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M. Lebreton. Pas du tout! je fais mon service.

Caroline, (à Madame Duservant.) Et vous, mademoiselle, pourquoi arrivez-vous si tard! vous mériteriez, (reconnaissant sa mère.) Ah!

Madame Duservant. Eh bien! qu'avez-vous ?
Caroline. Oh! pardon, maman, c'est la colère où j'étais...

Victor. Je vous prie de m'excuser aussi, M. Lebreton, je ne vous reconnaissais pas.

M. Lebreton. Il n'y a pas de mal. Mais où est donc passée toute votre société ?

Madame Duservant. Nous voulions vous ménager une surprise, et personne! Qu'est-ce que cela veut dire ?

Caroline. Ah! maman, nous avons été bien coupables, moi surtout. (Elle pleure.)

Victor. Oui, nous avons tous les deux bien des torts à avouer.

Madame Duservant. Expliquez-moi comment il se fait qu'au lieu de vous trouver gais et rayonnans au milieu de vos amis, nous vous revoyons délaissés et tout tristes.

Victor. C'est que nous n'avons pas suivi les bonnes recom. mandations que tu nous avais faites.

Caroline. Hélas oui! au lieu d'être doux et complaisans envers ceux que nous avions appelés pour partager nos plaisirs, nous nous sommes montrés acariâtres et impertinens, au point de les renvoyer.

Madame Duservant. Oh! que c'est mal !

M. Lebreton. Cette leçon leur profitera mieux que toutes les recommandations.

Victor. Oh! oui ; car les reproches qu'on pourrait nous faire ne sont pas plus cruels que les regrets que nous éprou. vons.

Madame Duservant. Et que comptez-vous faire ?
Caroline. Réparer nos torts.

Victor. Certainement! et j'irai demain chez tous ceux que nous avons offensés, pour les prier de nous pardonner.

Madame Duservant. Ainsi, vous sentez vivement votre faute, et vous donneriez tout au monde pour la réparer à l'in. stant.

Caroline, (avec élan.) Oh! si cela était possible!
Victor. Moi, j'en serais au comble de la joie.

Madame Duservant. Eh bien! mes chers enfans, quand on a de bonnes intentions, Dieu donne les moyens de les accom plir. (Elle s'approche de la porte du salon.) Entrez, mes amis, entrez...

SCÈNE XV.

1

Les Précédens, Charles et Adèle Grandson, les frères Durand,

les demoiselles Blinval, Marguerite, Baptiste. Madame Duservant. Venez !... Mes enfans sont mortelle. ment affligés de vous avoir offensés ; voulez-vous oublier ce qui

s'est passé ?

Tous. Oui, sans doute, bien volontiers ; nous ne leur en voulons pas.

Victor. Mes amis, que je suis enchanté !...

Caroline. C'est surtout envers vous que j'ai eu de grands torts, monsieur Charles, monsieur Félix, et toi, Adèle...

Tous. Ne pensons plus à rien.
Caroline. Êt toi, Marguerite !
Victor. Et toi, Baptiste !
Marguerite. Bah! je n'y songe plus.
Baptiste. Je n'ai pas la moindre rancune.
M. Lebreton. Ainsi, morbleu ! la paix est conclue ?
Caroline. Mais par quel miracle êtes-vous encore tous ici ?

Madame Duservant. C'est à moi de vous expliquer cela : j'ai été curieuse de voir comment vous vous conduiriez. Nous nous sommes enfermés dans le salon à côté, Lebreton et moi, et, au fur et à mesure que ta compagnie désertait, nous l'avons retenue. Cependant, j'ai laissé aller ta grande amie, mademoiselle d'Auberville, mais si tu le veux, Caro. line, nous allons la faire appeler.

Caroline. Non, maman, je ne verrai plus Mélanie, ce jour m'a désabusé sur son compte.

Victor. Et combien nous te savons gré, chère maman, d'avoir compté sur nous, et de nous avoir mis à même de nous faire pardonner par ces bons amis.

Madame Duservant. Allons, mes enfans, il n'est pas tara, continuez à vous divertir, et nous resterons avec vous pour prendre part à vos jeux.

Tous. Oh! bravo ! cette soirée sera charmante. Marguerite. Je crois qu'il sera inutile de faire de la mo. rale à mes jeunes maîtres, et de leur rappeler le proverbe :

On n'atrappe pas les mouches avec du vinaigre.

· Nous ne leur voulons pas de mal.

Au fur et à mesuro, ou, à mesuro, c'est à dire : chaque pononno qui dbpertait.

L'EXIGEANT.

· CHIVAL DOXNÉ, ON NE REGARDE POINT Å LA BRIDE.

PERSONNAGES. 1. DUMOLARD, officier retiré

PAUL LAURENCIN, frère d'André, onÉDOUARD, son fils.

fant de quatre à cinq ans. EUGÉNIE, sa fille.

FOURNIMENT, ancien soldat, domer ANDRÉ LAURENCIN, jeune homme tique. élevé par M. Dumolard.

La scène se passe à Paris, chez M. Dumolard.

Le Théâtre représente un salon ; à gauche est une porte con

duisant dans le cabinet de M. Dumolard.

SCÈNE PREMIÈRE.

Fourniment, Edouard, André. (Au lever du rideau, Edouard

et André sont assis séparément aux deux coins du salon, et sont occupés à lire.)

Fourniment, (à la cantonade, et sortant du cabinet de M. Dunolard.) Soyez sans inquiétude, mon capitaine... Tudieu ! on voit bien que c'est demain le jour des étrennes; comme vous voilà occupés... Au reste, c'est tout juste ; et c'est comme nous quand nous avions à passer la revue devant l'empereur, on se mettait sur son trente-six.'

Edouard. Eh bien ! as-tu parlé à mon père ?

Fourniment. Sans doute !... Accordé, mon jeune homine; j'ai enlevé ça d'assaut.”

Edouard. Oh! quel bonheur !

Fourniment. Oui; mais j'ai reçu mes instructions, écit faudra s'y conformer... Ainsi, nous commencerons aujourd'hui notre première leçon d'équitation. C'est un bel et no. ble amusement, et j'espère que nous ferons de vous un genti? cavalier.

'On se parait, on fesait de son mieux * J'ai obtenu tout ce que je désiraia.

Edouard. Oh! je ferai tout ce que tu me prescriras... Il y a si long-temps que j'avais ce désir.

Fourniment. Eh bien ! puisque ça vous tient tant, je vais aller seller Jenny, et nous partirons.

Edouard. Que tu es complaisant, mon cher Fourniment, et que je t'aime !

Fourniment. Pardi ! sans doute; je fais tout ce que vous voulez, et vous me cajolez. Au reste, c'est comme nous... lorsque nous allions défiler la parade, et qu'on voulait avoir quelque chose, on criait, vive l'empereur, comme des enragés.

Edouard, (en riant.) Eh bien ! vive Fourniment !

Fourniment. Tudieu! c'est la première fois qu'on me cri: ça aux oreilles... mais c'est dommage, ça ne va pas como vive l'empereur.

Edouard. C'est égal ! je te le crierai tant que tu voudras, si tu veux aller tout de suite seller Jenny.

Fourniment. Petit flatteur !... Allons, j'y vais... Et vous, monsieur André, comme vous voilà embusqué dans un coin ; est-ce que vous ne voulez pas aussi apprendre à monter å cheval ?

André. Moi, pourquoi faire ?... je n'aurai jamais de che. vaux à ma disposition.

Fourniment. Bah! qui sait ?... il faut se dégourdir un peu, et ne pas toujours avoir l'air d'un conscrit.

André, (avec humeur.) Je vous remercie de votre comparaison.

Fourniment. Il n'y a pas de quoi... Est-ce que ça vous fâche ?

André. Quand je me fâcherais... ma position ici vous autorise...

Edouard. Eh! laisse-le; tu vois bien que c'est un ours.

Fourniment. Allons ! allons ! comme vous voudrez... Pas de rancune.

Edouard. Nous allons prendre ma sæur; tu lui apprendras aussi à se tenir.

Fourniment. Eh bien ! allez la chercher, et venez me re prendre en bas.

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SCÈNE II.

André, (seul.)

Les voilà partis ; tant mieux !... Je n'ai de bonheus que quand je suis seul... Quelle triste condition ! vivre ainsi chez les autres, et comme par charité, c'est vraiment insupportable quand on a du cœur; encore, si M. Dumolard, en m'élevant avec son fils, m'avait mis sur le même pied que lui... Il le dit bien, mais ce sont de belles paroles ; et il faut que je sois tous les jours témoin des préférences qu'on a pour Édouard, tandis que moi, je suis regardé comme un mendiant... Oh! cette idée me suffoque de honte et de rage... Eugénie est la seule qui paraisse me plaindre ; ses manières sont bienveillantes. Eh bien ! cela m'aigrit encore davantage, car l'in. térêt qu'elle me montre me rappelle que j'ai besoin qu'on me plaigne ; il me fait souvenir que je n'ai ici aucun droit, aucune considération, et que je n'y suis souffert que par un sentiment de pitié.

SCÈNE III.

André, Eugénie.

ma

Eugénie. Comment, monsieur André, vous n'allez pas vous promener à cheval avec mon frère ?

Mais dépêchez-vous donc, les voilà qui sortent...

André. Merci ! merci ! mademoiselle.
Eugénie. Et pourquoi ne pas chercher à vous amuser ?
André. l'ai cru que cet amusement ne convenait pas

à position.

Eugénie. Votre position ! Pourquoi toujours parler de cela ? N'êtes-vous pas traité ici comme nous ?

André, (avec un sourire d'amertume.) Oh! pas tout à fait...

Eugénie. Ce sont de folles idées qui vous tourmentent. Est-ce que mon père ne vous regarde pas comme son troi. sième enfant ? est-ce qu'il n'a pas pour vous les mêmes soins ? et n'a-t-il pas recommandé aux domestiques d'avoir pour vous autant d'égards que si vous lui apparteniez ?

André. Sans doute ; je n'ai qu'à me louer des bontés do rotre père.

Eugénie. Dites le nôtre, p iisqu'il vous a adopté.

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