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Les Myrthes autrefois ont paré ta jeunesse ;
Mais les lauriers, Tressan , sont de toute saison,
Et la palme des Arts couronne ta vieillesse,

RÉPONSE de Madame DU BOCCAGE

à un Octogénaire.
Dans l'hiver des ans la paresse.
Engendre l'ennui, les regrets ;
Et tu demandes quels hochers
Pourroient anuser la vieillesse ?
Je l'ignore: est-ce un jeu d'onchets?
Ta main tremblante a peu d'adresse:
Aurois-tu recours aux échecs?,
Ta tête, hélas ! n'y peut suffire;
Et le charme des vains projets
Sur un vieillard n'a plus d'en ire.
Veut-il se délecter des mets
Que sans besoin le goût desire ?
Son corps en souffre, & mille maux
Le désolent tant qu'il respire.
Pour s'en distrąire, s'il veut rire,
Le mot ne vient point à propos.
Si près d'une belle il soupire,
Elle en rit avec ses rivaux,
Pour goûter les Romans nouveaux,
Son cerveau manque de délire.
Le temps est passé de s'instruire ;

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Fisheel
7-10-3)

DE FRANCE.
24009 En vain par d'annulans travaux

Dans les ans passés veur-il lire,
Ses yeux demandent du repos ; 1 ;
Et des doux accords de la lyre,
Son oreille a perdu le son.
L'héritier , que son bien attire,
Attend, pour jouir, qu'il expire.
Oui ( quoi qu'en dise Ciceron)
Un Nestor mêine est un martyre ;
Il rampe en vain vers l'Hélicon;
Son pied chancelle, & la Sagesse
Lui dit: tes chants hors de laison
N'ont plus d'attrait pour la jeunesse,
Et pour danser un rigaudoni }
Tes jambes manquent de souplesse
Tes amis, déjà chez Pluton,
Ne peuvent calmer ta cristesse.
Que te reste-t'il ?... La raison:
Et peut-on réfléchir sans cesse !

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AVENTURES DE VOYAGE, Nouvelle imitée de l'Italien de Malefpini. 1 SIDORE, Ćentilhomme de Pavie , fe mit en voyage, fur la fin de l'automne , pour fe rendre aux invitations du Prince de Malla, fon parent & son ami. Il s'arrêta quelques jours à Gènes, & après avoir vilité les cusiofités de cetre luperbe vilie , il résolut de s'embarquer dans une cartane, le chemin par terre étant devenu trop dangereux à cause des guerres civiles qui trou boient l'État. Le Patron du navire vint avant le jour l'avèrtir du départ. On déploya les voiles par un vent favorable. La tartane étoit pourvue de bons matelots, & ne renfermoit que fepe passagers ; parmi lesquels un jeune homme d'une figure très avantageuse couvroit de fon manteau une Dame pour la garantir du froid & de l'humidité de l'air. Les autres étoient deux femmes-dechambre & des acirmes du commun. A peine eut-on fait douze milles en mer, que le vent changea , & devint fi violent que les matelors ne pouvoient se servir de leurs rames, ni gouverner le petit bâtiment. Ildore engagea le Patron de débarquer à Porto! Fino; ce qu'il exécuta avec beaucoup de peine. Nos voyageurs se réfugièrent dans

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une auberge, où le noble Pavesan fit faire un grand feu, & apprêter un bon repas. Cependant le jeune homme & la Dame fe tenoient à l'écart , & fembłoient n'ofer se montrer. Il fallut les plus vives instances du Pavelän pour les engager de fe rendre à ses offres. Quel fut son étomemelit quand il vit la beauté de cerre Dame! Il conçut dès lors le plus vif intérêt pour ces aimables étranigers, & sut bientôt gagner leur confiance par ses foins obligeans. La mer continuoit d'être si orageuse qu'elle ne permettoit pas de se reinertre en voyage. En attendant, Isidore & l'étranger laissant la Damne avec l'hôresse & les gens de l'équipage, montèrent fur une éminence pour voir le spectacle inposant des Hots agirés. Alors le jeune homme jerant un profond foupir, dit au Prvesan:

Seigneur , l'érat déplorable ou je me trouve » avec mon épouse m'arriche en secret si de intes malheurs; mris j'espère en vous » les confiant mettie en sûreté Con honneuit » & 110s jours, inenacés des plus glauds dan► gers », Daignez, répondit Ilidore, me faire part de vos craintes & de vos infortunes, & comptež que j'emploirai mes rithesses, mes amis, ma vie mêmé, s'il le faut, à votre service. L'étranger encoutagé par des sentimens aulli généreux, lui dit : « Vous laurez donc que je suis le fils unique du Coinre de Tolingue. Je devins éperdument amoureux de Mélanie, fille du Marquis de Maguelonne. Je n'ai rien négligé pour obte-,

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nir sa main; inais une vieille inimitié qui Tübliste entre nos deux Maisons s'est toujours opposée aux succès de mes væux. Informé que, pour m'ôter tout espoir , ses parens avoient choisi pour son époux le Chevalier de Ramuse, qu'elle ne pouvoit souffrir, j'ai pris le parti, d'accord avec Mélanie, de l'enlever de chez son père , qui ne craignant rien de pareil , ne veilloit pas de fort près à fes actions. Une belle nuit, afliste de quatre de mes vallaux les plus affides, j'entrepris de la conduire en Picardie dans une Terre d'une de mes parentes, pour la soustraire aux persécutions de la famille. Avec le renfort de quelques amis bien montés, nous suivions notre route, lorsqu'au sortir d'un bois nous rencontrâmes le Comte de Rones, cousin de Mélanie, homme fier & violent, qui prétendoit aufli à la main, mais qu'elle avoit toujours reiecé. Il étoit accompagné de

gens à cheval; il avoit sans doute fait épier notre marche. Aussi-tôt qu'il nous apperçut : qu'on arrête, dit-il d'un ton impérieux, ces gens; je veux savoir qui ils sont , '& ils em mènent cette jeune personne. Nous fûines en même-tems investis de toutes parts. Perfuadé qu'avec ma foible escorte je ne peut'vois résister à tant de nionde, je crus mettre fin à cette aventure en déclarant qui nous étions , & notre dessein. Que je fus cruellement détrompé. Dès que le Comte de Rones entendit mon nom, devenu encore plus furieux, il s'écria : Traître! infâme rayilleur!

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