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l'Italie sera fort chère à garder", d'une fidélité douteuse, et embarrassante à régir dans son intérieur. Le nombre des Italiens réunis est trop grand pour n'être pas inquiétant. Ce sera d'euxnécessairement qu'il faudra se servir pour les places de l'administration et pourles tribunaux de leur pays;

ils seront donc toujours les maîtres chez eux, et les maîtres de leurs maîtres. On voudra sû. rement leur donner une constitution particulière:elle ne fera qu'aggraver en eux le sentiment de leur état. Ils s'assembleront pour parler de leurs douleurs : il en sera des Italiens comme des Polonois. Dès. qu'il exista un duché de Varsovie, il ne fut plus question que d'indépendance. Comme c'est le premier besoin, c'est aussi le premier sujet de conversation.

A une époque où tout étoit bon contre Napoléon, l'Autriche forma

des liaisons avec le roi de Naples. Il falloit s'assurer à tout prix d'un coopérateur, et avoir un ennemi de moins. On lui garantit la possession et l'accroissement de ses états. Presque jusqu'à la fin du Congrès, il a régné un accord très apparent entre les deux cours. On peut conjecturer qu'en cela l'Autriche a plus consulté la politique que ses affections personnelles. Dans son système de domination universelle en Italie, l'Autriche a dû desirer d'éloigner de Naples et de Parme la maison royale de France. La raison paroît en être que l'Autriche s'étant approchée de la France par ses acquia sitions d'Italie, elle a dû chercher à affoiblir l'opposition qu'elle doit bien s'attendre à rencontrer quelque jour dans cette contrée. Or, cette opposition doit venir principalement de la France; car la maison de Bourbon rée

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gnant à la fois à Naples et à Parme, les états autrichiens d'Italie se trouvent pressés entre les possessions de cette maison, de manière à pouvoir en éprou. ver quelque jour de grands embarras. Cela est dans la nature des choses, la seule dont nous ayons à nous occuper. Nous n'entendons point parler des dispositions des personnes qui de leur nature sont passagères. Si au contraire c'eût été un prince ennemi de la France, si surtout ce prince se fût beaucoup appuyé sur l'Autriche, et s'il avoit eu un grand intérêt à s'y tenir attaché, alors l'Autriche n'auroit plus eu rien à craindre du côté de Naples, et auroit compté un allié fidèle, là où, dans une autre hypothèse, le temps doit lui créer un voisinage ombrageux. Ainsi peuvent s'expliquer les motifs qui dirigeoient l'Autriche à l'égard de Murat,

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L'Autriche a présenté l'invasion de l'Italie comme le dédommagement de ses pertes, et la compensation des acquisitions que faisoient ses voisins.

Mais, 1°. un dédommagement lui étoit-il dû, et l'étoit-il dans une mesure qui entraînoit le sacrifice de l'Italie, et avec lui la perte dų véritable système de l'Europe. Cette question vaut bien la peine d'être examinée.

L'Autriche a recouyré les deux Tyrol, allemand et italien, le Voralberg (1), la Carniole, ce qu'elle avoit perdu de la Carinthie, l'Istrie, et toute la Dalmatie: il faut y ajouter les îles de l'Adriatique. Le retour de possessions aussi précieuses ne devoit-il

pas

lui paroître l'événement le plus heureux comme le plus inespéré : n'avoit-elle pas à se

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(1) Dans ce moment l'Autriche négocie pour la cession de Saltzbourg et du Brisgaw.

feliciter d'être débarrassée d'un voisinage aussi inquiétant que l'étoit celui de l'Illyrie devenue province françoise. On sent donc qu'on pouvoit sans injustice borner l'Autriche à l'état que nous venons, d'assigner. Mais elle ne s'y est pas tenue. Non contente de ce qu'elle recouvroit, elle est revenue à son système italien , et profitant de l'occasion, elle s'est adjugé en gros ce que jusque là elle n'avoit possédé qu'en détail. Elle s'est donc précipitéesurl'Italie, et, sans égard ni pour elle, ni pour la France, ni pour l'Europe, elle a fait dans cette contrée les grands pas que nous avons indiqués, et qui en dénaturent tous les rapports. Or, voilà ce qu'il falloit empêcher; et s'il pouvoit être indispensable de ne pas contrarier toutes les vues d'agrandissenient que l'Autriche avoit formés de ce côté, du moins falloit-il lui en assigner un qui

a

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