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dans nos songes,

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les lieux, de pénétrer dans l'avenir, déclare qu'il n'est pas fait pour le temps, car le temps est quelque chose de forcé qui ne demande qu'à finir. De là vient

que, jamais nous n'avons l'idée du temps, et que l'état du sommeil fut toujours jugé favorable aux communications divines, En attendant que cette grande énigme nous soit expliquée, célébrons dans le temps celui qui a dit à la nature :

Le temps sera pour vous ; l'éternité sera pour moi (1); célébrons sa mystérieuse grandeur, et maintenant et toujours, et dans tous les siècles des siècles, et dans toute la suite des éternités (2) et par delà l'éternité (3), et lorsqu'enfin tout étant consommé, un ange criera au milieu de l'espace évanouissant : IL N'Y A PLUS DE TEMPS (4)!

Si vous me demandez ensuite ce que c'est que cet esprit prophétique que je nommais tout à l'heure , je vous répondrai, que jamais il n'y eut dans le monde de grands événements qui n'aient été prédits de quelque ma

(1) Thomas, Ode sur le Temps.
(2) Perpetuas ceternitates. Dan. XII, 3.
(3) In æternum et ultrå. Exor!. XV, 18.

(4) Alors l'ange jura par celui qui vit dans les siècles des siècles.... QU'IL N'Y AURAIT PLUS DE TEMPS. Apoc. X, 6.

nière. Machiavel est le premier homme de ma connaissance qui ait avancé cette proposition; mais si vous y réfléchissez vousmêmes, vous trouverez que l'assertion de ce pieux écrivain est justifiée par toute l'histoire. Vous en avez un dernier exemple dans la révolution française, prédite de tous côtés et de la manière la plus incontestable. Mais, pour en revenir au point d'où je suis parti, croyez-vous que le siècle de Virgile manquât de beaux esprits qui se moquaient, et de la grande année, et du siècle d'or, et de la chaste Lucine , et de l'auguste mère, et du mystérieux enfant ? Cependant tout cela était vrai :

L'enfant du haut des cieux était prêt à descendre.

Et vous pouvez voir dans plusieurs écrits, nommément dans les notes que Pope a jointes à sa traduction en vers du Pollion, que cette pièce pourrait passer pour une version d'Isaïe. Pourquoi voulez-vous qu'il n'en soit pas de même aujourd'hui ? l'univers est dans l'attente. Comment mépriserions-nous cette grande persuasion ? et de quel droit condamnerions-nous les hommes qui, avertis par ces signes divins, se livrent å de saintes recherches ?

Voulez-vous, une nouvelle preuve de ce qui se prépare ? cherchez-la dans les sciences: considérez bien la marche de la chimie, de l'astronomie inême, et vous verrez où elle nous conduisent. Croiriez-vous, par exemple, si vous n'en étiez avertis , que Newton nous ramène à Pythagore, et qu'incessamment il sera démontré

que les corps sont mus pécisément comme le corps humain, par des intelligences qui leur sont unies, sans qu'on sache comment? C'est cependant ce qui est sur le point de se vérifier, sans qu'il y ait bientôt aucun moyen de disputer. Cette doctrine pourra sembler paradoxale sans doute , et même ridicule, parce que l'opinion environnante en impose; mais attendez

que

l'affinité naturelle de la religion et de la science les réunisse dans la tête d'un seul homme de génie : l'apparition de cet homme ne saurait être éloignée, et peut-être inême existe-t-il déjà. Celui-là sera fameux, et mettra fin au XVIIIe siècle qui dure toujours; car les siècles intellectuels ne se règlent pas sur le calendrier comme les siècles proprement dits. Alors des opinions, qui nous paraissent aujourd'hui ou bizarres ou insensées, seront des axiomes dont il ne sera pas permis de douter; et l'on parlera de notre stupidité actuelle

comme nous parlons de la superstition du inoyen âge. Déjà même, la force des choses a contraint quelques savants de l'école matérielle à faire des concessions qui les rapprochent de l'esprit et d'autres , ne pouvant s'empêcher de pressentir cette tendance sourde d'une opinion puissante, prennent contr'elle des précautions qui font peut-être, sur les véritables observateurs, plus d'impression qu'une résistance directe. De là leur attention scrupuleuse à n'employer que des expressions matérielles. Il ne s'agit jamais dans leurs écrits que de lois mécaniques, de principes mécaniques d'astronomie physique, etc. Ce n'est pas qu'ils ne sentent à merveille que les théories matérielles ne contentent nullement l'intelligence: car, s'il y a quelque chose d'évident pour l'esprit humain non préoccupé, c'est

que

les mouvements de l'univers ne peuvent s'expliquer par des lois mécaniques; mais c'est précisément parce qu'ils le sentent qu'ils mettent, pour ainsi dire, des mots en garde contre des vérités. On ne veut pas l'avouer, mais on n'est plus retenú que par l'engagement et par le respect humain. Les savants européens sont dans ce moment des espèces de conjurés ou d'initiés, ou comme il vous plaira de les appeler, qui ont fait de la science une sorte de monopole, et qui ne veulent

pas

absolument qu'on sache plus ou autrement qu'eux. Mais cette science sera incessamment honnie par une postérité illuminée, qui accusera justement les adeptes d'anjourd'hui de n'avoir pas su tirer des vérités que Dieu leur avait livrées les conséquences les plus précieuses pour l'homme. Alors, toute la science changera de face : l'esprit, longtemps détrôné et oublié, reprendra sa place. Il sera démontré que les traditions, antiques sont toutes vraies ; que le Paganisme entier n'est qu'un système de vérités corrompues et déplacées; qu'il suffit de les nettoyer pour ainsi dire et de les remettre à leur place pour les voir briller de tous leurs rayons. En un mot toutes les idées changeront: et puisque de tous côtés une foule d'élus s'écrient de concert : VENEZ, SEIGNEUR , VENEZ! pourquoi blåmeriez-vous les hommes qui s'élancent dans cet avenir majestueux .et se glorifient de le deviner ? Comme les poètes qui, jusque dans nos temps de faiblesse et de décrépitude, présentent encore quelques lueurs pales de l'esprit prophétique qui se manifeste chez eux par la faculté de deviner les

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