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II

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION.

nous sommes entré; mais les voies avaient été si bien préparées par notre illustre Maître, qu'il nous a été facile de sortir de l'ornière de la vieille routine.

Il est bien probable cependant que notre travail laisse beaucoup à désirer. Mais si, malgré nos efforts, nous n'avons pas atteint le but, cet ouvrage n'en restera pas moins une utile production aux yeux de ceux qui s'intéressent encore aux saines doctrines de la philosophie.

DE CETTE TROISIÈME ÉDITION.

Lorsque nous eûmes revu avec soin, mon fils et moi, ce Traité de logique, lorsque nous lui eûmes fait subir de notables modifications, non quant aux principes sur lesquels il repose, et qui m'ont toujours paru inébranlables, mais quant à la forme et quant aux développements de certaines parties, il fut dit entre nous que cette troisième édition, ainsi préparée, améliorée et augmentée, ne serait point publiée de mon vivant. Je n'ignorais pas, cependant, que depuis plus de vingt ans il n'existait aucun exemplaire de cet ouvrage dans le commerce de la librairie. Mais quoique à regret j'en avais pris mon parti, et j'avais résolu de ne pas donner moi-même cette troisième édition que je venais de revoir avec mon fils; non que cet ouvrage n'eût eu le

que je pouvais raisonnablement désirer,

des motifs tout autres et sur lesquels je demande au lecteur la permission de garder le silence.

succès que mais pour

C'était donc à mon fils qu'était réservé le soin de publier cette troisième édition d'un traité devenu pour ainsi dire son euvre propre, autant par le temps qu'il y a consacré que par les changements et les nombreuses additions qu'il y a fait introduire.

Mais, comme dit le proverbe, l'homme propose et Dieu dispose. La Providence qui m'avait donné ce fils chéri, me l'a enlevé à la fleur de l'âge. Sa fin prématurée a été pour moi, pour ma fille et pour ma femme, un coup aussi foudroyant qu'imprévu.

Reçu bachelier ès lettres à l'âge de seize ans et quelques mois, bachelier ès sciences quatre mois après, mon fils avait pris toutes ses inscriptions à l'École de médecine, subi les trois examens de fin d'année, et passé le premier et le deuxième examen du doctorat, lorsque le lendemain de ce dernier examen, atteint d'une pleurésie double, il se mit au lit avec le frisson et succomba le dix-huitième jour de l'invasion de cette maladie, dans la vingt-troisième année de son age'.

Mon fils était un jeune homme doux, bienfaisant, plein de compassion pour les maux d'autrui. Il avait le cour noble et l'âme élevée. La grande distinction

DE CETTE TROISIÈME ÉDITION.

V

Cette cruelle séparation met fin à tout pour moi : elle renverse et détruit tous nos projets... L'espérance de le revoir un jour dans une vie meilleure, voilà désormais le seul rayon consolateur qui pénètre mon âme, et qui la soutient dans cette vie d'épreuves et de combats.

Du reste, il ne faut pas qu'en présence de carrières brusquement rompues, comme l'a été celle de mon fils, un jeune et noble cour s'arrête et se décourage. Rien ne doit ralentir dans

qui apparaissait dans tout son extérieur faisait qu'on ne l'oubliait pas après l'avoir vu. Son esprit, trèscultivé pour son âge, était uniquement dirigé vers l'étude des choses sérieuses : psychologie, logique, théodicée, physiologie, anatomie, thérapeutique, chimie, physique, histoire naturelle et botanique, il étudiait tout avec la même ardeur. Avide de savoir, il voulait tout approfondir.

Il a laissé des boîtes remplies de notes, rédigées d'après des observations faites au lit des malades, tant à l'Hôtel-Dieu qu'à l'hôpital Necker, pendant ses trois années d'externat, ou recueillies dans les différents ouvrages qui ont été successivement les objets de ses études.

Jamais une carrière aussi courte ne fut aussi honorablement remplie.

Neuf jours après sa mort, par décision de M. le

VI

AVERTISSEMENT DE CETTE TROISIÈME ÉDITION.

sa marche celui qu’un saint zèle anime pour

le soulagement des maux d'autrui. Et, malgré mon malheur domestique, félicitant moi-même tout jeune homme que je verrai s'acquitter avec zèle de ses devoirs, je lui adresserai volontiers l'encouragement qu'un chef de service de l'HôtelDieu, M. le docteur baron Pelletan de Kinkelin, qui s'intéressait à mon fils, lui adressait un jour :

« Macte novâ virtute, puer; sic itur ad astra'. »

(Énéide , liv. IX, v. 640.)

Directeur général de l'Assistance publique, prise sur le rapport de M. Dubost, secrétaire général de cette Administration, une médaille en bronze lui a été décernée « comme un témoignage du bon souvenir que » l'Administration conserve de son zèle dans l'exer» cice de ses fonctions et de son dévouement pour les » pauvres malades. » Décision du 6 décembre 1859. (Gazette des hôpitaux du 31 décembre 1859; Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie du 6 janvier suivant, et Gazette médicale du lendemain 7 janvier.)

1

« Courage, jeune homme, continuez à montrer le même zèle; c'est ainsi qu'on se rend immortel. »

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