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Pour parvenir à ce dessein et rompre toutes ses cours faisoit l'effet qu'il s'étoit proposé. Et cette mahabitudes, il changea de quartier et fut demeurernière d'écrire naturelle, naive et forte en même quelque temps à la campagne; d'où étant de retour, temps, lui étoit si propre et si particulière , qu'aussiil témoigna si bien qu'il vouloit quitter le monde, tôt qu'on vit paroitre les Lettres au Provincial, on vit qu'enfin le monde le quitta; et il établit le réglement bien qu'elles étoient de lui, quelque soin qu'il ait de sa vie dans cette retraite sur deux maximes prin- toujours pris de le cacher, même à ses proches. Ce cipales, qui furent de renoncer à tout plaisir et à fut dans ce temps-là qu'il plut à Dieu de guérir ma toutes superiluités; et c'est dans cette pratique qu'il fille d'une fistule lacrymale qui avoit fait un si grand a passe le reste de sa vie. Pour y réussir, il commença progrès dans trois ans et demi, que le pus sortoit dès-lors, comme il fit toujours depuis, à se passer non seulement par l'ail, mais aussi par le nez et par du service de ses domestiques autant qu'il pouvoit. la bouche. Et celle fistule étoit d'une si mauvaise Il faisoit son lit lui-même, il alloit prendre son diner qnalité, que les plus habiles chirurgiens de Paris la à la cuisine et le portoit à sa chambre, il le rappor- jugeoient incurable. Cependant elle fut guérie en un toit, et enfin il ne se servoit de son monde que pour moment par l'attouchement d'une sainte épine', et faire sa cuisine , pour aller en ville, et pour les au- ce miracle fut si authentique, qu'il a été avoué de tres choses qu'il ne pouvoit absolument faire. Tout tout le monde, ayant été attesté par de très grands son temps étoit employé à la prière et à la lecture de médecins et par les plus habiles chirurgiens de l'Ecriture sainte : et il y prenoit un plaisir incroya- France, et ayant été autorisé par un jugement soble. Il disoit que l'Ecriture sainte n'étoit pas une

lennel de l'Eglise. science de l'esprit, mais une science du cæur, qui! Mon frère fut sensiblement touché de cette grace n'étoit intelligible que pour ceux qui ont le cæur qu'il regardoit comme faite à lui-même, puisque c'é droit , et que tous les autres n'y trouvent que de toit sur une personne qui, outre sa proximité, étoit l'obscurité.

encore sa fille spirituelle dans le baptême; et sa conC'est dans cette disposition qu'il la lisoit, renon- solation fut extrême de voir que Dieu se manifestoit çant à toutes les lumières de son esprit; et il s'y étoit si clairement dans un temps où la foi paroissoit si fortement appliqué, qu'il la savoit toute par cæur;

comme éteinte dans le cour de la plupart du monde. de sorte qu'on ne pouvoit la lui citer à faux; car La joie qu'il en cut fut si grande , qu'il en étoit pélorsqu'on lui disoit une parole sur cela, il disoit po- netré; de sorte qu'en ayant l'esprit tout occupé, sitivement : Cela n'est pas de l'Ecriture sainte, ou Dieu lui inspira une infinité de pensées admirables cela en est; et alors il marquoit précisément l'endroit. sur les miracles’, qui, lui donnant de nouvelles luIl lisoit aussi tous les commentaires avec grand soin; mières sur la religion, lui redoublèrent l'amour et le car le respect pour la religion où il avoit été élevé dès respect qu'il avoit toujours eus pour elle. sa jeunesse étoit alors changé en un amour ardent Et ce fut cette occasion qui fit paroître cet exet ensible pour toutes les vérités de la foi; soit pour trême desir qu'il avoit de travailler à résuter les princelles qui regardent la soumission de l'esprit, soit cipaux et les plus faux raisonnements des athées. Il pour celles qui regardent la pratique dans le monde, les avoit étudiés avec grand soin , et avoit employé à quoi toute la religion se termine; et cet amour le tout son esprit à chercher tous les moyens de les conportoit à travailler sans cesse à détruire tout ce qui vaincre. C'est à quoi il s'étoit mis tout entier. La se pouvoit opposer à ces vérités.

dernière année de son travail a été toute employée à Il avoit une eloquence naturelle qui lui donnoit recueillir diverses pensées sur ce sujet : mais Dieu, une facilité merveilleuse à dire ce qu'il vouloit ; mais qui lui avoit inspiré ce dessein et toutes ses pensées, il avoit ajouté à cela des règles dont on ne s'étoit n'a pas permis qu'il l'ait conduit à sa perfection, pas encore avisé, et dont il se servoit si avantageuse pour des raisons qui nous sont inconnues '. ment, qu'il étoit maître de son style; en sorte que non-seulement il disoit tout ce qu'il vouloit , mais il

1 Cette sainte épine est au Port-Royal du faubourg Saint-Jacle disoit en la manière qu'il le vouloit, et son dis-ques, à Paris.

2 Voyez les Pensées de Pascal.

3 Telle est l'origine du beau livre que les éditeurs ont intitulé court, mais plein d'originalité et de génic. Les problèmes dont | Pensées. Ces pensées étoient écrites sans ordre sur des feuilles Pascal y donne la solution consistent à sommer les nombres détachées. Les solitaires de Port-Royal les recueillirent dans naturels triangulaires pyramidaux, et à trouver aussi les som- une première édition bien incomplète, en 1670. Depuis, le père mes de leurs quarrés et de toutes leurs puissances. Les formules Desmolets, de l'Oratoire, réunit en un petit volume supplémendonnées par Pascal ont cela d'important, qu'elles conduisent à laire toutes les pensées supprimées. Enfin une édition plus comcelles du binome de Newton, lorsque l'exposant du binome est plėte fut publiée à Paris en 1687, 2 volumes in-12, avec la vie positif et entier. (Voyez à ce sujet l'Éloge de Pascal par Con- de Pascal par Mme Périer, un discours de Dubois sur les dorcet.) (A. M.)

Pensées, et un autre discours sur les preuves des livres de affoiblis de Pascal croyoient voir s'ouvrir sous ses pas, n'étoit

Cependant l'éloignement du monde qu'il prati- | ce qu'il vivoit lui-même de la manière qu'il conseilquoit avec tant de soin n'empêchoit point qu'il ne loit aux autres de vivre. vit souvent des gens de grand esprit et de grande Voilà comme il a passé cinq ans de sa vie, depuis condition, qui, ayant ces pensées de retraite, deman- trente ans jusqu'à trente-cinq': travaillant sans cesse doient ses avis et les suivoient exactement; et d'au- pour Dieu, pour le prochain et pour lui-même, en tres qui étoient travaillés de doutes sur les matières tâchant de se perfectionner de plus en plus; et on de la foi, et qui , sachant qu'il avoit de grandes lu- pouvoit dire en quelque façon que c'est tout le temps mières là-dessus, venoient à lui le consulter, et s'en re- qu'il a vécu; car les quatre années que Dieu lui a tournoient toujours satisfaits; de sorte que toutes ces données après n'ont été qu'une continuelle lanpersonnes qui vivent présentement fort chrétienne- gueur. Ce n'étoit pas proprement une maladie qui ment témoignent encore aujourd'hui que c'est à ses fût venue nouvellement, mais un redoublement des avis et à ses conseils, et aux éclaircissements qu'il grandes indispositions où il avoit été sujet dès sa jeuleur a donnés, qu'ils sont redevables de tout le bien nesse. Mais il en fut alors attaqué avec tant de vioqu'ils font.

lence, qu'enfin il y est succombé; et durant tout ce Les conversations auxquelles il se trouvoit souvent temps-là il n'a pu en tout travailler un instant à ce engagé, quoiqu'elles fussent toutes de charité, ne grand ouvrage qu'il avoit entrepris pour la religion, laissoient pas de lui donner quelque crainte qu'il ne ni assister les personnes qui s'adressoient à lui pour s'y trouvât du péril; mais comme il ne pouvoit avoir des avis, ni de bouche ni par écrit : car ses pas aussi en conscience refuser le secours que les maux étoient si grands, qu'il ne pouvoit les satispersonnes lui demandoient, il avoit trouvé un re- faire, quoiqu'il en eût un grand desir. mède à cela. Il prenoit dans les occasions une cein- Ce renouvellement de ses maux commença par un ture de fer pleine de pointes , il la mettoit à nu sur sa mal de dents qui lui ôta absoluinent le sommeil. chair; et lorsqu'il lui venoit quelque pensée de vanité Dans ses grandes veilles il lui vint une nuit dans l'esou qu'il prenoit quelque plaisir au lieu où il étoit, ou prit sans dessein quelques pensées sur la proposition quelque chose semblable, il se donnoit des coups de de la roulette. Cette pensée étant suivie d'une autre, coude pour redoubler la violence des piqûres, et se et celle-ci d'une autre , enfin une multitude de penfaisoit ainsi souvenir lui-même de son devoir. Cette sées qui se succédèrent les unes aux autres, lui dépratique lui parut si utile, qu'il la conserva jusqu'à couvrirent comme malgré lui la démonstration de la mort, et même dans les derniers temps de sa vie, toutes ces choses dont il fut lui-même surpris'. Mais où il étoit dans des douleurs continuelles, parcequ'il comme il y avoit long-temps qu'il avoit renoncé à ne pouvoit écrire ni lire; il étoit contraint de demeurer sans rien faire et de s'aller promener. Il éloit

« C'est dans cet intervalle, en 1654, que lui arriva le malheudans une continuelle crainte que ce manque

d'occu

reux accident qui opera cette révolution dans ses idées, et dé

termina son amour pour la retraite et pour les pratiques les plus pation ne le détournât de ses vues. Nous n'avons su

rigoureuses de la pénitence. Il alloit se promener du côté du toutes ces choses qu'après sa mort et par une per- pont de Neuilly, dans un carrosse à quatre chevaux, suivant l'usonne de très grande vertu qui avoit beaucoup de

sage du temps. Quand il fut près du pont, les deux premiers confiance en lui, à qui il avoit été obligé de le dire

chevaux prirent le mors aux dents et se précipitèrent dans la

rivière; heureusement les traits se rompirent et la voiture resta pour des raisons qui la regardoient elle-même. sur les bords. La commotion subite et violente que reçut Pas

Cette rigueur qu'il exerçoit sur lui-même étoit ti- cal faillit lui coûter la vie, et ébranla son imagination au point rée de cette grande maxime de renoncer à tout plai- que depuis cette éporque il crut voir un précipice ouvert à ses sir, sur laquelle il avoit fondé tout le réglement de

côtés. Mais le précipice véritable dans lequel sa raison s'étoit

engloutie, c'étoit le doute sur toutes les matières métaphysisa vie. Dès le commencement de sa retraite il ne

ques qui occupent les ames supérieures; doute terrible dont les manquoit pas non plus de pratiquer exactement cette pratiques positives du christianisme purent seules l'affranchir. autre qui l'obligeoit de renoncer à toute superfluité; Quand on lit que Pascal en étoit venu à porter sous ses vètecar il retranchoit avec tant de soin toutes les choses l'espression de M. Villemain, que cette puissante intelligence

ments un symbole forme de paroles mystiques, on sent, suivant inutiles, qu'il s'étoit réduit peu à peu à n'avoir plus avoit reculé jusqu'à ces pratiques superstitieuses pour fuir de de tapisserie dans sa chambre, parcequ'il ne croyoit plus loin une effrayante incertitude. C'étoit là sa terreur. Le pas que cela fût nécessaire, et de plus n'y étant précipice imaginaire que depuis un accident funeste les sens obligé par aucune bienséance, parcequ'il n'y venoit

qu'une foible image de cet abime du doute qui épouvantoit inque ses gens, à qui il recommandoit sans cesse le re- térieurement son ame.(A. M.) tranchement; de sorte qu'ils n'étoient pas surpris de

> Baillet prête au travail sur la cycloide un motif tout reli

gieux. On croyoit alors en France que l'étude des sciences naMoise. Mais c'est Bossut qui le premier a rétabli les pensées turelles, et des mathématiques sur-tout, menoit à l'incrédulité: dans toute leur intégrité. On lui doit aussi l'ordre dans lequel on c'est principalement aux géomètres et aux physiciens, à ces les voit aujourd'hui. (A. M.)

hommes qui doivent être les plus difficiles en preuves, que

toutes ses connoissances, il ne s'avisa pas seulement arrivoit que quelqu'un admiroit la bonté de quelque de les écrire; néanmoins en ayant parlé par occasion viande en sa présence, il ne le pouvoit souffrir; il à une personne à qui il devoit toute sorte de défé- appeloit cela être sensuel, encore même que ce ne rence, et par respect et par reconnoissance de l'af- fût

que

des choses communes; parcequ'il disoit que fection dont il l'honoroit, cette personne, qui est aussi c'étoit une marque qu'on mangeoit pour contenter considérable par sa piété que par les éminentes qua- le goût, ce qui étoit toujours mal. lités de son esprit et par la grandeur de sa naissance, Pour éviter d’y tomber, il n'a jamais voulu perayant formé sur cela un dessein qui ne regardoit que mettre qu'on lui fit aucune sauce ni ragoût, non pas la gloire de Dieu, trouva à propos qu'il en usát même de l'orange et du verjus ni rien de tout ce qui comme il fit, et qu'ensuite il le fit imprimer. excite l'appétit , quoiqu'il aimât naturellement toutes

Ce fut seulement alors qu'il l'écrivit, mais avec ces choses. Et pour se tenir dans des bornes réglées, une précipitation extrême, en huit jours; car c'étoit il avoit pris garde, dès le commencement de sa reen même temps que les imprimeurs travailloient, traite, à ce qu'il falloit pour son estomac; et depuis fournissant à deux en même temps sur deux diffé- cela il avoit réglé tout ce qu'il devoit manger; en rents traités, sans que jamais il en eût d'autre copie sorte que quelque appétit qu'il eût, il ne passoit jaque celle qui fut faite pour l'impression; ce qu'on mais cela ; et quelque dégoût qu'il eût, il falloit qu'il ne sut que six mois après que la chose fut trouvée. le mangeåt; et lorsqu'on lui demandoit la raison

Cependant ses infirmités continuant toujours sans pourquoi il se contraignoit ainsi, il répondoit que lui donner un seul moment de relâche, le réduisi- c'étoit le besoin de l'estomac qu'il falloit satisfaire, et rent, comme j'ai dit, à ne pouvoir plus travailler et non pas l'appétit. à ne voir quasi personne. Mais si elles l'empêchèrent La mortification de ses sens n'alloit

pas seulement de servir le public et les particuliers, elles ne furent à se retrancher tout ce qui pouvoit leur être agréapoint inutiles pour lui-même, et il les a souffertes ble, mais encore à ne leur rien refuser, par cette avec tant de paix et tant de patience, qu'il y a sujet raison qu'il pourroit leur déplaire, soit par sa nourde croire que Dieu a voulu achever par là de le ren- riture, soit par ses remèdes. Il a pris quatre ans dudre tel qu'il le vouloit pour paroître devant lui : car rant des consommés sans en témoigner le moindre durant cette longue maladie il ne s'est jamais dé- dégoût ; il prenoit toutes les choses qu'on lui ordontourné de ces vues , ayant toujours dans l'esprit ces noit pour sa santé, sans aucune peine, quelque diffideux grandes maximes, de renoncer à tout plaisir et ciles qu'elles fussent : et lorsque je m'étonnois de ce à toute superfluité. Il les pratiquoit dans le plus fort qu'il ne témoignoit pas la moindre répugnance en de son mal avec une vigilance continuelle sur ses les prenant, il se moquoit de moi, et me disoit qu'il sens, leur refusant absolument tout ce qui leur étoit ne pouvoit pas comprendre lui-même comment on agréable: et quand la nécessité le contraignoit à faire pouvoit témoigner de la répugnance quand on prequelque chose qui pouvoit lui donner quelque satis- noit une médecine volontairement, après qu'on avoit faction, il avoit une adresse merveilleuse pour en été averti qu'elle étoit mauvaise , et qu'il n'y avoit détourner son esprit, afin qu'il n'y prit point de que la violence ou la surprise qui dussent produire part : par exemple, ses continuelles maladies l'obli- cet effet. C'est en cette manière qu'il travailloit sans geant de se nourrir délicatement, il avoit un soin cesse à la mortification. très grand de ne point goûter ce qu'il mangeoit, et 11 avoit un amour si grand pour la pauvreté, nous avons pris garde que, quelque peine qu'on prit qu'elle lui étoit toujours présente; de sorte que dès à lui chercher quelque viande agréable , à cause des qu'il vouloit entreprendre quelque chose, ou que dégoûts à quoi il étoit sujet, jamais il n'a dit : Voilà quelqu'un lui demandoit conseil, la première penqui est bon; et encore lorsqu'on lui servoit quelque sée qui lui venoit en l'esprit, c'étoit de voir si la pauchose de nouveau selon les saisons, si l'on lui de- | vreté pouvoit être pratiquée. Une des choses sur lesmandoit après le repas s'il l'avoit trouvé bon, il di- quelles il s'examinoit le plus, c'étoit celle fantaisie soit simplement : Il falloit m'en avertir devant, et je de vouloir exceller en tout, comme de se servir en vous avoue que je n'y ai point pris garde; et lorsqu'il toutes choses des meilleurs ouvriers, et autres choses

semblables. Il ne pouvoit encore souffrir qu'on cherPascal destinoit son ouvrage ; il vouloit leur prouver par la solu- chât avec soin toutes ses commodités, comme d'ation d'un problème vainement cherché jusqu'à lui, que le même écrivain qui avoit entrepris de les éclairer sur la foi au- voir toutes choses près de soi; et mille autres choses roit pn les instruire mème dans les sciences abstraites , objet de qu'on fait sans scrupule, parcequ'on ne croit pas leurs plus profondes méditations. (Voyez le récit de l'exarnen et qu'il y ait du mal. Mais il n'en jugeoit pas de même, du jugement des écrits envoyés pour les prix attachés à la solution des problèmes concernant la cycloide, tome v des OEuvres

et nous disoit qu'il n'y avoit rien de si capable d'éde Pascal.) (A. M.)

teindre l'esprit de pauvreté, comme cette recherche

curieuse de ses commodités, de cette bienséance qui quer en sorte que cela ne nuise point aux affaires porte à vouloir toujours avoir du meilleur et du domestiques. Il disoit que c'étoit la vocation générale mieux fait ; et il nous disoit que pour les ouvriers, il des chrétiens, et qu'il ne falloit point de marque falloit toujours choisir les plus pauvres et les plus particulière pour savoir si on y étoit appelé, parcegens de bien, et non pas cette excellence qui n'est que cela étoit certain; que c'est sur cela que Jésusjamais nécessaire, et qui ne sauroit jamais étre utile. Christ jugera le monde; et que quand on considéroit Il s'écrioit quelquefois : Si j'avois le cæur aussi pau- quela seule omission de cette vertu est cause de la damvre que l'esprit, je serois bien heureux ; car je suis nation, cette seule pensée seroit capable de nous porter merveilleusement persuadé que la pauvreté est un à nous dépouiller de tout, si nous avions de la foi. Il grand moyen pour faire son salut.

nous disoit encore , que la fréquentation des pauvres Cet amour qu'il avoit pour la pauvreté le portoit à est extrêmement utile , en ce que voyant continuelleaimer les pauvres avec tant de tendresse, qu'il n'a ment les misères dont ils sont accablés , et que même jamais pu refuser l'aumône, quoiqu'il n'en fit que de dans l'extrémité de leurs maladies ils manquoient son nécessaire, ayant peu de bien, et étant obligé de des choses les plus nécessaires , qu'après cela il faufaire une dépense qui excédoit son revenu, à cause droit être bien dur pour ne pas se priver volontairede ses infirmités. Mais lorsqu'on lui vouloit repré- ment des commodités inutiles, et des ajustements senter cela, quand il faisoit quelque aumône consi- superflus. dérable , il se fâchoit, et disoit : J'ai remarqué une Tous ces discours nous excitoient et nous portoient chose, que, quelque pauvre qu'on soit, on laisse tou- quelquefois à faire des propositions pour trouver des jours quelque chose en mourant; ainsi il fermoit la moyens pour des réglements généraux qui pourvusbouche : et il a été quelquefois si avant, qu'il s'est sent à toutes les nécessités; mais il ne trouvoit pas réduit à prendre de l'argent au change, pour avoir cela bon, et il disoit que nous n'étions pas appelés au donné aux pauvres tout ce qu'il avoit, et ne voulant général, mais au particulier, et qu'il croyoit que la pas après cela importuner ses amis.

manière la plus agréable à Dieu étoit de servir les Dès que l'affaire des carrosses fut établie, il me pauvres pauvrement, c'est-à-dire chacun selon son dit qu'il vouloit demander mille francs par avance pouvoir, sans se remplir l'esprit de ces grands dessur sa part à des fermiers avec qui l'on trastoit, si seins qui tiennent de cette excellence dont il blâmoit l'on pouvoit demeurer d'accord avec eux, parce la recherche en toutes choses. Ce n'est pas qu'il qu'ils étoient de sa connoissance, pour envoyer aux trouvât mauvais l'établissement des hôpitaux génépauvres de Blois; et comme je lui disois que l'affaire raux; au contraire il avoit beaucoup d'amour pour n'étoit pas assez sûre pour cela, et qu'il falloit atten- cela, comme il l'a bien témoigné par son testament; dre à une autre année, il me fit tout aussitôt cette mais il disoit que ces grandes entreprises étoient réréponse : Qu'il ne voyoit pas un grand inconvénient servées à de certaines personnes que Dieu destinoit à à cela , parceque s'ils perdoient, il le leur rendroit cela, et qu'il conduisoit quasi visiblement; mais que de son bien, et qu'il n'avoit garde d'attendre à une ce n'étoit pas la vocation générale de tout le monde, autre année, parceque le besoin étoit trop pressant comme l'assistance journalière et particulière des pour différer la charité. Et comme on ne s'accordoit pauvres. pas avec ces personnes , il ne put exécuter cette réso- Voilà une partie des instructions qu'il nous donlution, par laquelle il nous faisoit voir la vérité de ce noit pour nous porter à la pratique de cette vertu qu'il nous avoit dit tant de fois, et qu'il ne souhaitoit qui tenoit une si grande place dans son cæur ; c'est avoir du bien que pour en assister les pauvres, puis un petit échantillon qui nous fait voir la grandeur de qu'en même temps que Dieu lui donnoit l'espérance sa charité. Sa pureté n'étoit pas moindre , et il avoit d'en avoir, il commençoit à le distribuer par avance, un si grand respect pour cette vertu, qu'il étoit conavant même qu'il en fût assuré.

tinuellement en garde pour empêcher qu'elle ne fût Sa charité envers les pauvres avoit toujours été blessée ou dans lui ou dans les autres, et il n'est pas fort grande, mais elle étoit si fort redoublée à la fin croyable combien il étoit exact sur ce point. J'en de sa vie , que je ne pouvois le satisfaire davantage étois même dans la crainte; car il trouvoit à redire à que de l'en entretenir. Il m'exhortoit avec grand des discours que je faisois, et que je croyois très insoin depuis quatre ans à me consacrer au service des nocents , et dont il me faisoit ensuite voir les défauts, pauvres, et à y porter mes enfants. Et quand je lui que je n'aurois jamais connus sans ses avis. Si je didisois que je craignois que cela ne me divertît du sois quelquefois par occasion que j'avois vu une belle soin de ma famille , il me disoit que ce n'étoit que femme, il se fâchoit, et me disoit qu'il ne falloit jamanque de bonne volonté, et que comme il y a di- mais tenir ce discours devant des laquais ni des jeuvers degrés dans cette vertu, on peut bien la prati- | nes gens, parceque je ne savois pas quelles pensées je pourrois exciter par là en eux. Il ne pouvoit souf- | admirable aux ordres de la providence de Dieu, sans frir aussi les caresses que je recevois de mes enfants, faire jamais réflexion que sur les grandes graces que et il me disoit qu'il falloit les en désaccoutumer, et Dieu avoit faites à ma seur pendant sa vie , et les que cela ne pouvoit que leur nuire : et qu'on leur circonstances du temps de sa mort, ce qui lui faisoit pouvoit témoigner de la tendresse en mille autres dire sans cesse : Bienheureux ceux qui meurent, manières. Voilà les instructions qu'il me donnoit là pourvu qu'ils meurent au Seigneur ! Lorsqu'il me dessus; et voilà quelle étoit sa vigilance pour la con- voyoit dans de continuelles afflictions pour cette servation de la pureté dans lui et dans les autres. perte que je ressenlois si fort, il se fâchoit, et me

Il lui arriva une rencontre, environ trois mois disoit que cela n'étoit pas bien, et qu'il ne falloit pas avant sa mort, qui en fut une preuve bien sensible, avoir ces sentiments pour la mort des justes, et qu'il et qui fait voir en même temps la grandeur de sa falloit au contraire louer Dieu de ce qu'il l'avoit si charité : comme il revenoit un jour de la messe de fort récompensée des petits services qu'elle lui avoit Saint-Sulpice, il vint à lui une jeune fille d'environ rendus. quinze ans (fort belle ) qui lui demanda l'aumône; C'est ainsi qu'il falloit voir qu'il n'avoit nulle attail fut touché de voir celte personne exposée à un che pour ceux qu'il aimoit; car s'il eût été capable danger si evident; il lui demanda qui elle étoit, et ce d'en avoir, c'eût été sans doute pour ma sæur, parqui l'obligeoit ainsi à demander l'aumône; et ayant ceque c'étoit assurément la personne du monde qu'il su qu'elle étoit de la campagne, et que son père étoit aimoit le plus. Mais il n'en demeuroit pas-là; car mort , et que sa mère étoit tombée malade, on l'a- nonseulement il n'avoit point d'attache pour les auvoit portée à l'Hôtel-Dieu ce jour-là même, il crut tres, mais il ne vouloit point du tout que les autres que Dieu la lui avoit envoyée aussitôt qu'elle avoit en eussent pour lui. Je ne parle pas de ces attaches été dans le besoin; de sorte que dès l'heure même il criminelles et dangereuses : car cela est grossier, et la mena au séminaire, où il la mit entre les mains tout le monde le voit bien; mais je parle de ces amid'un bon prêtre à qui il donna de l'argent, et le tiés les plus innocentes; et c'étoit une des choses pria d'en prendre soin et de la mettre en quelque sur laquelle il s'observoit le plus régulièrement, afin condition où elle pût recevoir de la conduite à cause de n'y point donner de sujet, et même pour l'emde sa jeunesse, et où elle fût en sûreté de sa per- pêcher : et comme je ne savois pas cela , j'étois toute sonne. Et pour le soulager dans ce soin, il lui dit surprise des rebuts qu'il me faisoit quelquefois, et je qu'il lui enverroit le lendemain une femme pour lui le disois à ma sæur, me plaignant à elle que mon acheter des habits et tout ce qui lui seroit nécessaire frère ne m'aimoit pas, et qu'il semibloit que je lui pour la mettre en état de pouvoir servir une mai- faisois de la peine , lors même que je lui rendois mes tresse. Le lendemain il lui envoya une femme qui services les plus affectionnés dans ses infirmités. Ma travailla si bien avec ce bon prêtre, qu'après l'avoir sæur me disoit là-dessus que je me trompois, qu'elle fait habiller, ils la mirent dans une bonne condition. savoit le contraire; qu'il avoit pour moi une affecEt cet ecclésiastique ayant demandé à celle femme tion aussi grande qne je le pouvois souhaiter. C'est le nom de celui qui faisoit celte charité, elle lui dit ainsi que ma sæur remettoit mon esprit, et je ne qu'elle n'avoit point charge de le dire, mais qu'elle tardois guère à en voir des preuves; car aussitôt qu'il le viendroit voir de temps en temps pour pourvoir se présentoit quelque occasion où j'avois besoin du avec lui aux besoins de cette fille, et il la pria d'ob- secours de mon frère, il l'embrassoit avec tant de tenir de lui la permission de lui dire son nom : Je soin et de témoignage d'affection, que je n'avois pas vous promets, dit-il, que je n'en parlerai jamais lieu de douter qu'il ne m'aimåt beaucoup; de sorte pendant sa vie; mais si Dieu permettoit qu'il mourût que j'attribuois au chagrin de sa maladie les manièavant moi, j'aurois de la consolation de publier cette res froides dont il recevoit les assiduités que je lui action: : car je la trouve si belle, que je ne puis souf- rendois pour le désennuyer, et cette énigme ne m'a frir qu'elle demeure dans l'oubli. Ainsi par cette été expliquée que le jour même de sa mort, qu'une seule rencontre ce bon ecclésiastique, sans le con- personne des plus considérables par la grandeur de noitre, jugeoit combien il avoit de charité et d'a- son esprit et de sa piété, avec qui il avoit eu degrandes mour pour la pureté. Il avoit une extrême tendresse communications sur la pratique de la vertu, me dit pour nous; mais cette afiection n'alloit pas jusqu'à qu'il lui avoit donné cette instruction entre autres, l'attachement. Il en donna une preuve bien sensible qu'il ne souffrit jamais de qui que ce fût, qu'on à la mort de ma sæor, qui précéda la sienne de dix l'aimât avec attachement; que c'étoit une faute sur mois. Lorsqu'il reçut cette nouvelle il ne dit rien, laquelle on ne s'examine pas assez, parce qu'on sinon, Dieu nous fasse la grâce d'aussi bien mourir : n'en conçoit pas assez la grandeur et qu'on ne conet il s'est toujours depuis tenu dans une soumission | sidéroit pas qu'en fomentant et souffrant ces atta

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