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de son être, puisque l'objectivité lui serait nécessaire. Il ne serait pas infini, il ne serait pas Dieu. Transposer la subjectivité, c'est anéantir l'idée de Dieu.

Nous avons dans le socialiste le plus profond qu'ait produit la philosophie moderne un exemple frappant de la vérité de cette observation. M. Proudhon n'adore plus Dieu. - Pourquoi ? - Parce que Dieu, étant subjectif, laisse une parcelle d'existence indépendante aux êtres créés. Accordez avec la philosophie une puissance subjective absolue à l'homme, et vous lui reconnaissez une force absorbante qui vous écrase.

« Trouvant, dit M. Proudhon, par une démonstration » mathématique, qu'aucune amélioration dans l'économie » de la société ne pourrait arriver par la seule puissance » de la constitution native et sans le concours réfléchi de » tous; reconnaissant ainsi qu'il y avait une heure mar»quée dans la vie des sociétés où le progrès exigeait » l'intervention LIBRE de l'homme, j'ai conclu que l'impul»sion de cette force spontanée, que nous appelons provi» dence, n'est pas tout dans les choses de ce monde : de » ce moment, sans être athée, je cessai d'adorer Dieu.))

M. Proudhon aurait dû tout au plus cesser d'être panthéiste, puisqu'il reconnaît deux actions distinctes : celle de la force qu'il appelle providence, et celle de la liberté humaine.

L'amour de Dieu pour les créatures et la large part qu'il fait à l'action libre de l'homme n'affaiblissent pas la subjectivité de Dieu, en qui nous sommes, in quo vivimus, movemur et sumus. L'amour pour les créatures n'est pas en Dieu absolument objectif; loin de là, il est une complaisance pour Dieu lui-même, de même que l'admiration qu'excite la beauté d'une statue est un sentiment dont le statuaire est flatté.

Ce n'est pas tout; M. Proudhon a défini Dieu : la force universelle pénétrée d'intelligence... qui parvient à se connaître dans l'homme seul et à dire moi. C'est donc dans l'homme que se trouve le moi divin. Comment M. Proudhon fait-il maintenant une distinction si frappante entre l'action divine et l'action humaine? comment a-t-il le courage de signaler une opposition si radicale dans deux êtres, après avoir affirmé qu'ils étaient le même être ? La logique aussi est donc anarchique chez les apôtres de l'an-archie !

La défaillance de la raison philosophique se produit ici sous la forme d'un orgueil incommensurable. L'homme ne s'égale pas seulement à Dieu, il se place au-dessus. Super astra Dei exaltabo solium meum (1). « Dieu se passera de vos adorations. - Peut-être (2)!»

Si cette réponse est ambiguë, c'est parce que M. Proudhon se sent assez de miséricorde au côur pour laisser vivre Dieu dans l'éternité des siècles. M. Proudhon, qui n'adore pas Dieu, invoque Satan.

Sophiste profond, mais présomptueux, dans sa fougueuse impatience, il détruit d'un trait ce qui lui avait coûté de pénibles efforts. On l'a soupçonné d'être un soldat de la cause contraire à celle dont il arbore l'étendard. On a eu tort; ses contradictions, plus saillantes que celles de ses rivaux, parce qu'il y a chez lui plus d'audace dans le génie, ses contradictions ne sont point un calcul, elles sont un châtiment de l'erreur.

(1) Isaïe, xiv.
(2) Confession d'un révolutiannaire, page 132.

Le ciel, la terre, les astres obéissent aveuglément à cette force de l'impulsion sp.mtanée que nous appelons providence. Une seule créalure possède l'intelligence et le libre arbitre, et c'est la vue de cette créature grande, heureuse si elle veut l'être, qui provoque les blasphèmes de M. Proudhon; c'est son élévation même qui le porte à refuser son adoration à Dieu.

« C'est en l'homme seul que Dieu parvient à se connaître et à dire moi. » Et M. Proudhon ne fait pas attention que, pour blasphémer Dieu, il faut qu'il maudisse l'homme, qu'il se maudisse lui-même!

Sans l'homme doué de liberté et d'intelligence, la création n'aurait aucun but. La nature muette et sans vie manquerait d'intermédiaire pour dire les louanges et la gloire dues à l'auteur de tant de magnificences. Cest donc la grandeur de votre sort qui vous étourdit, philosophe ingrat! Tua in æternum libertate deceplus (1 .

L'homme, ineffable abrégé de toutes les merveilles créées et incréées, l'homme, image de Dieu, tient par son corps au monde matériel, et par son âme au monde intellectuel. Son corps occupe un espace imperceptible dans l'étendue de l'univers, son esprit embrasse l'immensité des cieux. Il entrevoit par sa propre expérience comment Dieu, pur esprit, contient le monde matériel, puisqu'il le contient lui-même d'une manière imparfaite dans son imagination. Que dis-je ? son coeur est plus grand, son esprit plus vaste que l'univers, puisqu'il l'embrasse tout entier, puisqu'il le porte, pour ainsi dire, dans sa pensée. Il lui est donné ainsi de connaître sa propre grandeur, de pressentir le honheur de sa destinée, et de comprendre qu'il est sur la

(1) Saint Léon.

terre pour adorer en esprit le Créateur au nom de la nature muette et visible. Toutefois, sa pensée ne prend possession du monde que contemplativement et à une époque mesurée par le temps, Dieu ayant voulu qu'il ne perdit pas de vue sa faiblesse et sa dépendance et qu'il ne s'égarât pas sur l'objet de son admiration au point de se prendre pour un Dieu dans le délire de son orgueil.

II

Il suffit d'une définition claire du panthéisme pour en inspirer l'horreur. L'unanime instinct de l'humanité le repousse avec indignation.

Dans la philosophie Védanta, renouvelée par M. de Lamenuais, le panthéisme est la communication de la divinité à tout ce qui existe. Cette théorie n'admet qu'un seul être, Dieu; une seule parole, Dieu ; un seul nombre, Dieu. Pour ceux qui la professent, il n'est plus de langues, puisqu'il n'est plus de rapports ; il n'est plus d'idées, puisqu'il n'est plus d'êtres possibles. Le monde est une chimère.

Dans la philosophie de Kant, Dieu n'est que la forme de l'entendement humain. De là M. Proudhon affirme que Dieu ne se connaît que dans l'homme; de là M. Cousin affirme que la vérité, la lumière ne dérivent que de la raison de l'homme. Où donc est la force de l'homme, ou son intelligence, son action ? Quelle est sa participation au mouvement des astres, au flux et au reflux des mers, au gouvernement admirable de l'univers qu'il voit, et de celui que son intelligence conçoit ? Le soleil l'éclaire, et c'est lui qui l'a fait? Il connaît les rapports des êtres, et c'est lui

qui les a créés ? La lumière, la force, l'autorité, n'ont pas d'autres sources que sa raison ? Et ce sont ces rêves de la folie et de l'orgueil que l'on nous donne comme une merveilleuse découverte qui a rompu le charme de notre ignorance! Mais où donc était Dieu, avant la naissance du philosophe de Königsberg? où était la lumière ? où était le monde ? L'homme ne se connait, selon vous, que depuis un siècle, et déjà vous en faites un Dieu ! Mais s'il était la lumière des lumières, s'il était Dieu, au lieu de ne connaître que les formes et les surfaces, il connaitrait l'essence des êtres, il connaitrait tout. Hélas ! son ignorance profonde ne lui prouve que trop sa dépendance. Il prend le fait de son existence sans que sa raison puisse en expliquer la nature, et, par cela même qu'il ne sait rien, il distingue sa raison de la raison divine, qui sait tout.

C'est à la théorie de Kant que le panthéisme actuel emprunte son crédit, trouvant, sans doute, déjà usés tous les arguments de l'ancienne philosophie. Mais qu'est-ce qu'une doctrine qui, selon vous, date d'hier, et qui ne se fonde que sur une proposition détruite par une contradiction radicale, et sur deux affirmations privées du caractère philosophique, je veux dire dénuées de preuves? Dieu ne se connait que dans l'homme, dit M. Proudhon ; la raison est le foyer primitif de la lumière, dit M. Cousin. A merveille, messieurs; mais quel moyen avez-vous de déterminer l'adhésion à ces deux propositions qui heurtent le sens commun? Vous ne donnez aucune raison, et l'on ne croit pas les hommes sur parole.

Kant nie tout rapport des facultés spéculatives avec les faits externes, et, effrayé lui-même de l'étrange hardiesse de son assertion, il imagine une raison pratique basée sur

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