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M. Lebreton. Espérons le contraire... Ah ça, vous refu. sez donc d'avoir l'oeil sur tout ce qui se passera, et vous abandonnez ces jeunes têtes à elles-mêmes ?

Madame Duservant. Je l'ai promis; cependant je voudrais être à même de tout voir sans me montrer.

M. Lebreton. Je le conçois... Il y aurait peut-être quelque moyen.

Madame Duservant. Voyons, cherchez...
M. Lebreton. Parbleu ! il me vient une excellente idée.
Madame Duservant. Vraiment !... dites-la moi bien vite.

M. Lebreton. Oui! ce projet aurait quelque chose de fa. quant... Ce serait de...

Madame Duservant. Silence ! on vient...

SCÈNE IV.

Les Précédens, Victor, Caroline, Marguerite. Caroline. Maman, Victor est bien insupportable, il veut retenir Marguerite, tandis que j'ai besoin d'elle pour m'habiller.

Victor. Mais il faut que Marguerite range le salon d'après mes ordres ; il est bientôt temps, car nos invités ne tarderont pas à venir.

Caroline. Arranger le salon ! tu t'entends joliment à cela : ce serait du beau ! C'est moi que ça regarde ;" je dirai à Marguerite ce qu'il faut faire pendant qu'elle m'habillera; cela ne demandera pas beaucoup de temps.

Victor. C'est le principal, n'est-ce pas, maman?

Madame Duservant. Mes enfans, cela ne me regarde pas : je vous ai laissés maîtres d'agir comme bon vous semblera pendant cette soirée, arrangez-vous, je ferai après mes observations.

Caroline. Comme je suis l'aînée, c'est à moi de commander; ainsi, Marguerite, suivez moi.

Victor. Je ne reconnais pas ton aînesse, c'est aux hommes qu'appartient la supériorité, ainsi, Marguerite, je vous or. donne de rester.

M. Lebreton, (avec malice.) À merveille! il faut avoir e sentiment de ses droits, de sa dignité ; il te manque e cure une vingtaine d'années pour faire un homme.

• À même de, en état, en po avoir.
Cola me concerne.

Mais aux âmes bien nées,

La vertu n'attend pas le nombre des années Marguerite. Avec tout ça, je reste là le bec dans l'eau.

Caroline, (lui prenant le bras.) C'est avec moi que tu dois venir.

Victor, (l'arrêtant par l'autre bras.) Je t'ai dit de rester. Marguerite. Doucement! doucement ! si

continue, ils vont m'emporter par pièces et par morceaux.

Madame Duservant, (froidement.) Je vous avertis qu'il est sept heures, et que vos invitations sont pour huit.

Caroline. Oh! mon Dieu ! mon Dieu ! quel entêtement, je ne serai jamais prête.

Victor. Le salon ne sera pas en ordre.

Madame Duservant. Passons dans mon appartement, Lebreton, et laissons les maîtres de s'arranger dans ce salon.

M. Lebreton. Je vous suis. (Ils sortent.)
Caroline. C'est vraiment insupportable!
Victor. C'est un entêtement affreux !
Caroline. Je vous conseille de parler.

Victor. Voyons, Marguerite, ne l'écoutons pas, et commençons.

Caroline, (pleurant.) Quelle indignité! Comment voulezvous que je me montre sans être habillée ?

Marguerite. Quant à moi, je ne vous obéirai à l'un ou à ’autre, que lorsque vous serez d'accord.

SCÈNE V.

Les Précédens, Baptiste.

Baptiste. Monsieur Victor, toutes vos lettres sont remises; vos amis ont promis de se rendre à votre fête, ainsi, vous ne tarderez pas à les voir.

Marguerite. Je leur conseille d'envoyer d'autres lettres pour les prier de rester chez eux, car, du train qu'ils vont...'

Victor. C'est bien, on ne te demande pas tes avis... Puisque Baptiste est là, il va rester avec moi, et je te permets d'aller avec ma seur.

Marguerite. Ce n'est pas malheureux que monsieur nous permette !...

* On me fait attendre, on m'amuse de belles parola • De la manière qu'ils vont.

Caroline. C'est pitoyable !... Comme si je n'avais pas plus d'autorité que lui.... Mais viens vite, Marguerite.

Marguerite, (à part en la suivant.) Ils ne valent pas mieux l'un que l'autre. Elles sortent.)

SCÈNE VI.

Victor, Baptiste.

Victor. Ah ça, commençons, nous autres. Voilà d'abord un guéridon qu'il faut enlever.

Baptiste. Voulez-vous le soulever de votre côté, afin de na pas rayer le parquet ?

Victor. Tiens ! je vous trouve plaisant... Je suis ici pour commander et vous pour m'obéir, et je ne suis pas fait pour vous aider.

Baptiste. Eh bien ! moi, je vous déclare que si vous prenez ces manières là avec moi, je vous enverrai promener.'

Victor. Qu'est-ce à dire ? maman ne m'a-t-elle pas remis son autorité sur vous.

Baptiste. Votre maman n'entend pas que vous soyez mal. honnête envers moi, et que je sois assujéti aux caprices d'un enfant de votre âge, vous avez avec moi un ton qu'elle même n'a jamais pris; changez de note, si vous voulez que nous nous arrangions, essayez d'être poli, et vous verrez que je ferai tout pour vous être agréable.

Victor. Allons, on va mettre des gants pour vous parler... Mais, achevons de pousser ce guéridon, car si je ne cède pas à votre idée... (Ils poussent le guéridon et Baptiste continue l'arrangement du salon.)

Baptiste. Mes idée; sont raisonnables.

Victor. Dites donc que vous abusez de ce que je suis encore jeune; mais patience, un jour, je saurai" bien me faire servir.

Baptiste. Le meilleur moyen pour cela, voyez-vous, c'est de se faire aimer.

Victor. Ah! monsieur Baptiste qui fait des sentences ; mais avec toute votre belle morale, nous n'avançons pas, vous êtes d'une lenteur... (Il regarde à la pendule.) Mon Dieu, sept heures trois quarts ! dépêchez-vous donc !

Nous autres, vous autres, expression familière, ironijos. * Je vous laisserai là

Baptiste. Parbleu! vous qui vous gobergez là,' que no mettez-vous pas un peu la main à la pâte ?au lieu de per. dre votre temps à parler pour ne rien dire, si vous allumiez les bougies, par exemple.

Victor. Est-ce que j'ai des ordres à recevoir de vous, en. core une fois ? En vérité, il est bien ridicule de payer des gens et d'être obligé de faire leur besogne.

Baptiste. Vous seriez déshonoré, sans doute ? J'ai vu que votre père n'y regardait pas de si près,' lorsqu'il était ici, et que nous avions un moment de presse.

Victor. Taisez-vous, vous n'êtes qu'un bavard.

SCÈNE VII.

Les Précédens, Marguerite. Marguerite, (arrivant en colère. A la cantonade en entrant.) Non! mademoiselle, il y a assez long-temps que je souffre vos impertinences; vous achèverez de vous habiller comme vous l'entendrez... c'est impatientant, à la fin.

Baptiste. Ma foi, monsieur, je vous en dis autant.
Victor. Comment !

Baptiste. Oui, je m'en vais... Je ne conçois pas que madanie nous contraigne d'endurer les sottises de deux enfans: j'aimerais mieux quitter la maison.

Marguerite. Et moi aussi... Venez, Baptiste, laissons-les (Ils sortent.)

SCÈNE VIII.

Victor, et ensuite Caroline. Victor. Ils s'en vont ! et voilà l'heure où l'on va venir; je suis d'une colère !... allons trouver maman.

Caroline, (elle trent une ceinture à sa main.) Marguerite! Marguerite ! mais venez donc, ne me laissez pas ainsi : c'est abominable... Où est-elle donc ?

Victor. Elle est partie avec Baptiste.

Caroline. Il faut que je la fasse chasser de la maison ; c'est un trait indigne qu'elle me fait.

* So goberger, prendre ses aises. Mettre la main à la pate, aider à une besogno. Y regarder de près, être très scrupuleux.

Victor. J'en demanderai autant pour Baptiste, qui laisse ce salon à moitié rangé.

Caroline. Et voilà huit heures ! quel dépit! Tiens, fais. moi le plaisir d'agrafer ma robe ; je mettrai bien ma cein. ture.

Victor. Ma foi non ! c'est toi qui est la cause de tout cet embarras.

Caroline. C'est plutôt toi, avec ta mauvaise tête... Mais, mon Dieu, voilà qu'on arrive... quelle contrariété !...

SCÈNE IX.

Les Précédens, Charles et Adèle Grandson. Charles. Bonsoir, mes bons amis... nous sommes exacts, j'espère.

Adèle. Veux-tu m'embrasser, Caroline ? Mais qu'avezvous donc ? je vous trouve l'air contrarié.

Victor. Pardi ! vous voyez que rien n'est en ordre ici, nos impertinens de domestiques nous ont laissés-là.

Caroline. Et moi, ma bonne m'a habillée à moitié.

Adèle. N'est-ce que cela ? mon Dieu, tu vas être prête en un clin d'œil. (Elle arrange Caroline.)

Charles. Voyons, que faut-il faire pour mettre en ordre ce salon ? À nous deux, Victor, nous allons avoir fait en une minute.

Victor. C'est toujours fort contrariant, quand on a des valets pour cela. Adele

. Bah! c'est un petit malheur; voilà Caroline toute parée, nous allons vous aider.

Victor. Poussons d'abord cette grande table dans un coin, pour qu'elle ne gêne pas.

Charles. À nous deux ! (Ils enlèvent la table.)

Victor. Pas si vite, donc! Que tu-es butor! tu me fais passer la roulette sur le pied.

Charles. Que tu es poli, toi, c'est sans intention, sans doute.
Victor. Voyons, allumons les bougies.
Adèle. Où faut-il poser les candelabres ?
Caroline. Sur la console.
Adele. Bien!

Caroline. Mais, ma chère, vous n'avez pas de goût; vous voyez bien que les ornemens doivent être en dehors.

* Mal-adroit, stupide.

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