière pour savoir si on y étoit appelé , parcegens de bien, et non pas cette excellence qui n'est que cela étoit certain; que c'est sur cela que Jésusjamais nécessaire, et qui ne sauroit jamais être utile. Christ jugera le monde; et que quand on considéroit Il s'écrioit quelquefois : Si j'avois le cæur aussi pau- que la seule omission de cette vertu est cause de la damvre que l'esprit, je serois bien heureux; car je suis nation, cette seule pensée seroit capable de nous porter merveilleusement persuadé que la pauvreté est un à nous dépouiller de tout, si nous avions de la foi. Il grand moyen pour faire son salut.

nous disoit encore , que la fréquentation des pauvres Cet amour qu'il avoit pour la pauvreté le portoit à est extrêmement utile , en ce que voyant continuelleaimer les pauvres avec tant de tendresse, qu'il n'a ment les misères dont ils sont accablés , et que même jamais pu refuser l'aumône, quoiqu'il n'en fit que de dans l'extrémité de leurs maladies ils manquoient son nécessaire, ayant peu de bien, et étant obligé de des choses les plus nécessaires , qu'après cela il faufaire une dépense qui excédoit son revenu, à cause droit être bien dur pour ne pas se priver volontairede ses infirmités. Mais lorsqu'on lui vouloit repré- ment des commodités inutiles, et des ajustements senter cela, quand il faisoit quelque aumône consi- superflus. dérable, il se fâchoit, et disoit : J'ai remarqué une Tous ces discours nous excitoient et nous portoient chose, que, quelque pauvre qu'on soit, on laisse tou quelquefois à faire des propositions pour trouver des jours quelque chose en mourant; ainsi il fermoit la moyens pour des réglements généraux qui pourvusbouche : et il a été quelquefois si avant, qu'il s'est sent à toutes les nécessités ; mais il ne trouvoit pas réduit à prendre de l'argent au change, pour avoir cela bon, et il disoit que nous n'étions pas appelés au donné aux pauvres tout ce qu'il avoit, et ne voulant général, mais au particulier, et qu'il croyoit que la pas après cela importuner ses amis.

manière la plus agréable à Dieu étoit de servir les Dès que l'affaire des carrosses fut établie, il me pauvres pauvrement, c'est-à-dire chacun selon son dit qu'il vouloit demander mille francs par avance pouvoir, sans se remplir l'esprit de ces grands dessur sa part à des fermiers avec qui l'on traitoit , si seins qui tiennent de cette excellence dont il blâmoit l'on pouvoit demeurer d'accord avec eux, parce la recherche en toutes choses. Ce n'est pas qu'il qu'ils étoient de sa connoissance , pour envoyer aux trouvât mauvais l'établissement des hôpitaux génépauvres de Blois; et comme je lui disois que l'affaire raux; au contraire il avoit beaucoup d'amour pour n'étoit pas assez sûre pour cela, et qu'il falloit atten- cela, comme il l'a bien témoigné par son testament; dre à une autre année, il me fit tout aussitôt cette mais il disoit que ces grandes entreprises étoient réréponse : Qu'il ne voyoit pas un grand inconvénient servées à de certaines personnes que Dieu destinoit à à cela , parceque s'ils perdoient, il le leur rendroit cela, et qu'il conduisoit quasi visiblement; mais que de son bien, et qu'il n'avoit garde d'attendre à une ce n'étoit pas la vocation générale de tout le monde, autre année, parceque le besoin étoit trop pressant comme l'assistance journalière et particulière des pour différer la charité. Et comme on ne s'accordoit pauvres. pas avec ces personnes , il ne put exécuter cette réso- Voilà une partie des instructions qu'il nous donlution, par laquelle il nous faisoit voir la vérité de ce noit pour nous porter à la pratique de cette vertu qu'il nous avoit dit tant de fois , et qu'il ne souhaitoit qui tenoit une si grande place dans son cæur; c'est avoir du bien que pour en assister les pauvres, puis- un petit échantillon qui nous fait voir la grandeur de qu'en même temps que Dieu lui donnoit l'espérance sa charité. Sa pureté n'étoit pas moindre, et il avoit d'en avoir, il commençoit à le distribuer par avance, un si grand respect pour cette vertu, qu'il étoit conavant même qu'il en fût assuré.

tinuellement en garde pour empêcher qu'elle ne fût Sa charité envers les pauvres avoit toujours été blessée ou dans lui ou dans les autres, et il n'est pas fort grande, mais elle étoit si fort redoublée à la fin croyable combien il étoit exact sur ce point. J'en de sa vie , que je ne pouvois le satisfaire davantage étois même dans la crainte; car il trouvoit à redire à que de l'en entretenir. Il m'exhortoit avec grand des discours que je faisois, et que je croyois très insoin depuis quatre ans à me consacrer au service des nocents , et dont il me faisoit ensuite voir les défauts, pauvres, et à y porter mes enfants. Et quand je lui que je n'aurois jamais connus sans ses avis. Si je didisois que je craignois que cela ne me divertit du sois quelquefois par occasion que j'avois vu une belle soin de ma famille, il me disoit que ce n'étoit que femme, il se fâchoit, et me disoit qu'il ne falloit jamanque de bonne volonté, et que comme il y a di- mais tenir ce discours devant des laquais ni des jeuvers degrés dans cette vertu, on peut bien la prati- | nes gens, parceque je ne savois pas quelles pensées

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je pourrois exciter par là en eux. Il ne pouvoit souf- | admirable aux ordres de la providence de Dieu , sans frir aussi les caresses que je recevois de mes enfants, faire jamais réflexion que sur les grandes graces que et il me disoit qu'il falloit les en désaccoutumer, et Dieu avoit faites à ma sæur pendant sa vie , et les que cela ne pouvoit que leur nuire : et qu'on leur circonstances du temps de sa mort, ce qui lui faisoit pouvoit témoigner de la tendresse en mille autres dire sans cesse : Bienheureux ceux qui meurent, manières. Voilà les instructions qu'il me donnoit là pourvu qu'ils meurent au Seigneur ! Lorsqu'il me dessus; et voilà quelle étoit sa vigilance pour la con- voyoit dans de continuelles afflictions pour cette servation de la pureté dans lui et dans les autres. perte que je ressenlois si fort, il se fâchoit, et me

Il lui arriva une rencontre, environ trois mois disoit que cela n'étoit pas bien, et qu'il ne falloit pas avant sa mort, qui en fut une preuve bien sensible, avoir ces sentiments pour la mort des justes, et qu'il et qui fait voir en même temps la grandeur de sa falloit au contraire louer Dieu de ce qu'il l'avoit si charité : comme il revenoit un jour de la messe de fort récompensée des petits services qu'elle lui avoit Saint-Sulpice, il vint à lui une jeune fille d'environ rendus. quinze ans (fort belle) qui lui demanda l'aumône; C'est ainsi qu'il falloit voir qu'il n'avoit nulle attail fut touché de voir cette personne exposée à un che pour ceux qu'il aimoit; car s'il eût été capable danger si evident; il lui demanda qui elle étoit , et ce d'en avoir, c'eût été sans doute pour ma seur, parqui l'obligeoit ainsi à demander l'aumône; et ayant ceque c'étoit assurément la personne du monde qu'il su qu'elle étoit de la campagne , et que son père étoit aimoit le plus. Mais il n'en demeuroit pas là; car mort, et que sa mère étoit tombée malade , on l'a- nonseulement il n'avoit point d'attache pour les auvoit portée à l'Hôtel-Dieu ce jour-là même, il crut | tres, mais il ne vouloit point du tout que les autres que Dieu la lui avoit envoyée aussitôt qu'elle avoit en eussent pour lui. Je ne parle pas de ces attaches été dans le besoin; de sorte que dès l'heure même il criminelles et dangereuses : car cela est grossier, et la mena au séminaire, où il la mit entre les mains tout le monde le voit bien; mais je parle de ces amid'un bon prêtre à qui il donna de l'argent, et le tiés les plus innocentes; et c'étoit une des choses pria d'en prendre soin et de la mettre en quelque sur laquelle il s'observoit le plus régulièrement, afin condition où elle pût recevoir de la conduite à cause de n'y point donner de sujet, et même pour l'emde sa jeunesse, et où elle fût en sûreté de sa per- pêcher : et comme je ne savois pas cela , j'étois toute sonne. Et pour le soulager dans ce soin, il lui dit surprise des rebuts qu'il me faisoit quelquefois,

et je qu'il lui enverroit le lendemain une femme pour lui le disois à ma sæur, me plaignant à elle que mon acheter des habits et tout ce qui lui seroit nécessaire frère ne m'aimoit pas, et qu'il sembloit que je lui pour la mettre en état de pouvoir servir une mai- faisois de la peine , lors même que je lui rendois mes tresse. Le lendemain il lui envoya une femme qui services les plus affectionnés dans ses infirmités. Ma travailla si bien avec ce bon prêtre, qu'après l'avoir sæur me disoit là-dessus que je me trompois, qu'elle fait habiller, ils la mirent dans une bonne condition. savoit le contraire; qu'il avoit pour moi une affecEt cet ecclésiastique ayant demandé à celle femme tion aussi grande que je le pouvois souhaiter. C'est le nom de celui qui faisoit cette charité, elle lui dit ainsi que ma sæur remettoit mon esprit, et je ne qu'elle n'avoit point charge de le dire, mais qu'elle tardois guère à en voir des preuves; car aussitôt qu'il le viendroit voir de temps en temps pour pourvoir se présentoit quelque occasion où j'avois besoin du avec lui aux besoins de cette fille, et il la pria d'ob- secours de mon frère, il l'embrassoit avec tant de tenir de lui la permission de lui dire son nom : Je soin et de témoignage d'affection, que je n'avois pas vous promets, dit-il, que je n'en parlerai jamais lieu de douter qu'il ne m'aimât beaucoup; de sorte pendant sa vie; mais si Dieu permettoit qu'il mourût que j'attribuois au chagrin de sa maladie les manièavant moi, j'aurois de la consolation de publier celte res froides dont il recevoit les assiduités que je lui action: car je la trouve si belle, que je ne puis souf- rendois pour le désennuyer, et cette énigme ne m'a frir qu'elle demeure dans l'oubli. Ainsi par cette été expliquée que le jour même de sa mort, qu'une seule rencontre ce bon ecclésiastique, sans le con- personne des plus considérables par la grandeur de noitre, jugeoit combien il avoit de charité et d'a- son esprit et de sa piété, avec qui il avoit eu degrandes mour pour la pureté. Il avoit une extrême tendresse commtunications sur la pratique de la vertu, me dit pour nous; mais cette affection n'alloit pas jusqu'à qu'il lui avoit donné cette instruction entre autres, l'attachement. Il en donna une preuve bien sensible qu'il ne souffrit jamais de qui que ce fût, qu'on à la mort de ma sæur, qui précéda la sienne de dix l'aimât avec attachement; que c'étoit une faute sur mois. Lorsqu'il reçut cette nouvelle il ne dit rien, laquelle on ne s'examine pas assez, parce qu'on sinon, Dieu nous fasse la grâce d'aussi bien mourir : n'en conçoit pas assez la grandeur et qu'on ne conet il s'est toujours depuis tenu dans une soumission sidéroit pas qu'en fomentant et souffrant ces atta

chements, on occupoit un cæur qui ne devoit être grand éloignement pour ce péché-là, que pour assasqu'à Dieu seul : que c'étoit lui faire un larcin de la siner le monde ou pour voler sur les grands chechose du monde qui lui étoit la plus précieuse. Nous mins; et qu'enfin il n'y avoit rien qui fût plus conavons bien va ensuite que ce principe étoit bien traire à son naturel, et sur quoi il fût moins tenté. avant dans son cæur; car pour l'avoir toujours pré- Ce sont là les sentiments où il étoit pour le service sent, il l'avoit écrit de sa main sur un petit papier du roi : aussi étoit-il irréconciliable avec ceux qui s'y séparé où il y avoit ces mots : « Il est injuste qu’on opposoient ; et ce qui faisoit voir que ce n'étoit pas « s'attache, quoiqu'on le fasse avec plaisir et volon- par tempérament ou par attachement à ses sentia tairement : je tromperois ceux en qui je ferois ments, c'est qu'il avoit une douceur admirable pour « naitre ce desir, car je ne suis la fin de personne, ceux qui l'offensoient en particulier. En sorte qu'il a et n'ai de quoi le satisfaire. Ne suis-je pas prêt à n'a jamais fait de différence de ceux-là d'avec les « mourir? et ainsi l'objet de leur attachement mourra autres, et il oublioit si absolument ce qui ne regar« donc ? Comme je serois coupable de faire croire doit que sa personne, qu’on avoit peine à l'en faire « une fausseté, quoique je la persuadasse doucement, souvenir, et il falloit pour cela circonstancier les a qu'on la crût avec plaisir, et qu'en cela on me fit choses. Et comme on admiroit quelquefois cela, il « plaisir : de même je suis coupable si je me fais disoit: Ne vous en étonnez pas, ce n'est pas par vertu, a aimer, et si j'attire les gens à s'attacher à moi, je c'est par oubli réel, je ne m'en souviens point du a dois avertir ceux qui seroient prêts à consentir au tout. Cependant il est certain qu'on voit par là que a mensonge, qu'ils ne le doivent pas croire, quelque les offenses qui ne regardoient que sa personne ne « avantage qu'il m'en revienne, et de même qu'ils lui faisoient pas de grandes impressions, puisqu'il les « ne doivent pas s'attacher à moi, car il faut qu'ils oublioit si facilement; car il avoit une mémoire si « passent leur vie et leurs soins à plaire à Dieu et excellente , qu'il disoit souvent qu'il n'avoit jamais a à le chercher. »

rien oublié des choses qu'il avoit voulu retenir. Voilà de quelle manière il s'instruisoit lui-même, Il a pratiqué cette douceur dans la pratique des et comme il pratiquoit si bien ses instructions, que choses désobligeantes jusqu'à la fin, car peu de temps j'y avois été trompée moi-même. Par ces marques avant sa mort, ayant été offensé dans une partie qui que nous avons de ses pratiques, qui ne sont venues lui étoit fort sensible, par une personne qui lui avoit à notre connoissance que par hasard, on peut voir de grandes obligations, et ayant en même temps reçu une partie des lumières que Dieu lui donnoit pour la un service de cette personne, il la remercia avec perfection de la vie chrétienne.

tant de compliments et de civilités, qu'il en étoit exIl avoit un si grand zèle pour la gloire de Dieu, cessif : cependant ce n'étoit pas par oubli, puisque qu'il ne pouvoit souffrir qu'elle fût violée en quoi que c'étoit dans le même temps; mais c'est qu'en effet il ce soit; c'est ce qui le rendoit si ardent pour le ser- n'avoit point de ressentiment pour les offenses qui ne vice du roi, qu'il résistoit à tout le monde lors des regardoient que sa personne. troubles de Paris, et toujours depuis il appeloit des Toutes ces inclinations dont j'ai remarqué les parprétextes, toutes les raisons qu'on donnoit pour ex- ticularités se verront mieux en abrégé par une peincuser cette rebellion; et il disoit que dans un état ture qu'il a faite de lui-même dans un petit papier établi en république comme Venise, c'étoit un écrit de sa main en cette manière : grand mal de contribuer à y mettre un roi, et op- « J'aime la pauvreté, parce que Jésus - Christ l’a primer la liberté des peuples à qui Dieu l'a donnée; « aimée. J'aime les biens, parce qu'ils donnent mais que dans un état où la puissance royale est « moyen d'en assister les misérables. Je garde la fidéetablie,on ne pouvoit violer le respect qu'on lui doit, « lité à tout le monde. Je ne rends pas le mal à ceux que par une espèce de sacrilége; puisque c'est non- « qui m'en font, mais je leur souhaite une condition seulement une image de la puissance de Dieu, mais « pareille à la mienne , où l'on ne reçoit pas le mal une participation de cette même puissance, à la- « ni le bien de la plupart des hommes. J'essaie quelle on ne pouvoit s'opposer sans résister visible- « d’être toujours véritable, sincère, et fidèle à tous ment à l'ordre de Dieu; et qu’ainsi l'on ne pouvoit « les hommes, et j'ai une tendresse de cour pour assez exagérer la grandeur de cette faute, outre « ceux que Dieu m'a unis plus étroitement; et soit qu'elle est toujours accompagnée de la guerre civile, « que je sois seul ou à la vue des hommes, j'ai en qui est le plus grand péché que l'on puisse commettre « toutes mes actions la vue de Dieu qui les doit jucontre la charité du prochain. Et il observoit cette « ger, et à qui je les ai toutes consacrées. Voilà maxime si sincèrement, qu'il a refusé dans ce temps- « quels sont mes sentiments, et je bénis tous les là des avantages très considérables pour n'y pas man- « jours de ma vie mon Rédempteur qui les a mis en quer. Il disoit ordinairement qu'il avoit un aussi « moi, et qui d'un homme plein de foiblesse, de

a misère, de concupiscence, d'orgueil et d'ambi- soumis comme un enfant. C'est par cette même sim« tion , a fait un homme exempt de tous ces maux plicité qu'on avoit une liberté tout entière pour l'a« par la force de la grace à laquelle tout en est dû, vertir de ses défauts, et il se rendoit aux avis qu'on « n'ayant de moi que la misère et l'horreur. » lui donnoit, sans résistance. L'extrême vivacité de

Il s'étoit ainsi dépeint lui-même, afin qu'ayant son esprit le rendoit quelquefois si impatient, qu'on continuellement devant les yeux la voie par laquelle avoit peine à le salisfaire; mais quand on l'avertisDieu le conduisoit, il ne pût jamais s'en détourner. soit, ou qu'il s'apercevoit qu'il avoit fâché quelqu'un Les lumières extraordinaires, jointes à la grandeur dans ses impatiences, il réparoit incontinent cela par de son esprit, n'empêchoient pas une simplicité mer- des traitements si doux et par tant de bienfaits, que veilleuse qui paroissoit dans toute la suite de sa vie , jamais il n'a perdu l'amitié de personne par là. Je et qui le rendoit exact à toutes les pratiques qui re- tâche tant que je puis d’abréger, sans cela j'aurois gardoient la religion. Il avoit un amour sensible pour bien des particularités à dire sur chacune des choses tout l'office divin, mais surtout pour les petites heu- que j'ai marquées ; mais comme je ne veux pas m'éres, parce qu'elles sont composées du psaume 118, tendre, je viens à sa dernière maladie. dans lequel il trouvoit tant de choses admirables, Elle commença par un dégoût étrange qui lui prit qu'il sentoit de la délectation à le réciter. Quand il deux mois avant sa mort : son médecin lui conseilla s'entretenoit avec ses amis de la beauté de ce psaume, de s'abstenir de manger du solide, et de se purger; il se transportoit en sorte qu'il paroissoit hors de lui- pendant qu'il étoit en cet état, il fit une action de même; et cette méditation l'avoit rendu si sensible à charité bien remarquable. Il avoit chez lui un bontoutes les choses par lesquelles on tâche d'honorer homme avec sa femme et tout son ménage, à qui il Dieu, qu'il n'en négligeoit pas une. Lorsqu'on lui avoit donné une chambre, et à qui il fournissoit du envoyoit des billets tous les mois, comme on fait en bois, tout cela par charité; car il n'en tiroit point beaucoup de lieux, il les recevoit avec un respect ad- d'autre service que de n'être point seul dans sa maimirable; il en récitoit tous les jours la sentence ; et son. Ce bonhomme avoit un fils, qui étant tombé dans les quatre dernières années de sa vie, comme malade , en ce temps-là, de la petite-vérole, mon il ne pouvoit travailler, son principal divertissement frère , qui avoit besoin de mes assistances, eut peur étoit d'aller visiter les églises où il y avoit des reli- que je n'eusse de l'appréhension d'aller chez lui à ques exposées, ou quelque solennité; et il avoit pour cause de mes enfants. Cela l'obligea à penser de se cela un almanach spirituel qui l'instruisoit des lieux séparer de ce malade; mais comme il craignoit qu'il où il y avoit des dévotions particulières; et il faisoit ne fût en danger si on le transportoit en cet état hors. tout cela si dévotement et si simplement, que ceux de sa maison, il aima mieux en sortir lui-même, quoiqui le voyoient en éloient surpris : ce qui a donné qu'il fût déjà fort mal, disant : Il y a moins de danger lieu à cette belle parole d'une personne très ver- pour moi dans ce changement de demeure, c'est tueuse et très éclairée : Que la grace de Dieu se fait pourquoi il faut que ce soit moi qui quilte. Ainsi il connoitre dans les grands esprits par les petites cho- sortit de sa maison le 29 juin , pour venir chez nous, ses, et dans les esprits communs par les grandes. et il n'y rentra jamais ; car trois jours après il com

Celte grande simplicité paroissoit lorsqu'on lui mença d'être attaqué d'une colique très violente qui parloit de Dieu , ou de lui-même; de sorte que la lui ôtoit absolument le sommeil. Mais comme il avoit veille de sa mort , un ecclésiastique qui est un homme unegrande force d'esprit et un grand courage, il endud'une très grande science, et d'une très grande ver- roit ses douleurs avec une patience admirable. Il ne tu , l'étant venu voir, comme il l'avoit souhaité, et laissoit pas de se lever tous les jours et de prendre luiayant demeuré une heure avec lui, il en-sortit si même ses remèdes, sans vouloir souffrir qu'on lui renédifié, qu'il me dit : Allez, consolez-vous; si Dieu dit le moindre service. Les médecins qui le traitoient l'appelle , vous avez bien sujet de le louer des graces voyoient que ses douleurs étoient considérables; mais qu'il lui fait; j'avois toujours admiré beaucoup de parce qu'il avoit le pouls fort bon, sans aucune altégrandes choses en lui, mais je n'y avois jamais re- ration ni apparence de fièvre, ils assuroient qu'il n'y marqué la grande simplicité que je viens de voir : avoit aucun péril, se servant même de ces mots : Il cela est incomparable dans un esprit tel que le sien, n'y a pas la moindre ombre de danger. Nonobstant je voudrois de tout mon cæur être en sa place. ce discours, voyant que la continuation de ses dou

Monsieur le curé de Saint-Etienne * qui l'a vu leurs et de ses grandes veilles l'affoiblissoit , dès le dans sa maladie, y voyoit la même chose, et disoit à quatrième jour de sa colique, et avant même que toute heure : C'est un enfant : il est humble, il est d'être alité il envoya querir M. le curé et se confessa.

Cela fit du bruit parmi ses amis, et on obligea quel"C'étoit le père Beurrier, depuis abbé de Sainte-Geneviève. ques uns de le venir voir, tout épouvantés d'appré

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