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langues et de les parler purement avant qu'elles soient formées, de même les hommes spirituels éprouvent quelquefois des moments d'enthousiasme et d'inspiration qui les transportent dans l'avenir , et leur permettent de pressentir les événements que le temps můrit dans le lointain.

Rappelez-vous encore, M. le comte, le compliment que vous m'avez adressé sur mon érudition au sujet du nombre trois. Ce nombre en effet se montre de tous côtés, dans le monde physique comme dans le moral, et dans les choses divines. Dieu parla une première fois aux hommes sur le mont Sinaï, et cette révélation fut resserrée, par des raisons que nous ignorons, dans les limites étroites d'un seul peuple et d'un seul pays. Après quinze siècles, une seconde révélation s'adressa à tous les hommes sans distinction, et c'est celle dont nous jouissons; mais l'universalité de son action devait être encore infiniment restreinte par les circonstances de temps et de lieu. Quinze siècles de plus devaient s'écouler avant que l'Amérique vît la lumière; et ses vastes contrées recèlent encore une foule de hordes sauvages si étrangères au grand bienfait, qu’on serait porté à croire qu'elles en sont exclues par nature en vertu de quelque anathème primitif et inexplicable. Le grand Lamà seul a plus de sujels spirituels que

le

pape; le Bengale a soixante millions d'habitants, la Chine en a deux cents, le Japon vingt-cinq ou trentè. Contemplez encore ces archipels immenses du grand Océan, qui forment aujourd'hui une cinquième partie du monde. Vos missionnaires ont fait sans doute des efforts merveilleux pour aninoncer l'Evangile dans quelques-unes de ces contrées lointaines, mais vous voyez avec quels succès. Combien de myriades d'hommes que la bonne nouvelle n'atteindra jamais ! Le cimeterre du fils d'Ismael n'a-t-il pas chassé presque entièrement le Christianisme de l'Afrique et de l'Asie ? Et , dans notre Europe enfin, quel spectacle s'offre à l'oeil religieux! le Christianisme est radicalement détruit dans tous les

soumis à la réforme insensée du XVI siècle ;. et, dans vos pays catholiques mêmes, il semble n'exister plus que de nom, Je ne prétends point placer mon église audessus de la vôtre; nous ne sommes pas ici pour disputer. Hélas ! je sais bien aussi ce qui nous manque ; mais je vous prie , mes bons amis, de vous examiner avec la même sincérité: quelle haine d'un côté, et de l'autre quelle prodigieuse indifférence parmi vous pour la religion et pour tout ce qui s'y rapporte! quel déchainement de tous les pouvoirs catholiqués contre le chef de votre religion! à quelle extrémité l'invasion générale de vos princes n'a-t-elle pas réduit chez vous l'ordre sacerdotal! L'esprit public qui les inspire ou les imite s'est tourné entièrement contre cet ordre. C'est une conjuration, c'est une espèce de rage; et pour moi je ne doute pas que le pape n'aimât mieux traiter une affaire ecclésiastique avec l'Angleterre qu'avec tel ou tel cabinet catholique que je pourrais vous nommer. Quel sera le résultat du tonnerre qui recommence à gronder dans ce moment ? Des millions de Catholiques passeront peut-être sous des sceptres hétérodoxes pour vous et même pour nous. S'il en était ainsi, j'espère bien que vous êtes trop éclairés pour compter sur ce qu'on appelle tolérance ; car vous savez de reste que le Catholicisme n'est jamais toléré dans la force du terme. Quand on vous permet d'entendre la messe et qu'on ne fusille pas vos prêtres, on appelle cela tolérance ; cependant ce n'est pas tout à fait votre compte. Examinez-vous d'ailleurs vous-mêmes dans le silence des préjugés, et vous sentirez que votre pouvoir vous échappe; vous n'avez plus cette conscience de la force qui reparaît souvent sous la plume d'Homère, lorsqu'il veut nous rendre sensibles les hauteurs du courage. Vous n'avez plus de héros. Vous n'osez plus rien, et l'on ose tout contre vous. Contemplez ce lugubre tableau ; joignez - y l'attente des hommes choisis, et vous verrez si les illuminés ont tort d'envisager comme plus ou moins prochaine une troisième explosion de la toute-puissante bonté en faveur du genre humain. Je ne finirais pas si je voulais rassembler toutes les preuves qui se réunissent pour justifier cette grande attente. Encore une fois , ne blamez pas les gens qui s'en occupent et qui voient, dans la révélation même, des raisons de prévoir une révélation de la révélation. Appelez, si vous voulez, ces hommes illuminés; je serai tout à fait d'accord avec vous, pourvu que vous prononciez le nom sérieusement.

pays

Vous, mon cher comte, vous, apôtre si sévère de l'unité et de l'autorité, vous n'avez pas oublié sans doute tout ce que vous nous avez dit' au commencement de ces entre

tiens, sur tout ce qui se passe d'extraordinaire dans ce moment. Tout annonce, et vos propres observations mêmes le démontrent, je ne sais quelle grande unité vers laquelle nous marchons à grands pas. Vous ne pou

pas, sans vous mettre en contradiction avec vous-même, condamner ceux qui saluent de loin cette unité, comme vous le disiez , et qui essaient, suivant leurs forces, de pénétrer des mystères si redoutables sans doute, mais tout à la fois si consolants

pour

vez donc

vous.

Et ne dites 'point que tout est dit , que tout est révélé, et qu'il ne nous est permis d'attendre rien de nouveau. Sans. doute que rien ne nous manque pour le salut ; mais du côté des connaissances divines, il nous manque beaucoup; et quant eux manifestations futures , j'ai , comme vous voyez , mille raisons pour m'y attendre , tandis que vous n'en avez pas une pour me prouver le contraire. L'Hébreu qui accomplissait la loi n'était-il pas en sûreté de conscience ? Je vous citerais, s'il le fallait, je ne sais combien de passages de la Bible, qui promettent au sacrifice judaïque et au trône de David une durée égale à celle du soleil. Le Juif qui s'en tenait à l'é

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