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1. La création et le déluge étant passés , et Dieu ne devant plus détruire le monde, non plus que

le créer, ni donner de ces grandes marques de lui; il commença d'établir un peuple sur la terre, formé exprès, qui devoit durer jusqu'au peuple que le Messie formeroit par son esprit.

II. Dien , voulant faire paroitre qu'il pouvoit former un peuple saint d'une sainteté invisible, et lė remplir d'une gloire éternelle, a fait dans les biens de la nature ce qu'il devoit faire dans ceux de la grâce, afin qu'on jugeât qu'il pouvoit faire les choses invisibles , puisqu'il faisoit bien les visibles. Il a donc sauvé son peuple du déluge dans la personne de Noé; il l'a fait naître d'Abraham ; il l'a racheté d'entre ses ennemis, et l'a mis dans

le repos.

L'objet de Dieu n'étoit pas de sauver du déluge, et de faire naitre d'Abraham tout un peuple, simplement pour l'introduire dans une terre abondante. Mais comme la nature est une image de la grâce, aussi ces miracles visibles sont les images des invisibles qu'il vouloit faire.

III.

Une autre raison pour laquelle il a formé le peuple juif, c'est qu'ayant dessein de priver les siens des biens charnels et périssables, il vouloit montrer par tant de miracles, que ce n'étoit pas par impuissance.

Ce peuple étoit plongé dans ces pensées terrestres, que Dieu aimoit leur père Abraham, sa chair et ce qui en sortiroit; et que c'étoit pour cela qu'il les avoit multipliés, et distingués de tous les autres peuples, sans souffrir qu'ils s'y mêlassent; qu'il les avoit retirés de l'Égypte avec tous ces grands signes qu'il fit en leur faveur; qu'il les avoit nourris de la manne dans le désert; qu'il les avoit menés dans une terre heureuse et abondante; qu'il leur avoit donné des rois, et un temple bien bâti , pour y offrir des bêtes , et pour y être puri

ar l'effusion de leur sang; et qu'il devoit leur envoyer le Messie , pour les rendre maîtres de tout le monde.

Les Juifs étoient accontumés aux grands et éclat tants miracles; et n'ayant regardé les grands coups de la mer Rouge et la terre de Chanaan que comme un abrégé des grandes choses de leur Messie, ils attendoient de lui encore des choses plus éclatantes , et dont tout ce qu'avoit fait Moise ne fût que l'échantillon.

Ayant donc vieilli dans ces erreurs charnelles , Jésus-Christ est venu dans le temps prédit, mais pas

dans l'éclat attendu; et ainsi ils n'ont pas

fiés

non

pensé que ce fut lui. Après sa mort, saint Paul est venu apprendre aux hommes que toutes ces choses étoient arrivées en figures'; que le royaume de Dieu n'étoit pas dans la chair , mais dans l'esprit; que les ennemis des hommes n'étoient pas les Babyloniens, mais leurs passions ; que Dieu ne se plaisoit pas aux temples faits de la main des hommes, mais dans un coeur pur et humilié; que la circoncision du corps étoit inutile , mais qu'il falloit celle du cour, etc.

IV. Dieu n'ayant pas voulu découvrir ces choses à ce peuple qui en étoit indigne, et ayant voulu néanmoins les prédire , afin qu'elles fussent crues, en avoit prédit le temps clairement, et les avoit même quelquefois exprimées clairement, mais ordinairement en figures ; afin que ceux qui aimoient les choses ' figurantes, s'y arrêtassent, et que ceux qui aimoient les ? figurées, les y vissent. C'est ce qui a fait qu'au temps du Messie les peuples se sont partagés : les spirituels l'ont reçu, et les charnels, qui l'ont rejeté, sont demeurés pour lui servir de témoins.

V. Les Juifs charnels n'entendoient ni la grandeur,

* C'est-à-dire , les choses charnelles qui servoient de figures.

2 C'est-à-dire, les vérités spirituelles figurées par les choses charnelles.

ni l'abaissement du Messie prédit dans leurs prophétics. Ils l'ont méconnu dans sa grandeur, comme quand il est dit que le Messie sera seigneur de David , quoique son fils; qu'il est avant Abraham, et qu'il l'a vu. Ils ne le croyoient pas si grand, qu'il fût de toute éternité. Et ils l'ont méconnu de même dans son abaissement et dans sa mort. Le Messie , disoient-ils , demeure éternellement, et celui-ci dit qu'il mourra. Ils ne le croyoient donc ni mortel , ni éternel : ils ne cherchoient en lui qu'une grandeur charnelle.

Ils ont tant aimé les choses figurantes , et les ont si uniquement attendues , qu'ils ont méconnu la réalité, quand elle est venue dans le temps et en la manière prédite.

VI.

Ceux qui ont peine à croire, en cherchent uu sujet en ce que les Juifs ne croient pas. Si cela étoit si clair, dit-on, pourquoi ne croyoient-ils pas ? Mais c'est leur refus même qui est le fondement de notre croyance. Nous y serions bien moins disposés , s'ils étoient des nôtres. Nous aurions alors un bien plus ample prétexte d'incrédulité et de défiance. Cela est admirable, de voir des Juifs grands amateurs des choses prédites, et grands ennemis de l'accomplissement, et que cette aversion même ait été prédite?

* Et qu'Abraham l'a vu.

VII.

Il falloit que, pour donner foi au Messie, il y eût des prophéties précédentes , et qu'elles fussent portées par des gens non suspects, et d'une diligence, d'une fidélité et d'un zèle extraordinaire, et connu de toute la terre.

Pour faire réussir tout cela, Dieu: a choisi ce peuple charnel , auquel il a mis en dépôt les prophéties qui prédisent le Messie comme libérateur et dispensateur des biens charnels que ce peuple aimoit; et ainsi il a eu une ardeur extraordinaire pour ses prophètes , et a porté à la vue de tout le monde ces livres ou le Messie est prédit : assurant toutes les nations qu'il devoit venir , et en la manière prédite dans leurs livres, qu'ils tenoient ouverts à tout le monde. Mais étant déçus par l'avénement ignominieax et pauvre du Messie , ils ont été ses plus grands ennemis. De sorte que voilà le peuple du monde le moins suspect de nous favoriser, qui fait pour nous; et qui, par le zèle qu'il a pour sa loi et pour ses prophètes , porte et conserve avec une exactitude incorruptible, et sa condamnation , et nos preuves.

VIII.

Ceux qui ont rejeté et crucifié Jésus-Christ, qui leur a été en scandale , sont ceux qui portent les livres qui témoignent de lui, et qui disent qu'il sera rejeté et en scandale. Ainsi ils ont marqué que c'étoit lui en le refusant; et il a été également

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