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FRANCE

Rente du propriétaire.....
Bénéfice de l'exploitant..
Impôts.......
Frais accessoires.
Salaires...

Total..

30 fr. par hectare.
10
ວ້.

5
50
100

ANGLETERRE (valeur nominale).
Rente du propriétaire.... 75 fr. par hectare.
Bénéfice du fermier..... 40
Impôts.....

25
Frais accessoires, .

50 Salaires...

60 250 fr.

Total......

Et avec la réduction de 20 pour 100.

.

Rente.....
Bénéfice.
Impôts...
Frais..
Salaires..

60 fr. par hectare.
32
20
40

48
Total....... 200 fr.

Toutes les parties prenantes, sauf le salaire, avaient donc une part plus grande en Angleterre qu'en France; même en réduisant tous les prix, la renle était double, le bénéfice plus que triple, l'impôt quadruple ; le salaire lui-même, quoique égal ou à peu près en quantité absolue, était relativement un peu plus élevé. Le reste du Royaume-Uni offrait des résultats moins satisfaisants, mais presque toujours supérieurs aux nôtres.

Tels sont les faits, ou du moins tels ils étaient avant 1848. Les changements survenus depuis, soit en France, soit dans le Royaume-Uni, ont été considérables, surtout chez nos voisins, où une révolution plus légitime, plus réfléchie et surtout plus féconde que notre révolution de 1848, s'est accomplie paisiblement, pendant

que nous remontions avec effort la pente de l'abîme où nous nous étions jetés. Quelque chose de pareil à ce qui s'est passé en France et en Angleterre de 1790 à 1808, s'est reproduit pendant ces cinq années, si stérilement pénibles pour nous, si utilement actives pour eux. Pendant que nous posions bruyamment beaucoup de questions sans les résoudre, ils les résolvaient sans les poser, el nous sommes sortis les uns et les autres de l'épreuve, eux fortifiés et nous affaiblis.

Avant de raconter cette crise respective qui a augmenté encore la distance déjà si grande que nous venons de constater, il importe de rechercher les causes de la supériorité agricole des Anglais avant 1848 ; elles dérivent de l'histoire et de l'organisation entière de deux pays. La condition agricole d'un peuple n'est pas un fait isolé, c'est une part du grand ensemble. La responsabilité de l'état imparfait de notre agriculture ne revient pas à nos cultivateurs exclusivement; son progrès ultérieur ne dépend pas uniquement d'eux, ou, pour mieux dire, ce n'est pas en fixant leurs regards sur le sol qu'ils peuvent se rendre tout à fait compte des phénomènes qu'il présente, mais en essayant de remonter aux lois générales qui régissent le développement économique des sociétés.

Jusqu'à présent, ces sortes d'études ont été peu de leur goût ; il les repoussent à peu près d'un commun accord, comme inutiles et dangereuses pour les praticiens; je crois qu'ils se trompent, et j'espère le leur prouver. Il n'y a pas de bonne pratique agricole sans une bonne situation économique, l'une est l'effet, l'autre la cause.

CHAPITRE VII

Constitution de la propriété.

On attribue assez généralement la supériorité de l'agriculture anglaise à la grande propriété ; cette opinion est vraie à certains égards, mais il ne faut pas la pousser

trop loin.

D'abord, il n'est pas exact que la propriété soit aussi concentrée en Angleterre qu'on se l'imagine communément. Il y a sans doute dans ce pays d'immenses fortunes territoriales ; mais ces fortunes, qui frappent les regards de l'étranger et même du régnicole, ne sont pas les seules. A côté des colossales possessions de la noblesse proprement dite, se montrent les domaines plus modestes de la gentry. Dans la séance de la Chambre des communes du 19 février 1850, M. Disraëli a affirmé, sans être contredit, qu'on pouvait compter dans les trois royaumes 250,000 propriétaires fonciers. Or, comme le sol cultivé est en tout de 20 millions d'hectares, c'est une moyenne de 80 hectares par famille, et, en ajoutant les terrains incultes, de 120. Le même orateur, en évaluant, comme nous, à 68 millions sterling ou 1,500 millions de francs le revenu net de la propriété rurale, a trouvé, à raison de 250,000 coparta

geants, une moyenne de 6,000 francs de rente, soit 4,800 en valeur réduite.

Il est vrai que, comme toutes les moyennes, celle-ci ne donne qu'une idée fort incomplète des faits. Parmi ces 250,000 propriétaires, il en est un certain nombre, 2,000 tout au plus, qui ont à eux seuls un tiers des terres et du revenu total, et, dans ces 2,000, il en est 50 qui ont des fortunes de princes. Quelques-uns des ducs anglais possèdent des provinces entières et ont des millions de revenu. Les autres membres de la pairie, les baronnets d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, les grands propriétaires qui ne font pas partie de la noblesse, s'échelonnent à leur suite. En partageant entre ces 2,000 familles 10 millions d'hectares et 500 millions de revenu, on trouve 5,000 hectares et 250,000 francs de rente par famille.

Mais plus la part de l'aristocratie est considérable, plus celle des propriétaires du second ordre se trouve réduite. Ceux-là, cependant, possèdent les deux tiers du sol, et jouent conséquemment dans la constitution de la propriété anglaise un rôle deux fois plus important. Leur lot moyen tombe à 80 hectares environ, et leur revenu foncier à 4,000 francs ; en appliquant à ce revenu la réduction de 20 pour 100, il n'est plus que

de 3,200. Comme il y a nécessairement beaucoup d'inégalité parmi eux, on doit en conclure que les propriélés de 1,000,2,000, 3,000, francs de rente, ne sont pas aussi rares en Angleterre qu'on le croit; c'est, en effet, ce qu'on trouve quand on y regarde de près.

Un autre préjugé, qui repose également sur un fait vrai, mais exagéré, c'est la persuasion où l'on est que la propriété foncière ne change pas de mains en Angleterre. Si la propriété y est beaucoup moins mobile que chez nous, elle est loin d'être absolument immobilisée.

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Certaines terres sont frappées de substitutions ou autres droits, mais le plus grand nombre est libre. Il ne faut que parcourir les immenses colonnes d'annonces des journaux quotidiens, ou entrer un moment dans un de ces offices pour les ventes des immeubles si nombreux à Londres et dans toutes les grandes villes, pour rester convaincu de ce fait, que les propriétés rurales de 50 à 500 ares, c'est-à-dire de 20 à 200 hectares, ne sont pas rares en Angleterre, et qu'il s'en vend journellement.

Dans les journaux, ces annonces sont généralement rédigées ainsi : A vendre, une propriété de tant d'acres d'étendue, louée à un fermier solide, substantial, avec une résidence élégante et confortable, un bon ruisseau à truites, une belle chasse, des jardins potagers et d'agrément, à proximité d'un chemin de fer et d'une ville, dans un pays pittoresque, etc. Dans les offices, on vous montre, en outre, un plan de la terre, et une vue peinte assez bien faite, de la maison et de ses alentours. C'est toujours un joli bâtiment presque neuf, parfaitement entretenu, avec des ornements extérieurs d'assez mauvais goût, mais d'une disposition intérieure simple et commode, au milieu d'une pelouse plus ou moinsgrande, avec des bouquets d'arbres à droite et à gauche, et quelques vaches qui paissent sur le premier plan. Il y a deux cent mille résidences de ce genre réparties sur la verte surface des Iles-Britanniques.

Malgré le goût très vif des Anglais pour la possession de la terre, qui les porte tous à devenir landlords dès qu'ils le peuvent, le prix des propriétés rurales n'est pas plus élevé qu'en France, proportionnellement au revenu. On achète généralement à raison de trente fois la rente, c'est-à-dire sur le pied d'environ 3 pour 100. Dès qu'un homme un peu enrichi dans les affaires a

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