Page images
PDF
EPUB

timent, la défaite des résistances, l'afflux lent du désir ou de la colère, jusqu'au moment où la volonté redressée ou séduite se précipite soudainement d'un seul côté. Il y a des mots naturels : le poële écrit et pense trop sainement pour ne pas

les trouver quand il en a besoin. Il y a des caractères virils : lui-même est un homme, et, sous ses complaisances de courtisan, sous ses affectations de poëte à la mode, il a gardé le naturel énergique et âpre. Sauf une scène d'injures, son Octavie est une matrone romaine, et quand, jusque dans Alexandrie, jusque chez Cléopatre, elle vient chercher Antoine, elle le fait avec une simplicité et une noblesse qu'on ne surpassera pas. « La scur de César, « dit Antoine. Ce mot-là est dur. Si je n'avais « été que la sæur de César, je serais restée dans « le camp de César. Mais votre Octavie, votre « femme tant maltraitée, quoique bannie de votre « lit et chassée de votre maison , quoique sæur de « César, est encore à vous. Il est vrai, j'ai une « âme qui dédaigne votre froideur et qui me pousse « à ne point chercher ce que vous devriez offrir. « Mais la vertu d'une épouse surmonte cet or

gueil. Je viens pour vous réclamer comme mod « bien, pour vous montrer ma fidélité d'abord, « pour demander, pour implorer votre tendresse. « Votre main, mon seigneur; elle est à moi,

et « je la demande. » Et quand Antoine, humilié, se révolte contre la grâce qui lui vient d'Octave et lui dit que sans doute elle a demandé pardon pour

(

lui pauvrement et bassement : « Pauvrement et « bassement! Je n'aurais pas pu faire une pareille

demande, ni mon frère l'accorder. – Ma triste « fortune, je le vois, me soumet toujours à vos « désobligeantes méprises. Mais les conditions a que je vous apporte sont telles — que vous n'aurez « pas à rougir de les accepter. J'aime votre hon« neur — parce qu'il est le mien. On ne dira jamais « que le mari d'Octavie fut l'esclave d'un autre « « homme. — Seigneur, vous êtes libre ; libre même « de l'épouse que vous avez en aversion. — Car, « quoique mon frère veuille acheter pour moi votre « tendresse, et me fasse la condition et le ciment « de votre paix, — j'ai une âme comme la vôtre : je « ne puis recevoir — votre amour comme aumône, « ni implorer ce que je mérite. — Je dirai à mon « frère que nous sommes réconciliés. Il retirera « ses troupes, et vous vous mettrez en marche « pour gouverner l'Orient. Vous me pourrez laisser à « Athènes; – n'importe où; je ne me plaindrai

jamais. — Je ne garderai que le stérile nom d'é« pouse — et vous serez quitte de tout autre ennui'.»

[blocks in formation]

That's unkind.
Had I been nothing more than Cæsar's sister,
Know, I had still remain’d in Cæsar's camp.
But your Octavia, your much injured wife,
Though banish'd from your bed, driv'n from your house,
In spight of Cæsar's sister, still is yours.
Tis true, I have a heart disdains your coolness,
And prompts me not to seek what you should offer;

Cela est grand; cette femme a un cæur fier, et aussi un cæur d'épouse; elle sait donner et elle sait souffrir; et ce qui est mieux, elle sait se sacrifier sans emphase et d'un ton calme; ce n'est point une âme vulgaire qui a conçu une pareille âme. Et le vieux général Ventidius qui, avec elle et avant elle, vient pour retirer Antoine de son illusion et de son esclavage, est digne de parler pour l'honneur, comme elle a parlé pour le devoir. Sans doute c'est un plébéien, un soldat rude et railleur, qui a la franchise et les plaisanteries de son métier, maladroit parfois, qu'un habile eunuque de sérail pourra duper, « héros au crâne épais, » et qui par simplicité d'âme, par

[ocr errors]

But a wise's virtue still surmounts that pride.
I come to claim you as my own; to show
My duty first, to ask, nay, to beg your kindness;
Your hand, my Lord; 'tis mine, and I will have it.

ANTONY.

I fear, Octavia, you have begg'd my life,...
Poorly and basely begg’d it of your brother.

OCTAVIA.
Poorly and basely I could never beg,
Nor could my brother grant....

My hard fortune
Subjects me still to your unkind mistakes.
But the conditions I have brought are such,
You need not blush to take. I love your honour
Because 'tis mine. It never shall be said,
Octavia's husband was her brother's slave.
Sir, you are free; free e'en from her you loath;
For tho' my brother bargains for your love,
Makes me the price and cement of your peace.
I have a soul like yours; I cannot take
Your love as alms, nor beg what I deserve.
I'll tell my brother we are reconcil'd.
He shall draw back his troops, and you shall march
To rule the East. I may be dropt at Athens;
No matter where, I never will complain,
But only keep the barren name of wife,
And rid you of the trouble.

« Ma

grossièreté d'éducation, ramènera Antoine sans s'en douter dans le rets qui semblait brisé. Il triomphe avec un gros rire : « Voilà des nouvelles pour vous, « cours, mon officieux eunuque. Ne manque pas d'ar

. « river le premier; presse-toi. Vite, mon cher eu« nuque, vite. En avant, mon cher demi-homme. » Et, tombant dans un piége, il dit à Antoine qu'il a vu Cléopatre infidèle avec Dolabella : « Cléopatre? Votre Cléopatre. La Cléopatre de « Dolabella. La Cléopatre de tout le monde. — Tu

Je ne mens pas, mon seigneur. Cela « est-il si étrange? Est-ce qu'une maîtresse quittée « ne se pourvoit pas ? Vous savez bien qu'elle n'est « pas accoutumée aux nuits solitaires '. » Voilà justement le bon moyen de rendre Antoine jaloux, et le ramener furieux à Cléopatre. Mais quel brave cæur, et comment on entend, lorsqu'il est seul avec Antoine, le mâle accent, la profonde voix qui a tonné dans les batailles ! Il aime son général en bon et

( mens.

1.

There's news for you; run, my officious Eunuch.
Be sure to be the first. Haste forward,
Haste, my dear Eunuch, haste.
On, sweet Eunuch, my dear half-man, proceed....

ANTONY.

My Cleopatra?

VENTIDIUS.

Your Cleopatra.
Dolabella's Cleopatra.
Every man's Cleopatra.

ANTONY
Thou ly'st.

VENTIDIUS.
I do not lye, my lord.
Is this so strange? Should mistresses be left,
And not provide against a time of change?
You know she's not much us'd to lonely nights.

[ocr errors]

honnête dogue, et ne demande pas mieux que de mourir, pourvu que ce soit aux pieds de son maître. Il gronde sourdement, en le voyant abattu, tourne autour de lui et d'un coup il pleure : « Regarde, em« pereur, voilà une rosée qui n'est pas ordinaire. « — Je n'ai pas pleuré depuis quarante ans, — mais « à présent la faiblesse de ma mère me revient aux « yeux. » — « Par le ciel, dit Antoine, il pleure le « bon vieux homme, il pleure

et les grosses a gouttes rondes coulent les unes après les autres « sur les sillons de ses joues'. » Et là-dessus Antoine, lui-même, pleure. On pense, en écoutant ces sanglots terribles, aux vétérans de Tacite, qui, au sortir des marais de la Germanie, la poitrine cicatrisée, la tête blanchie, les membres roidis par le service, baisaient les mains de Drusus, et lui mettaient les doigts dans leurs gencives, pour lui faire sentir leurs dents usées, tombées, incapables de mâcher le mauvais pain qu'on leur jetait. « Debout, debout,

1.

VENTIDIUS.
Look, emperor, this is no common dew;
I have not wept this forty years; but now
My mother comes afresh unto my eyes;
I cannot help her softness.

ANTONY.
By heav'n, he weeps! poor old man, he weeps!
The big round drops course one another down
The furrows of his cheeks. Stop 'em, Ventidius,
Or I shall blush to death; they set my shame,
That caus'd 'em, full before me.

VENTIDIUS.
I'll do my best.

ANTONY.

Sure there's contagion in the tears of friends;
See, I have caught it too. Believe me, 'tis not
For my own griess, but thine.... Nay, father....

« PreviousContinue »