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bibliographique qui renferment des nouvelles susceptibles d'intéresser nos lecteurs. Plus de cinquante collaborateurs (1) ont inscrit leurs noms dans la Revue, dont les trois années accomplies ne comptent pas moins de cent articles importants de rédaction accompagnés quelquefois de planches ou de vignettes, plus de soixante curieux documents inédits soigneusement annotés, trente pièces de poésie, une centaine de nécrologies, le compte rendu de nombreux ouvrages et des séances des sociétés savantes de la Bretagne, du Poitou et de l'Anjou, le relevé des publications se rattachant à ces trois provinces, enfin une foule d'autres faits qui concernent les sciences, les lettres et les arts.

Cette énumération prouve que nos efforts et nos sacrifices n'ont pas été vains. Nous chercherons, par le haut intérêt et la variété des documents que nous allons publier, à nous montrer digne de la faveur dont nous honore le conseil général de la Loire-Inférieure, qui, grâce à la constante initiative de Monsieur Henri Chevreau, préfet du département, vient, pour la quatrième fois, d'encourager la Revue par une souscription à vingt exemplaires. Qu'ils reçoivent ici, avec tous les amis des lettres, des sciences et des arts qui nous donnent tant de preuves de sympathie, l'expression de notre plus vive reconnaissance pour un témoignage si flatteur. Huit bibliothèques publiques (?), plusieurs académies et cercles littéraires, les premiers fonctionnaires de nos contrées, se joignent à nos anciens abonnés pour assurer l'existence d'une publication qui finira, nous en avons l'espoir, par marquer à notre époque le mouvement intellectuel de l'Ouest.

Armand GUÉRAUD, Correspondant du Ministère de l'Instruction publique pour les travaux

historiques, de la Société impériale des Anliquaires de France, etc.

Nantes, septembre 1856.

(1) MM. Anizon, Anjubault, comte d'Audisfret, Bizeul, A. de la Borderie, du Chatellier, Colombel, de Cornulier-Lucinière, Delabigne-Villeneuve, Dugast-Matifeux, Fillon, du Fougeroux, l'abbé Fournier, Gautier, Alfred Giraud, Bug. de la Gournerie, L. Grégoire, Émile Grimaud, Hudel, Huette ainė, Firmin Joussemet, Laennec, l'abbé Lamontagne, Le Jean, Levot, Lidener, Ch-L. Livet, Le Meder, Malherbe, Marchegay, Ernest Martial, Martineau, baron de Moncuit, M'le Élisa Morin, Parenteau, Phelippes-Beaulieux, Poeyd'Avant, Pouhaer, Ramet, Redet, colonel de Rozières, de Rostaing de Rivas, Saulnier, de Soland, de Saint-Georges, comte de Saint-Jean, comte 0. de Sesmaisons, de Sourdeval, E. Talbot, Texier, Vapdier, baron de Wismes et plusieurs anonymes.

(2) Nantes, Rennes, Brest, Napoléon-Vendée, Fontenay, Angers, Niort, Poitiers. Deux autres villes nous promettent leur abonnement.

LE

COMMERCE HONORABLE

ET SON AUTEUR ,

SUIVI DES ÉDITS D'ÉTABLISSEMENT

DE LA COMPAGNIE DE COMMERCE DU MORBIHAN,

EN 1626.

Le trident de Neptune est le sceptre du monde.

(LBMIERRE.)

Vers le milieu du XVII° siècle, parut à Nantes, sous le voile de l'anonyme, un livre curieux, important et fort rare aujourd'bui, intitulé : Le Commerce honorable ou Considerations politiques, contenant les motifs d'honneur et de profit qui se treuvent (sic) & former des compagnies de personnes de toutes conditions pour l'entretien du négoce de mer en France. Composé par un HABITANT de la ville de Nantes. In-4° de 361 pages, non compris le titre, l'épitre dedicatoire au maréchal de la Meilleraye, l'avertissement au lecteur et la table des matières. A Nantes, par Guillaume Le Monnier, imprimeur du roi, demeurant en la Grand Rue, à l'enseigne du petit Jésus. MDCXXXXVI. Avec privilége du roy. Seconde édition en 1651, d'après la Bibliotheca carmelitana, suivie par Barbier; mais, sans l'avoir vue, nous sommes convaincu que c'est purement une rubrique de librairie, et qu'elle ne diffère que sur le titre de celle soi-disant de 1646.

En effet, quoique l'ouvrage porte cette date, on lit cependant à la fin : « Achevé d'imprimer le 23 mars 1647, pour la première fois ; » et le privilége du roi est du 21 février précédent ; de sorte qu'il ne parut réellement qu'à celle époque : nouvelle preuve qu'il ne faut

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pas toujours s'en rapporter au frontispice. C'est évidemment la même édition qui a été à la fois antidatée sur le titre, peut-etre pour le besoin de la cause, et postdatée ensuite par raison mercantile. Aussi l'abbé Travers la mentionne-t-il, sous l'année même de sa publication (1), en ces termes, beaucoup trop vagues toutefois : « Un

livre, dont l'auteur était sans doute quelque marchand de Nantes, « parut dans ce temps (1647) chez Le Monnier, à Nantes. Il traitait « de l'état du commerce, de son utilité, de son augmentation et de « son rétablissement. Le Bureau de ville, dont l'auteur était peut-être « membre, ordonna, le 31 mars, de le mettre aux archives et sur « l'inventaire. » (Tom. III, chap. cxi, pag. 332 de son Histoire.)

Le bon abbé était placé à un point de vue trop étroit et trop exclusivement théologique pour saisir toute la portée de cet ouvrage, qui n'est rien moins qu'une ampliation des idées du grand cardinal de Richelieu sur la marine et le commerce, digne du ministre de Louis XIII. Il a même négligé d'y puiser certains renseignements historiques de premier ordre, qui manquent dans son Histoire de Nantes. Aussi n'en parle-t-il qu'en passant, et pour mémoire, sans se préoccuper beaucoup de dégager l'auteur du mystère dont il s'était enveloppé, et sans soupçonner le moins du monde que ce pût etre un religieux, puisqu'il le prend pour quelque marchand de Nantes, peut-être membre du Bureau de ville. Janseniste rigide, croyant rigoureusement avec l'apôtre, et sans distinction, qu'il ne convient pas que ceux qui militent pour le ciel s'embarrassent des choses de la terre, il s'y était facilement trompé. Il n'y a cependant qu'une vraie manière de se désintéresser du monde, c'est de s'eutremettre officieusement de ses affaires, de ses intérêts, de travailler pour lui et non pour soi-même. Pour etre un grand serviteur de Dieu, il faut etre un grand serviteur des hommes dans l'ordre temporel. Dès lors, ce moine, qui ne traitait point du commerce pour en bénéficier et s'en former un pécule, mais pour le restaurer et doter ainsi son pays de nouvelles richesses, agissait-il en chrétien, de même que celui qui travaille prie, et ne faisait rien de contraire à sa profession. Généreux et religieux se confondent dans la même source divine.

(1) Les collaborateurs d'Expilly mettent également MDCXXXXVII; d'où il résulterait que quelques exemplaires ont porté la vraic date. Voir le Dictionnaire des Gaules et de la France, article Nantes, par Greslan et lubelot, l. V, p. 93.

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Disons, loutefois, qu'il n'existait, du temps de l'abbé Travers, qu’on bien petit nombre d'indications à l'aide desquelles il eût pu découvrir et reconnaitre le véritable auteur du Commerce honorable. La Bibliotheca carmelitana, du frère Cosme de Villiers (en religion de Saint-Étienne), n'était pas encore publiée. Les anonymes et pseudonymes n'avaient pas non plus trouvé leur OEdipe dans Barbier. Il lui était bien permis de s'abuser, puisque, de nos jours même et nonobstant ces ressources nouvelles, des bibliothécaires et des historiens de Nantes n'ont pas mieux rencontré ou plutot ont suivi ses errements. Le registre des délibérations et arrétés de l'ancienne mairie, qu'il avait consulté avec soin, ne lui avait rien appris, quoiqu'il y soil question à deux reprises de cet ouvrage, parce qu'il est, relativement à son auteur, d'une discrétion absolue. Ce n'était que dans le couvent des Carmes, de Nantes, que se conservaient une tradition et des écritures propres à le mettre sur la voie ; mais Travers, dont la persécution troubla le dernier age, n'en fut point informé. Exilé de sa ville natale en vertu de lettres de cachet, il n'y revint guère que pour mourir. Il ne pnt, d'ailleurs, connaitre le père Alesis de Sainte-Anne, qui a rédigé plus tard, sous le titre de Livre du Prieur, durant l'exercice triennal de ses fonctions, un registre historique des archives de cette communauté (), et qui n'ignorait point cette particularité, sans doute. L'auteur du Commerce honorable, religieux carme de la province de Touraine, était, en effet, prieur de cette maison, lorsqu'il fut publié en 1647. Il s'appelait patronymiquement dans le monde Jean Eon, et, en religion, Mathias de Saint-Jean. C'est le même que l'historien et le panegyriste de l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel. Breton d'origine, né à Saint-Malo sur la fin du xvio siècle, il avait fait profession, en 1618, dans l'étroite observance de Rennes, à Rennes même, où cette réforme avait pris l'initiative quelques années auparavant(?). C'était

(1) Un contemporain instruit, Vincent Dupas, recteur ou plutôt vice-gérant de la paroisse de Saint-Vincent, sur laquelle était situé le couvent des Carmes, qualifie cette euvre, qu'il avait vue, mais qui paraît aujourd'hui perdue, de monument des soins du père Alexis de Sainte-Anne, prieur de 1753 à 1756. Son nom de famille était Saliot.

(2) « C'est dans ce couvent où a commencé la réforme des Carmes, sous le nom de l'Observance de Rennes, selon le véritable esprit de leur règle, approuvée de l'Église, quand ils furent appelés, avec les autres religieux mendiants, dans les

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alors le vénérable père Philippe Thibaut, le principal restaurateur de la discipline régulière chez les Carmes de France, qui en était prieur pour la troisième fois, et y avait établi un cours de philosophie de trente jeunes religieux, tous sujets d'élite. De là, après s'etre longuement préparé par de bonnes études dans les sciences divines et humaines, et avoir exercé les fonctions de maître des novices, il avait été lui-même nommé successivement, comme prieur, dans diverses maisons de sa province, qui se composait d'environ vingtcinq couvents d'hommes, de deux hospices et de quatre monastères de filles. Le grand couvent de Carmes de la place Maubert, à Paris, et celui qu'on appelait communément les Billettes, en dépendaient. Outre son mérite personnel, la protection du commissaire général de l'ordre du Mont-Carmel, Antoine de la Porte, issu d'une branche collatérale de la famille du maréchal de la Meilleraye, parente du cardinal de Richelieu, avait aussi contribué à lui ménager ces différents postes (1). Il passa en celle qualité, notamment à Paris, en 1636, puis à Nantes, où il devint, comme un autre père Joseph dans une sphère moins haute, l'ami et le conseil du maréchal, qui en était gouverneur et commandait, pour le roi, dans la province de Bretagne.

villes pour le service des fidèles. Cette réforme commença vers l'an 1600, et a été reçue dans plusieurs autres provinces, tant dedans que dehors du royaume. » (Le père ToussAINT DE SAINT-Luc, Mémoires sur l'état du clergé et de la noblesse de Bretagne, fre part., pag. 100; Paris, Prignard, 1691, in-89.)

Voir sur cette réforme, entreprise au commencement du xvire siècle par le père Pierre Bouhourt , et consolidée par le père Philippe Thibaut, l'Histoire des Ordres monastiques, etc., du père Hélyot, t. I, p. 334, édit. de 1714-19; l'Idée véritable d'un supérieur religieux, formé sur la vie et la conduite de Ph. Thibaut, réformateur, en France, de l'ordre des Carmes , par Hugues de Saint-François, religieux carme de la province de Touraine : Angers, 1663, in-40 (cet auteur, mort en 1668, a été successivement prieur des Carmes de Pontl'Abbé, de Sainte-Anne près Auray et de Nantes); Vie du même, de Sainte-Scholastique, du même ordre : Paris, Sébastien Cramoisy, 1673, in-12 (ce dernier était prieur des Carmes de Nantes en 1667); – enfin, Notice sur le même, dans les Vies des Saints de Bretagne, par dom Lobineau, pag. 379 à 4001 : Rennes, 1725, in-fol.

Les règlements de cette étroite observance ou réforme ont été imprimés sous le titre de Regula et constitutiones Carmelitarum, strictioris observantiæ, cum auctario rerum ad provinciam Turoniam spectantium, in-40. On les appelait les louables coutumes du couvent de Rennes.

(1) Bibliotheca carmelitana, etc., t. II, art. cxvi, p. 414.

par Lezin

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