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SCÈNE VIII. Mérope, Egrsthe, Isménie, Narbas, Euryclès, peuple Eur. Ah! montrez-vous, madame, à la ville calmée. Du retour de son roi la nouvelle semée, Volant de bouche en bouche, a changé les esprits. Nos amis ont parlé; les cæurs sont attendris: Le peuple impatient verse des pleurs de joie ; Il adore le roi que le ciel lui renvoie, Il bénit votre fils, il bénit votre amour; Il consacre à jamais ce redoutable jour. Chacun veut contempler son auguste visage ; On veut revoir Narbas: on veut vous rendre hommage. Le nom de Polyphonte est partout abhorré; Celui de votre fils, le vôtre est adoré. Ô roi ! venez jouir du prix de la victoire ; Ce prix est notre amour; il vaut mieux que la gloire.

Egis. Elle n'est point à moi; cette gloire est aux dieux Ainsi

que le bonheur, la vertu nous vient d'eux; Allons monter au trône, en y plaçant ma mère; Et vous, mon cher Narbas, soyez toujours mon pèro.

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ATHALIE,

TRAGÉDIE EN CINQ ACTES

PAR RACINE.

(Jgav RACINE, naquit à la Ferté-Milon en 1639 La douceur l'élé. ganco, V:10 délicieuse harmonie et une connaissance profonde du cœur humain, sont les principaux traits qui le caractérisent. Son style est d'une puroté qui fera toujours le désespoir de tous ceux qui écrivent. Presque toutes ses pièces sont des chefs-d'æuvre, et son Athalie, la plus parfaite de toutus, offre les plus brillantes images, ornées de tout ce que la poésie a de plas gracieux et de plus sublime. Il mourut à Paris en 1699 1

PERSONNAGES. Joas, roi de Juda, fils d'Ochosias. MATHAN, prêtre apostat, sacrificateur ATHALIE, veuve de Joram, aïeul de Joas. de Baal. JOAD, autrement Joiada, grand-prêtre. NABAL, confident de Mathan. ZACHARIE, fils de Joad et de Josabet. AGAR, femme de la suite d'Athalie. SALOMITH, sæur de Zacharie.

TROUPE de prêtres et de lévites. ABNER, l'un des principaux officiers des SUITE d'Athalie. rois de Juda.

LA NOURRICE de Joas. AZARIAS, ISMAEL, et les TROIS AUTRES Cueur de jeunes filles de la tribu de

CHEFS des prêtres et des lévites. Lévi. La scène est dans le temple de Jérusalem, dans un vestibule de l'apparte.nent

du grand-prêtre.

ACTE PREMIER.

SCÈNE PREMIÈRE.

Joad, Abner.
Abner. Oui, je viens dans son temple adorer l'Éterne'
Je viens, selon l'usage antique et solennel,
Célébrer avec vous la fameuse journée
Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée.
Que les temps sont changés ! Sitôt que de ce jour
La trompette sacrée annonçait le retour,
Du temple, orné partout de festons magnifiques,
Le peuple saint en foule inondait les portiques ;

Et tous, devant l'autel avec ordre introduits,
De leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux fruits
Au Dieu de l'univers consacraient ces prémices :
Les prêtres ne pouvaient suffire aux sacrifices.
L'audace d'une femme, arrêtant ce concours,
En des jours ténébreux a changé ces beaux jours.
D'adorateurs zélés à peine un petit nombre
Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre:
Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal;
Ou même s'empressant aux autels de Baal,
Se fait initier à ses honteux mystères,
Et blasphème le nom qu’ont invoqué leurs pères.
Je tremble qu'Athalie, à ne vous rien cacher,
Vous-même de l'autel vous faisant arracher,
N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes,
Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.

Joad. D'où vous vient aujourd'hui ce noir pressentimem !

Abn. Pensez-vous être saint et juste impunément ? Dès long-temps elle hait cette fermeté rare Qui rehausse en Joad l'éclat de la tiare: Dès long-temps votre amour pour la religion Est traité de révolte et de sédition. Du mérite éclatant cette reine jalouse Hait surtout Josabet votre fidèle épouse : Si du grand-prêtre Aaron Joad est successeur, De notre dernier roi Josabet est la seur. Mathan d'ailleurs, Mathan, ce prêtre sacrilége, Plus méchant qu'Athalie, à toute heure l'assiége; Mathan, de nos autels infâme déserteur, Et de toute vertu zélé persécuteur. C'est peu que, le front ceint d'une mttre étrangère, Ce lévite à Baal prête son ministère; Ce temple l'importune, et son impiété Voudrait anéantir le Dieu qu'il a quitté. Pour vous perdre il n'est point de ressorts qu'il n'invence. Quelquefois il vous plaint, souvent même il vous vante; Il affecte pour vous une fausse douceur; Et, par là de son fiel colorant la noirceur, Tantôt à cette reine il vous peint redoutable; Tantôt, voyant pour l'or sa soif insatiable, Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connaissez Vous cachez des trésors par David amassés. Enfin, depuis deux jours la superbe Athalie Dans un sombre chagrin parait ensevelie.

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Je l'observais hier, et je voyais ses yeux
Lancer sur le lieu saint des regards furieux :
Comme si, dans le fond de ce vaste édifice,
Dieu cachait un vengeur armé pour son supplice.
Croyez-moi, plus j'y pense, et moins je puis douter
Que sur vous son courroux ne soit près d'éclater,
Et que de Jésabel la fille sanguinaire
Ne vienne attaquer Dieu jusqu'en son sanctuaire.

Joad. Celui qui met un frein à la fureur des flots
Sait aussi des méchants arrêter les complots.
Soumis avec respect à sa volonté sainte,
Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte.
Cependant je rends grâce au zèle officieux
Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir les yeux.
Je vois que l'injustice en secret vous irrite,
Que vous avez encor le cœur israélite.
Le ciel en soit béni! Mais ce secret courroux,
Cette oisive vertu, vous en contentez-vous ?
La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincère ?
Huit ans déjà passés, une impie étrangère
Du sceptre de David usurpe tous les droits,
Se baigne impunément dans le sang de nos rois,
Des enfants de son fils détestable homicide,
Et même contre Dieu lève son bras perfide;
Et vous, l'un des soutiens de ce tremblant état,
Vous, nourri dans les camps du saint roi Josaphat,
Qui sous son fils Joram commandiez nos armées,
Qui rassurâtes seul nos villes alarmées
Lorsque d’Ochosias le trépas imprévu
Dispersa tout son camp à l'aspect de Jéhu ;
Je crains Dieu, dites-vous, sa vérité me touche !
Voici comme ce Dieu vous répond par ma bouche:
“Du zèle de ma loi que sert de vous parer ?
Par de stériles veux pensez-vous m'honorer ?
Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices ?
Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses?
Le sang de vos rois crie, et n'est point écouté.
Rompez, rompez tout pacte avec l'impiété ;
Du milieu de mon peuple exterminez le crime:
Et vous viendrez alors m'immoler vos victimes.”

Abn. Hé! que puis-je au milieu de ce peuple abattu ?

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* Rien de plus sublime que ces quatre vers, empreints des sentiments regieux de l'auteur.

Benjamin est sans force, et Juda sans vertu.
Le jour qui de leurs rois vit éteindre la race
Éteignit tout le feu de leur antique audace.
Dieu même, disent-ils, s'est retiré de nous :
De l'honneur des Hébreux autrefois si jaloux,
Il voit sans intérêt leur grandeur terrassée ;
Et sa miséricorde à la fin s'est lassée.
On ne voit plus pour nous ses redoutables mains
De merveilles sans nombre en rayer les humains :
L'arche sainte est muette, et ne rend plus d'oracles.

Joad. Et quel temps fut jamais si fertile en miracles ?
Quand Dieu par plus d'effets montra-t-il son pouvoir ?
Auras-tu donc toujours des yeux pour ne point voir,
Peuple ingrat ? quoi! toujours les plus grandes merveilles
Sans ébranler ton cæur frapperont tes oreilles ?
Faut-il, Abner, faut-il vous rappeler le cours
Des prodiges fameux accomplis en nos jours :
Des tyrans d'Israël les célèbres disgrâces,
Et Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces ;
L'impie Achab détruit, et de son sang trempé
Le champ que par le meurtre il avait usurpé,
Près de ce champ fatal Jézabel immolée;
Sous les pieds des chevaux cette reine foulée ;
Dans son sang inhumain les chiens désaltérés,
Et de son corps hideux les membres déchirés ;
Des prophètes menteurs la troupe confondue,
Et la flamme du ciel sur l'autel descendue;
Élie aux éléments parlant en souverain,
Les cieux par lui fermés et devenus d'airain,
Et la terre trois ans sans pluie et sans rosée;
Les morts se ranimant à la voix d'Élisée ?
Reconnaissez, Abner, à ces traits éclatans,
Un Dieu tel aujourd'hui qu'il fut dans tous les ternps.
Il sait, quand il lui plaît, faire éclater sa gloire ;
Et son peuple est toujours présent à sa mémoire.

Abn. Mais où sont ces honneurs à David tant promis, Et prédits même encore à Salomon son fils ? Hélas ! nous espérions que de leur race heureuse Devait sortir de rois une suite nombreuse; Que sur toute tribu, sur toute nation, L'un d'eux établirait sa domination, Ferait cesser partout la discorde et la guerre, Et verrait à ses pieds tous les rois de la terre.

Joad. Aux promesses du ciel pourquoi renoncez-vous !

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