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BOIVIN & Cie, ÉDITEURS

3 et 5, rue Palatine (Vie)

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Boileau est le grand théoricien de l'art classique. A cet égard, il mérite une étude approfondie, que je diviserai en trois parts. Je chercheraid'abord quelles ont été ses idées générales sur la poésie; puis je ferai voir son rôle dans la querelle des anciens et des modernes, et les raisons qu'il a opposées à ses adversaires ; enfin, je passerai en revue ses idées particulières sur chacun des genres de l'art poétique. Il ne me restera plus alors qu'à appeler l'attention sur quelques préceptes relatifs à la métrique et à la versification françaises.

C'est un fait absolument acquis que Boileau a été le plus net, le plus formel, le plus convaincu de tous ceux qui ont soutenu que le fond de l'art littéraire est la raison. Mais sur ce mot « raison », il faut s'entendre; il n'y en a pas sur lequel on ait fait plus d'erreurs et de contresens volontaires ou involontaires. Il est certain que Malherbe est, lui aussi, un théoricien de la raison. Dans ses observations, il y a toujours un rappel au bon sens, une certaine défiance à l'égard des imaginations vagabondes. Mais Bileau est plus explicite ; il se rend compte davantage et il a plus conscience de ce qu'il enseigne. Un autre précurseur du critique en cette matière est l'homme qu'il a attaqué le plus, c'est-à-dire Chapelain. La préface de La Pucelle, qui est de 1656, date bien antérieure à celle de l'Art poétique, nous donne déjà les idées princi

(1) Voir l'année 1897-99 de la Revue,

pales de Boileau. Voyez, par exemple, ces lignes, qui ne manquent pas d'une certaine ingénuité :

« Comme le public n'est pas sensible aux véritables (1) beautés, comme il n'aime pas même les vrais ornements s'ils ne sont sans nombre et sans mesure, qu'il n'est charmé de rien tant que de l'ingéniosité affectée et immodérée de Lucain, et qu'il trouve presque insipide la sagesse et la magnificence de Virgile : j'ai pensé devoir faire en ce lieu ma déclaration, que c'est avec connaissance de cause que je me suis résolu à marcher sur les traces du dernier, reconnu de tous les temps pour le seul guide qui mène au Parnasse, pour le seul poète qui conserve le jugement dans la fureur, et pour le seul peintre capable de bien imiter la nature. » Tous ces mots sont à retenir : « ... l'ingéniosité affectée de Lucain » ; le trait pourrait bien être destiné à Brébeuf; mais il vient plutôt d'une réaction contre le précieux et le gongorisme. Raison, jugement, maitrise sur l'imagination, défiance à l'égard de cette faculté, imitation de la nature : nous voilà déjà dans les théories de l'école de 1660. Chapelain semble dire : j'ai recherché avant toutes choses la clarté et la précision, et j'ai voulu fuir les efforts de l'imagination. C'est bien la conception qui ramène la poésie, insensiblement, du côté de la prose, et qui, peu à peu, se dégagera de l'art classique.

Cependant cette préface n'a qu'un intérêt de curiosité. Il est besoin de la commenter pour faire voir tout ce qu'elle peut contenir. Revenons à Boileau lui-même.

La question demande beaucoup de prudence ; il est très difficile de ne pas exagérer. Nous notons trois stades dans l'explication de plus en plus élargie de la raison de Boileau. Ils sont marqués par Nisard, Taine et ce très distingué M. Emile Krantz, qui, dans son ouvrage sur l'Esthétique de Descartes (litre piquant), a prétendu définir l'esprit classique français.

Nisard nous dit : « L'esprit classique français, que je trouve exprimé et réalisé dans les grands écrivains du xvi1° siècle, est formulé dans Boileau : c'est la raison ; et par ce mot les hommes de la grande époque entendent une certaine faculté directrice de l'entendernent qui vise à répandre dans le monde des vérités salutaires. C'est, encore, un certain bon sens qui tient l'écrit pour un commencement d'acte, et qui, voulant l'acte bon, exige, par suite, de l'écrit certaines qualités raisonnables ». Cette interpréta

(1. Le public est sensible aux beautés de voiture, de Benserade, des précieux et des burlesques, c'est-à-dire aux qualités d'imagination et d'esprit. On le voit, ce ne sont pas celles-là que prises Chapelain.

tion de Nisard n'est assurément pas fausse, si l'on songe aux rap. ports très étroits que Boileau veut établir entre la littérature et la morale. Ce n'est pas mal comprendre l'esprit classique, encore que ce soit, à mon sens, en négliger certaines parties.

Taine, qui est l'élève de Nisard beaucoup plus qu'on ne croit et qu'il ne s'en est douté lui-même, nous dit à son tour : « La raison, principe essentiel de l'esprit classique français, c'est ce qui dégage de l'accidentel le permanent, du contingent le nécessaire, du particulier l'universel. Et les grands écrivains du xvi1e siècle procèdent, en effet, par analyses éliminatoires et par synthèses puissantes ; la cause de l'universalité de notre littérature est là, , – Voilà qui est très ingénieux; mais il ne faut pas aller plus loin, Or, Taine, à propos de chacun des classiques, prétend prouver qu'aucun d'eux n'a jamais peint l'individuel ni le particulier, jamais représenté par conséquent un être vivant. Cette idée est impliquée dans tous ses articles de critique. Il oublie ces quatre ou cinq portraits, – celui de la présidente Tardieu entre autres,

que nous avons rencontrés dans la Satire des Femmes. Il néglige toule l'oeuvre de La Bruyère, et il se trompe singulièrement en prétendant que le Néron de Racine est le tyran en soi et Joad le type universel de l'évêque. Bien au contraire, de tels personnages sont peints avec une intensité de vie et une minutie particulière de détails qui contribuent pour une grande part à leur beauté. J'aboutis, quant à moi, à une conclusion inverse : je dis que la littérature de 1660 a été une littérature de réalistes.

M, Krantz, élève de Taine, va plus loin encore que son maître. Il entend par raison, dans ce qui caractérise l'esprit classique français, rien moins que la raison pure au sens cartésien du mot, c'est-à-dire cette raison subjective, qui en nous se rend compte de la raison objective, laquelle réside dans un étre suprême, éternel, parfait, situé hors du temps et de l'espace. Voyons comment il s'exprime :

« On sait qu'il y a pour Descartes deux raisons : la raison objective et la raison subjective. La première n'est pas autre chose que la vérité suprême réalisée, en dehors de l'esprit humain, dans un être parfait. La seconde est la faculté de connaitre par intuition cet objet parfait, et, pour chaque homme, le privilège d'en posséder comme un exemplaire intérieur. Celle reproduction dans tous les esprits d'un même objet, avec une clarté qui peut devenir la inéme par l'application, assure l'accord et légalité des esprits. C'est ce a bon sens si bien partagé » par où Descartes commence sa philosophie. Or, puisque l'art classique vise à la

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