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PRÉFACE.

Après tant d'études critiques et d'ouvrages, plusieurs justement célèbres, sur le dix-huitième siècle, ce serait une grande témérité de publier un gros volume sur le même sujet, si nous ne nous étions pas proposé un objet assez différent de celui de nos devanciers. Ils n'ont guère fait connaître du dernier siècle qu'un petit nombre d'écrivains, les illustres. Ce travail embrasse tant d'auteurs de second, de troisième et même de . quatrième ordre, littérateurs, critiques, historiens, romanciers, orateurs, savants, etc., que personne presque ne lit plus, mais dont on parle toujours, et qui exercèrent leur part d'influence.

Écrivant non-seulement pour ceux qui sont déjà initiés à ces matières, mais aussi et surtout pour ceux qui ne les connaissent pas ou ne les connaissent que très-imparfaitement, nous avons tâché, en parlant des plus obscurs comme des plus célèbres auteurs, de rappeler beaucoup de faits, [de résumer beaucoup d'idées, de donner beaucoup d'indications, enfin d'offrir une mine de1 renseignements. Chacune de nos études est le résultat des recherches les plus laborieuses et d'une lecture complète des œuvres.

Par suite de l'extension que nous avons donnée à notre plan primitif, le partage en prosateurs et poètes présente des inconvénients, mais il offre toujours certains avantages qui font com

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HISTOIRE

DE LA

ÉRATURE FRANÇAISE

DEPUIS LE XVIe SiÈCLE JUSQU'A NOS JOURS.

JDES ET MODÈLES DE STYLE

DIX-HUITIÈME SIÈCLE

PREMIÈRE PARTIE

ABLEAU DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE (PROSE)
AU XVIIIe SIÈCLE.

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Aperçu général»

courant de l'opinion n'appartient plus au dix-huitième siècle, oûté les fruits de ce culte idolàtrique de la raison que la phila révolution avaient légué à notre époque pour toute doctrine. ;u le temps d'apprécier tout ce qu'avaient d'utile, de bon, de tant d'institutions que la moquerie décrédita, que la violence )n est revenu à un jugement plus sain sur le bien et le mal mait l'ancienne société, sur les avantages et les désavantages ésultés de sa destruction. Cependant l'ère de Voltaire reçoit 'fois des éloges excessifs et complaisants. Des hommes très

• et même des hommes très-religieux vont encore, sinon jusqu'à j au moins jusqu'à la comparer pour la puissance du talent à ortelle de Louis XIV. Récemment un célèbre orateur chrétien, obe de dominicain brille maintenant des palmes académiques, 'ès avoir accordé de justes éloges au siècle des grands génies

: « Le siècle suivant dégénéra du christianisme, mais non pas

• » Nous osons croire que l'illustre religieux n'a pas envisagé portée de ses expressions. 11 est inutile, pensons-nous, pour un

Lacordaire, Disc, de réception à l'Académie.

pensation. Nos études sur le dix-huitième siècle, en particulier, souffriront peu de cette division. Tout le monde convient que l'illustration littéraire du dernier siècle est duc presque uniquement à ses prosateurs : la poésie est presque un hors-d'œuvre, à cette époque d'analyse, de discussion et de polémique.

Par cela même que notre plan s'est agrandi, nous avons voulu que ce volume fut plus personnel que les précédents. Nous avons donc beaucoup moins cité, et nous avons davantage parlé pour le compte de notre propre pensée. Cependant nous avons profité des travaux des maîtres de la critique, et, toutes les fois que nous nous sommes appuyé de leur autorité, nous leur avons rendu la justice et les hommages qui leur sont dus. Quand nous avons cru qu'ils se trompaient, nous les avons contredits avec une respectueuse liberté.

Dans une histoire de la littérature, nous devions nous occuper avant tout de la valeur littéraire des hommes, mais nous ne pouvions pas nous en occuper uniquement. La conscience du chrétien et du citoyen se refuse à ne regarder que par le côté de l'art les ouvrages des écrivains du dix-huitième siècle. Us sont aujourd'hui appréciés avec moins de prévention qu'ils ne l'ont été autrefois, et la mémoire de ceux qui excitaient naguère le plus d'enthousiasme est déjà bien dépopularisée. Cependant ils ont toujours des partisans excessifs; et des hommes qui se piquent de profondeur et de moralité déclarent encore que « l'œuvre du dix-huitième' siècle est saine et bonnel. » C'est donc un devoir pour l'historien de la littérature, comme pour l'historien politique et pour l'historien religieux, de dire ce que fut au vrai cette œuvre, et de montrer de combien de mal le bien fut mêlé.

Si quelques-unes de mesappréciationssonteontestées, j'espère

1 V07. Hugo, Us Mitèrables. I. VII, p. 412.

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