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& que

lier, ouvre la porte pour fortir, il la Chap. referme : il s'apperçoit qu'il est en XI, bonnet de nuit ; & venant à mieux s'examiner , il se trouve rasé à moitié. il voit que son épée est mise du côté droit , que ses bas font rabbattus fur ses talons , &

sa chemise eft pardeffus fes chauffes. S'il marche dans les places, il se sent tout d'un coup rudement frapper à l'estomac, ou au visage,

il ne soupçonne point ce que ce peut-être , jusqu'à ce qu'ouvrant les yeux & se réveillant , il se trouve ou devant un limon de charette , ou derriere un long ais de menuiserie que porte un ouvrier sur ses épaules. On l'a vû une fois heurter du front contre celui d'un aveugle , s'embarrasser dans ses jambes , & tomber avec lui chacun de son côté à la renverse. Il lui est arrivé plusieurs fois de se trouver tête pour tête à la rencontre d'un Prince & sur son passage, se reconnoître å peine, & n'avoir que le loisir de se coller à un mur pour lui faire place. Il cherche, il brouille, il crie, il s'échauffe , il appelle ses valets l'un après l'autre, on lui perd tout, on lui égare

tout :

A 3

De

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& découche la nuit de ses nốces : & l'Homme. qnelques années après il perd sa fem

me, elle meurt entre ses bras, il affifte
å fes obsèques ; & le lendemain quand
on lui vient dire qu'on a servi , il de-
mande si fa femme est prête, & si elle
est avertie. C'est lui encore qui entre
dans une Eglise , & prenant l'aveugle
qui est collé à la porte, pour un pilier,
& la tasse pour le benitier , y plonge
la main, la porte à fon front, lors-
qu'il entend tout d'un coup le pilier
qui parle , & qui lui offre des orai-
fons. Il s'avance dans la nef, il croit
voir un Prie-Dieu , il se jette lourde-
ment dessus : la machine plie, s'en-
fonce & fait des efforts pour crier :
Menalque est surpris de le voir à ge-
noux sur les jambes d'un fort petit
homme , appuyé sur son dos , les
deux bras.passés sur ses épaules , & ses
deux mains jointes & étendues qui lui
prennent le nez & lui ferment la bou-
che, il se retire confus & va s'age-
nouiller ailleurs : il tire un livre pour
faire fa priere , & c'est sa pantouflc
qu'il a prise pour ses Heures, & qu'il
a mife dans sa poche avant que de sor-
tir. Il n'est pas hors de l'Eglise qu'un

hom,

homme de livrée court après lui , le

CHAP. joint , lui demande en riant s'il n'a XI. point la pantoufle de Monseigneur; Menalque lui montre la fienne , & lui dit : Voilà toutes les pantoufles que j'ai sur moi : il se foaille néanmoins & tire celle de l'Evêque de ** qu'il vient de quitter , qu'il a trouvé malade auprès de son feu , & dont avant de prendre congé de lui , il a ramassé la pantoufle, comme l'un de ses gants qui étoic à terre ; ainsi Menalque s'en retourne chez soi avec une pantoufle de moins. Il a une fois perdu au jeu tout l'argent qui est dans sa bourse , & voulant continuer de jouer, il entre dans son cabinet , ouvre une armoire , y prend la caffette, en tire ce qu'il lui plaît, croit la remettre où il la prise : il entend aboyer dans son armoire qu'il vient de fermer, étonné de ce prodige il l'ouvre une seconde fois , & il éclate de rire d'y voir son chien qu'il a serré pour sa cassette. Il joue au trictrac, ib demande à boire, on lui en apporte , c'est à lui å jouer , il tient le cornec d'une main, & un verre de l'autre, & conime il a une grande foit, il avate les dez & presque le cornet, jette

le

De

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le verre d'eau dans le trictræc , & l'Homme, inonde celui contre qui il joue: & dans

une chambre ou il est familier, il crache sur le lit , & jette fon chapeau à terre , en croyant faire tout le contraire. Il se promene sur l'eau , & il demande quelle heure il est : on lui préfente une montre, à peine l'a-t-il reçue, que ne songeant plus ni à l'heure, ni à la montre, il la jette dans la riviere, comme une chose qui l'embarraffe. Lui-même écrit une longue lettre, met de la poudre dessus à plufieurs reprises , & jette toujours la poudre dans l'encrier : ce n'est pas tout, il écrit une seconde lettre , & après les avoir achevées toutes deux , il se trompe à l'adresfe : un Duc & Pair reçoit l'une de ces deux lettres, & en l'ouvrant il y lit ces mots, Maitre Olivier , ne manquez pas fi-tôt la préfente reçúc, de m'envoyer ma provision de foin.... Son Fermier reçoit l'autre, il l'ouvre, & fe la fait lire : on y trouve, Monseigneur , j'ai reçu avec une foumission aveugle les ordres qu'il a plu à Votre Grandeur.... Lui-même encore écrit une lettre pendant la nuit, & après l'avoir cachetée, il éteint sa bou

gie , il ne laisse pas d'être surpris de ne

CHAP. voir goutte , & il fait à peine comment XL. cela est arrivé. Menalque descend l'efcalier du Louvre, un autre le monte à qui il dir, c'est vous que je cherche: il le prend par la main, le fait descendre avec lui , traverse plusieurs cours entre dans les falles, en fort, il va , il revient sur ses pas : il regarde enfin celui qu'il traîne après soi depuis un quart d'heure. Il est étonné que ce soit lui, il n'a rien à lui dire, il lui quitte la main, & tourne d'un autre côté. Souvent il vous interroge, & il est déja bien loin de vous, quand vous fongez à lui répondre : oa bien il vous demande en courant comment fe

porte votre pere , & comme vous lui dites qu'il est fort mal, il vous erie qu'il en eit bien-aise. Il vous trouve quelque autre fois sur son chemin : Il eft ravi de vous rencontrer, il fort de chez vous pour vous entretenir d'une certaine chose , il contemple votre main, vous avez là, dit-il , un beau rubis, est-il Balais : il vous quitte & continue fa route : voilà l'affaire importante done il avoit à vous parler. Se trouve-t-il en campagne, il dit à quelqu'un , qu'il

Аб le

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