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vie; et certes, il n'y auroit de danger pour qui que ce soit, si, d'abord appreDant à nous connoitre, nous disions comme lui, le caur a ses raisons, que la raison ne connolt point(1). Mais nous préférons rendre la science responsable de notre incrédulité volontaire, et déguiser sous une force d'esprit apparente, cette foiblesse qui fait que l'homme a peine à jeter un regard sur la terre et au ciel en même temps.

(1) Il suffiroit d'opposer aux philosophes qui prétendent que l'intention de Pascal étoit de prouver géométriquement les vérités religieuses, le passage suivant : « L'esprit a son ordre, qui est par « principes et démonstrations ; le cæur en a un a autre. On ne prouve pas qu'on doit être aimé, en a exposant d'ordre les causes de l'amour : cela se« roit ridicule. »

« Jésus-Christ et saint Paul ont bien plus suivi cet a ordre du caur, qui est celui de la charité, que « celui de l'esprit.

»

C'est un autre homme tout entier qu'il nous faut présentement admirer dans Pascal. Ne comptez pour rien, si vous le voulez, tant de découvertes qu'il a pu faire, ni la force ni la rapidité de son éloquence, ni la profondeur même de są pensée; et il se montrera assez grand encore pour vous étonner. Voici ce que peut la religion chrétienne ; élever et agrandir l'homme, alors même qu'il sembloit ne pouvoir aller au-delà. Dites, quelles vertus louerons-nous dans les philosophes , qu'il n'ait pour ainsi ennoblies ? Et parmi les chrétiens de la primitive Eglise, c'est-à-dire parmi les saints eux-mêmes, qui lui sera comparable? Oh, qu'il connut bien la vraie grandeur de l'esprit celui-là qui méprisoit de si bonne foi tous les honneurs que l'on rend au corps, qui vécut dans

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cette pauvreté volontaire, si sublime qu'elle efface en partie l'horreur même du cynisme (1)! S'il portoit un cilice armé de pointes de fer, ne pensez pas qu'il en eût besoin pour vaincre la volupté, son esprit seul avoit su en triompher; mais il vouloit troubler jusqu'au plaisir que nous goûtons dans une conversation vive et enjouée : il expioit surle-champ 'ses succès et la supériorité de

(1) Les hommes, dans tous les temps, ont formé deux grandes sectes représentées par le Cynisme, qui est l'exercice du corps en vue de l'esprit, et par l'Epicurisme, qui est l'exercice de l'esprit en vue du

corps. Le cynisme chrétien, que nos saints ont souvent porté jusqu'à la mendicité volontaire, se trouve joint à toute l'austérité des meurs dans le jansenisme, de même que l'épicurisme, à la vérité modifié, mais employant toujours l'esprit au service du corps, se retrouve dans la doctrine des Jésuites, de ces hommes qui avoient pour principe de plier l'esprit au corps, non le corps à l'esprit.

son génie. Lui seul a mis sur la même ligne les superfluités et toute espece de plaisir; mais c'est qu'il tiroit sa joie du céleste amour dont il étoit embrasé, du soin particulier qu'il prenoit des pauvres et de sa propre pauvreté. Vous l'eussiez vu au pied des autels s'approcher de son divin maître dans toute la simplicité de son cæur, pareil à ces petits enfants

que Jésus-Christ défendoit à ses disciples de repousser, parcequ'il vouloit les bénir.

Mais Pascal ne se bornoit ni aux vertus d'une vie contemplative, ni à ces exercices de piété qui ne sont en quelque sorte que la nourriture de l'ame; il connoissoit une charité beaucoup plus grande et plus sainte, celle qui veille au maintien de la foi. La religion étoit attaquée et par l'impiété qui la suit à travers les siecles comme l'ombre de sa gloire, et

par des ennemis d'autant plus dange. reux, qu'ils s'étoient formés dans son propre sein. Ce fut alors qu'il entreprit cès deux ouvrages, dont l'un, d'une né. cessité plus pressante, fut terminé d'abord autant à la gloire de l'esprit humain, qu'au profit même de la doctrine; et dont l'autre, ébauche si célebre, n'attire toute notre admiration que pour rendre nos regrets plus vifs et plus douloureux encore, Durant les longues retraites qu'il faisoit parmi les solitaires de Port-Royal (I), il composa ses Lets

(1) Ces pieux solitaires habitoient une maison contiguë à l'abbaye de Port-Royal-des-Champs, les avoit appelés la supérieure de ce monastere, Angélique Arnaud, soeur du fameux Arnaud d’Andilli et d'Antoine Arnaud, tante des deux le Maître de Saci, qui les premiers ayant quitté le monde pour cette solitude, y furent bientôt suivis d'hom,

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