Page images
PDF
EPUB

Qu'il sait guérir, sans qu'il se flatte,
Toutes sortes de maux. Si dom coursier voulait

Ne point celer sa maladie,
Lui, loup, gratis le guérirait;
Car le voir en cette prairie

Paître ainsi sans être lié,
Témoignait quelque mal, selon la médecine.

« J'ai, dit la bête chevaline',

Un apostume sous le pié ?.
Mon fils, dit le docteur, il n'est point de partie

Susceptible de tant de maux.
J'ai l'honneur de servir nosseigneurs les chevaux,

Et fais aussi la chirurgie '. »
Mon galant ne songeait qu'à bien prendre son temps

Afin de happer son malade.
L'autre qui s'en doutait, lui låche une ruade,

Qui vous lui met en marmelade •

Les mandibules et les dents 5. « C'est bien fait, dit le loup, en sci-même fort tristo, Chacun à son métier doit toujours s'attacher.

Tu veux faire ici l'herborister,
Et ne fus jamais que boucher. »

LA FONTAINE.

[blocks in formation]

Il ne se faut jamais moquer des misérables,
Car qui peut s'assurer ? d’être toujours heureux ?

Le sage Esope 8 dans ses fables,
Nous en donne un exemple ou deux.
Celui qu'en ces vers je propose,
Et les siens ce sont même chose.

1. La bére cheralme. Périphrase pour désigner le cheval.

2. Apostume. Une tumeur. Le loup, pour faire croire qu'il est méclecin, affecto d'employer des termes techniques.

3. Chirurgie. Branche de la médecine qui s'occupe des opérations pratiquées sur le corps.

4. Marmelade. Mettre en mai melade une chose, c'est la broyer, la pilor cu petits morceaux.

5. Mandibules. Les mâchoires.

6. Herboriste. Celui qui s'occupe des herles, des plantes comme remèdes, comme inoyens de guérison.

7. S'assurer, pour « être assuré, être sûr, certain. » Locution qui n'est pas à imiter.

8. Esope. Auteur grec qui a laissé un recueil de fabies.

Le lièvre et la perdrix, concitoyens d'un champ,
Vivaient dans un état, ce semble, assez tranquille ;

Quand une meute ', s'approchant,
Oblige le premier à chercher un asile :
Il s'enfuit dans son fort ?, met les chiens en défaut 3,

Sans même en excepter Briffaut ‘.

Enfin il se trahit lui-même Par les esprits : sortant de son corps échauffé. Miraut, sur leur odeur ayant philosophé ®, Conclut que c'est son lièvre, et d'une ardeur 'extrême, Il le pousse : et Rustaut ', qui n'a jamais menti, Dit que

le lièvre est reparti. Le pauvre malheureux vint mourir à son gite.

La perdrix le raille, et lui dit:

« Tu te vantais d'être si vite ?!
Qu'as-tu fait de tes pieds ? » Au moment qu'elle rit,
Son tour vient; on la trouve. Elle croit que ses ailes
La sauront garantir à toute extrémité;

Mais la pauvrette & avait compté
Sans l'autour aux serres cruelles.

LA FONTAINE.

50. Le lion et le rat.
Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
De cette vérité deux fables feront foi 10;

Tant la chose en preuves abonde.

Entre les pattes d'un lion,
Un rat sortit de terre assez à l'étourdie 11.

1. Une meule. Une troupe de chiens dressés pour la chasse ; d'où ameuler, réunir en meute, rassembler, exciter.

2. Son fort. Retraite abritée où les animaux tels que le cerf, le lièvre, le sanglier se réfugient pour se garantir des chasseurs et des chiens.

3. Met les chiens en défaul. Les trompe, leur fait perdre ses traces, les détourne de la voie.

4. Blisaut, Rustant, Miraul. Noms de chiens,

5. Se trahit par les espriis, par les émanations odorantes, par les vapeurs, les bueurs de son corps échauffé.

6. Ayant philosophé. Ayant réfléchi et raisonné.
7. D'éire si vile! Vite, employé comme adjectif. Rapide, bon coureur.
8. Pauvrette. Diininutif de pauvre.

9. L'autour aux serres cruelles. Autour, vartor, oiseau de proie. Par le nom de serres on désigne les griffes puissantes de l'aigle et des viseaux de proie.

10. Feroni foi. Fourniront la preuve.
11. A l'élourdie. Assez étourdinent. Remarquer ce tour.

Le roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.

Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un aurait-il jamais cru

Qu'un lion d'un rat eût affaire ??
Cependant il advint qu'au sortir des forêts

Ce lion fut pris dans des rets”,
Dont ses rugissements ne le purent défaire
Sire rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage :.

Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.

LA FONTAINE,

[blocks in formation]

Là, du monde naissant vous suivez les vestiges ,
Et vous errez sans cesse au milieu des prodiges.
Dieu parle : l'homme naît; après un court somineil
Sa modeste compagne enchante son réveil.
Déjà fuit son bonheur avec son innocence;
Le premier juste expire 6. O terreur ! ð vengeance !
Un déluge engloutit le monde criminel.
Seule, et se confiant à l'ail de l'Éternel,
L'arche domine en paix les flots du gouffre immense,
Et d'un monde nouveau conserve l'espérance.
Patriarches fameux, chefs du peuple chéri,
Abraham et Jacob, mon regard attendri
Se plaît à s'égarer sous vos paisibles tentes.
L'Orient montre encor vos traces éclatantes,
Et garde de vos mæurs la simple majesté.
An tombeau de Rachel ? je m'arrète attristé,

1. Eút affaire d'un rat, pour a pût avoir affaire arcc un rat, avoir besoin de lui.. 2. Dis rels. Gros filets pour prendre les grands animaux.

3. Une maille rongée emporla tout l'ouvrage. Les rets sont formiés de mailles nuuées ensemble ; la rupture d'une seule fait détacher les voisines. Tout l'ouvrage, pour « tout le filet. »

4. Remarquer le bon effet de la suppression des articles dans ces deux vers. 5. Les restiges. Les traces. 6. Le premier juste. Abel assassiné par son frère.

7. Au tombeau de Rachel. Rachel, épouse de Jacob, mourut avant son mari qui lui éleva un tombeau. Elle était mère de Josepli et de Benjamin,

Et tout à coup son fils vers l'Égypte m'appelle.
Toi qu'en vain poursuivit la haine fraternelle,
O Joseph! que de fois se couvrit de nos pleurs
La page attendrissante où vivent tes malbeurs !
Tu n'es plus. O revers ! près du Nil amenées,
Les fidèles tribus gémissent enchaînées.
Jéhovah' les protége, il finira leurs maux.
Quel est ce jeune enfant ? qui flotte sur les eaux ?
C'est lui qui des flébreux finira l'esclavage.
Fille de Pharaon 3, courez sur le rivage,
Préparez un abri, loin d'un père cruel,
A ce berceau chargé des destins d'Israël.
La mer s'ouvre 4 : Israël chante sa délivrance.
C'est sur ce haut sommet · qu'en un jour d'alliance
Descendit avec pompe, en des torrents de feu,
Le nuage tonnant qui renfermait un Dieu.
Dirai-je la colonne 6 et lumineuse et sombre,
Et le désert témoin de merveilles sans nombre ?
Aux murs de Gabaon le soleil arrêté ?,
Ruth, Samson, Débora, la fille de Jephté
Qui s'apprête à la mort, et, parmi ses compagnes,
Vierge encor, va deux mois pleurer sur les montagnes ?
Mais les Juifs aveuglés veulent changer leurs lois;
Le ciel, pour les punir, leur accorde des rois.
Saül règne; il n'est plus : un berger & le remplace;
L'espoir des nations doit sortir de sa race.
Le plus vaillant des rois du plus sage ' est suivi.
Accourez, accourez, descendants de Lévi,
Et du temple éternel venez marquer l'enceinte.
Cependant dix tribus ont fui la cité sainte 10
Je renverse en passant les autels des faux dieux,
Je suis le char d'Élie emporté dans les cieux

Tobie et Raguël m'invitent à leur table. 1. Jéhovah. Nom donné à Dieu par les Hébreux. 2. Ce jeune enfant. Moïse exposé dans un berceau sur le Nil. 3. Pharaon. Nom donné aux rois d'Égypte. 4. Passage de la mer Rouge par les Hébreux, 5. Le sommet du mont Sinaï sur lequel Dieu donna sa loi à Muise. 6. La colonne de nuées et de feu qui conduisait les Israélites dans le désert. 7. Arrélé, par le commandement de Josué, Gabaon. Ville de Palestine. 8. Un berger. David, vainqueur de Goliath. 9. Salomon, fils et successeur de David, constructeur du temple de Jérusalein. 10. Schisme des dix tribus sous Jeroboam, fils de Salomon, et adoration des faux

dieux,

J'entends ces hommes saints, dont la voix redontable'
Ainsi que le passé racontait l'avenir.
Je vois, au jour marqué, les empires finir.
Sidon , reine des eaux, tu n'es donc plus que cendre!
Vers l'Euphrate étonné quels cris se font entendre ?
Toi qui pleurais, assis près d'un fleuve étranger •,
Console-toi, Juda, tes destins vont changer.
Regarde cette main vengeresse du crime,
Qui désigne à la mort le tyran qui t'opprime
Bientôt Jérusalem reverra ses enfants ;
Esdras, et Machabée, et ses fils triomphants,
Raniment de Sion la lumière obscurcie 5.
Ma course enfin s'arrête au berceau du Messie.

[blocks in formation]

no

Un jour Abraham se reposait sur la porte de sa tente dans la vallée de Mambré 6 ; c'était au milieu de la journée, la chaleur était grande. Tout à coup Dieu lui apparut, et en levant les yeux, il aperçut trois jeunes hommes qui étaient debout près de lui. Il courut à leur rencontre et se prosterna devant eux en disant : « Seigneurs, si votre serviteur a trouvé grâce devant vous, passez pas devant sa tente ? sans vous y reposer. J'irai chercher de l'eau : lavez vos pieds et reposez-vous sous cet arbre. Je vous offrirai du pain pour réparer vos forces et vous continuerez après votre route. » Les anges répondirent : « Qu'il soit fait comme vous le dites. »

Abraham rentra à la hâte dans sa tente. « Dépêchez-vous, dit-il à Sara ®, de pétrir trois pains de farine de pur froment, et de les faire cuire sous la cendre. » Puis il courut lui-même à son troupeau. Il en rapporta un veau bien tendre et bien gras qu'il donna

1. Les prophètes.
2. Sidon. Ville de Phénicie sur les bords de la mer Méditerranée.
3. La captivité de Babylone.
4. Balthazar, dernier roi d'Assyrie.

5. De Sion la lumière obscurcie, pour « rendent quelque éclat à Sion, » c'est-& dire à Jérusalem dont Sion était la forteresse.

6. De Mambré. Vallée de la Mésopotamie, contrée asiatique entre les fleuves du Tigre et de l'Euphrate.

7. Sa tente. Les patriarches vivaient sous des tentes qu'ils transportaient avec eux dans les divers pays où ils conduisaient leurs troupeaux. Les peuples nomades ou voyageurs de l'Asie et de l'Afrique vivent encore ainsi.

8. Sara. Épouse d'Abraham.

« PreviousContinue »