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choc d'un autre corps l'excite, pour ébranler les villes et les montagnes. L'homme a su l'allumer et l'attacher à tous ses usages, pour plier les plus durs métaux', et pour nourrir avec du bois, jusque dans les climats les plus glacés, une flamme qui lui tienne lieu de soleil, quand le soleil s'éloigne de lui. Cette flamme se glisse subtilement dans toutes les semences; elle est comme l'âme de tout ce qui vit; elle consume tout ce qui est impur, et renouvelle ce qu'elle a purifié. Le feu prête sa force aux hommes trop faibles : il enlève tout à coup les édifices et les rochers. Mais veut-on le borner à un usage plus modéré, il réchauffe l'homme, il cuit les aliments. Les anciens, admirant lo feu, ont cru que c'était un trésor céleste que l'homme avait dérobé aux dieux.

FÉNELON.

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Les plantes et leurs usagés. Admirez les plantes qui naissent de la terre : elles fournissent des aliments aux sains ?, et des remèdes aux malades. Leurs espèces et leurs vertus : sont innombrables : elles ornent la terre, elles donnent de la verdure, des fleurs odoriférantes et des fruits délicieux. Voyez-vous ces vastes forêts qui paraissent aussi anciennes que le monde ? Ces arbres s'enfoncent dans la terre par leurs racines, comme leurs branches s'élèvent vers le ciel; leurs racines les défendent contre les vents et vont chercher, comme par de petits tuyaux souterrains, tous les sucs destinés à la nourriture de leur tige; la tige elle-même se revêt d'une dure écorce, qui met le bois tendre à l'abri des injures de l'air ; les branches distribuent en divers canaux la séve que les racines avaient réunie dans le tronc. En été, ces rameaux nous protégent de leur ombre contre les rayons du soleil; en hiver, ils nour

leur sein les éléments du feu. On les en dégage en frappant un caillou contre un autre, ou contre un métal. De là l'ancien briquet.

1. Plier les plus durs mėlauz. On travaille et on plie les métaux en les amollissant par le feu.

2. Aux sains. Qui sont en santé, qui se portent bien. Sain, sanitaire, santé. 3. Leurs vertus. Ce mot appliqué aux plantes équivaut à qualités, propriétés.

4. Sucs. Substances liquides ou gazeuses contenues dans la terre et dans l'arr, et que les plantes s'approprient pour se nourrir au moyen des racines qui les pompent dans la terre par les petits tuyaux qu'elles renferment, et des feuilles qui les aspirent dans l'air par les pores ou petites ouvertures dont elles sont percées et qui sont si menues que l'ail ne peut pas toujours les apercevoir. Suc a formé le mot succulcnt, qui renferme des sucs, qui est plein de sucs. Les sucs rassemblés par les racines et les feuilles forment la séve ou la liqueur féconde qui circule dans toutes les parties des plantes, grâce aux canaux intérieurs dont elles sont pourvues.

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rissent la flamme qui conserve en nous la chaleur naturelle. Leur bois n'est pas seulement utile pour le feu ; c'est une matière douce, quoique solide et durable, à laquelle la main de l'homme donne sans peine toutes les formes qu'il lui plaît, pour les plus grands ouvrages de l'architecture et de la navigation. De plus, les arbres fruitiers, en penchant leurs rameaux vers la terre, semblent offrir leurs fruits à l'homme. Les arbres et les plantes, en laissant tomber leurs fruits ou leurs graines, se préparent autour d'eux une nombreuse postérité'. La plus faible plante, le moindre légume, contient en petit volume, dans une graine, le germe’ de tout ce qui se déploie dans les plus hautes plantes et dans les plus grands arbres. La terre, qui ne change jamais, fait tous ces changements dans son sein.

FÉNELON. Les infiniment petits. L'autre jour, que j'étais couché à l'ombre, je m'avisai de remarquer la variété des herbes et des animaux que je trouvai sous mes yeux. Je comptai, sans changer de place, plus de vingt sortes d'insectes dans un fort petit espace, et pour le moins autant de diverses plantes. Je pris un de ces insectes, dont je ne sais point le nom, et peut-être n'en a-t-il point; je le considérai attentivement, et je ne crains point de vous dire de lui ce que Jésus-Christ assure des lis champêtres : que Salomon : dans toute sa gloire n'avait point de si magnifiques ornements. Après que j'eus admiré quelque temps cette petite créature si injustement méprisée, et même si indignement et si cruellement traitée par les autres animaux, à qui apparemment elle sert de pâture, je me mis à lire un livre que j'avais su: moi et j'y trouvai une chose fort étonnante : c'est qu'il y a dans le monde un nombre infini d'insectes pour le moins in million de fois plus petits que celui que je venais de considérer, cinquante mille fois plus petits qu'un grain de sable.

MALEBRANCHE.

Dieu voit tout. Ne dites pas, enfants, comme d'autres ont dit : 1. Postérité. Les plantes qui naissent des semences forment leurs rejetons, leur postérité qui se renouvelle sans cesse.

2. Le germe. La graine contient le germe entier de la plante et des plus grands arbres, c'est-à-dire l'ensemble extrêmement petit des parties principales qui le composent. On peut les y découvrir à l'aide du microscope et quelquefois même à l'eil nu. Voyez le numéro suivant, et, dans le second livre, celui qui est intitulé: Ce qu'on peut observer dans la germination d'une feve.

3. Salomon. Roi des Israélites, et fils de David, dont les richesses et la magnificence ont surpassé celles de tous les autres rois,

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« Dieu ne me connaît pas, car je suis trop petit; « Dans sa création ma faiblesse me noie'; « Il voit trop d'univers ? pour que son æil me voie. » L'aigle de la montagne un jour dit au soleil : « Pourquoi luire plus bas que ce sommet vermeil ? « A quoi sert d'éclairer ces prés, ces gorges sombres, « De salir: tes rayons sur l'herbe dans ces ombres? a La mousse imperceptible est indigne de toi. »

- Oiseau, dit le soleil, viens et monte avec moi!... ) L'aigle, avec le rayon s'élevant dans la nue, Vit la montagne fondre et baisser à sa vue; Et, quand il eut atteint son horizon nouveau, A sun mil confondu tout parut de niveau'.

Eh bien ! dit le soleil, tu vois, oiseau superbe, « Si pour moi la montagne est plus haute que l'herbe. « Rien n'est grand ni petit devant mes yeux géants ® : « La goutte d'eau me peint comme les océans; « De tout ce qui me voit je suis l'astre et la vie; « Comme le cèdre altier l'herbe me glorifie; « J'y chauffe la fourmi, des nuits j'y bois les pleurs, « Mon rayon s'y parfume en traînant sur les fleurs'. « Et c'est ainsi que Dieu, qui seul est sa mesure', « D'un wil pour tous égal voit toute sa nature !... » Chers enfants, bénissez, si votre cæur comprend, Cet wil qui voit l'insecte, et pour qui tout est grand !

(

LAMARTINE.

1. C'est-à-dire : je suis si faible, si petit, que je ne parais rien dans l'immensité de la création; comme un grain de sable, une fourmi est noyée dans un grand lac et n'y est point aperçue,

2. Trop d'univers. Outre l'univers que nous voyons, il y en a mille autres encore tout aussi grands, tout aussi merveilleux, qui échappent à notre vue et qui sont l'œuvre de Dieu.

3. Salir. Expression qui paraît fausse. Ternir, qui serait moins fort, semblerait plus convenable.

4. Fondre et baisser. A mesure qu'on s'éloigne d'un objet il paraît plus petit. Du sommet d'une haute montagne, les objets de la plaine semblent baisser et disparaitre.

5. Son æil confondu. Étonné, émerveillé. Paraît de niveau, de même taille. L'éloignement fait disparaitre les différences.

6. Devant mes yeux géants. Pour immenses. Image peu juste, 7. Image fausse et de mauvais goût.

8. L'homme ne peut mesurer la grandeur de Dieu : lui seul connait ses bornes et sa nature, et il n'y a dans l'univers alicun objet qui puisse servir à le mesurer.

LIVRE II

EXPLICATION

DE LA PABLE LE GRILLON, AU POINT DE VUE DE L'EXPRESSION

ET DE LA GRAMMAIRE,

Le Maitre. Dans la première étude que nous avons faite de la fable du Grillon, nous nous sommes attachés à bien comprendre le sujet et le sens général ainsi que le rôle joué par chacun des personnages qui y sont mis en scène. Nous avons à l'étudier aujourd'hui sous le rapport de l'expression et des observations grammaticales qui peuvent en être déduites. Pour cela, nous devons nous rendre compte dans cette nouvelle étude de la valeur de chaque phrase et au besoin de chacune des expressions qui peuvent donner lieu à des observations utiles. Nous rencon. trons une de ces expressions dès le premier vers :

Un pauvre petit grillon. Le mot pauvre est-il pris ici dans son acception ordinaire ? Pour répondre, réfléchissez à la signification générale de ce mot.

L'Élève. Le mot pauvre signifie l'opposé de riche; il indique l'absence de ressources, le dénûment.

M. Esi-il ici employé dans ce sens ? E. Je ne crois pas.

M. Vous avez raison : le mot pauvre qui précède les mots petit grillon est une expression d'affectueux intérêt, de pitié et de sympathie que l'on emploie familièrement, surtout à l'égard des êtres sur lesquels leur âge ou leur faiblesse semble appeler l'affection ou la compassion. Avez-vous déjà vu d'autres exemples appliqués dans ce sens ? E. Nous avons vu dans le Petit Savoyard le vers :

Pauvre petit, pars pour la France ! et dans la même pièce :

Laisse ta pauvre mère.
Nous avons vu encore, dans le Nid de Fauvettes, le vers:

Pauvres oiseaux, vous voilà pris!

et dans la Brebis:

Pauvre agneau, tu n'as plus de mère... et encore dans la même fable :

Et la pauvre brebis, aux cris de son agnean...

Accourt. M. Vous avez une idée, d'après ces exemples, des divers sens que l'on peut donner à l'adjectif pauvre.

Passons au verbe regardait, que veut-il dire?

E. Il veut dire voyait, suivait des yeux. — M. Voir et regarder signifient-ils la même chose ? Pourrait-on dans la phrase remplacer regardait par il royail ? E. Non, Monsieur; voir veut dire simplement avoir devant les yeux, apercevoir ce qui s'offre à la vue; regarder signifie diriger ses yeux, sa vue sur un objet que l'on veut reconnaître : ici le mot regardail est présérable au mot royait, parce qu'il exprime mieux l'altention avec laquelle le grillon suivait du regard le papillon qui excitait son admiration et son envie.

M. Le participe volligeant mérite aussi une observation; de quel verbe vient-il? - E. Du verbe voltiger.

M. N'y a-t-il pas un autre verbe pour exprimer l'idée de vol? -E. Oui, il y a le verbe voler.

M. Existe-t-il une différence entre ces deux verbes?

E. Le verbe coltiger est dérivé du verbe voler: il signifie faire de petits vols, tandis que voler signifie en général parcourir, fendre l'air au moyen d'ailes. Ainsi voltiger exprime un vol moins élevé, moins continu que voler; il est ce qu'on appelle un diminutif de ce verbe. M. Pourriez-vous me citer d'autres diminutifs de même nature? E. Qui : sautiller , diminutif de sauter : 1.ordiller, de mordre; criailler, de crier.

L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs. M. Quel nom remplacent les mots insecte ailė? - E. Ils remplacent le mot papillon employé précéilemment et dont la répétition trop rapprochée aurait fait mauvais effet.

M. Quand on substitue ainsi au nom d'une chose une autre appellation qui la désigne par l'une de ses propriétés, on fait ce qu'on appelle une périphrase. Retenez bien ce mot, et pour prouver que vous le comprenez, pourriez-vous me citer un autre cxemple de périphrase? E. A la fin de cette même fable, jo remarque le vers :

Pour déchirer la pauvre bête.

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