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Plus heureuse, je le couronne
En présence de Belle et Bonne,
Aux yeux de la postérité.

A ces noms le marbre s'anime
Du feu du génie enflammé :
De Voltaire l'ombre sublime
Revoit ce qu'il a tant aimé !...
Non, sa cendre n'est point éteinte;
Il respire dans cette enceinte:
Voltaire est présent en ces lieux....
Et, fidèles à sa mémoire,
L'Amour, la Liberté, la Gloire,
Le montrent vivant à nos yeux.

Une société brillante, au milieu de laquelle se trouvaient réunis tous les genres de distinctions, embellissait cette fête philosophique, dont les arts ont aug. menté le charme et l'intérêt.

Madame de Villette, qui présidait la loge, a réuni tous les suffrages, par la grace et l'amabilité de l'accueil qu'elle a fait à tous les admirateurs du grand homme dont elle se glorifie d'avoir été aimée comme une fille adoptive.

Madame la marquise de Villette est morte le 14 novembre 1822, en son hôtel, rue de Vaugirard, à Paris, ágée de soixante-quatre

ans.

EXTRAIT

DU JOURNAL LE MIROIR.

( 24 OCTOBRE 1822.)

On a tout dit sur ce grand homme; seulement n'at-on peut-être pas assez fait remarquer la prépondérance qu'il a, plus que tout autre écrivain, donnée à la langue et à la littérature française en Europe, autant par la nature des sujets qu'il a traités, que par le charme de pureté, d'élégance, de bon sens, de simplicité surtout, dont il les a embellis. Les écrits de Voltaire ont plus contribué que les conquêtes mêmes qui nous ont rendus un moment les maîtres du monde, à familiariser les peuples étrangers avec l'idiome français. C'est de lui que date l'adoption de cet idiome dans le langage diplomatique et dans celui des cours; c'est à Voltaire principalement que nous devons de pouvoir parcourir aujourd'hui les diverses contrées de l'Europe avec l'ignorance la plus absolue des langues qu'on y parle. Peut-être aussi est-ce à cette facilité, fâcheuse à quelques égards , qu'il faut attribuer l'omission presque complète de l'étude des langues étrangères dans les divers systèmes d'instruction qui se sont succédé depuis vingt-cinq ans. Quoi qu'il en soit, tout l'honneur de la suprématie littéraire que nous exerçons aujourd'hui doit être rapporté au seul auteur de Candide, de l'Ingénu , de la Princesse de Babylone , et de Zadig. C'est à dessein que je cite ici ces opuscules de Vol

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taire, avant ses compositions poétiques les plus distinguées, parceque mon expérience et mes observations personnelles m'ont appris que les romans ingé. nieux dont je viens de rappeler les titres sont de tous les chefs-d'œuvre de ce grand homme ceux qui en Al lemagne surtout comptent le plus de lecteurs, et qui ont le plus concouru à généraliser l'usage de la langue dans laquelle ils sont écrits.

Le célèbre Goëthe, que tant d'ouvrages recommandent à l'estime de l'Europe, s'est placé à la tête des admirateurs de Voltaire: l'hommage de cette admiration, déposé dans tous ses écrits, respire plus vivement encore dans celui qui vient de nous être communiqué, et dont MM. de Saur et de Saint-Geniés vont publier la traduction. C'est de cette traduction, manuscrite encore, que nous avons extrait le fragment qu'on va lire:

Lorsqu'une famille s'est fait remarquer durant quelques générations par des mérites et des succès divers, elle finit souvent par produire, dans le nom« bre de ses rejetons, un individu qui réunit les dé« fauts et les qualités de tous ses ancêtres, en sorte « qu'il représente à lui seul sa famille entière.

« Il en est de même des peuples célébres : la plu« part ont vu naître dans leur sein des hommes pro« fondément empreints de la physionomie nationale, « comme si la nature les eût destinés à en offrir le

modéle. Enfin, dans les diverses classes, et même « dans les rangs les plus élevés de l'ordre social, des « hommes en ont rassemblé tous les traits caractéristiques, au point d'identifier leur nom avec l'idée abssi de ces rangs et de ces classes, et d'en paraitre ime la réalité vivante.

Un a vu en France deux mémorables exemples de u ce genre de phénomène moral.

«La nature créa à l'étonnement du monde, et à la gloire de la famille des Bourbons, Louis XIV, l'homme « souverain, le type des monarques, le roi le plus vrai« ment roi qui ait jamais porté la couronne.

« Elle produisit dans Voltaire l'homme le plus émi. « nemment doué de toutes les qualités qui caracté« risent et honorent sa nation, et le chargea de repréa senter la France à l'univers....

« Après avoir fait naître ces deux hommes extraoru dinaires, les types, l'un de la majesté royale, l'autre « du génie français, la nature se reposa comme pour « mieux les faire apprécier, ou comme épuisée par « deux prodiges.

« Il faut qu'un homme possède bien des avantages « pour que l'opinion reconnaisse en lui le caractère « d'une supériorité incontestable ; c'est surtout en « France qu'un public difficile et dédaigneux n'arrête « ses regards que sur l'extraordinaire. Ce n'est pas trop, « pour conquérir ses suffrages, d'une multitude de ta« lents, d'un esprit étendu, universel, de la réunion « des qualités les plus opposées qui semblent le plus « se combattre et s'exclure. A moins de merveille, le « Français n'admire point. Mais la nature lui créa des a merveilles pour le condamner à l'admiration. Je ne « sais si nous sommes plus sensibles aux beautés litté« raires que les Français, mais nous sommes certaine« ment moins avares de louanges; il suffit que le talent « nous donne quelques plaisirs pour être l'objet de nos

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a hommages; même ce qu'il admire, le Français ne « l'aime point, tandis que parmi nous on admire tout « ce qu'on aime.

« Profondeur, génie, imagination, goût, raison, sensibilité, philosophie, élévation, originalité, naturel,

esprit, bel esprit, bon esprit, facilité, flexibilité, jus« tesse, finesse, abondance, variété, fécondité, cha« leur, magie, charme, grace, force, coup d'ail d'aigle, « vaste entendement, riche instruction, excellent ton, « urbanité, vivacité, délicatesse, correction, pureté, clarté, élégance, harmonie, éclat, rapidité, gaieté, pathétique , sublimité, universalité, perfection en« fin...... voilà Voltaire.

« Voltaire sera toujours regardé comme le plus grand « homme en littérature des temps modernes, et peut« être même de tous les siècles; comme la création la

plus étonnante de l'auteur de la nature, création où a il s'est plu à rassembler une seule fois, dans la frêle « et périlleuse organisation humaine, toutes les vaa riétés du talent, toutes les gloires du génie, toutes « les puissances de la pensée. »

FIN DU TOME PREMIER.

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