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L'image de son supplice et de son agonie attriste naturellement la voix dans les deux vers suivants :

Il ne fallait pas tant d'efforts
Pour déchirer la pauvre bête.

Puis le ton se relève et se ranime dans l'exclamation que ce spectacle arrache au grillon qui en est témoin; interjection si différente de la première : Ah ! que son sort et le mien sont différents!

Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;

ll en coûte trop cher pour briller dans le monde. Celle-ci exprime l'étonnement et une certaine satisfaction égoïste que le ton doit indiquer. Il n'est personne qui ne sente combien elle doit différer du ton de la première.

Les mots trop cher seront aussi prononcés avec une intention particulière, comme rappelant en effet ce qu'il en a coûté au pauvre papillon dont le supplice est encore présent aux yeux du grillon.

Aussi, est-ce avec un ton de contentement bien senti qu'on lui fera dire :

Combien je vais aimer ma retraite profonde!

Enfin, après un intervalle pendant lequel le grillon repasse dans son esprit tout ce dont il vient d'être le témoin, et les sentiments différents qu'il a successivement éprouvés, il prononce d'un ton pénétré et convaincu la conclusion que lui dicte l'expérience et qui fait la morale de la fable. On insistera avec intention sur les mots heureux et caché, pour bien faire sentir le rapport qui les unit.

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Le soleil perce l'ombre obscure,
Et les traits éclatants qu'il lance dans les airs,
Rompant le voile épais qui couvrait la nature,
Redonnent la couleur' et l'âme à l'univers.

1. Redonnent la couleur. Rendent aux objets les couleurs que l'on cesse d'aper. cevoir pendant la nuit. - L'âme, la vie, l'action.

O Christ, notre unique lumière',
Nous ne reconnaissons que tes saintes clartés;
Notre esprit t'est soumis; entends notre prière,
Et sous ton divin joug range nos volontés.

Assermis l'âme qui chancelle ;
Fais que, levant au ciel nos innocentes mains,
Nous chantions dignement et ta glc:re immortelle
Et les biens dont la grâce a comblé les humains.

RACIN.

Jésus-Christ.

Quel homme eut jamais plus d'éclat! Le peuple juif tout entier le prédit avant sa venue. Le peuple gentil ’ l'adore après sa venue. Les deux peuples gentil et juif le regardent comme leur centre. Et cependant quel homme jouit jamais moins de cet éclat! De trente-trois ans, il en vit trente sans paraître. Dans trois ans 8 il passe pour un imposteur; les prêtres et les principaux le rejettent; ses amis et ses plus proches le méprisent. Enfin il meurt trahi par un des siens, renié par l'autre *, et abandonné par tous. Quelle part a-t-il donc à cet éclat ? Jamais homme n'a eu tant d'éclat; jamais homme n'a eu plus d'ignominie. Tout cet éclat n’a servi qu'à nous, pour nous le rendre reconnaissable; et il n'en a rien eu pour lui.

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Je n'adore qu'un Dieu, maitre de l'univers,
Sous qui tremblent le ciel, la terre et les enfers;
Un Dieu qui, nous aimant d'une amour infinie,
Voulut mourir pour nous avec ignominie,
Et qui, par un effort de cet excès d'amour,
Veut pour nous en victime être offert chaque jour.

CORNEILLE.

1. Nolre unique lumière. Le Christ, par sa doctrine, est la lumière et la vie de l'âme chrétienne, comme le soleil, par ses rayons, est la lumière et la vie du monde matériel. L'esprit que cette lumière du Christ n'éclaire pas, erre dans l'ombre ainsi que l'homme dont les yeux ne sont pas ouverts à la lumière du jour.

2. Le peuple gentil. Les peuples ers, par opposition au peuple juif, le peuple élu (choisi) par Dien.

3. Dans trois ans. Pendant. Remarquer le sens exceptionnel de cette préposi. tion.

4. Judas, Saint-Pierre.

4. - Dieu manifesté par l'extreme petitesse comme par l'infinie

grandeur.

Considérons les merveilles qui éclatent également dans les plus grands corps et dans les plus petits. D'un côté je vois le soleil tant de milliers de fois plus grand que la terre ; je le vois qui circule dans les espaces, en comparaison desquels il n'est luimême qu'un atome brillant. Je vois d'autres astres ', peut-être encore plus grands que lui, qui roulent dans d'autres espaces encore plus éloignés de nous. Au delà de tous ces espaces, qui échappent déjà à toute mesure, j'aperçois encore confusément d'autres astres qu'on ne peut plus compter ni distinguer?. La terre où je suis n'est qu'un point par proportion à ce tout où l'on ne trouve jamais aucune borne. Ce tout est si bien arrangé, qu'on n'y pourrait déplacer un seul atome sans déconcerter 3 toute cette immense machine; et elle se meut avec un si bel ordre, que ce mouvement même en perpétue la variété et la perfection. Il faut qu'une main à qui rien ne coûte ne se lasse point de conduire cet ouvrage depuis tant de siècles, et que ses doigts se jouent de l'univers “, pour parler comme l'Écriture.

D'un autre côté, l'ouvrage n'est pas moins admirable en petit qu'en grand. Je ne trouve pas moins en petit une espèce d'insini qui m'étonne et qui me surmonte 5. Trouver dans un cirono, comme dans un éléphant ou dans une baleine, des membres parfaitement organisés; y trouver une tête, un corps, des jambes, des pieds formés comme ceux des plus grands animaux ! Il y a dans chaque partie de ces atomes vivants des muscles, des nerfs, des veines, des artères, du sang; dans ce sang des esprits ?, des parties rameuses et des humeurs; dans ces humeurs, des gouttes composées elles-mêmes de diverses parties, sans qu'on puisse jamais s'arrêter dans cette composition infinie d’un tout si fini'.

1. Les étoiles fixes.

2. La voie lactée, c'est-à-dire cette bande blanche qui parait la nuit dans une vaste étendue du ciel, et qu'on désigne vulgairement sous le nom de Chemin de Saint-Jacques, est regardée par les astronomes comme une iminense réunion d'étoiles à une distance infinie de la terre.

3. Déconcerter. Troubler, mettre le désordre. Concert, harmonie. Concerter, mettre en harmonie. Déconcerter, détruire l'harmonie.

4. Se jouent de l'univers. Dirigent l'univers comme en se jouant, sans peine ni difficulté.

5. Me surmonte. Me dépasse, dépasse les bornes de mon intelligence. Remarquer cette acception du mot surmonter qui ne s'app d'ordinaire qu'à des idées abstraites. Surmonter une difficullé, sa colère, etc.

6. Un ciron. Le plus petit des êtres vivants opposé aux plus grands, l'éléphani, la baleine.

7. Des esprits. Les parties les plus subtiles de la matière.

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11 Esl temps de lever nos yeux vers le ciel. Quelle puissance a construit au-dessus de nos têtes une si vaste et si superbe voûte? Quelle étonnante variété d'admirables objets ! Quelle multitude innonbrable d’étoiles! La profusion avec laquelle la main de Dieu les a répandues sur son ouvrage fait voir qu'elles ne coûtent rien à sa puissance. Il en a semé les cieux, comme un prince magnisia que répand l'argent à pleines mains , ou comme il met des pierreries sur un habit. Que quelqu'un dise, tant qu'il lui plaira, que ce sont autant de mondes semblables à la terre que nous habitons; je le suppose pour un momento. Combien doit être puissant et sage celui qui fait des mondes aussi innombrables que les grains de sable qui couvrent le rivage des mers, et qui conduit sans peine, pendant tant de siècles, tous ces mondes errants, comme un berger conduit un troupeau ! Si, au contraire, ce sont seulement des flambeaux allumés, pour luire à nos yeux dans ce petit globe qu'on nomme la terre?, quello puissance que rien ne lasse, et à qui rien ne coûte ! Quelle profusion, pour donner à l'homme, dans ce petit coin de l'univers, un spectacle si étonnant!

Mais parmi ces astres j'aperçois la lune, qui semble partager avec le soleil le soin de nous éclairer. Elle se montre à point nommé, avec toutes les étoiles, quand le soleil est obligé de ramener le jour dans l'autre hémisphère. Ainsi la nuit inème, malgré ses ténèbres, a une lumière, sombre à la vérité, mais douce et utile. Cette lumière est empruntée du soleil, quoique absent. Ainsi tout est ménagé dans l'univers avec un si bel art, qu'un globe voisin de la terre, et aussi ténébreux qu'elle par lui-même, sert néanmoins à lui renvoyer par réflexion les rayons qu'il reçoit du soleil; et que le soleil éclaire par la lune les peuples qui no peuvent le voir, pendant qu'il doit en éclairer d'autres.

FÉNELON.

1. Composilion infinie d'un toul si fini. · Infnie. Sans bornes. Si fini. 51 parfait. Remarquer ici ces deux acceptions de deux mots appartenant à la mêine fainille.

2. Les étoiles ne sont en apparence, aux yeux de la foule, que des Numbeant allumés ; Fénelon fait la plus grande part à cette hypothèse dans son raisonnement, tout en montrant qu'il s'applique également aux données de la science.

6. - Au soleil.
Dieu ! que les airs sont doux! que la lumière est pure !
Tu règnes en vainqueur sur toute la nature,
O soleill et des cieux où ton char est porté',
Tu lui verses la vie et la fécondité !
Le jour où, séparant la nuit de la lumière,
L'Éternel te lança dans la vaste carrière,
L'univers tout entier te reconnut pour roi;
Et l'homme, en t'adorant, s'inclina devant toi!
De ce jour, poursuivant ta carrière enflammée,
Tu décris sans repos ta route accoutumée;
L'éclat de tes rayons ne s'est point affaibli,
Et sous la main des temps ton front n'a point påli!

LAMARTINE.

7. Empire de l'homme sur les étres de la création. L'empire de l'homme sur les animaux est un empire légitime qu'aucune révolution ne peut détruire; c'est l'empire de l'esprit sur la matière, c'est non-seulement un droit de nature, un pouvoir fondé sur des lois inaltérables, mais c'est encore un don de Dieu, par lequel l'homme peut reconnaître à tout instant l'excellence de son être ; car ce n'est pas parce qu'il est le plus parfait, le plus fort ou le plus adroit des animaux, qu'il leur commande : s'il n'était que le premier du même ordre, les seconds se réuniraient pour lui disputer l'empire; mais c'est par supériorité de nature que l'homme règne et commande; il pense, et dès lors il est maître des êtres qui ne pensent point.

Il est maître des corps bruts, qui ne peuvent opposer à sa volonté qu'une lourde résistance ou qu'une inflexible dureté, que sa main sait toujours surmonter et vaincre en les faisant agir les uns contre les autres; il est maître des végétaux , que par son industrie il peut augmenter, diminuer, renouveler, dénaturer, détruire ou multiplier à l'infini; il est maître des animaux, parce que, non-seulement il a comme eux du mouvement et du sentiment, mais qu'il a de plus la lumière de la pensée, qu'il connaît

1. Les anciens croyaient que le Dieu de la lumière, Phobus on Apollon, la tête entourée de rayons enflammés, et conduisant un char à quatre chevaux ailés, parcourait chaque jour, d'Orient en Occident, l'immense étendue des Cieux. Les poëtes modernes ont conservé cette image qui semble faire du soleil une personne. On remarquera beaucoup d'expressions dans la langue qui tiennent ainsi à des traditions de la mythologie des Grecs et des Romains.

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