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ÉLOGES

DE VOLTAIRE.

DES ÉDITEURS DE L'ÉDITION DE KEHL.

On a cru devoir imprimer ici ces deux Éloges, consacrés à la mémoire de Voltaire par deux de ses disciples.

L'Éloge prononcé solennellement dans l'académie de Prusse est une assez belle réparation de la tyrannie exercée à Francfort. Ce n'est pas, comme les hommes puissants sont trop tentés de le croire, que des louanges expient des injustices, et qu'ils n'aient plus rien à se reprocher lorsqu'ils ont daigné dire quelque bien de ceux qui ont été opprimés par leurs ordres. Cette contradiction coûte moins à leur amour-propre que le noble aveu d'une erreur; et nous sommes fâchés

que le roi de Prusse ne se soit pas élevé au-dessus de cette petitesse commune.

Le discours de M. de La Harpe est un monument élevé par l'admiration et par la reconnaissance. Aucun des hommes de lettres dont Voltaire a été le maître et le modèle n'a plus hérité de la justesse et de la pureté de son goût, et ne s'est montré plus digne, par ses propres ouvrages, de louer en lui l'écrivain et le poète.

Autrefois chaque auteur mettait bonnement à la tête de ses livres les éloges en vers que ses amis s'étaient hátés d'en faire d'avance; et depuis peu on a grossi les éditions de plusieurs écrivains célèbres d'un fatras de critiques, de réfutations, et d'apologies. Nous sommes loin d'approuver ces petites ruses de la vanité des auteurs et de l'avarice des éditeurs; mais il n'en est pas moins vrai que les ouvrages dont un homme célébre est l'objet sont mieux placés dans la collection de ses @uvres, lorsque le nom de leur auteur ou leur mérite réel les en rend dignes, que dans les auvres de ceux mêmes qui les ont faits. C'est un défaut dans un ouvrage

d'être plus recherché pour l'auteur que pour le sujet. Cela prouve ou que le sujet a été mal choisi,

l'auteur l'a traité avec plus de prétention que de raison ou de goût.

ou que

ÉLOGE

DE VOLTAIRE

PAR LE ROI DE PRUSSE,
FRÉDÉRIC-LE-GRAND*.

MESSIEURS,

Dans tous les siécles, surtout chez les nations les plus ingénieuses et les plus polies, les hommes d'un génie élevé et rare ont été honorés pendant leur vie, et encore plus après leur mort. On les considérait comme des phénomènes qui répandaient leur éclat sur leur patrie. Les premiers législateurs qui apprirent aux hommes à vivre en société; les premiers héros qui défendirent leurs concitoyens; les philosophes qui pénétrèrent dans les abîmes de la nature, et qui découvrirent quelques vérités ; les poétes qui transmirent les belles actions de leurs contemporains aux races fu

imes furent regardés comme des

pèce humaine. On les croyait faTorisés d'un Ation particulière de la Divinité.

des autels à Socrate, qu'Hercule

tures : tous ces

étres supérien

De là vint qu.

Beris ber

Aatzar, lu à l'académie royale des sciences

dans une assemblée publique extraordit cet objet, le 26 novembre 1778.

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