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Dam., (d'un air embarrasse.)
Mon oncle...

Bal. Eh bien ?
Dam.

Je suis...
Franc.

Quoi ? Dam.

L'humble adorateur Des grâces, de l'esprit, des vertus de Lucile; Mais de tant de bontés l'excès m'est inutile. Rien ne doit l'emporter sur la foi des serments; Et j'ai pris, en un mot, d'autres engagements.

Franc. Ha!

Bal., (à Franc.) Le voilà cet homme au-dessus du vulgaire, Dont vous vantiez l'esprit et la judiciaire, Qui, tout à l'heure était un phénix, un trésor! Eh bien, de ces beaux noms le nommez-vous encor ? Va! Maudit soit l'instant où mon malheureux frère M'embarrassa d'un monstre, en devenant ton père !

SCÈNE VI.

Francaleu, Damis.
Franc. Monsieur, la poésie a ses licences ; mais
Celle-ci passe un peu les bornes que j'y mets ;
Et votre cncle, entre nous, n'a pas tort de se plaindre.

Dam. Les inclinations ne sauraient se contraindre.
Je suis fâché de voir mon oncle mécontent ;
Mais vous-même, à ma place, en auriez fait autant.
Car je vous ai surpris, louant celle que j'aime,
À la louer en homme épris plus que moi-même,
Et dont le sentiment sur le mien renchérit.

Franc. Comment ! La connaitrais-je ?
Dam.

Oui ; du moins son esprit.
Grâce à l'heureux talent dont l'orna la nature,
Il est connu partout où se lit le Mercure.
C'est là que, sous les yeux de nos lecteurs jaloux,
L'amour, entre elle et moi, forma des neuds si doux.

Franc. Quoi! ce serait... Quoi ! C'est... la muse originale Qui, de ses impromptus, tous les mois nous régale!

Dam. Je ne m'en cache plus.
Franc.

Ce bel esprit sans pair!
Dam Eh, oui !
Franc. Mériadec... De Kersic... de Quimper...

Dam. En Bretagne. Elle-même ! Il faut être équitable: Avouez maintenant; rien est-il plus sortable ?

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Franc., (éclatant de rire.) Embrassez-moi !

Dam. De quoi riez-vous donc si haut ?

Franc. Du pauvre oncle qui s'est effarouché trop tôt ;
Mais nous l'appaiserons : rien n'est gâté.
Dam.

Sans doute.
Il sortira d'erreur pour peu qu'il nous écoute.

Franc. Oh, c'est vous qui, pour peu que vous nous écoutiez Laisserez, s'il vous plaît, l'erreur où vous étiez.

Dam. Quelle erreur ? Qu'insinue un pareil verbiage ?
Franc. Que vous comptez en vain faire ce mariage.
Dam. Ah! Vous aurez beau dire !
Franc.

Et vous, beau protester
Dam. Je l'ai mis dans ma tête.
Franc.

Il faudra l'en ôter,
Dam. Parbleu non !
Franc.

Parbleu si! Parions.
Dam.

Bagatelle! Franc. La personne pourrait, par exemple, être telle.., Dam. Telle qu'il vous plaira ! Suffit qu'elle ait un nom. Franc. Mais laissez dire un mot, et vous verrez que non ! Dam. Rien ! Rien ! Franc.

Sans la chercher si loin... Dam.

J'irais à Rome Franc. Quoi faire ? Dam.

L'épouser. Je l'ai promis. Franc.

Quel homme Dam. Et, tout en vous quittant, j'y vais tout disposer.

Franc. Oh! disposez-vous donc, monsieur, à m'épouser !
À m'épouser, vous dis-je. Oui, moi! Moi! C'est moi-même,
Qui suis le bel objet de votre amour extrême.

Dam. Vous ne plaisantez point ?
Franc.

Non; mais, en vérité,
J'ai bien, à vos dépens, jusqu'ici plaisanté ;
Quand, sous le masque heureux qui vous donnait le change,'
Je vous faisais chanter des vers à ma louange.
Voilà de vos arrêts, messieurs les gens

de goût!
L'ouvrage est peu de chose, et le seul nom fait tout.
Oh çà, laissons donc là ce burlesque hyménée.
Je vous remets la foi que vous m'aviez donnée.
Ne songeons désormais qu'à vous dédommager
De la faute où ce jeu vient de vous engager.

- Donner le change, tromper.

Je vous fais perdre un oncle, et je dois vous le rendre.
Pour cela je persiste à vous nommer mon gendre.
Ma fille, en cas pareil, me vaudra bien, je croi ;
Et n'est pas un parti moins sortable que moi.
Tenez, lui pourriez-vous refuser quelque estime ?

Dam., (à part.) Ah! Lisette la suit! malheur à l'anonyme!

SCÈNE VII.
Francaleu, Damis, Lucile, Lisette.
Franc. Mignone, venez-çà ! Vous voyez, devant vous,
Celui dont j'ai fait choix pour être votre époux.
Ses talents...
Lis.

Ses talents ! c'est où je vous arrête...
Franc. Qu'on se taise !
Lis.

Apprenez...
Franc.

Ne me romps pas la tête,
Coquine! Tu crois donc que je sois à sentir
Que, tout le jour ici, tu n'as fait que mentir ?

Dam., (bas à Francaleu.)
Faites qu'elle nous laisse un moment, et pour cause.

Franc. Va-t'en.
Lis.

Q’auparavant je vous dise une chose.
Franc. Je ne veux rien entendre.
Lis.

Et moi je veux parler. Tenez, voilà l'auteur que l'on vient de siffler.

Dæm., (à Francaleu.) Maintenant, elle peut rester. Franc.

L'impertinente! Dam. A dit vrai. Lis., (bas à Lucile.) Tenez bon; je vais chercher Dorante,

(Elle sort.) SCÈNE VIII.

Francaleu, Damis, Lucile.
Franc. Elle a dit vrai!
Dam.

Très-vrai.
Franc.

La nouvelle, en ce cas, M'étonne bien un peu, mais ne me change pas. Non, je n'en rabats rien de ma première estime : Loin de là ; votre chute est si peu légitime, Fait voir tant de rivaux déchaînés contre vous, Qu'elle prouve combien vous les surpassez tous. Et ma fille n'est pas non plus si mal habile...

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Luc. Mon père...
Dam.

Permettez, belle et jeune Lucile...
Luc. Permettez-moi, monsieur, vous-même, de parler,
Mon père, il n'est plus temps de rien dissimuler,
D'un père, je le sais, l'autorité suprême
Indique ce qu'il faut qu'on haïsse ou qu'on aime;
Mais, de ce droit, jamais vous ne fûtes jaloux.
Aujourd'hui même encor, vous vouliez, disiez-vous,
Que, par mon propre choix, je me rendisse heureuse ;
Vous vous en étiez fait une loi généreuse :
Et c'est ainsi qu'un père est toujours adoré ;
Et que moins il est craint, plus il est révéré.
Vous m'avez ordonné surtout d'être sincère,
Et d'oser là-dessus m'expliquer sans mystère.
Mon devoir le veut donc, ainsi que mon repos.

Franc., (bas.) Au fait ! J'augure mal de cet avant-propos.
Luc. Parmi les jeunes gens que ce lieu-ci rassemble...
Franc. Ah! fort bien !
Luc.

Rassurez votre fille qui tremble,
Et qui n'ose qu'à peine embrasser vos genoux.
Franc. Vous penchiez pour quelqu'un ? J'en suis fâché

pour vous.
Pourquoi tardiez-vous tant à me le venir dire ?

Luc. C'est que celui vers qui ce doux penchant m'attire,
Est le seul justement que vous aviez exclus.

Franc. Quoi ! Quand j'ai mes raisons...
Luc.

Vous ne les avez plus.
Son

ceur, à mon égard, était selon le vôtre.
Vous craigniez qu'il ne fût dans les liens d'une autre;
Et jamais un soupçon ne fut si mal fondé.
Il m'adore : et de moi, près de vous secondé...
Ah! je lis mon arrêt sur votre front sévère !
Eh bien! j'ai mérité toute votre colère :
Je n'ai pas, contre moi, fait d'assez grands efforts ;
Mais est-ce donc avoir mérité mille morts ?
Car enfin c'est à quoi je serais condamnée,
S'il fallait, à tout autre, unir ma destinée.
Non, vous n'userez pas de tout votre pouvoir,
Mon père ! Accordons mieux mon cæur et mon devoir.
Arrachez-moi du monde, à qui j'étais rendue !
Hélas ! il n'a brillé qu'un instant à ma vue.
Je fermerai les yeux sur ce qu'il a d'attraits.
Puisse le ciel m'y rendre insensible à jamais !

Fran'. La sotto chose en nous que l'amour paternelle !

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Ne suis-je pas déjà prêt à pleurer comme elle?

Dam. Eh! laissez-vous aller à ce doux mouveinent,
Monsieur! ayez pitié d'elle et de son amant,
Je ne vous rejoignais, après ma lettre lue,
Que pour servir Dorante à qui Lucile est due.
Laissez-là ma fortune, et ne songez qu'à lui.

Franc. Votre ennemi mortel ! qui voulait aujourd'hui...
Dam. Souffrez que ma vengeance à cela se termine.
Franc. Mais c'est le fils d'un homme ardent à ma ruine...

Dam., (lui remettant une lettre ouverte.)
Non. Voilà qui met fin à vos inimitiés.

SCÈNE IX.
Dorante, Francaleu, Damis, Lucile, Lisette.
Dor., (se jetant aux genoux de Francaleu.)
Écoutez-moi, monsieur; ou je meurs à vos pieds,
Après avoir percé le cœur de ce perfide!
Il est temps que je rompe une silence timide.
J'adore votre fille. Arbitre de mon sort,
Vous tenez en vos mains et ma vie et ma mort.
Prononcez, et souffrez cependant que j'espère.
Un malheureux procès vous brouille avec mon père.
Mais vous fûtes amis : il m'aime tendrement;
Le procès finirait par son désistement.
Je cours donc me jeter à ses pieds, comme aux vôtres,
Faire, à vos intérêts, immoler tous les nôtres.
Vous réunir tous deux, tous deux vous émouvoir,
Ou me laisser aller à tout mon désespoir'
(à Damis.) D'une ou d'autre façon, tu n'auras pas la gloire,
Traître, de couronner la méchanceté noire
Qui croit avoir ici disposé tout pour toi,
Et qui t'a fait écrire, à Paris, contre moi.

Dam. Enfin l'on s'entendra, malgré votre colère.
J'ai véritablement écrit à votre père,
Dorante ; mais je crois avoir fait ce qu'il faut.
Monsieur tient la réponse ; et peut lire tout haut.

Franc., (lit.) Aux traits dont vous peignez la charmante Lucile
Je ne suis pas surpris de l'amour de mon fils.'
Par son médiateur, il est des mieux servis ;
Et vous plaidez sa cause en orateur habile.

· Fils, se prononce par les uns fi, par les autres, et le plus grand nom wo, tuo

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