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tres à un Provincial ; lettres fameuses, dont le moindre mérite est d'avoir fixé la langue françoise, quand on songe d'ailleurs qu'elles ont préparé la ruine de cette société puissante, qui s'étayoit également de la sainteté de la religion et des passions humaines, qui s'étoit em, parée des hommes par leurs vices aussi bien que par leurs vertus ; qui , pour tout dire enfin, avoit jeté un ancre au ciel et un autre dans les enfers. Pascal, effrayé du danger qui menacoit à la fois

més non moins remarquables par leur science et par leurs vertus, tels que Nicole, Hermant, etc. Outre leur gloire personnelle, ces solitaires de PortRoyal sont devenus illustres par leur intimité avec; Pascal, et par les disciples qu'ils ont formés. On n'oubliera jamais que de cette école est sorti l'immortel Racine, digne de tels maîtres autant par ses Vertus que par son beau génie.

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( 16 ) la doctrine et les moeurs, dévoré du saint zèle de la maison de Dieu , vint au secours de ses pieux freres de PortRoyal. Il les couvrit de son éloquence, lança sur la ligue impie les traits du ridicule, et lui ouvrit une plaie profonde et mortelle; mettant à profit toutes les ressources de l'esprit humain, bonnes en elles - mêmes, et toujours légitimes quand on ne les emploie qu'au triomphe de la vérité. Et cependant, avant de descendre dans la tombe, il eut le chagrin de voir s'allumer cette cruelle

persécution, dont sa sœur, sous-prieure à Port-Royal-des-Champs, fut une des premieres victimes. Si le reproche qu'on a fait aux Jansenistes touchant leurs opi: nions politiques pouvoit être fondé, combien Pascal se trouve au-dessus même du soupçon, lui qui avoit un respect si

grand' et si solide pour la majesté du trône, qu'il disoit que la puissance royale étoit non seulement l'image de la puissance de Dieu, mais qu'elle en étoit une participation même; en sorte qu'on ne pouvoit s'y opposer sans commettre un horrible sacrilége. Mais on le sait, celui qui flatte les rois n'a jamais d'ennemis qu'ils ne soient aussi les ennemis de l'autorité, des rebelles et des séditieux.

Cependant, parmi tant d'hommes illustres, généreux défenseurs de l'antique tradition, Pascal n'étoit

pas

moins distingué par son grand caractere que par

la force et la beauté de son génie. Il joignoit à tout le reste cette inébranlable fermeté, sans laquelle les talents et les vertus même ne jettent qu’un foible éclat. Quelques signes de découragement qu'il avoit cru remarquer dans la con

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duite d'Arnaud, cette colonne de PortRoyal, lui firent prendre aussitôt la résolution de retourner à Paris pour y fixer désormais sa demeure; car il lui sembloit bien qu'il n'étoit permis qu'aux Jésuites de montrer de la condescendance dans les affaires du salut (1). C'est alors qu'il commença plus particulierement à s'occuper de son grand ouvrage sur la religion; il le méditoit sans cesse, et jetoit ses pensées, à mesure qu'elles lui venoient, sur ces petits morceaux de papier, rognures informes, qui sont devenus pour nous d'un si grand prix. Avec

(1) Pascal étoit si inflexible en matieres de doctrine, que lorsque les solitaires de Port-Royal voulurent, pour conjurer l'orage, se relâcher sur quelques points , il se brouilla avec eux, en leur disant: Vous ne sauverez point Port-Royal, et vous trahissez la vérité.

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quelle vénération, mais aussi avec quel délice j'ai ouvert le livre où sont recueillis ces précieux lambeaux ! Quelquefois, ô mélange sublime des plus hautes conceptions ! on trouve à côté d'un triangle ou d'un cercle l'éloquent aveu de la misere de l'homme; et ces belles et profondes réflexions sur la justice et la miséricorde divine, parmi des droites et des courbes. Là, tout ému encore de la présence du grand homme, saisissant, pour ainsi dire, sa pensée au moment de l'inspiration, j'ai admiré ce que l'esprit humain avoit produit de plus parfait. Cherchez au fond des tombeaux la

poussiere des rois ; contemplez la sombre majesté de leurs monuments; j'ai lu les pensées de Pascal écrites de sa main!

Nous retrouvons ici, mais plus forts et plus rapides, je dirois presque commé

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