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CLxxxu. La justice est mère de la paix publique et de l'ordre privé.

CLXXXIII. Le prince doit porter une noble douceur et une sorte d'urbanité, dans le gouvernement.

CLXXXIV. Loin de nos monarques, ces maximes serviles, qui détruiraient entre eux et les peuples, cette facile communication, qui consacre la puissance par la bonté, qui ennoblit la soumission

par

l'amour, . CLxxxy. La vérité est le premier besoin des rois; la plainte, le premier droit des sujets.

UNE CAUSE CÉLÈBRE.

J'ai essayé ici, sans entrer dans aucun détail d'une cause , de la tracer rapidement , par les traits dramatiques et les réflexions morales qui en sortaient.

1. Dans un bon régime civil, toute affaire particulière , qui conduit à des considérations générales, doit devenir un objet de l'attention publique, comme un fait où l'expérience dépose avec son autorité, où

l'opinion réclame un nouvel examen du cours des lois ou des moeurs.

11. Une grande tragédie domestique s'est développée, sous les yeux du public, à la fin de l'ancienne monarchie; et allait enfin entraîner l'abolition de ce qu'on appelait les lettres de cachet.

Ces murs impénétrables qui, pendant neuf mois, avaient séparé un innocent, un malheureux, un homme de bien de ses parens,

de ses amis, de ses protecteurs; des magistrats, à qui seuls il eût appartenu de le punir, s'il avait été coupable , se sont ouverts : et, dans le fond d'une loge de Charenton, on a vu un citoyen captif, sans délit prouvé, et même contre la possibilité d'un délit; un époux accusé par sa femme; un père opprimé par son gendre, et du consentement de sa fille ; un vieillard infirme, enfermé dans une habitation étroite et mal saine; réduit, pendant l'hiver, aux vêtemens qu'il avait apportés, durant l'été; dont les maux s'irritaient encore plus des déchiremens de son âme, que des privations où on le condamnait.

11. Voyez l'affreuse distinction de mon sort, disait-il ; c'est tout ce que j'avais de plus cher qui m'a accablé ; c'est tout ce que j'avais de plus cher qu'il faut que j'accable à mon tour. On m'a réduit au point d'arracher de mon coeur tout ce qui fait la consolation des vôtres, de déchirer devant vous les liens les plus sacrés. A l'âge où l'on n'est plus rien pour le public, il faut que je me jette dans ses bras, chassé de l'asile où les autres se réfugient!

iv. Il avait tenu registre de ses douleurs; il était sorti de sa prison, avec ce dépôt de plaintes, de supplications, d'imprécations, dédaignées; c'était là sa ressource, sa richesse, son espoir.

v. Le crime ne s'est pas encore avisé de raconter sa vie, si ce n'est lorsqu'il a pris le parti de l'impudence.

vi. Mais l'innocence ouvre sa vie entière, pour éclaircir un seul fait. Elle ne veut pas être estimée plus qu'elle ne vaut; c'est assez pour elle de se produire dans toute sa candeur.

VII. La calomnie blesse un noble caractère, jusqué dans sa modestie, dont elle le force de sortir.

vii. Un malheur de beaucoupd'accusés, a été d'être crus coupables de quelque crime secret, parce qu'ils n'avaient rien de réel à déclarer.

ix. Il est des égards , une circonspection, dont un homme juste et droit ennoblit la cause qui lui est confiée; et qui n'ont rien de commun ni avec des calculs intéressés, ni avec des craintes serviles.

x. Soit dans les choses, soit envers les personnes, la modération est le caractère principal de la raison; elle est un talent autant qu'une vertu ; on doit la chercher; on ne peut se la promettre; le meilleur moyen de l'obtenir et de la garder, est dans la loi courageuse qu'on s'en fait.

xi. Des hommes faibles dans leur maison, se sont montrés pleins d'énergie dans une prison ; ils savaient mieux résister aux puissances de la terre , qu'à leur femme.

xn. C'est que l'homme sensible peut ou

blier ses droits pour le bonheur des autres ; mais que l'honnête homme ne sait

pas

abandonner son honneur à la calomnie.

xm. Il est un refuge où l'homme peut toujours atteindre dans ses fautes et ses malheurs, c'est la divinité. Privé de tout commerce avec les hommes, il l'appelle et la trouve dans une prison. Il se compose une prière, avec laquelle il se calme tous les matins.

xiv. Quelle vénération méritent ces nobles amis , qui gardent à la vertu éprouvée la confiance, qu'ils lui doivent; qui viennent la reconnaître, s'en ressaisir au sein du délaissement d'une famille, des outrages de la persécution; et élever pour elle un intrépide témoignage!

xv. Une des plus chères pensées de l'opprimé, ainsi secouru, est de les associer à la solennité de sa réparation; et d'augmenter pour eux l'estime publique, dans laquelle il va rentrer lui-même.

xvi. Homme innocent et juste, la loi est sans cesse présente à ton esprit; tu l’invo

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