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plus grande partie du comté; 60 élèves y recevaient l’instruction théorique et pratique ; une ferme de 68 hectares, dirigée par un habile fermierécossais, étaitannexée à l'école. Une enquête spéciale avait constaté en 1843, dix-huit ans après sa fondation, que, soit par ses élèves, soit par ses exemples, Templemoyle avait heureusement influé sur l'agriculture locale. Dans tous les grands colléges de l'Irlande, on avait fondé des chaires d'agriculture; mais l'enseignement agricole n'avait pu suffire pour lutter contre la mauvaise organisation du travail : c'est une semence qui exige pour prospérer de bonnes conditions économiques. Ces conditions étant désormais possibles, le moment de donner utilement un grand essor à l'enseignement est arrivé; de tous côtés s'élèvent des fermes-écoles, chaque comté en possède plusieurs. On a organisé des cours nomades; de nouveaux missionnaires vont porter dans les plus pauvres villages la prédication agricole, on répand jusque dans les chaumières de petits livres à très-bon marché. Rien n'est épargné pour porter à la connaissance du peuple les deux ou trois principes qui sont la base de la bonne culture, la théorie des assolements, le bon emploi des engrais et amendements, l'art d'élever et d'engraisser le bétail.

Un des exemples les plus remarquables du nouveau système qui tend à s'établir est l'état actuel de l'immense propriété que possède dans le comté de Kerryun des hommes les plusjustement respectés de l'Angleterre, lord Lansdowne; cette terre n'a pas moins de 100,000 acres anglais ou 40,000 hectares : la plus grande partie en montagnes qui peuvent faire d'excellents pâturages,

mais qui ne sont pas également propres à la culture; un vingtième seulement de cette superficie, peut être cultivé avec avantage. Une population de plus de 16,000 âmes s'y était développée, et malgré les efforts persévérants du propriétaire, elle y vivait misérablement. Quand la famine est venue, un quart de cette population a péri, soit par la faim, soit par les maladies, sans qu'il ait été possible de la secourir; depuis, un autre quart a émigré. Grâce à l'argent qui arrive d'Amérique et aux avances que fait lord Lansdowne pour faciliter l'émigration, ce qui en reste de trop s'écoule avec une telle rapidité, que,

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peu de temps, elle pourrait bien être réduite des sept huitièmes, c'est-à-dire à 2,000 âmes seulement. On estime qu'il ne faut pas plus de bras pour la mettre en valeur. Les chaumières des anciens habitants, qui ne valaient pas 50 shillings chacune, tombent sous le marteau, et à leur place s'élèvent des maisons moins nombreuses, mais plus confortables, et construites cette fois par le propriétaire, pour les nouveaux tenanciers.

C'est toujours le système des cottiers, ou pelits fermiers, qui sera suivi chez lord Lansdowne, car encore un coup il ne paraît pas qu'il y en ait d'autre de possisible en grand; mais l'application de ce système promet d'être à l'avenir aussi avantageuse, soit pour le propriétaire, soit pour le tenancier, qu'elle a été jusqu'ici désastreuse pour tous. Au lieu de 3,000 fermes, il en faudrait en tout 400; l'étendue cultivée serait réduite à ce qui peut payer largement les frais de culture, c'est-à-dire à 5 ou 6 hectares par famille, ou 2,000 hectares en tout; le reste formera des pâturages où le bétail remplacera les hommes. C'est, comme on voit, le système suivi dans les Highlands, mais avec moins de rigueur, parce que le sol et le climat se prêtent mieux au travail de l'homme et à la nourriture du bétail. Le revenu de chaque famille sera au moins quadruplé, la rente du propriétaire montera dans une proportion analogue. La rente nominale de cette immense propriété est de 9,000 livres sterling ou 225,000 francs dont la taxe des pauvres prend encore près de la moitié. Pendant quelques années, la plus grande partie du reste sera absorbée par les secours donnés à l'émigration, par la construction des nouvelles maisons de ferme, l'achat de quelques instruments, la création de chemins et de clôtures, la multiplication du bétail ; mais à la fin, ces efforts passagers auront leur récompense. Il en sera de même partout où le propriétaire pourra faire des avances analogues.

Tout marche donc en Irlande vers une solution prochaine; dans ses desseins mystérieux, la Providence fait sortir quelquefois le bien de l'excès du mal.

Je termine ici la tâche que je m'étais imposée, de faire connaître sommairement l'économie rurale des trois royaumes. Ce que je viens de raconter de l'Irlande ne me paraît pas la moins utile des leçons qui ressortent de ce tableau. Si nous n'avons rien à y apprendre pour la bonne constitution de la culture, nous pouvons y voir les inconvénients et les dangers de la mauvaise. La France ne nous offre nulle part quelque chose d'absolument identique; l'état de guerre entre deux peuples, qui a fait le malheur de l'Irlande, ne se retrouve pas

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chez nous. Nous avons cependant plus d'un point de notre territoire où, pour d'autres causes, la même situation économique se produit, quoique avec moins d'intensité. Rien n'y manque, ni l'absenteism, ni le middleman, ni l'excès de la population rurale, ni la dette écrasante de la propriété, ni la misère du cultivateur, ni l'épuisement du sol. Nous venons de voir où conduit une pareille situation, quand elle est poussée à ses dernières limites. Apprenons par là à ne pas nous endor-: mir sur ces abîmes; sachons surtout nous garder de spéculer sur l'avilissement des salaires par la surabondance des bras; il n'y a pas de plus grande et plus fatale erreur. Les bonnes rentes ne sont durables qu'avec les bons salaires, de même que les bons salaires avec les bonnes rentes ; tout doit monter ou descendre à la fois. Augmenter les produits sans augmenter proportionnellement le nombre des hommes, et accroître ainsi l'aisance moyenne, voilà le dernier mot de la science économique, la solution des plus grandes difficultés sociales.

APPENDICE.

UN MEETING

DE LA SOCIÉTÉ ROYALE D’AGRICULTURE D'ANGLETERRE.

Lettre à M. le directeur de la Revue des Deux-Mondes.

Londres, 25 juillet 1853.

Permettez-moi, monsieur, d'interrompre un moment mes études commencées sur l'économie rurale en Angleterre, en Ecosse et en Irlande, pour vous adresser le récit d'un épisode récent qui se rattache à ce sujet : je veux parler du meeting annuel de la Société royale d'agriculture d'Angleterre, qui vient de se tenir à Glocester pour 1853, et auquel j'ai eu le plaisir d'assister.

La Société royale d'agriculture est, comme vous savez, une des plus importantes parmi ces associations libres qui se forment chez nos voisins pour satisfaire à tous les grands intérêts. Elle compte, parmi ses 5,000 membres, les hommes les plus considérables du pays en même temps que beaucoup de simples fermiers, world de très-grands services à l'agriculture nationale

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