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Delmar, (à part.) C'est bien cela! charlatanisme de géné. rosité !

Rémy, (allant à Rondon.) Monsieur, je n'oublierai jamais un trait aussi généreux; vous êtes un homme d'honneur, vous êtes un galant homme.

Rondon. Monsieur, je suis un bon enfant, et voilà tout.

SCÈNE XIX. Les Précédents ; Madame de Melcourt. Madame de Melcourt. Mes amis, mon cher Rémy, recevez mes compliments, j'étais chez la femme du vice-président à attendre le résultat de l'élection académique: vous êtes nommé.

Tous. Il serait vrai!

Rémy. Je ne peux pas en revenir; car enfin je ne m'étais pas mis sur les rangs; je n'avais pas même fait de visites. Eh bien, mes amis, que vous disais-je ce matin ? Vous voyez bien que, sans intrigues, sans cabale, sans charlatanisme, on finit toujours par arriver.

Delmar. Oui, tu as raison. (A part.) Mes chevaux sont en nage. (S'essuyant le front.) Et moi, je n'en puis plus.

SCÈNE XX. Les Précédents ; John, avec un gros ballot sur les épaules.

John. Monsieur, nous sommes sur les dents ;' il y a encore deux ballots comme ceux-là en bas : c'est toute l'édition.

Delmar. Veux-tu bien te taire !

John. Il n'y manque qu'un seul exemplaire, qui a été en. levé.

Delmar. C'est bon; porte la première édition dans ma chambre: (à part) cela servira pour la seconde.

Rémy. Que veux-tu dire ? et quels sont ces livres ?

Delmar. Tu le sauras plus tard ; jouis de ton triomphe, tu le peux sans rougir, car cette fois du moins la vogue a rencontré le mérite ; mais disons, en l'honneur de la morale, que les réputations qui se font en vingt-quatre heures se détruisent de même ; et que si le hasard ou l'amitié commence les renommés, c'est le talent seul qui les soutient et qui les consolide,

· Nous sommes épuisés de fatigue.

VAUDEVILLE.

Air du vaudeville du Ménage de garpau

Germont.
Lorsque l'on vante à tout propos
Les savants et leur modestie,
La conscience des journaux,
Les travaux de l'Académie,
Les nymphes du Panorama,
Les beaux effets du magnétisme,
La clémence du grand pacha,
La morale de l'Opéra,
Encore du charlalanisme.

Rondon.
Des noces j'observe parfois
Les brillantes cérémonies,
Et je me dis, lorsque je vois
L'air content des bonnes amies,
Des parents le ton doctoral,
Et du maire le pédantisme,
De l'époux l'air sentimental,
Et... jusqu'au bouquet virginal ;
Encore du charlatanisme.

Rémy.
Celui qui fait l'indépendant,
Et qui par d'autres solicite,
Et celui qui fait l'important
Pour que l'on croie à son mérite ;
Et de ces gros banquiers, nos amis,
Qui, grâce à leur patriotisme,
A nos frais se sont enrichis,
En criant : “C'est pour mon pays."
Encore du charlatanisme.

Germont.
Pour se déguiser à grands frais,
Comme à Paris chacun travaille !
Ces chapeaux qui cachent les traits,
Ces blouses qui cachent la taille !
Et ces corsets si séduisants,
Qui feraient croire à l'optimisme'
Et ces pantalons complaisants,
Si favorables aux absents,
Encore du charlatanisme.

Delmar.
Traînant les amours sur ses pas,
Riche d'attraits et de jeunesse,
Cette mère tient dans ses bras
Son jeune fils qu'elle caresse;
Et regardant sur un sofa
Son vien époux à rhumatisme,
Elle dit : «Vois'cet enfant-là,
Comme il ressemble à son papa!"
Encore du charlatanisme.

Madame de Melcourt, (au public.)
Quand une pièce va finir,
Les auteurs viennent, d'ordinaire,
Dire: Daignez nous applaudir.”
Nous, messieurs, c'est tout le contraire :
Nous venons, mais pour signaler
La pièce à votre rigorisme ;
Nous vous prions même d'aller
Cent fois de suite la siffler..
Est-ce là du charlatanisme?

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LA SOMNAMBULE,

CCMÉDIE-VAUDEVILLE EN DEUX ACTES,

PAR E. SCRIBE.

PERSONNAGES. M. DORMEUIL.

BAPTISTE, valet de Gustave. CÉCILE, sa fille.

MARIE, femme de chambre de Cécilo FRÉDÉRIC DE Luzy.

UN NOTAIRE.
GUSTAVE DE MAULÉON.

PARENTS ET AMIS DE M. DORMEUIL
La scène se passe dans le château de M. Dormeuil

ACTE TREMIER. Le Théâtre représente un salon élégant ; des croisées au fond donnant sur un jardin ; une table à droite des spectateurs.

SCÈNE PREMIÈRE.

M. Dormeuil, Cécile, Marie. M. Dormeuil, (tenant à la main plusieurs billets d'invitation.) Enfin, voilà donc nos billets de faire part. Comme c'est écrit! comme c'est moulé! et cet hymen qui tient un flambeau! Vraiment, ce cher Grifferd, l'imprimeur du départe. ment, entend très bien le billet de mariage. Ah çà! où es! mon gendre, le capitaine ?

Marie. Votre gendre ? est-ce qu'il peut rester en place ? À chaque instant il regardait sur la route de Paris pour voir si son coureur et sa corbeille de noces n'arrivaient pas. Dans son impatience, il riait, il chantait, il m'embrassait, en me parlant de mademoiselle.

Dormeuil. Je le reconnais bien là. (4 Cécile.) Il pense toujours à toi.

Marie. Enfin, n'y pouvant plus tenir,' il m'a dit qu'il allait voir au haut de la montagne si on ne découvrait rien ; il a pris son fusil, et il est parti en chassant à travers la forêt.

Ne pouvant plus résister à ses désirs.

Dormeuil. Comment! à la chasse aujourd'hrii ?

Marie. Sans doute : c'est un monsieur si singulier que monsieur votre gendre. Dormeuil. Singulier... En quoi ?

Marie.

Air : Ces postillons.
Il n'a point d'ordre et donne à tout le monde

Dormeuil.
Bon, c'est qu'il est trop généreux.

Marie.
Rien ne l'affecte, il rit quand on le gronde.

Dormeuil.
C'est qu'il possède un caractère heureux

Marie.
Des jours entiers il se tue à la chasse.

Dormeuil.
C'est par ardeur et par activité.

Marie.
Mais sans tuer ni lièvre ni bécasse.

Dormeuil.

C'est par humanité. (Bis.)
Marie. Et, en outre, un garçon d'une raison...

Dormeuil. Sa raison, sa raison ; je n'ai jamais parlé de sa raison : mais à cela près, c'est un cavalier parfait. Ce cher Frédéric ! jeune, aimable, spirituel ; à vingt-cinq ans, capi. taine de cavalerie ! (A Cécile.) Voilà l'époux qu'il te faut, le gendre qui me convient. Il est pour toi d'une attention, et pour moi d'une complaisance... toujours de mon avis : il est vrai qu'il n'en fait qu'à sa tête ; mais c'est toujours une marque de déférence dont on doit lui savoir gré. Tiens, je t'avoue que toute ma crainte était que ce mariage ne vint à manquer; mais enfin, nous y voilà. Notre cousin le notaire vient d'arriver, et ma foi, dans une heure...

Cécile, (timidement.) Mon père !

Dormeuil. Eh bien ! hâtons-nous : toute la société attend au salon.

Marie, (bas à Cécile.) Allons, mademoiselle, du courage : c'est le moment, ou jamais.

Cécile. Mon père, je voudrais vous parler.

Dormeuil. Me parler! Ah! j'entends : dans un pareil moment on a toujours quelques petits secrets à confier. Marie, laisse-nous. (Marie sort.)

* Excepté cela.

SCÈNE II.

Dormeuil, Cécile. Dormeuil. Eh bien ! voyons, mon enfant, que veux-tu me dire ?

Cécile. Ah! mon papa, j'ai bien envie de pleurer. Dormeuil. Un jour comme celui-ci ! le jour de ton mariage !

Cécile. Eh bien ! mon papa, je crois que c'est à cause de cela.

Dormeuil. Comment, morbleu! ce n'est pas là mon inten. tion.

Air: Voilà bien ces idches mortels.
Te complaire est ma seule loi ;
Tu fais mon bonheur, ma richesse :
Je voudrais toujours voir

pour toi
Chacun partager ma tendresse.
Te chérir seul n'est rien ; je veux
Qu'au plus vite l'hymen t'engage,
Pour qu'à t'aimer nous soyons deux,

Et peut-être un jour davantage. Cécile. Oh! je sais combien vous êtes bon... Mais si cela vous est égal, tenez, je crois que j'aimerais mieux ne pas me marier.

Dormeuil. Comment, si cela m'est égal ? Lorsque les bans sont publiés, lorsque tout le monde est invité !... Voyons, Cécile, parlons un peu raison. J'ai cinquante mille livres de rente, et n'ai que toi d'enfant; je ne t'ai jamais rien refusé, je ne t'ai contrariée en rien : mais aussi tu m'avoueras que cette fois... à moins que tu n'aies quelque inclination, quelque amour...

Cécile. Moi, de l'amour! moi... Mon Dieu, dans tout ce que j'ai à vous dire, il n'y a pas un mot d’amour: mais, en revanche, il y a de la haine tant que vous en voudrez. Dormeuil

. Comment, tu hairais ce pauvre Frédéric ? Cécile. Eh non! ce n'est pas lui; je rends justice à ses tonnes qualités, à son mérite : mais il est quelqu'un dans le monde que je ne puis souffrir, que je déteste ; et je crois que c'est cette haine-là qui m'empêche d'avoir de l'amour pour un autre. Vous savez bien que d'abord vous vouliez m'unir à M. Gustave de Mauléon.

Dormeuil. Oui, j'avoue que, sous quelques rapports, je l'aurais préféré à Frédéric: avec autant d'amabilité, il avait

La loi veut, en France, que le mariage soit annoncé publiquement au moins quinze jours avant sa célébration.

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