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Vous voyez, je suis reine, et n'ai point d'héritier ;
Laissez là cet habit, quittez ce vil métier ' :
Je veux vous faire part de toutes mes richesses
Essayez dès ce jour l'effet de mes promesses :
A ma table, partout, à mes côtés assis,
Je prétends vous traiter comme mon propre fils.

JOAS.
Comme votre fils ?

ATHALIE.
Oui... Vous vous taisez ?
JOAS.

Quel père
Je quitterais! et pour...

ATHALIE.

Eh bien ?
JOAS.

Pour quelle mère !

RACINE.

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Tobie, se croyant à la veille de mourir, appela auprès de lui son fils, et lui parla ainsi :

« Mon fils, soyez attentif à mes paroles , affermissez-les dans votre ceur comme la base de votre vie.

« Aussitôt que Dieu aura reçu mon âme, ensevelissez mon corps. Souvenez-vous d'honorer votre mère tous les jours de sa vie, ayant sans cesse présent à votre pensée tout ce qu'elle a souffert, et tant de périls auxquels elle a été exposée pendant qu'elle vous portait dans son sein. Et lorsqu'elle aussi aura accompli la durée de son existence, ensevelissez-la auprès de moi.

« Que, chaque jour de votre vie, Dieu soit toujours présent à votre esprit. Prenez garde de consentir jamais au péché, et d'enfieindre les préceptes de Dieu notre Seigneur.

1. Vil métier. L'impie et orgueilleuse Athalie, qui ne connaît d'autre droit et d'autre grandeur que ceux de la puissance, ne voit dans les fonctions sacerdotales qu'un vil métier. Mais c'est vainement qu'elle cherche à séduire l'esprit du jeune Joas par la perspective des honneurs et des plaisirs. La sagesse qu'une éducation pieuse a mise sur les lèvres d'un enfant, venge la vérité outragée et triomphe des piéges de cette reine insolente.

2. Tobie. Emmené avec ses compatriotes en captivité à Ninive, après la prise de Samarie par le roi d'Assyrie, Salmanazar, Tobie fit preuve d'une courageuse charité pour ses frères d'exil, et montra la plus pieuse et la plus touchante résigna tion quand il fut lui-même tombé dans la pauvreté et affligé de cécité.

« Employez votre bien à l'aumône, et ne détournez jamais le visage à l'aspect du pauvre : car alors, Dieu ne détournera point de vous sa face. Soyez charitable autant que vous le pourrez.

« Si vous avez beaucoup, donnez beaucoup; si vous avez peu, donnez encore ce peu avec empress:ment et de bon cæur. Par la, vous amassez un trésor de récompenses pour les jours de nécessité. Car l'aumône délivre du péché et de la mort, et retire l'âme des ténèbres. L'aumône sera, pour ceux qui la pratiquent, un gaye de confiance devant le Très-Haut.

« Ne laissez dominer l'orgueil ni dans vos sentiments ni dans vos paroles, car l'orgueil est la source de toute perdition.

« Que quiconque aura travaillé pour vous reçoive sur-le-champ ce qui lui est dû. Ne retenez jamais, sous aucun prétexte, le salaire de l'ouvrier.

« Prenez garde de faire à autrui ce que vous seriez fàché qu'on vous fit à vous-même.

« Mangez votre pain avec ceux qui ont faim et qui souffrent; couvrez de vos habits ceux qui sont nus.

« Demandez toujours conseil à un homme sage.

« Bénissez Dieu en tout temps ; demandez-lui qu'il dirige vos voies ', et ne vous appuyez que sur lui dans tous vos desseins.

« Mon fils, il me reste à vous apprendre que, pendant que vous étiez encore au berceau, j'ai prété dix talents d'argent à Gabélus qui habile Ragès, en Médies. J'ai en ma possession son billet. Tâchez donc de parvenir justju'à lui pour recevoir la somme qu'il a empruntée, et lui rendre le billet.

« Et maintenant, mon fils, soyez sans inquiétude : nous menons, il est vrai, une vie pauvre; mais nous aurons des biens en abondance, si nous craignons Dieu, si nous fuyons le péché, si nous faisons le bien.

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Quel profane en ce lieu s'ose avancer vers nous ?
Que vois-je! Mardochée! ô mon père, est-ce vous ?

1. Qu'il dirige vos voies. C'est-à-dire qu'il vous dirige dans la voie, la route que vous suivrez; qu'il dirige votre conduite en inspirant votre intelligence et votre cour.

2. Talent. Somme équivalant à 6,000 fr.
3. Medie. Contrée de la haute Asie, à l'ouest de l'Assyrie.

4. L'impie Aman, ministre du roi de Perse, Assuérus, a surpris à ce prince un édit qai condamne tous les Juifs de son empire à l'extermination. I her, élevée par son oncle Mardochée un des fidèles juifs conduits en captivité à Babylone, a

Un ange du Seigneur sous son aile sacrée
A donc conduit vos pas et caché votre entrée?
Mais d'où vient cet air sombre, et ce cilice affreux,
Et cette cendre : enfin qui couvre vos cheveux
Que nous annoncez-vous ?

MARDOCHÉE.

O reine infortunée !
O d'un peuple innocent barbare destinée !
Lisez, lisez l'arrêt détestable, cruel...
Nous sommes tous perdus, et c'est fait d'Israël!

ESTHER.

Juste ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace!

MARDOCHÉE. On doit de tous les Juifs exterminer la race. Au sanguinaire Aman nous sommes tous livrés. Les glaives, les couteaux sont déjà préparés : Toute la nation à la fois est proscrite. Aman, l'impie Aman, race d'Amalécite ?, A pour ce coup funeste armé tout son cré lit 3; Et le roi trop crédule a signé cet édit. Prévenu contre nous par cette bouche impure, Il nous croit en horreur à toute la nature : Ses ordres sont dornés, et dans tous ses États, Le jour fatal est pris pour tant d'assassinats. Cieux, éclairerez-vous cet horrible carnage ! Le fer ne connaîtra ni le sexe ni l'âge ; Tout doit servir de proie aux tigres, aux vautours : Et ce jour effroyable arrive dans dix jours.

4

ESTIER.

O Dieu, qui vois former des desseins si funestes,
As-tu donc de Jacob abandonné les restes ?

été choisie pour épouse par Assuérus, qui ignore encore quel est son pays et sa religion. Mardochée vient informer la reine du décret, et l'engager à le faire révoquer.

1. Cendre. Les Juifs témoignaient leur douleur dans les grandes circonstances en répandant des cendres sur leur tête,

2. Race d'Amalécite. Les Amalécites étaient un peuple voisin et ennemi des Israélites auxquels ils étaient en horreur par leur imp.été.

3. Crédit. Remarquer l'acception du mot crédit, qui signifie influence, pouvoir.

4. Prévenu. Rendu contraire, ennemi. Sens analogue à celui de prévention, qui signifie opinion défavor:ble conçue contre quelqu'un à l'avance et sans motifs. On emploie dans un sens défavorable analogue le mot circonvenir de la même famille.

UNE DES JEUNES FILLES ISRAÉLITES.
Ciel! qui nous défendra, si tu ne nous défends?

MARDOCHÉE.
Laissez les pleurs, Esther, à ces jeunes enfants.
En vous est tout l'espoir de vos malheureux frères;
Il faut les secourir : mais les heures sont chères !;
Le temps vole, et bientôt amènera le jour
Où le nom des Hébreux doit périr sans retour.
Toute pleine du feu de tant de saints prophètes ?,
Allez, osez au roi déclarer qui vous êtes.

ESTHER.

Hélas! ignorez-vous quelles sévères lois
Aux timides mortels cachent ici les rois ?
Au fond de leur palais leur majesté terrible
Affecte à leurs sujets de se rendre invisible;
Et la mort est le prix de tout audacieux
Qui, sans être appelé, se présente à leurs yeux,
Si le roi, dans l'instant, pour sauver le coupable,
Ne lui donne à baiser le sceptre redoutable.
Rien ne met à l'abri de cet ordre fatal,
Ni le rang, ni le sexe; et le crime est égal.
Moi-même, sur son trône, à ses côtés assise,
Je suis à cette loi, comme une autre, soumise ;
Et sans le prévenir, il faut, pour lui parler,
Qu'il me cherche, ou du moins qu'il me fasse appeler.

MARDOCIÉE.
Quoi! lorsque vous voyez périr votre patrie,
Pour quelque chose, Esther, vous comptez votre vie !
Dieu parle : et d'un mortel vous craignez le courroux !
Que dis-je ? votre vie, Esther, est-elle à vous ?
N'est-elle pas au sang dont vous êtes issue 3?
N'est-elle pas à Dieu, dont vous l'avez reçue ?
Et qui sait, lorsqu'au tròne il conduisit vos pas,
Si pour sauver son peuple il ne vous gardait pas?
S’immoler pour son nom et pour son héritage,

1. Les heures sont chères. Dans le même sens que les moments soni précieux, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de temps à perdre, qu'il faut se hâter de l'employer.

2. Du feu de tant de saints prophètes. Des paroles ardentes, des vives uctions que les prophètes, c'est-à-dire les hommes inspirés de Dieu, adressaient aux juifs pour affermir leur foi, et les consoler de leurs maux.

3. Dont vous êtes issue. Sortie. On dit dans ce sens « issu d'une lionnête famille, » etc.

D'un enfant d'Israël voilà le vrai partage:
Trop heureuse pour lui de hasarder vos jours !
Et quel besoin son bras a-t-il de ncs secours ?
Que peuvent contre lui tous les rois de la terre ?
En vain ils s'uniraient pour lui faire la guerre :
Pour dissiper leur ligue il n'a qu'à se montrer;
Il parle, et dans la poudre il les fait tous rentrer.
Au seul son de sa voix la mer fuit, le ciel tremble:
Il voit comme un néant tout l'univers ensemble;
Et les faibles mortels, vains jouets du trépas
Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étaient pas.
S'il a permis d'Aman l'audace criminelle
Sans doute qu'il voulait éprouver votre zèle.
C'est lui qui, m'excitant à vous oser chercher,
Devant moi, chère Esther, a bien voulu marcher :
Et s'il faut que sa voix frappz en vain vos oreilles,
Nous n'en verrons pas moins éclater ses merveilles.
Il peut confondre Aman, il peut briser nos fers
Par la plus faible main qui soit dans l'univers ;
Et vous, qui n'aurez point accepté cette grâce,
Vous périrez peut-être, et toute votre race'.

ESTHER.

Allez : que tous les Juifs dans Suse répandus,
A prier avec vous jour et nuit assidus,
Me prêtent de leurs veux le secours salutaire,
Et pendant ces trois jours gardent un jeûne austère.
Déjà la sombre nuit a commencé son tour :
Demain, quand le soleil rallumera le jour,
Contente de périr, s'il faut que je périsse,
J'irai pour mon pays m'offrir en sacrifice.

RACINE.

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O mon souverain roi, Me voici donc tremblante et seule devant toi ! Mon père mille fois m'a dit dans mon enfance Qu'avec nous tu juras une sainte alliance, Quand, pour te faire un peuple agréable à tes yeux, Il plut à ton amour de choisir nos aïeux :

1. El toute votre race. Remarquer l'ellipse du verbe et la vivacité qu'elle donne à la phrase, sans rien lui ôter de sa clarté.

2. Suse. Capitale de l'ancien royaume de Perso.

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