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a dépensé déjà 150,000 livres ou près de 4 millions de francs; en 1853, il n'avait que 100 acres en récoltes vertes ; en 1856, il en a eu 2,000 et 3,000 en blé. (Revue d'Édimbourg, numéro de juillet 1837.)

Le dernier concours de Waterford a montré que la race améliorée de Durham se répand en Irlande, ce qui est le signe le plus sûr d'une culture progressive.

Au milieu de cette prospérité, deux grandes crises viennent d'éclater, qui, bien qu'étrangères en apparence à l'agriculture, auront cependant leur retentissement dans le monde rural, car tout s'enchaine pour le mal comme pour le bien.

L'Angleterre s'était laissé aller dans l'Inde à l'esprit de conquête et d'usurpation ; elle en porte aujourd'hui la peine. Les moyens dont elle disposait étaient peu en rapport avec la grandeur de l'entreprise; car elle gouvernait 200 millions de sujets hindous ou musulmans avec 40,000 soldats européens, tandis que nous en employons le double pour contenir en Afrique une population cent fois moindre. C'était un peu trop compter sur la supériorité de race et de civilisation. Elle châtiera sans aucun doute les Cipayes révoltés; mais essayera-t-elle de rétablir exactement sur le même pied sa domination ébranlée? On doit en douter, dans son propre intérêt. Elle a eu jusqu'ici cet heureux privilège, qu'elle a pu se soustraire à l'immense appareil de guerre qui épuise les nations du continent, elle doit à cette circonstance une partie de ses progrès agricoles, industriels et commerciaux; il serait désastreux pour elle d'y renoncer. Tout annonce donc qu'elle se bornera désormais à embrasser dans l'Inde ce qu'elle pourra étreindre avec l'organisation traditionnelle de son armée, modifiée peut-être dans quelques détails, mais non dans ses bases essentielles, et qu'elle continuera à ménager ses capitaux et ses hommes pour les appliquer à des travaux productifs, soit chez elle, soit dans ses colonies : là est le véritable principe de sa puissance, elle est trop habile pour y porter atteinte.

Une de ces crises commerciales qui reviennent malheureusement à des époques périodiques dans tous les grands États producteurs, a suivi de près l'insurrection des Cipayes. Là aussi, la robuste constitution britannique a résisté avec énergie à la secousse, qui lui est venue en grande partie d'Amérique. La banque d'Angleterre a tenu tête à l'orage, mais les banques d'Écosse et leurs analogues, les joint stock banks des provinces d'Angleterre, ont été fortement ébranlées ; quelques-unes ont succombé. On attribue leur chute à la quantité des dépôts qu'elles reçoivent et dont elles payent l'intérêt. Il serait imprudent de se prononcer d'avance sur cette question, qui va faire l'objet d'une de ces grandes enquêtes publiques, l'honneur et la force des institutions libres ; mais il est bien à désirer que, si la constitution des banques de province doit être modifiée dans un sens plus restrictif, l'agriculture n'y perde pas une de ses ressources, car ces banques et leurs succursales pretaient toutes aux cultivateurs.

RAPPORT PRÉSENTÉ

A MONSIEUR

LE SECRÉTAIRE DU BOARD

OF TRADE

sur la statistique agricole du Royaume-Uni en 1880.

La statistique agricole de la Grande-Bretagne pour l'an-
née 1880 a été recueillie, ainsi que les années précédentes,
par les soins de l'Inland-Revenue Department pour la
Grande-Bretagne et ceux des autorités locales pour l'île de
Man et les iles de la Manche.

L'opération a eu lieu le 4 juin, au lieu du 25 du même
mois, comme cela s'est fait depuis 1877. Le résumé ordi-
naire a été publié dans les journaux le 17 août, on y a fait
depuis une légère addition. Le présent travail est complet
jusqu'à la fin de septembre, comme on a pu le faire depuis
que la date de l'enquête a été avancée.

Ce département doit encore remercier les cultivateurs de
la Grande-Bretagne pour l'empressement avec lequel ils
fournissent chaque année les renseignements qui leur sont
demandés. La surface en culture, à défaut de ces renseigne-
ments, a été estimée par les employés de l'Inland-Revenue
à 1,640,571 acres (*) (663,775 hectares). C'est une légère
augmentation sur 1879, mais toujours une diminution con-
sidérable en comparaison des années précédentes qui don-
naient pour 1878:1,768,703 acres (715,617 hectares) et pour
1877: 2,036,931 acres (824,142 hectares). De l'étendue ainsi
évaluée, 2 p. 100 seulement se trouvent en Écosse, où la

(*) L'acre anglais équivaut à 40 ares 46 centiares et le quarter à 2 hec-
tolitres 90 litres.

superficie moyenne des exploitations pour lesquelles il n'y a pas de renseignements, et qui nécessitent par conséquent une estimation, varie entre 6 et 7 acres (2 hectares 42 ares et 2 hectares 83) seulement. En Angleterre chacun des cultivateurs qui se refusent d'obliger le Board of Trade à cet égard exploite en moyenne 145 acres (58 hectares 66 ares).

Dans la Grande-Bretagne on a obtenu des réponses de 554,058 cultivateurs, et de 5,001 éleveurs ou nourrisseurs ; en regard de 1879, c'est une diminution de 765 pour les premiers, de 221 seulement pour les autres. Les variations dans les différents comtés sont souvent rapportées par les agents comme dues à une dépression dans l'agriculture. Dans certains cas des exploitations vacantes ont été déclarées par le propriétaire ou ajoutées temporairement à d'autres fermes, ce qui toujours réduisait le nombre des cultivateurs; dans d'autres, au contraire, de grandes fermes ne trouvant pas d'amateurs ont été subdivisées.

On a pu dresser cette année un tableau des exploitations d'après leur étendue et leur cheptel, ce qui permet de constater les changements survenus sous ce rapport depuis 1875, époque du dernier travail de cette nature. Ce sont surtout les détenteurs de bétail qui ont diminué en nombre : en 1873 il y en avait 6,000; l'observation plus stricte des règlements de police sur les porcheries et les vacheries, d'un côté; de l'autre, les facilités plus grandes données par les chemins de fer pour l'approvisionnement en lait ont amené ce résultat.

Selon l'habitude on a mis en évidence quels étaient pour l'Irlande et pour tout le Royaume-Uni les chiffres correspondant à ceux que l'on avait obtenus pour la Grande-Bretagne. Les chiffres relatifs à l'Irlande ont été gracieusement mis à la disposition du Board of Trade par le Registrar-general de ce pays. Nous l'avons dit déjà dans les rapports précédents, on s'est adressé pour la Grande-Bretagne à tous les cultivateurs n'exploitant pas moins du quart d'un acre (10 ares), et aux nourrisseurs n'ayant pas un morceau de terre, tandis que l'on n'a tenu aucun compte des porcs

élevés par les valets de ferme, non plus que de ceux qu'on élève dans les villes. On a procédé d'autre façon en Irlande où les agents enregistrent eux-mêmes, après avoir interrogé les cultivateurs. Là toutes les exploitations sont relevées, si minimes soient-elles, voire même les potagers. Il ne faut pas l'oublier quand on rapproche les données statistiques des deux iles.

La totalité des terres arables enregistrées en 1880 comprenant emblaves de toute sorte, jachères mortes et prairies, monte à 32,102,000 acres (12,983,469 hectares) pour la Grande-Bretagne. Pour l'Irlande, le Registrar-general assure un total de 15,358,000 acres (6,203,846 hectares); pour l'île de Man et les îles de la Manche les totaux sont respectivement 97,000 acres (39,246 hectares) et 30,000 acres (12,138 hectares.) Ainsi pour l'ensemble du Royaume-Uni la surface exploitée en excluant les landes, les pâtis de montagne, les bois et plantations a été, en 1880 de 47,587,000 acres. (19,253,700 hectares.)

Dans les remarques qui vont suivre je m'attacherai d'abord aux chiffres relatifs à la seule Grande-Bretagne, la comparaison avec ceux qui regardent l'Irlande viendra plus tard.

Pour la Grande-Bretagne la surface exploitée s'est accrue de 126,000 acres (50,980 hectares) depuis 1879, et l'accroissement décennaldepuis 1870 n'est pas moindre de 1,694,000 acres (685,392 hectares) soitune étendue supérieure à celle du Devonshire. Sur cette augmentation, les 2 tiers environ ou 1,187,000 acres (480,260 hectares) appartiennent à l'An. gleterre, 220,000 acres (89,012 hectares) au pays de Galles, et 287,000 acres (116,110 hectares) à l'Écosse. D'ailleurs, on l'a déjà dit dans les autres rapports, une grande partie de cette augmentation doit être mise au compte de la plus grande correction des statistiques récentes qui ont évité les erreurs provenant de l'emploi de mesures locales comme les acres d'Écosse et du Lancashire, et de l'omission de fermes très reculées. En l'absence d'un cadastre complet, il doit toujours régner une grande incertitude chez les

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