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tenant iransformé en une fleur penchée, baisse sa tête repentante, comme pour fuir la source qui l'a perdu, dont les chères grâces se sont ici dépensées sans fruit comme un beau cierge consumé dans sa flamme. Que la source soit maudite, et que tous ceux dont son eau touchera les lèvres, soient épris, comme lui, de l'amour d'eux-mêmes'. » Les courtisans et les dames y boivent, et voici venir une sorte de revue des ridicules du temps, arrangée, comme chez Aristophane, en farce invraisemblable, en parade brillante. Un sot prodigue, Asotus, veut devenir homme de cour et de belles manières; il prend pour maître Amorphus, voyageur pédant, expert en galanterie, qui, à l'en croire lui-même, " est d'une essence sublime et raffinée par les voyages, qui le premier a enrichi son pays des véritables lois du duel, dont les nerfs optiques ont bu la quintessence de la beauté dans quelque cent soixanle-dix-huit cours souveraines, et ont été gratifiés par l'amour de trois cent quarante-cinq dames, toutes de naissance noble, sinon royale; si heureux en toute chose que l'admiration semble attacher ses baisers sur lui'. » Asotus apprend à cette bonne école la langue de la cour, se munit comme les autres de calembours, de jurons savants et de métaphores; il lâche coup sur coup des tirades alainbiquées, et imite convenablement les grimaces et le style tourmenté de ses maîtres. Puis quand il a bu T'eau de la fontaine, devenu tout à coup impertinent, téméraire, il propose à tous venants un tournoi de belles manières. Ce tournoi grotesque se donne devant les dames : il comprend quatre joutes, et chaque fois les trompettes sonnent. Les combattants s'acquittent tour à tour du salut simple, de la révérence empressée, de la déclaration solennelle, de la rencontre finale. Dans cette bouffonnerie grave, les courtisans sont vaincus. Le sévère Critès, moraliste de la pièce, copie leur langage et les perce de leurs armes. Puis en déclamations grandioses, il châtie « la vanité mondaine et ses beautés fardées, que de frivoles idiots adorent, qu'ils poursuivent de leurs appétits aboyants et altérés, toujours en sueur, hors d'haleine, dressés sur leurs pieds pour saisir ses formes aériennes, à la fin étourdis, pris de vertige, et achetant la joyeuse démence d'une heure par les longs dégoûts de tout le temps qui suivra's » Alors, pour achever la défaite des vices, paraissent deux mascarades symboliques représentant les vertus contraires. Elles défilent gravement devant les spectateurs, en habits splendides, et les nobles vers qu'échangent la déesse et ses compagnes, élèvent l'esprit jusqu'aux hautes régions de morale sereine, où le poëte le veut porter. « La chasseresse, la déesse pudique et belle a déposé son arc de perles et son brillant carquois de cristal; assise sur son trône d'argent, elle préside à la fête ?, » et contemple avec une majesté tranquille les danses qui s'enronlent et se développent devant ses pieds. A la fin, ordondant aux danseurs de se démasquer, elle

soine round volubility ? one that sweeps the gods' drinking room every morning and set the cushions in order again, which they threw one at another's head over night?

(Cynthia's Revels, acte I, sc. I.) 1.

See, see the mourning fount, whose springs
Th’untimely fate of that too beauteous boy weep yet,
That trophy of self-love, and spoil of nature,
Who, now transform'd into this drooping flower,
Hangs the repentant head, back from the stream...
Witness thy youth's dear sweets here spent untasted,
Like a fair taper with his own flame wasted !...
But with thy water let this curse remain,
As an inseparate plague, that who but taste
A drop thereof, may with the instant touch,
Grow dotingly enamour'd on themselves.

(Ibid.)

1. But knowing myself an essence to sublimated and refined by travel.... able to speak the mere extraction of language, one that was your first that ever enrich'd his country with the true laws of duello, whose optics bave drunk the spirit of beauty in some eight score and eighteen prince's courts where I have resided, and been there fortunate in the amours of three hundred forty and five ladies, all nobly, if not princely descended.... In all so happy, as even admiration herseli doth seem to fasten her kisses upon me.

(ibid.)

1.

O vanity,
How are thy painted beauties doted on,
By light and empty idiots ! How pursued
With open and extended appetite !
How they do sweat, and run themselves from breath ,
Raised on their toes to catch thy airy forms,
Still turning giddy, till they reel like drunkards,
That buy the merry madness of an hour,
With the long irksomeness of following time!

(Ibid.)
Queen and huntress, chaste and fair
Now the sun is laid to sleep,
Seated in thy silier chair,
State in wonted manner keep...
Lay thy bow of pearl apart,
And thy crystal shining quiver,
Give unto the flying hart
Space to breathe, how short soever.

(Acte V, sc. III)

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découvre que les vices se sont déguisés en vertus. Elle les condamne à faire amende honorable et à se baigner dans l'Hélicon. Deux à deux, ils s'en vont chantant une palinodie, un refrain que répète le cheur. — Est-ce là un opéra ou une comédie ? C'est une comédie lyrique, et si on n'y trouve point la légèreté aérienne d'Aristophane, du moins on y troure, comme dans les Oiseaux et dans les Grenouilles, les contrastes et les mélanges de l'invention poétique, qui à travers la caricature et l'ode, à travers le réel et l'impossible, le présent et le passé, lancée aux quatre coins du monde, assemble en un instant toutes les disparates, et fourrage dans toutes les fleurs.

Il est allé plus loin, il est entré dans la poésie pure, il a écrit des vers d'amour délicats, voluptueux, charmants, dignes de l'idylle antique'. Pardessus tout, il a été le grand et l'inépuisable inventeur de ces masques, sortes de mascarades, de ballets, de chœurs poétiques, où s'est étalée toute la magnificence ei l'imagination de la renaissance anglaise. Les dieux grecs et tout l'Olympe antique, les personnages allégoriques que les artistes peignent en ce moment dans leurs tableaux, les héros antiques des légendes populaires, tous les mondes, le réel, l'abstrait, le divin, l'humain, l'ancien, le moderne, sont fouillés par ses mains, amenés sur la scène pour fournir des costumes, des groupes harmonieux, , des emblèmes, des chants, tout ce qui peut exciter,

. enivrer des sens d'artistes. Aussi bien l'élite du royaume est là, sur la scène; ce ne sont pas des baladins qui se démènent avec des habits empruntés, mal portés, qu'ils doivent encore à leur tailleur; ce sont les dames de la cour, les grands seigneurs, la reine, dans tout l'éclat de leur rang et de leur fierté, avec de vrais diamants, empressés d'étaler leur luxe, en sorte que toute la splendeur de la vie nationale est concentrée dans l'opéra qu'ils se donnent, comme des joyaux dans un écrin. Quelle parure! quelle profusion de splendeurs ! quel assemblage de personnages bizarres, de bohémiennes, de sorcières, de dieux, de héros, de pontifes, de gnômes, d’êtres fantastiques ! Que de métamorphoses, de joutes, de danses, d'épithalames ! Quelle variété de paysages, d'architectures, d'îles flottantes, d'arcs de triomphe, de globes symboliques ! L'or étincelle, les pierreries chatoient, la pourpre emprisonne de ses plis opulents les reflets des lustres, la lumière rejaillit sur la soie froissée, des torsades de diamants s'enroulent, en jetant des flammes, sur le sein nu des dames; les colliers de perles s'étalent par étages sur les robes de brocard couturées d'argent; les broderies d'or, entrelaçant leurs capricieuses arabesques, dessinent sur les habits des fleurs, des fruits, des figures, et mettent un tableau dans un tableau. Les marches du trône s'élèvent portant des groupes de Cupidons, qui chacun tiennent une torche'. Des

1. A celebrition of Charis. Miscellaneous pems.

1. Masque of Beauty.

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