Page images
PDF
EPUB
[ocr errors]

se donne aujourd'hui pour 14, avec six mois de crédit ou 5 p. 100 d'escompte, et quand on en prend trois à la fois, l'escompte est de 15 p. 100. 14 livres sterling ou 350 francs, c'est encore beaucoup pour un rouleau, sans compter les frais de port qui peuvent être énormes, car c'est une lourde machine qui ne peut être traînée que par trois chevaux; il n'en est pas moins remarquable, pour quiconque la connaît, qu'on puisse la donner pour ce prix-là, surtout avec la hausse du fer.

On retrouvait à Glocester tous les instruments dont l'expérience de ces dernières années a prouvé l'utilité, et qui font partie aujourd'hui de toute ferme bien tenue : tels sont, avec le rouleau brise-mottes de Croskill, la herse de Norvége du même fabricant, qui coûte le même prix que son rouleau ; les semoirs de Garrett, qui sevendent jusqu'à 1,000 et 1,200 fr. ; la houe à cheval du même, du prix de 400 fr.; la charrue de Ransome, du prix de 100 fr.; le scarificateur de Biddell, de 500 fr. ; celui de Bentall, qui n'en coûte que 170 ; les machines à fabriquer les tuyaux de drainage, les hache-pailles, les coupe-racines, etc., etc. L'attention se détournait de ces excellents instruments, maintenant généralement connus, pour se porter sur les instruments nouveaux, comme un distributeur d'engrais exposé par Garrett, une machine fort compliquée fabriquée par le même pour éclaircir les turneps, et par-dessus tout, les machines à moissonner et les machines à vapeur. 12 machines à moissonner, 23 machines à vapeur, attestaient, par leur nombre et leur importance, l'intérêt qui s'attache aujourd'hui en Angleterre à ces nouveaux progrès de l'art agricole; tous les grands fabricants d'instruments aratoires avaient tenu à honneur d'envoyer leur contingent.

On sait le bruit que fit en 1851, lors de son apparition à l'exposition universelle, la machine américaine à moissonner de Marc-Cormick, venue du fond de l'Illinois. Je l'avais vue alors fonctionner dans une ferme près de Londres, et j'avais pu apprécier ce qu'elle avait à la fois d'ingénieux et d'incomplet. Parfaitement à sa place dans un pays comme l'Illinois, où la terre est pour rien et la main-d'oeuvre hors de prix, elle ne répondait pas encore suffisamment aux besoins d'un pays comme l'Angleterre, où la perfection du travail n'est pas moins à considérer que la promptitude; mais l'imagination des agronomes anglais avait été frappée du résultat obtenu : il était désormais évident qu'une machine à moissonner était possible, il ne s'agissait plus que de la perfectionner. Or, l'utilité d'une pareille machine devient de plus en plus sensible depuis que les troupes d'Irlandais faméliques qui venaient tous les ans couper les blés en Angleterre sont éclaircies et probablement bientôt seront supprimées par l'émigration, et que la demande croissante de travail pour le commerce, les manufactures et l'agriculture elle-même, fait monter les salaires en quelque sorte à vue d'ail.

On attache donc un grand prix au succès de la machine à moissonner, reaping machine. J'ai fait le voyage de Londres à Glocester avec de simples fermiers, non des millionnaires qui se ruinent à cultiver pour leur agrément, mais des cultivateurs praticiens ayant de lourdes rentes à payer, qui faisaient leurs cinquante lieues uniquement pour voir par eux-mêmes si le problème était résolu : tous disaient que la difficulté de trouver des moissonneurs devenait un sérieux embarras. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'ils étaient déjà munis de machines à battre, thrashing machines. Ces sortes d'instruments, qui coûtent en moyenne un millier de francs, sont maintenant très-répandus; il y en avait vingt-quatre à l'exposition de Glocester. Mes compagnons de voyage disaient qu'avec leur secours, ce qui coûtait autrefois des shillings s'obtenait aujourd'hui avec des pence, et ils espéraient bien que la machine à moissonner finirait un jour ou l'autre par leur donner les mêmes avantages. Je le souhaite, car ils m'avaient bien l'air de braves gens et tout entiers à leur affaire. Ils n'ont pas dit un mot pendant tout le voyagequi ne s'appliquât à des questions agricoles ; ils paraissaient fort au courant de tout ce qui se fait en culture d'un bout à l'autre de l'Angleterre, et doivent être des lecteurs assidus du Mark lane Express et du Farmer's Magazine.

Le prix de 20 souverains (500 francs) promis par la Société royale pour la meilleure reaping machine n'a pas encore été décerné ; on veut attendre l'époque de la moisson pour essayer sur place celles qui ont été envoyées au concours. On s'est borné à en choisir six sur douze pour les admettre à l'épreuve définitive. Celle qui parait avoir le plus de chances de l'emporter pour toutes sortes de raisons est celle dite de Bell. Au moment où la machine américaine de Mac-Cormick excitait la plus grande rumeur, il y a deux ans, on apprit tout à coup qu’un Ecossais nommé Bell avait déjà inventé un instrument du même genre et qu'on s'en servait obscurément dans une ferme depuis environ douze ans. De là une vive émotion dans toute la Grande-Bretagne. L'orgueil national, qui venait de subir plusieurs échecs de la part des Yankees, notamment dans la fameuse régate de l'ile de Whigt où un yacht américain avait si complétement battu l'élite des yachts anglais, s'est attaché à la machine de Bell pour l'opposer à celle de MacCormick et à toutes les autres qui sont venues d'Amérique depuis. Elle a déjà obtenu le prix de la Société d'agriculture d'Ecosse au dernier meeting de Perth, et le grand fabricant d'instruments aratoires du Yorkshire, William Crosskill, s'en étant emparé pour l'importer en Angleterre, elle y paraît destinée au même succès.

Outre son origine nationale, la machine de Bell paraît avoir une véritable supériorité sur ses rivales d'Amérique; elle est beaucoup plus chère, puisqu'elle coûle 42 livres sterl., tandis que celle de Hussey n'en coù le que 25, et de plus elle parait plus lourde ; mais elle n'emploie qu'un homme, tandis que les autres en exigent généralement deux. Outre le charretier qui conduit les chevaux, la machine de Mac-Cormick a besoin d'un ouvrier qui ramasse avec un râleau les épis sciés par l'appareil tranchant, tandis que dans celle de Bell cette besogne est faite par la machine elle-même. Quant à la précision du travail, on la dit plus grande, et c'était bien nécessaire; car la machine de Mac-Cormick, la seule que j'aie vue marcher, laissait encore beaucoup de paille et souvent beaucoup d'épis sur le sol. L'inventeur affirme que, dans sa pratique, elle moissonne

parfaitement 12 acres anglais ou près de cinq hectares de froment, orge ou avoine par jour : l'expérience décidera. Je n'essaie pas ici de la décrire; une description sans figures serait tout à fait inintelligible (1).

La société royale avait promis en même temps un prix de dix souverains pour la meilleure machine à faucher, mowing machine ; le prix n'a pas été donné, bien que onze instruments aient concouru : les juges n'ont pas trouvé que le résultat désirable fût suffisamment obtenu.

Arrivons aux machines à vapeur, steam engines. Voilà, plus encore que la machine à moissonner, la grande question actuelle de l'agriculture anglaise. Ici seulement la question change un peu de nature; pour le reaper, c'est la valeur même de l'instrument qui est en cause. Pour le steam engine, l'utilité n'est pas douteuse : toute la difficulté est dans le prix. Sous ce rapport même, le progrès est sensible. A l'exposition de Norwich, en 1849, la meilleure machine à vapeur pour les usages agricoles était celle de Garrelt, qui consommait 11,50 livres anglaises de charbon par cheval de vapeur et par heure. A Exeter, en 1850, Hornsby avait déjà réduit cette consommation à 7,56 livres. En 1851, à la grande exposition, le même la réduit à 6,79, et en 1852 à Lewes, à 4,66; cette année, c'est Clayton qui a obtenu le prix avec 4,32. Voilà en quatre ans une économie de près des deux tiers sur la consommation du charbon, et il est probable qu'on ne s'arrêtera

(1) C'est, en effet, la machine de Bell qui, après une expérience faite chez M. Pusey, président de la Société royale, a obtenu le. prix.

« PreviousContinue »