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dicule, odieux, bafoué, confondu , en dépit de ses habiletés et justement par ses habiletés, coup sur coup, sans trêve ni remède; à s'en aller, le pauvre renard, la queue basse, le pelage gâté, parmi les huées et les cris ! Et comme en même temps, tout à à côté, les prises de bec de sir Peter et de sa femme, le souper, les chansons, la vente des portraits chez le prodigue viennent mettre une comédie dans la comédie, et renouveler l'intérêt en renouvelant l'attention ! On cesse de songer à l'atténuation des caractères, comme on a cessé de songer à l'altération de la vérité; on se laisse emporter par la vivacité de l'action, comme on s'est laissé éblouir par le scintillement du dialogue; on est charmé; on bat des mains; on se dit qu'au-dessous de la grande invention la verve et l'esprit sont les plus agréables dons du monde ; on les savoure à leur heure; on trouve qu'ils ont aussi leur place dans le festin littéraire, et que, s'ils ne valent pas les mets substantiels, les vins francs et généreux du premier service, ils fournissent le dessert.

Ce dessert achevé, il faut sortir de table. Après Sheridan, nous en sortons tout de suite. Dorénavant la comédie languit, s'éteint; il n'en reste plus que la farce, les Domestiques du grand ton, de Townley, les grotesques de George Colman, un précepteur, une vieille fille, des paysans avec leur accent local; la caricature survit à la peinture, et le Punch fait rire encore lorsque l'âge des Reynolds et des Gainsborough est passé. Aujourd'hui, il n'y a pas en Eu

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rope de scène plus vide, et la bonne compagnie l'abandonne au peuple. C'est que la forme de la société et de l'esprit qui l'avait suscitée a disparu. Ce qui avait dressé le théâtre anglais de la Renaissance, c'était la vivacité et la surabondance de la conception primesautière, qui, incapable de s'étaler en raisonnements alignés ou de se formuler par des idées philosophiques, ne trouvait son expression naturelle qu'en des actions mimées et en des personnages parlants. Ce qui avait alimenté la comédie anglaise du dix-septième siècle, c'étaient les besoins de la société polie, qui, habituée aux représentations de la cour et aux parades du monde, allait chercher sur la scène la peinture de ses entretiens et de ses salons. Avec la chute de la cour et avec l'arrêt de l'invention mimique, le vrai drame et la vraie comédie disparaissent; ils passent de la scène dans les livres. C'est qu'aujourd'hui on ne vit plus en public à la façon des ducs brodés de Louis XIV et de Charles II, mais en famille ou devant une table de travail ; le roman remplace le théâtre en même temps que la vie bourgeoise succède à la vie

de cour.

CHAPITRE II.

DRYDEN.

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I. Débuts de Dryden. - Fin de l'age poétique.

Cause des décadences et des renaissances littéraires. II. Sa famille. Son éducation. Ses études. Ses lectures. Ses habitudes. Sa situation. Son caractère.

Son public. Ses amitiés. Ses querelles.

Concordance de sa vie et de son talent. III. Les théâtres rouverts et transformés. Le nouveau public

et le goût nouveau.— Théories dramatiques de Dryden.— Son jugement sur l'ancien théâtre anglais. - Son jugement sur le nouveau théâtre français.-Son ouvre composite.- Disparates de son théâtre. L'Amour tyrannique. — Grossièreté de ses

personnages.- L'Empereur indien, Aurengzébe. Almanzor. IV. Style de ce théâtre. Le vers rimé. La diction fleurie.

- Les tirades pédantesques. — Désaccord du style classique et des événements romantiques. Comment Dryden reprend et gâte les inventions de Shakspeare et de Milton. - Pourquoi

ce drame n'a pas abouti. V. Mérites de ce drame. Personnages d’Antoine et de don

Sébastien. Otway. - Sa vie. – Ses cuvres. — L'Orpheline,

Venise sauvée. VI. Dryden écrivain. — Espèce, portée, limites de son esprit.

Sa maladresse dans la flatterie et les gravelures. teur dans la dissertation et la discussion. Sa vigueur et son

honnêteté foncière. VII. Comment la littérature en Angleterre a son emploi dans la

politique et la religion. - Poëmes politiques de Dryden : Absalon et Achitophel, la Médaille. - Poëmes religieux de

In

.

Sa pesan

Dryden : Religio laici, la Biche et la Panthère.- Apreté et viru

lence de ces poëmes. Mac Flecnoe. VIII. Apparition de l'art d'écrire. - Différence entre la forme

d'esprit de l'âge artistique et la forme d'esprit de l'âge clas

sique. - Procédés de Dryden. La diction soutenue et oratoire. IX. Manque d'idées générales en cet âge et dans cet esprit.

Ses traductions. – Ses remaniements. – Ses imitations.- Ses contes et ses épitres. — Ses défauts. — Ses mérites. — Sérieux de son caractère, élans de son inspiration, accès d'éloquence

poétique. -- Ode pour la fête de sainte Cécile. X. Fin de Dryden. Ses misères. Sa pauvreté. En quoi

son cuvre est incomplete. Sa mort.

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La comédie nous a emmenés bien loin; il faut revenir, considérer les autres genres. Au centre du grand courant se meut un esprit supérieur. Dans l'histoire de ce talent, on verra l'histoire de l'esprit anglais classique, sa structure, ses lacunes et ses puissances, sa formation et son développement.

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Il s'agit d'un jeune homme, lord Hastings, mort à dix-neuf ans de la petite vérole.

Son corps était un orbe, et son âme sublime

se mouvait autour du pôle de la vertu et du savoir.... Viens, docte Ptolémée, et essaye

de mesurer la hauteur de ce héros.... — Les pustules gonflées d'orgueil qui bourgeonnaient à travers sa chair, comme des boutons de rose, s'enfonçaient dans sa peau de lis. Chaque petite rougeur avait une larme en elle pour pleurer' la faute que commettait sa naissance, - ou bien étaient-ce des diamants envoyés

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