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Il s'éleva toujours contre l'abus de la plaifanterie dans les difcuffions de phyfique. L'ingénieux Fontenelle en avait donné l'exemple; Pluche et Caftel en fefaient fentir l'abus. Quelque temps après, M. de Voltaire fut obligé de s'élever également contre un autre défaut plus grand peut-être, la manie d'écrire fur les sciences en profe poëtique. Cet abus eft plus dangereux. Les mauvaises plaifanteries de Caftel ou de Pluche ne peuvent qu'amufer les colléges et y perpétuer quelques préjugés l'abus de l'éloquence au contraire peut fufpendre les progrès de la philosophie.

Trois philofophes partageaient alors en Europe l'honneur d'y avoir rappelé les lumières, Descartes, Newton et Leibnitz ; et ceux qui n'avaient point approfondi les sciences plaçaient Mallebranche prefque fur la même ligne.

Descartes fut un très-grand géomètre. L'idée fi heureuse et fi vafte d'appliquer aux questions géométriques l'analyse générale des quantités changea la face des mathématiques; et cette gloire il ne la partagea avec aucun des géomètres de fon temps, qui cependant fut très-fécond en hommes doués d'un grand génie pour les mathématiques, tels que Cavalleri, Pafcal, Fermat et Wallis.

Quand même Defcartes devrait à Snellius la connaissance de la loi fondamentale de la dioptrique, ce qui n'eft rien moins que prouvé, cette découverte était reftée abfolument ftérile entre les mains de Snellius; et Defcartes en tira la théorie des lunettes : on lui doit celle des miroirs et des verres dont les furfaces feraient formées par des arcs de fections coniques. Il découvrit indépendamment de Galilée les lois générales du mouvement, et les développa mieux que lui: il fe trompa fur celles du choc des corps, mais il a imaginé le premier de les chercher ; et il a montré quels principes on devait employer dans cette recherche. On lui doit fur-tout d'avoir banni de la phyfique tout ce qui ne pouvait fe ramener à des caufes mécaniques ou calculables, et de la philofophie l'usage de l'autorité.

Newton a l'honneur unique jufqu'ici d'avoir découvert une des lois générales de la nature; et quoique les recherches de Galilée fur le mouvement uniformément accéléré, celles de Huyghens fur les forces centrales dans le cercle, et fur-tout la théorie des développées, qui permettait de confidérer les élémens des courbes comme des arcs de cercle, lui euffent ouvert le chemin, cette découverte doit

mettre fa gloire au-deffus de celle des philofophes ou des géomètres, qui même auraient eu un génie égal au fien. Képler n'avait trouvé que les lois du mouvement et des corps céleftes; et Newton trouva la loi générale de la nature dont ces règles dépendent. La découverte du calcul différentiel le place au premier rang des géomètres de fon fiècle; et ses découvertes fur la lumière, à la tête de ceux qui ont cherché dans l'expérience le moyen de connaître les lois des phénomènes.

Leibnitz a disputé à Newton la gloire d'avoir trouvé le calcul différentiel ; et en examinant les pièces de ce grand procès, on ne peut sans injustice refuser à Leibnitz au moins une égalité toute entière. Obfervons que ces deux grands hommes fe contentèrent de l'égalité, fe rendirent justice, et que la difpute qui s'élèva entre eux fut l'ouvrage du zèle de leurs difciples. Le calcul des quantités exponentielles, la méthode de différencier fous le figne, plufieurs autres découvertes trouvées dans les lettres de Leibnitz, et auxquelles il femblait attacher peu d'importance, prouvent que, comme géomètre, il ne cédait pas en génie à Newton luimême. Les idées fur la géométrie des fituations, ses effais fur le jeu de folitaire font les premiers traits d'une fcience nouvelle qui peut être

très-utile, mais qui n'a fait encore que peu de progrès, quoique de favans géomètres s'en foient occupés. Il fit peu en phyfique, quoiqu'il sût tous les faits connus de fon temps, et même toutes les opinions des phyficiens, parce qu'il ne fongea point à faire des expériences nouvelles. Il eft le premier qui ait imaginé une théorie générale de la terre, formée d'après les faits obfervés, et non d'après des dogmes de théologie; et cet effai eft fort fupérieur à tout ce que l'on a fait depuis en ce genre.

Son génie embraffa toute l'étendue des connaissances humaines ; la métaphyfique l'entraîna; il crut pouvoir affigner les principes de convenance qui avaient présidé à la conftruction de l'univers. Selon lui, DIEU, par fon effence même eft néceffité à ne point agir fans une raifon fuffifante, à conferver dans la nature la loi de continuité, à ne point produire deux êtres rigoureusement femblables, parce qu'il n'y aurait point de raison de leur existence: puifqu'il eft fouverainement bon, l'univers doit être le meilleur des univers poffibles; fouverainement fage, il règle cet univers par les lois les plus fimples. Si tous les phénomènes peuvent fe concevoir, en ne supposant que des fubftances fimples, il ne

faut pas en supposer de composées, ni par conféquent d'étendues, fufceptibles d'une divifion indéfinie. Or des êtres fimples, pourvu qu'on leur fuppofe une force active, font fufceptibles de produire tous les phénomènes de l'étendue, tous ceux que préfentent les corps en mouvement.

Quelques êtres fimples ont des idées; telles font les ames humaines; tous feront donc fufceptibles d'en avoir; mais leurs idées feront diftinctes ou confufes, felon l'ordre que ces êtres occupent dans l'univers. L'ame de Newton, l'élément d'un bloc de marbre, font des fubftances de la même nature; l'une a des idées fublimes, l'autre n'en a que de confuses.

Cet élément, placé dans un autre lieu, par la fuite des temps peut devenir une ame raifonnable. Ce n'est point en vertu de fa nature que l'ame agit fur les monades qui composent le corps, et celles-ci fur l'ame; mais, en vertu des lois éternelles, l'ame doit avoir certaines idées, les monades du corps certains mouvemens. Ces deux fuites de phénomènes peuvent être indépendantes l'une de l'autre elles le font donc, puifqu'une dépendance réelle eft inutile à l'ordre de l'univers.

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Ces idées font grandes et vaftes; on ne peut

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