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å un serviteur pour le faire cuire sans retard. Dès que cela fut fait, il le placa devant eux avec du lait et du beurre, et il se tenait debout à leur côté pendant qu'ils mangeaient assis à l'ombre.

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Les frères de Joseph avaient conduit leurs troupeaux dans la vallée de Sichem. Ils y étaient établis depuis quelques jours, lorsque Jacob appela Joseph. « Mon enfant, lui dit-il, tes frères sont à Sichem avec les troupeaux, va auprès d'eux; vois s'il ne leur est rien arrivé ainsi qu'à leurs troupeaux, et reviens m'instruire de ce qui se passe. Me voilà prêt à exécuter vos ordres, » répondit Joseph, et aussitôt il quitta la vallée d'Hebron, se dirigeant vers celle de Sichem '.

Un homme le vit errer dans les champs de cette dernière vallée: il lui demanda ce qu'il cherchait. « Je cherche mes frères, dit Joseph, indiquez-moi l'endroit où ils font paître leurs brebis.

– Ils ont quitté ce lieu, répondit l'inconnu; mais je les ai enten. dus qui disaient entre eux : Allons à Dothaïm'. » Joseph en prit aussitôt le chemin pour les suivre et ne tarda pas à les trouver.

Ils l'aperçurent de loin qui venait à eux, et avant qu'il les eût rejoints, ils formèrent le projet de le tuer. « Voici notre songeur ?, disaient-ils entre eux, tuons-le et jetons-le dans cette vieille citerne 3; nous dirons qu'une bête féroce l'a dévoré, et l'on verra alors à quoi lui ont servi ses songés ?. » Ruben, entendant ces paroles, s'efforça de le tirer de leurs mains. « Ne le tuez point, leur disait-il, ne versez point son sang, mais jetez-le dans l'ancienne citerne du désert, au moins vos mains resteront pures. Il parlait ainsi pour le sauver, car il avait l'intention de revenir le tirer de la citerne pour le rendre à son père.

Aussitôt que Joseph les eut rejoints, ils le dépouillèrent de sa belle tunique et le descendirent dans la citerne qui était à sec. Après cela, s'étant assis pour prendre leur repas, ils aperçurent de loin des marchands ismaélites qui revenaient de Galaad et allaient en Égypte conduisant des chameaux chargés d'aromates et de résine 5. Juda dit alors à ses frères : « A quoi nous servira

1. Hebron, Sichem, Dothaïm, vallées de la Palestinc. 2. Songeur, ses songes. Allusion aux songes que Joseph avait racontés à ses frères et qui avaient excité leur jalousie.

3. Nom donné aux puits qui fournissent de l'eau dans le désert. 4. Galaad. Pays montagneux de la Palestine, à l'est du Jourdain. 5. Les aromates sont des substances d'origine végétale, ct qui exhalent uno 1. Tunique. Nom donné au vêtement qui recouvrait le corps chez les anciens depuis les épaules jusqu'aux pieds.

de tuer notre frère et de cacher sa mort ? Il vaut mieux le vendre à ces Ismaélites que de souiller nos mains de son sang, car il est notre frère et notre chair. » Ses frères adoptèrent cet avis; et quand les marchands ismaélites passèrent, ils relirèrent Joseph de la citerne et le vendirent vingt pièces d'argent. Les marchands l'emmenèrent avec eux en Évyple.

Lorsque Ruben, qui n'était pas alors avec eux, revint auprès de la citerne, et qu'il ne trouva plus son jeune frère, il déchira ses vêtements, et allant vers ses frères : « L'enfant a disparu, leur dit-il, accablé de douleur, où irai-je maintenant le chercher ? » Pour eux, ils prirent sa tunique et la trempèrent dans le sang d'un chevreau qu'ils avaient tué. Ils envoyèrent quelqu'un la porter à leur père avec ordre de dire : « Nous avons trouvé cette tunique ': voyez si ce n'est pas celle de votre enfant. »

Le père la reconnut. « C'est bien la tunique de mon fils, s'écria-t-il en pleurant, une bête féroce a mangé mon fils ! mon Joseph a été dévoré! » Il déchira ses vêtements, se revêtit d'un cilice, et ne cessa de pleurer son fils. Toute la famille se réunit pour le consoler, mais il refusa leurs consolations. « Ma douleur, disait-il, me fera rejoindre Joseph au tombeau et me réunira à lui; » et rien ne put tarir ses larmes.

Traduit de LA BIBLE.

54. Joseph se fait reconnaitre par ses frèrcs. Juda, à la tête de ses frères, s'avança vers Joseph qui était resté dans son palais. En paraissant devant lui, ils se précipilèrent le visage contre terre, et y restèrent prosternés.

Joseph parla le premier : « Pourquoi avez-vous agi comme vous l'avez fait? Ignoriez-vous donc mon habileté dans l'art de tirer des présages, et de connaitre ce qui se passe ?

Que pourrions-nous vous répondre, seigneur, dit Juda, quelles paroles trouver pour nous justifier? Di :u poursuit l'iniquité de vos serviteurs. Nous voici tous vos esclaves, nous et celui dans le sac duquel votre coupe a été trouvée :. odeur agréable, comme la cannelle, le girofle, la muscade, etc. La résine est cette matière grasse qui découle de certains arbres, tels que le pin, le sapin, lo mélèze.

2. Cilice. Espèce de ceinture ou de vêtement qu'on porte sous les autres, et dont les aspérités ou les pointes causent de la souffrance. Les anciens portaient le cilice en signe de deuil. Quelques reiigieux le portent aujourd'hui comme un moyen de pénitence et de mortification.

3. La coupe trouvée dans le sac de Benjamin, où Joseph l'avait fait cacher, avail

pas de

- Loin de moi une telle injustice, dit Joseph. Celui-là seul qui a volé la coupe sera mon esclave. Pour vous, retournez librement vers votre père. »

A ces mots, Juda s'approcha de Joseph et lui dit avec fermeté : « Mon Seigneur, car vous êtes le premier après Pharaon', permettez à votre serviteur de vous répondre, et ne vous irritez la liberté de ses paroles.

« C'est d'après les questions adressées par vous à vos serviteurs, que vous avez appris que nous avions encore dans notre pays notre vieux père et un jeune frère qui lui est né lorsqu'il était déjà fort avancé en âge. Cet enfant, le seul qui lui reste de sa seconde femme, car le premier qu'elle lui avait donné aussi est mort maintenant; cet enfant est l'unique consolation du vieillard. Aussi, quand vous nous avez engagés à l'amener auprès de vous, nous vous avons déclaré que notre père ne consentirait pas à cette séparation qui serait pour lui mortelle, tant serait grande sa douleur. Vous avez insisté, et nous nous sommes soumis à vos ordres. Instruit par nous de ce qui s'était passé, notre père ne s'est déterminé à éloigner de lui cet enfant, que parce que la fa'm nous pressait, et que nous lui avons promis de le ramener sain et sauf. « Javais deux enfants de Rachel ’, nous a-t-il dit; le premier s'est éloigné de moi et il n'a plus reparu, et vous m'avez annoncé qu'une bête féroce l'avait dévoré. Si vous m'emmenez encore celui-ci, et qu'il éprouve le sort de son frère, vous serez cause que le chagrin me conduira au tombeau. »

« Voilà ce que nous a dit notre père. Si donc je me présente devant lui sans cet enfant à la vie duquel la sienne est attachée, et qu'il ne l'aperçoive pas à mes côtés, il expirera de douleur, et nous serons coupables de sa mort. Pour moi qui me suis rendu auprès de lui garant de son retour, qui lui ai fait le serment de le ramener, en me soumettant à sa malédiction si je ne tenais pas ma promesse, je reste votre esclave ici. Acceptez-moi à la place de cet enfant, et laissez-le retourner avec ses frères vers celui qui l'attend chaque jour. Sans lui je ne puis retourner vers mon père; je ne veux pas être témoin de la douleur dont il se trouvera accablé. »

servi de prétexte pour ramener les enfants de Jacoh auprès de Joseph, qui voulait se faire reconnaître d'eux. Juda, qui ignorait comment cette coupe s'était trouvée dans le sac de son frère, attribuait ce malheur à la punition qu'ils avaient mo. ritée anciennement par leur conduite envers Joseph.

1. Le roi d'Égypte.
2. Rachel. La deuxième femme de Jacob.

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Joseph ne pouvait plus contenir son émotion, malgré la foule qui l'entourait'. Il donna ordre de faire retirer tous les assistants, et, demeuré seul avec ses frères, il laissa éclater ses cris et ses sanglots, qui furent entendus des Égyptiens et de toute la cour de Pharaon,

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« C'est moi qui suis Joseph, s'écria-t-il en pleurant, mon père vit donc encore! » Ses frères ne pouvaient lui répondre, tant ils étaient frappés de crainte et d'étonnement.

« Venez donc auprès de moi, » ajouta-t-il avec tendresse, et quand ils l'entourèrent : « Oui, je suis Joseph, votre frère, celui que vous avez vendu pour qu'on l'emmenat en Égypte. Soyez sans inquiétude et ne vous alligez plus de ce qui est arrivé, puisque c'est pour votre salut que Dieu m'a envoyé avant vous en Égypte.

« Depuis deux ans la famine désole l'univers; il s'en écoulera encore cinq pendant lesquels on ne pourra ni labourer, ni moissonner. C'est Dieu qui m'a envoyé devant vous pour vous préserver de la famine; ce n'est point par votre volonté, mais par la sienne que je me trouve ici. C'est lui qui m'a rendu comme le père de Pharaon, le maître de son palais et le chef de toute l'Égypte. Hàtez-vous donc de retourner auprès de mon père et dites-lui : Voici les paroles de votre fils Joseph.

« Dieu m'a rendu le maitre de l'Égypte; venez auprès de moi. Vous habiterez la vallée de Gessen’, je vous établirai près de moi avec vos enfants, les enfants de vos enfants, avec vos brebis, vos troupeaux et tout ce que vous possédez, et je vous préserverai de la famine pendant les cinq ans qu'elle durera encore. » Il ajouta : « Vos yeux et ceux de mon frère Benjamin se sont attachés sur mon visage, vos oreilles ont entendu ma voix. Ilàtez-vous donc d'annoncer à mon père que vous m'avez vu dans toute ma gloire. Racontez-lui tout ce dont vous avez été témoins en Égypte, et amenez-le promptement auprès de moi. »

En achevant ces mots, il pencha sa tête sur celle de Benjamin; le tenant étroitement embrassé, il pleura. Benjamin, qui lui rendait ses caresses, mêlait ses larmes aux siennes.

Joseph embrassa ensuite ses autres frères, non sans verser encore des larmes; ce ne fut qu'alors qu'ils osèrent lui parler, et qu'ils s'entretinrent avec lui.

PE

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Traduit de LA BIBLE.

1. Ne pouvait contenir son émotion. En lisant le discours de Juda, on a vn en effet qu'il rappelait à Joseph les circonstances les plus propres à l'émouvoir et les souvenirs qui devaient lui être le plus chers.

2. Gessen. Pays très-fertile, au nord-est de la basse Égypte.

55.

Consécration' de Samuel à bleu par sa mere. Sur la montagne d'Éphraïm : et dans le bourg de Ramatha, vivait un Israélite de la tribu d’Éphraïm; son nom était Elcana.

Sa première femme, nommée Phénenna, l'avait rendu père de plusieurs enfants; mais Anne, sa seconde femme, était restée stérile, et il partageait le chagrin qu'elle en éprouvait, car il avait pour elle une grande tendresse. C'étaient des gens, religieux et craignant Dieu : aux jours de fêtes prescrit, ils ne manquaient jamais de quitter leur demeure, pour monter à Silo 3, offrir au Seigneur leurs adorations et leurs sacrifices. Cette circonstance réveillait le secret chagrin qu'Anne éprouvait de sa stérilité. En vain son mari tentait de la consoler par sa tendresse. Un jour elle vint répandre ses larmes et ses prières devant le Seigneur. Dans sa profonde affliction, elle lui adressa ce võu au milieu de ses pleurs et de ses sanglots : « Seigneur, Dieu des armées, si tu daignes abaisser les yeux sur ta servante, si, prenant en pitié ma douleur, tu m'accordes le fils que je te demande, je te le consacrerai pour toute la vie, et jamais le rasoir n'approchera de sa

tète. »

Elle priait ainsi dans son cæur, mais aucun son ne s'échappait de sa bouche. Le grand prêtre Héli, qui se trouvait assis à l'entrée du temple, ayant jeté les yeux sur elle et lui voyant remuer les lèvres sans qu'elle prononçat aucune parole, s'imagina qu'elle était ivre, et voulut l'éloigner de la maison du Seigneur.

Anne lui répondit tristement : « O mon seigneur, ne prenez Loint votre servante pour une des filles de Bélial * : je n'ai approché de mes lèvres ni le vin, ni aucune des liqueurs qui enivrent; je suis une pauvre femme bien malheureuse; et, dans l'excès de Ina tristesse , j'ai répandu mon âme devant le Seigneur. » Alors Héli lui dit : « Allez en paix, car le Diru d'Israël vous accordera ce que vous venez de lui demander. »

Anne se retira intimement consolée. Le lendemain, Elcana et elle, s'étant levés de grand matin, vinrent de nouveau prier

1. Consécration. Action de dédier à Dieu, de vouer à son service. 2. Montagne de la Terre sainte, située à l'ouest.

3. Silo. Ville de la tribu d'Éphraïm. Elle fut la ville principale des Hébreux jusqu'à ce que David fit de Jérusalem la capitale de son royaume. C'est à Silo qu'avaient été placés le Tabernacle et l'Arche d'Alliance; on y allait donc de toutes parts adorer Dicu comme on alla plus tard au temple construit par Salomon,

4. Béliul. Idole des Phéniciens. Les filles de Bélial sont donc les filles idolâtres, celles qui n'adorent pas le vrai Dieu.

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