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breux sacrifices. La médiocrité seule s'irrite d'être prise en flagrant délit de négligence.

Enfin, nous avons eu toujours présent à l'esprit cette pensée d'un ancien Magna debetur puero reverentia. Persuadé que les Belles-Lettres ne vont pas sans la saine morale, nous n'avons pas hésité à élaguer les fables sujettes à caution et les passages qui ne pouvaient sans danger passer sous les yeux de la jeunesse. Dans les fables conservées intégralement, la moralité n'est pas toujours irréprochable. Nous nous sommes fait une loi de signaler ce qui, dans les affabulations, s'écarte, à nos yeux, des saines doctrines. Ces réserves sur la valeur intrinsèque de la philosophie de La Fontaine, nous ne sommes pas, du reste, seul à les formuler: avant nous, les meilleurs commentateurs avaient blamé notre poëte en plusieurs de ses apologues. Aussi nous étonnons-nous qu'un critique distingué célèbre la pureté irréprochable de la morale de La Fontaine (1). Cette indulgence extrême n'aura-t-elle pas fait sourire celui qui a dit :

Il avait du bon sens, le reste vient ensuite.

Certes, nous ne pensons pas qu'il faille juger sévèrement le grand fabuliste : ce n'est ni un prédicateur ni un moraliste. Mais encore, s'il lui arrive

(1) DEMOGEOT, Histoire de la littérature française, 2e édit., page 428.

d'émettre des propositions fautives, ne convient-il pas d'en avertir des jeunes gens dont le cœur est prompt à s'enflammer pour le faux comme pour le vrai?

En résumé, nos observations s'adressent tour à tour à l'esprit, au goût et au coeur à l'esprit pour lui donner de la rectitude et de la force, au goût pour le perfectionner, au cœur pour le conserver pur.

Nous venons de caractériser la nature de nos remarques. Un mot maintenant sur les proportions que nous leur avons données.

Il nous a semblé que, pour être utile, nous devions nous tenir à distance égale de ces notes qui effleurent la superficie du sujet, et de celles qui en veulent exploiter tous les filons ; nous mettre en garde contre le genre facile de certains annotateurs français et l'érudition indigeste du commentateur d'OutreRhin; tâcher d'être substantiel et mesuré tout ensemble. Avons-nous réussi ? Le public en jugera.

Telle est la nature de notre travail, telles en sont les proportions.

Encore un mot. L'auteur de ce travail n'a pas la moindre prétention d'avoir fait une œuvre entièrement originale. Tout en profitant de son expérience personnelle, fruit d'une pratique de plusieurs années d'enseignement, il a mis à contribution les meilleurs critiques, en particulier ceux qui se sont

livrés à des études spéciales, complètes ou partielles, sur La Fontaine. Ainsi, il a tour à tour demandé conseil à Chamfort, à Batteux, à la Harpe, à Marmontel, à Villemain, à Geruzez, à Louandre, à Taine, etc. Plusieurs fois même, il l'avoue en toute franchise, il s'est permis de leur faire des emprunts. Si ce livre tombe sous les yeux de l'homme de lettres ou du professeur, il leur sera facile de s'en apercevoir.

Toutefois, en consultant ceux qu'il était fondé à considérer comme d'excellents guides, l'auteur de cette édition n'a jamais abdiqué son droit de contrôle. Aussi ses réserves personnelles accompagnentelles toujours les observations de ceux qui lui ont tracé le chemin, lorsqu'ils lui ont paru faire fausse voie.

En ce qui regarde le texte, il a suivi WALCKENAER, en ayant soin toutefois d'indiquer les variantes.

Saint-Josse, 31 août 1866.

A. DE C.

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