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quement; il est impie sans élan, en périodes développées. Un de ses galants s’écrie : « Est-ce que « l'amour sans le prêtre et l'autel n'est 'pas l'a« mour ? Le prêtre est là pour son salaire, et ne « s'inquiète pas des cours qu'il unit. L'amour seul « fait le mariage'. « Je voudrais, dit Hippolyte,

qu'il y eût un bal en permanence dans notre « cloître, et que la moitié des jolies nonnes y fût a changée en hommes pour le service des autres'. » Nul ménagement, nul tact. Dans son Moine espagnol, la reine, assez honnête femme, dit à Torrismond qu'elle va faire tuer le vieux roi détrôné pour l'épouser, lui Torrismond, plus à son aise. Bientôt on leur annonce le meurtre : « Maintenant, dit la « reine, marions-nous. Cette nuit, cette heureuse « nuit, est à vous et à moi?. » A côté de cette tra

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cats do over mice, and then let them get a little way, and all the pleasure is to pat them back again. »

Wildblood dit à sa maîtresse : «I am none of those unreasonable lovers that propose to themselves the loving to eternity. A month is commonly my stint. ) Et Jacintha répond : « Or would not a fortnight serve our turn? » (Mock Astrologer.)

Souvent, à la barbarie de ses plaisanteries, on dirait qu'il traduit Hobbes. 1. Is not Love love without a Priest and Altars ?

The temples are inanimate, and know not
What vows are made in them; the Priest stands ready
For his hire, and cares not what hearts he couples.

Love alone is marriage.... 2. I wished the ball might be kept perpetually in our cloyster, and that half the handsome nuns in it might be turned to men, for the sake of the other.

3. This night, this happy night is yours and mine. Et tout à côté on rencontre des allusions politiques. Cela peint

gédie sensuelle, l'intrigue comique, poussée jusqu'aux familiarités les plus lestes, étale l'amour d'un cavalier pour une femme mariée qui à la fin se trouve être sa seur. Dryden ne trouve dans ce dénoûment rien qui froisse son cœur. Il a perdu jusqu'aux plus vulgaires répugnances de la pudeur naturelle. Quand il traduit une pièce hasardée, Amphitryon par exemple, il la trouve trop modeste; il en ôte les adoucissements, il en alourdit le scandale. « Le roi et le prêtre, dit Jupiter, sont en quel« que manière contraints par convenance d'être des

hypocrites bien masqués'. » Là-dessus, le dieu étale crûment son despotisme. Au fond, ses sophismes et son impudence sont pour Dryden un moyen de décrier par contre-coup les théologiens et leur Dieu arbitraire. « Un pouvoir absolu, dit Jupiter , ne « peut faire de mal. Je n'en puis faire à moi-même,

puisque c'est ma volonté que je fais, ni aux homa mes, puisque tout ce qu'ils ont est à moi. Cette

nuit, je jouirai de la femme d'Amphitryon, car

lorsque je la fis, je décrétai que mon bon plaisir « serait de l'aimer. Ainsi je ne fais point de tort à « son mari, car je me suis réservé le droit de l'a« voir tant qu'elle me plairait'. » Cette pédanterie

(

le temps. Par exemple, Torrismond dit pour s'excuser d'épouser la reine:

Power which in one age is tyranny
Is ripen'd in the next to succession.

She's in possession.
1. For Kings and Priest are in a manner bound,
For reverence sake, to be close hypocrites.

Fate is what I

2.

ouverte se change en luxure ouverte sitôt qu'il voit Alcmène. Nul détail n'est omis : Jupiter lui dit tout, et devant les suivantes, et le lendemain, quand il sort, elle fait pis que lui, elle s'accroche à lui, elle entre dans des peintures intimes. Toutes les façons royales de la haute galanterie ont été arrachées comme un vêtement incommode; c'est le sans-gêne cynique au lieu de la décence aristocratique; c'est une scène d'après Charles II et la Castlemaine' au lieu d'une scène d'après Louis XIV et Mme de Montespan.

IX

J'en passe plusieurs : Crowne, l'auteur de Sir Courtly Nice; Shadwell, l'imitateur de Ben Jonson; mistress Afra Behn, qui se fit appeler Astrée, espion et courtisane, payée par le gouvernement et par le public. Etheredge est le premier qui, dans son Homme à la mode, donne l'exemple de la comédie imitative et peigne uniquement les mœurs d'alentour, du reste franc viveur et contant librement ses habitudes. « Pourchasser les filles , hanter le théâtre, ne songer à rien toute la journée, et toute la nuit aussi, direz-vous : » c'étaient là ses occupations à Londres. Plus tard, à Ratisbonne, « il fait de graves révérences, converse avec les sots, écrit des lettres insipides', » et se console mal avec les Allemandes. C'est avec ce sérieux qu'il prenait ses fonctions d'ambassadeur. Un jour, ayant trop dîné, il tomba du haut d'un escalier et se cassa le cou; la perte n'était pas grande. Mais le héros de ce beau monde fut William Wycherley, le plus brutal des écrivains qui aient sali le théâtre. Envoyé en France pendant la révolution, il s'y fit papiste, puis au retour abjura, puis à la fin, dit Pope, abjura encore. Privées du lest protestant, ces têtes vides allaient de dogme en dogme, de la superstition à l'incrédulité ou à l'indifférence, pour finir

By virtue of omnipotence have made it.
And Power omnipotent can do no wrong.
Not to myself, because I will it so ;
Not yet to men, for what they are is mine.
This night I will enjoy Amphytrion's wife:
For when I made her, I decreed her such

As I shou'd please to love. 1. Lorsque Jupiter sort, alléguant qu'il est jour, Alemène lui dit :

But you and I will draw our curtains close,
Extinguish day-light, and put out the sun.
Come back,
You have not yet laid long enough in bed

To warm your widowed side. Comparez la matrone romaine de Plaute et l'honnête dame française de Molière à cette personne expansive.

my lord.

par
la

peur. II avait appris chez M. de Montausier l'art de bien porter des gants et une perruque; cela suffisait alors pour

faire un gentleman. Ce mérite et le succès d'une pièce ignoble, l'Amour au bois, attirèrent sur

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From hunting whores and haunting play,
And minding nothing all the day,
And all the night too, you will say,...
To make grave legs in formal fetters,
Converse with fools and write dull letters....

(Lettre à lord Middleton.)

lui les yeux de la duchesse de Cleveland, maîtresse du roi et de tout le monde. Cette femme, qui ramassait des danseurs de corde, le ramassa un jour au beau milieu du Ring. Elle mit la tête à la portière et lui cria publiquement : « Monsieur, vous êtes un maraud, un drôle, un fils de ..... » Touché de ce compliment, il accepta ses bonnes grâces, et obtint par contre-coup celles du roi. Il les perdit, épousa une femme de mauvaises mœurs, se ruina, resta sept ans en prison pour dettes, passa le reste de sa vie dans les embarras d'argent, regrettant sa jeunesse, perdant la mémoire, écrivaillant de mauvais vers qu'il faisait corriger par Pope avec toutes sortes de tiraillements d'amour-propre, rimant des obscénités plates, traînant son corps usé et son cerveau lassé à travers la misanthropie et le libertinage, jouant le misérable rôle de viveur édenté et de polisson en cheveux blancs. Onze jours avant sa mort, il avait épousé une jeune fille qui se trouva être une coquine. Il finit comme il avait commencé, par la maladresse et l'inconduite, n'ayant réussi ni à être heureux ni à être honnête, n'ayant employé un esprit viril et un talent vrai que pour son mal et le mal d'autrui.

C'est qu'il n'était pas né épicurien. Son fonds, vraiment anglais, c'est-à-dire énergique et sombre, répugnait à l'insouciance aisée et aimable qui permet de prendre la vie comme une partie de plaisir. Son style est travaillé et pénible. Son ton est virulent et acerbe. Il fausse souvent la comédie pour

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